Le point Vétérinaire n° 301 du 01/12/2009
 

Reproduction des bovins

Mise à jour

LE POINT SUR…

Sylvie Chastant-Maillard*, Marie Saint-Dizier**


*Unité de Reproduction
ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94700 Maisons-Alfort
schastant@vet-alfort.fr
**Génétique-élevage-Reproduction, AgroParisTech
16, rue Claude-Bernard
75231 Paris

Prévoir ou contrôler le moment du vêlage permet de limiter les complications obstétricales et améliore le taux de survie des veaux. Des moyens simples sont à la disposition de l’éleveur.

Résumé

Le vêlage est induit par le fœtus lui-même, via une élévation du taux de cortisol circulant. La prévision du moment du vêlage repose sur l’observation des régions périnéale et mammaire, mais surtout sur la prise de la température rectale. Quelques systèmes électroniques, fondés sur le changement de température corporelle, les contractions abdominales ou l’inclinaison de la queue, peuvent alerter l’éleveur. La maîtrise du jour du vêlage passe par l’induction médicamenteuse, à base de corticoïdes et/ou de prostaglandines F2α. La principale complication de cette pratique est la rétention placentaire. Le contrôle de l’heure du vêlage est pharmaceutique (à l’aide d’un Β2-adrénergique) ou, moins efficacement, zootechnique (accès restreint à l’alimentation le soir).

Une bonne surveillance du vêlage est un élément clé non seulement de la survie du veau, mais aussi d’une faible morbidité à la fois chez les jeunes et les mères [36]. Pour ce faire, il convient de prévoir le moment (le jour, voire l’heure) du vêlage ou, à défaut, de contrôler le déclenchement de la mise bas.

Déterminisme physiologique

• Le fœtus est responsable de sa propre expulsion, une fois atteint un état de maturation suffisant en fin de gestation, l’hypophyse fœtale mûre, plus sensible au CRF (cortisol releasing factor) d’origine hypothalamique, augmente sa synthèse d’ACTH (adrenocorticotropic hormone). De plus, la forme d’ACTH synthétisée est plus efficace (pour la synthèse de cortisol) et les surrénales fœtales mûres sont plus sensibles à l’ACTH. Tout cela concourt à une augmentation exponentielle du taux de cortisol circulant chez le fœtus au cours des 2 dernières semaines de gestation [32, 57]. Le taux de cortisol circulant dans le plasma fœtal passe alors de 5 ng/ml 20 jours ante-partum à 70 ng/ml le jour de la mise bas [10].

Ce cortisol fœtal exerce ensuite une action locale sur le placenta, en provoquant la synthèse d’une enzyme (17α-hydroxylase) qui convertit la progestérone en œstrogènes. Les œstrogènes induisent, à leur tour, la synthèse de prostaglandines F2α dans les caroncules (figure 1). Or chez la vache, le corps jaune est la source majeure de progestérone en fin de gestation, les deux autres structures, secondaires, étant le placenta et les surrénales maternelles. L’induction de la lutéolyse est donc capitale pour faire chuter le taux de progestérone maternel [57].

• Le cortisol fœtal est donc ainsi indirectement responsable d’une modification de l’équilibre stéroïdien chez la mère, avec une augmentation du taux d’œstrogènes circulants et une diminution du taux de progestérone. Cette modification de l’équilibre stéroïdien a deux conséquences principales: l’induction de contractions myométriales et le relâchement des tissus mous et des ligaments de la filière pelvienne. Le fœtus va alors s’engager dans la filière pelvienne.

• De plus, l’élévation du taux d’œstrogènes induit l’apparition de récepteurs à l’ocytocine sur le myomètre. La stimulation mécanique de la filière pelvienne par l’engagement du fœtus entraînant la libération d’ocytocine hypophysaire (réflexe neuro-endocrinien de Ferguson), les contractions utérines se trouvent renforcées. L’ocytocine n’intervient donc pas dans l’initiation du vêlage, mais secondairement (photo 1).

Les œstrogènes stimulent également l’apparition des récepteurs à la relaxine sur les tissus cibles. Le corps jaune de la vache synthétise de la relaxine en grandes quantités en fin de gestation, et celle-ci modifie le collagène et favorise ainsi le relâchement des ligaments sacrosciatiques et la maturation du col utérin.

