Le point Vétérinaire n° 300 du 01/11/2009
 

Gastro-entérologie du chien et du chat

Le point sur…

Valérie Freiche

Clinique vétérinaire 8, bd Godard 33300 Bordeaux

Les affections de l’œsophage résultent de causes diverses, dont les obstructions. La radiographie et l’endoscopie permettent souvent d’établir un diagnostic étiologique.

Résumé

Deux signes cliniques caractérisent une maladie œsophagienne chez les carnivores : les régurgitations et la dysphagie. Les affections obstructives résultent soit de modifications endoluminales, soit de compressions d’origine extrinsèque. Elles sont plus fréquentes chez le chien que chez le chat et constituent une urgence médico-chirurgicale.

La radiographie et l’œsophagoscopie sont des examens complémentaires permettant d’établir un diagnostic étiologique. L’endoscopie interventionnelle occupe une place de choix dans l’extraction des corps étrangers et le traitement des sténoses