Comment prévoir le jour du vêlage ?

• La connaissance de la date de l’insémination ou de la saillie ne renseigne que très approximativement sur celle du vêlage. En effet, au sein d’une race bovine donnée, la durée de la gestation est très variable. Les vêlages s’étalent ainsi sur une vingtaine de jours autour de la date moyenne [7, 35]. La mesure de mensurations fœtales par échographie ne permet pas de mieux cerner la date de mise bas [58]. Et la palpation du fœtus dans l’utérus en fin de gestation n’est pas informative : la présentation (antérieure ou postérieure) s’établit dans le dernier tiers de gestation, mais la position (position du dos du veau par rapport au bassin maternel) et la posture (position de la tête et des membres) changent plusieurs fois au cours des 96 heures qui précèdent la mise bas [24].

• De même, chez la mère, les modifications comportementales qui accompagnent le stade préparatoire de la mise bas (agitation, inquiétude, isolement) apparaissent dans un délai très variable selon les individus, parfois alors que les contractions utérines ont déjà débuté [13, 36].

• En revanche, l’observation des signes de préparation au vêlage donne une précision relative : une préparation externe complète (relâchement des ligaments sacrosciatiques, plénitude mammaire, tuméfaction vulvaire) est acquise dans les 48 heures qui précèdent le vêlage, avec un étalement sur toute cette période [26, 53]. La relaxation des ligaments sacrosciatiques est également informative [19, 26]. La mesure de la profondeur des ligaments sacrosciatiques peut être réalisée à l’aide d’une toise : une des branches repose sur la pointe de la hanche et la ligne du dos, l’autre, graduée, coulisse perpendiculairement jusqu’à l’endroit le plus profond. Lorsque la profondeur des ligaments augmente de plus de 5 mm d’un jour à l’autre, la probabilité de vêlage dans les 24 heures est de 94 % [48]. Cependant, cette méthode n’est pas utilisée en routine.

• Fondé sur ces signes de préparation au vêlage, le calcul d’un “score de parturition” permet de prévoir les vêlages dans les 24 heures [50]. Contrairement à la jument, chez la vache, aucune modification de la composition de la sécrétion mammaire ne permet de prévoir la date du vêlage [46].

Comment prévoir l’heure du vêlage ?

Selon Jaeger et coll., l’heure de vêlage est relativement stable pour un même individu : l’écart moyen entre deux horaires de mise bas d’une année à l’autre chez une vache donnée serait de 3 à 4 heures [21]. À l’inverse, Bosc et de Valet de Fontaubert observent une absence totale de répétabilité de l’heure de vêlage [8]. Il n’est donc pas certain que l’horaire de la mise bas de la campagne précédente puisse être utilisé comme référence. La phase lunaire ne semble pas non plus influer sur le jour du vêlage. Ainsi, les mises bas ne surviennent pas plus fréquemment les jours de pleine lune. Seuls les appels pour dystocie augmentent à cette période [6]. Beaucoup de praticiens observent une fréquence accrue de vêlages après une chute de pression atmosphérique, mais aucune étude scientifique n’a été réalisée pour valider cette relation.

1. Mesure de la température corporelle

La chute de la progestérone qui intervient dans le déclenchement du vêlage est associée à une diminution de la température corporelle [26]. Après une phase d’hyperthermie, la température commence à baisser 48 heures avant la mise bas et ce, d’un degré au cours des 16 heures qui précèdent le vêlage [26]. Une prise quotidienne (le soir) de la température précise ainsi l’heure du vêlage : une vache présentant les signes de préparation au vêlage, mais dont la température rectale est supérieure ou égale à 38,9 °C a peu de chances de mettre bas dans les 12 heures [16]. Si la température devient inférieure à 38,5 °C, elle vêle dans les 24 heures (dans 98 % des cas). Néanmoins, plus que la valeur absolue de la température, c’est une variation de plus de 0,5 °C en 24 heures qui indique l’imminence du vêlage: 75 % des vaches mettent bas dans les 12 heures, 90 % dans les 24 heures (encadré 1, figure 2).

L’enregistrement des variations de la température vaginale est également intéressant, mais repose sur des dispositifs électroniques placés à demeure [1].

2. Dosage de la progestérone

À la suite de sa conversion en œstrogènes, le taux de progestérone circulante chute à environ 1 ng/ml 24 heures environ avant le vêlage [25, 27, 34, 43]. La vache présente alors 60 % de chances de vêler dans les 24 heures. Quand ce taux descend à 0,4 ng/ml, la probabilité est de 90 % [43]. En France, aucun système de dosage n’est disponible pour une utilisation en élevage.

3. Degré d’ouverture du col

Le degré d’ouverture du col, qui correspond au déroulement du stade I du vêlage, permet dans une certaine mesure de connaître le délai qui va s’écouler avant la sortie du veau :

– à moins de deux doigts, la mise bas survient après plus de 7 heures d’attente ;

– pour un diamètre de 2 à 8 cm, elle a lieu dans les 5 à 9 heures ;

– pour une ouverture de 8 à 12 cm (passage d’une main), 5 heures plus tard (entre 2 et 8 heures) ;

– pour un diamètre de 12 à 16 cm, 1 à 3 heures d’attente sont requises (figure 3) [52].

Mais la variabilité de l’évolution interindividuelle rend ce critère difficile à utiliser.

Comment être averti du début du vêlage ?

Des systèmes de caméras, orientables ou non, permettent à l’éleveur d’observer les femelles “à risque” à distance, à partir de son domicile (photo 3). Ils renforcent donc la surveillance, en particulier la nuit. D’autres appareils qui équipent la vache sont de véritables avertisseurs de vêlage : thermomètres vaginaux(Medria®, Radco®), ceinture abdominale détectant les contractions abdominales (Agribelt®), inclinomètre mesurant l’inclinaison de la queue de la mère (Velcow®, Vigivel®).

À terme, chaque vache pourra être équipée, sur le même support que son transpondeur d’identification, d’un thermomètre à demeure, tel que le système ruminal déjà mis au point qui enregistre la température, les contractions ruminales et la fréquence cardiaque (Mozae®).

Modifier le moment du vêlage

L’objectif est de réduire le nombre de vêlages qui ont lieu la nuit. Limiter les mises bas du week-end, ce qui nécessiterait une maîtrise sur 48 heures, semble illusoire. Chez la vache, les vêlages sont spontanément répartis de façon uniforme entre le jour et la nuit, avec seulement une moindre proportion au cours des périodes de traite ou de tétée, d’alimentation, et une préférence pour les phases où l’homme est absent. La distribution sur le nycthémère varie également selon les exploitations, avec, par exemple, un taux de vêlages nocturnes de 24 à 54 % [8, 28, 59].

1. Jouer sur l’alimentation des femelles en fin de gestation

• Une première solution serait d’alimenter les animaux préférentiellement le soir et/ou en restreignant le temps d’accès à l’ensilage [17, 18, 21, 49]. Des vaches alimentées à 22 heures vêlent pour 80 % d’entre elles dans la journée (entre 6 et 22 heures), contre 43 % pour celles qui sont nourries le matin [31]. Cependant, cet effet reste faible et non systématiquement observé [références citées par 8, 44].

• Jouer sur le type de ration pourrait également avoir une influence : des vaches nourries à 18 heures avec une ration riche en fourrage vêlent de jour pour 80 % d’entre elles, contre 38 % pour celles alimentées au même horaire avec une ration à base de concentrés [2]. Une manipulation des horaires d’éclairement, qui pourrait influer sur les heures de consommation d’aliment, orienterait les heures de vêlage [15].

2. Retarder le vêlage

• Le clenbutérol (Planipart®), en se fixant sur les récepteurs Β2-adrénergiques des cellules myométriales, diminue la fréquence, l’intensité et l’amplitude des contractions utérines (pendant 30 à 50 minutes) [23]. Une dose intramusculaire ou intraveineuse de 300 µg de clenbutérol administrée avant la dilatation complète du col utérin (ouverture inférieure à 8 à 12 cm) permet de retarder l’expulsion fœtale de 5 à 10 heures en moyenne chez la vache (une injection, ou deux injections à 18 et 22 heures) [19, 41]. Une injection effectuée vers minuit chez une vache présentant ses premières coliques permet donc de repousser le vêlage au lendemain matin.

• Plus le col est dilaté au moment de l’administration et plus le report moyen obtenu est court [47]. Lorsqu’une partie du fœtus est engagée à travers le col, l’ocytocine endogène libérée par le réflexe de Fergusson contrecarre les effets du clenbutérol et le traitement devient inefficace [19, 23]. Globalement, le clenbutérol serait actif jusqu’à une ouverture du col de 10 cm (autorisant le passage de la main) [52].

• Le traitement ne fait qu’allonger le stade I du vêlage (ouverture du col ; contractions myométriales, jusqu’à l’apparition des contractions abdominales) : la durée en est multipliée par 4. Il inhibe les contractions myométriales, sans empêcher dans le même temps la progression de la maturation et du relâchement des tissus mous. Mais, ensuite, les durées des stades II et III (stade II : jusqu’à l’expulsion du veau ; stade III : expulsion du placenta) ne sont pas modifiées [47]. Le traitement n’a pas d’effet délétère sur la santé du fœtus, n’augmente pas le risque de dystocie ni de rétention placentaire, et ne diminue ni la fertilité post-partum ni la production laitière de la vache [9, 23, 47]. Sur le plan pratique, la spécialité à base de clenbutérol ne peut être détenue par l’éleveur et l’administration doit être réalisée par un vétérinaire, ce qui peut en limiter l’utilisation pour des raisons zootechniques.

3. Induire le vêlage

Les indications principales de l’induction du vêlage sont :

– obtenir une mise bas à un moment ciblé afin d’améliorer la surveillance ou, en Nouvelle-Zélande plus particulièrement, pour synchroniser la production de lait avec la pousse de l’herbe ;

– mettre fin à la gestation dans les cas où celle-ci s’accompagne d’un œdème mammaire important avec un risque de décrochement ou lorsque le terme est dépassé (à partir de 300 jours de gestation).

Molécules

• Deux types de molécules sont actuellement utilisées pour induire la mise bas chez la vache : les glucocorticoïdes et la prostaglandine F2α (naturelle ou analogue de synthèse), seuls ou en association (encadré 2). L’ocytocine n’intervenant que dans les derniers stades de la mise bas, sur un utérus réceptif en raison de l’augmentation du taux d’œstradiol et de la chute de celui de progestérone, n’est d’aucune utilité pour déclencher la parturition chez la vache.

• L’efficacité des protocoles passe dans les deux cas par la baisse de la progestéronémie. Les prostaglandines diminuent le taux de progestérone circulant en induisant directement la lutéolyse [51] : 4 heures après l’injection de prostaglandines F2α, le taux de progestérone chute autour de 1 ng/ml. La dilatation de l’orifice postérieur du col commence 28 heures après le traitement et se poursuit jusqu’à 36 à 40 heures [9]. Les corticoïdes exogènes n’agissent pas directement sur la mère, mais conduisent le fœtus à déclencher sa propre expulsion par la cascade endocrine physiologique. Une faible partie de la dose de corticoïdes injectée (seulement 2 à 3 %) passe dans la circulation fœtale [Ruckebush cité par 4]. Elle y provoque un rétrocontrôle négatif sur la libération de l’ACTH. Cette molécule se trouve donc stockée dans l’hypophyse pendant la durée du rétrocontrôle. Une fois celui-ci levé après l’élimination du corticoïde exogène, une forte quantité d’ACTH est libérée, entraînant la libération d’une forte dose de cortisol, comme lors de la mise bas physiologique.

• Les corticoïdes ne sont donc efficaces que si le fœtus est vivant. Cependant, les protocoles à base de corticoïdes présentent l’avantage d’induire une élévation de la cortisolémie fœtale, laquelle favorise la maturation terminale du fœtus et, en particulier, l’adaptation du veau à la vie aérienne : changement d’affinité de l’hémoglobine pour l’oxygène, maturation de l’intestin grêle, du poumon (synthèse du surfactant, stimulée par le cortisol, l’ACTH et l’adrénaline), maturation de la thyroïde (indispensable à la thermogenèse), du pancréas (production d’insuline et acquisition de la réponse de l’insuline au glucose) et du foie (induction des enzymes de la glucogénolyse et glycogénogenèse), accumulation de réserves de glycogène, production d’adrénaline contribuant à l’adaptation néonatale.

• Quel que soit le protocole utilisé, l’induction du vêlage ne doit pas être entreprise avant 270 jours de gestation, soit seulement dans les 14 derniers jours de celle-ci pour limiter les risques de naissance d’un veau prématuré, de diminution de la production laitière et de rétention des annexes placentaires [45].

Protocoles classiques

• Dans les systèmes privilégiant la période de vêlage et accordant peu d’importance à la survie du veau (sous réserve de l’acceptabilité éthique de ce type d’approche), des inductions peuvent être pratiquées jusqu’à 1 mois avant terme à l’aide de corticoïdes longue action, avec des variantes (tableau).

Mise en œuvre dans le mois qui précède le vêlage, une injection isolée de corticoïdes longue action induit la parturition au bout de 15 jours plus ou moins 8 jours, de 2 à 30 jours après traitement [3, 33]. Pour concentrer les mises bas, une injection de prostaglandines F2α peut être pratiquée 6 à 9 jours après celle de corticoïdes longue action: 90 % des vaches vêlent alors dans les 2 jours qui suivent [33]. Une autre association très efficace consiste à administrer un corticoïde retard, puis, 6 jours plus tard, une injection simultanée de corticoïdes à action immédiate et de prostaglandines F2α : 100 % des vêlages ont lieu dans les 48 heures après la double injection, avec 92 % de vêlages diurnes (entre 7 et 19 heures) [5].

• Plus couramment, pour préserver la vitalité du veau, le vêlage est induit dans les 14 jours qui précèdent le terme théorique. Le traitement fait appel soit à un corticoïde immédiat, soit à une prostaglandine F2α, soit à l’association des deux. Une injection de corticoïdes à action rapide (20 à 40 mg de dexaméthasone) provoque le vêlage 30 à 50 heures plus tard [3, 8, 14]. Après injection de prostaglandines F2α (500 µg de cloprosténol), les vêlages s’étalent de 44 à 160 heures [3, 26, 55]. L’efficacité de ces protocoles est de l’ordre de 80 à 90 % [3]. En cas d’échec, le renouvellement du traitement est en général efficace. L’association de corticoïdes rapides à une prostaglandine, administrée en même temps, permet, comparée à chacune de ces molécules utilisées seules, de diminuer la variabilité dans le temps de réponse au traitement (vêlages entre 37 et 41 heures après celui-ci). De plus, cette thérapeutique semble ne pas connaître d’échec (vache n’ayant pas vêlé dans les 72 heures après les injections) [3].

Protocoles moins classiques

• Pour mieux contrôler le moment de la parturition induite, une possibilité est d’induire la lutéolyse avec des prostaglandines F2α tout en maintenant une progestéronémie élevée à l’aide de deux implants de progestagènes. Une fois la lutéolyse obtenue, les implants sont retirés 6 jours après l’injection de prostaglandines F2α et la mise bas est obtenue sur une courte période, entre 36 et 47 heures après le retrait des implants [22].

• Plutôt que de faire chuter la progestéronémie, une solution alternative pourrait être d’inhiber l’action de la progestérone circulante par les antagonistes de la progestérone, qui se fixent sur le récepteur de la progestérone sans l’activer (mifépristone ou RU486, non disponible en médecine vétérinaire; aglépristone ou RU534, commercialisé sous le nom d’Alizine®). L’injection expérimentale de mifépristone en fin de gestation chez la vache a montré son efficacité, avec l’induction du vêlage en moyenne en 43 à 55 heures (à J270 ou à J277 selon les études) [11, 30]. Néanmoins, un calcul montre que le coût de l’induction du vêlage par l’aglépristone serait prohibitif, de l’ordre de 260 € hors taxes.

4. Conséquences

Chez les veaux

• Les inductions très précoces (1 mois ante-partum) se soldent par un taux de mortalité des veaux très élevé (17 à 45 %), en raison de décollements prématurés du placenta et d’une plus forte fréquence des cas d’atonie utérine. Les veaux meurent ainsi souvent in utero et naissent partiellement autolysés [3, 10, 55]. À partir de 14 jours avant terme, les taux de mortalité sont inférieurs, voire non différents de ceux des vêlages spontanés [20, 23, 54].

• Compte tenu du gain moyen quotidien (GMQ) élevé des fœtus en fin de gestation (+ 450 à 700 g/j), l’interruption de la gestation s’accompagne logiquement d’une réduction du poids de naissance, de l’ordre de 4 à 7 % [3, 11, 20, 33, 45].

• Les inductions très précoces, avec des corticoïdes longue action, diminuent la concentration d’immunoglobulines colostrales. Plus l’induction est réalisée à proximité du terme et plus les taux d’immunoglobulines sont proches de la normale. Pour peu que l’éleveur s’assure de l’heure et de la quantité de la buvée colostrale (les animaux naissant faibles si l’induction est précoce), les veaux acquièrent des taux d’immunoglobulines circulantes similaires à ceux des individus nés spontanément (photo 4) [3, 20, 42].

Chez les mères

• Le déroulement des vêlages induits est normal. L’évolution des taux hormonaux, ainsi que la durée des différentes étapes du vêlage induit sont similaires à celles des vêlages spontanés [14, 23, 25, 56]. Les signes comportementaux seraient moins marqués [23]. La fréquence des cas d’assistance légère augmente, sans doute en raison d’une meilleure surveillance.

• Les inductions précoces (dans le mois qui précède le terme) à base de corticoïdes longue action sont associées à des taux de rétentions placentaires plutôt faibles (9 à 22 %, ou 25 %) par rapport aux inductions plus tardives par les corticoïdes à action immédiate [37, 55]. Les inductions dans les 15 jours avant terme donnent un pourcentage très élevé de rétentions placentaires : entre 75 et 100 % [3, 10, 23, 40, 45]. L’association d’un corticoïde retard et, 6 jours plus tard, d’un corticoïde à action immédiate et de prostaglandines F2α (vers J270) diminuerait le taux de rétentions placentaires [5]. L’incidence des non-délivrances est également plus faible quand les mises bas sont induites à quelques jours du terme ou après le terme, dans les cas de gestations prolongées : ils sont alors de l’ordre de 10 à 50 % [4, 14, 33, 40, 45].

• La production laitière est réduite de 4 à 10 % (et d’autant plus que l’induction a été pratiquée tôt), sans modification du taux de matière utile [3, 33, 39, 55]. Après les inductions précoces, des lactations écourtées apparaissent aussi (moins de 120 jours chez 2 % des animaux) [33, 39]. Les inductions à terme, voire à terme dépassé, ne semblent associées à aucune diminution de la production [40, 54].

• L’impact des inductions même très précoces sur la fertilité ultérieure n’apparaît pas dans toutes les études [38, 45, 55]. Les inductions très proches du vêlage, voire à terme, sont sans conséquence sur la fertilité future de la vache [33, 40, 54].

• La morbidité (hors troubles de la reproduction) et la mortalité des vaches induites précocement augmentent nettement, d’un facteur 1,6, avec, par exemple, une augmentation des cas de photosensibilisation bénigne [33, 37].

De plus, en raison de l’effet immunosuppresseur des corticoïdes longue action, il convient d’examiner la vache avant induction, en particulier l’appareil respiratoire et la mamelle ; lors d’infection, leur administration est à éviter ou à associer à une antibiothérapie à large spectre [42].

Contrairement aux femelles d’autres espèces, comme la truie et la femelle lama, la vache présente une grande variabilité pour le jour et l’heure du vêlage. La surveillance des vêlages, capitale pour préserver la vitalité des veaux, peut reposer sur des moyens coûteux et sophistiqués, comme les avertisseurs de vêlage, et sur une maîtrise médicamenteuse (toute relative et non exempte de complications). Cependant, il est utile de rappeler à l’éleveur tout l’intérêt d’une simple prise de température quotidienne, en début de soirée.

Encadré 1 : Prévision du moment du vêlage par la prise de la température corporelle

• La température rectale est prise le soir, afin d’organiser ou non une surveillance nocturne et de mettre à profit le fait qu’elle est plus élevée le soir que le matin chez la vache. La procédure est simple et efficace, à condition de pouvoir effectuer la contention des femelles tous les jours. Préférer les thermomètres électroniques de grand format qui donnent un résultat rapide et facile à lire (photo 2).

• Rappeler à l’éleveur de bien appliquer l’extrémité du thermomètre contre la muqueuse rectale. La décision de surveillance commence à partir de 9 mois de gestation (le risque de ne pas détecter un vêlage prématuré est pris). Le praticien cherche tout d’abord à déceler la phase d’hyperthermie par des prises de température quotidiennes pendant 2 à 3 jours. Si la température reste inférieure à 39 °C, les prises peuvent être espacées toutes les 48 à 72 heures, ce qui permet d’alléger la surveillance. Quand la température passe le seuil de 39 °C, la surveillance quotidienne est reprise. Tant que la température reste supérieure à 39 °C, il est très peu probable que le vêlage ait lieu au cours de la nuit à venir. Il s’agit donc par la suite de détecter la chute de température qui précède immédiatement le vêlage. Quand la température devient inférieure ou égale à 38,5 °C, ou passe sous les 39 °C, avec une chute d’au moins 0,5 °C depuis la prise précédente, le vêlage va avoir très probablement lieu dans les 24 heures.

• Un examen vaginal est alors pratiqué immédiatement pour évaluer le degré d’ouverture du col et renouvelé toutes les 6 heures. Un traitement par le clenbutérol peut être instauré pour retarder le vêlage d’environ 7 heures. Après une chute de température, si le col ouvre le passage pour un ou deux doigts le soir à 19 heures (signes indicateurs d’un probable vêlage “nocturne”), une injection de Planipart® permet de repousser le vêlage au lendemain.

• Avec l’habitude, l’éleveur peut attendre les signes d’une préparation plus avancée pour commencer la surveillance à l’aide du thermomètre. Cependant, la phase de la chute de température est susceptible de lui faire méconnaître celle de la montée. Il convient donc de commencer par lui faire effectuer des courbes de température en parallèle de sa surveillance traditionnelle.

Dr Claude Joly, cabinet vétérinaire 11, place Jean-Jaurès 62380 Lumbres

Encadré 2 : Corticoïdes disponibles en médecine vétérinaire en France

En France, au titre de corticoïdes, la dexaméthasone est la seule molécule disponible, le type de sel et/ou l’excipient permettant de moduler la durée d’action du principe actif.

• Les corticoïdes à action immédiate sont composés en majorité de dexaméthasone sous forme de phosphate disodique (sel minéral : Azium®, Biométhasone®, Cortaméthasone®, Dexadréson®, Dexavène®, Dexazone®, Dexalone® Solution).

• Les corticoïdes à action longue sont des sels organiques (diméthylbutyrate, Dexamédium®) ou des sels minéraux dont la durée d’action est allongée par l’ajout d’un excipient : parahydroxybenzoate de méthyle ou de propyle pour Voren® Dépôt et Suspension et Dexalone® Suspension.

• L’association d’un sel minéral et d’un sel organique est également disponible (Dexafort®).

D’après [12]

POINTS FORTS

• Une fois acquis un degré de maturation permettant la survie dans le milieu extérieur, c’est l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien du fœtus qui déclenche le vêlage.

• Une chute de la température rectale de plus de 0,5 °C en 24 heures indique l’imminence du vêlage.

• L’injection d’un corticoïde à action rapide et/ou d’une prostaglandine F2α permet d’induire le vêlage dans 80 % des cas environ.

• La vitalité du veau n’est pas affectée par l’induction du vêlage si celle-ci est réalisée dans les 15 derniers jours de gestation.

Figure 1 : Modifications hormonales autour du vêlage

L’ocytocine n’intervient que dans la phase terminale du vêlage, une fois le veau engagé dans la filière pelvienne.

Une prise de la température chaque soir, associée à un examen vaginal, est un moyen fiable de prévoir le moment du vêlage.

La surveillance du vêlage peut s’effectuer à distance, grâce à des caméras placées dans le box de vêlage.

Si l’éleveur assure une buvée colostrale correcte, le déclenchement du vêlage n’induit pas de déficit du transfert de l’immunité.

Figure 2 : Prévision du moment du vêlage par la prise de la température corporelle

Figure 3 : Relation entre le degré d’ouverture du col utérin et le délai entre la mesure et l’expulsion du veau

D’après [52].

Tableau : Protocoles d’induction du vêlage

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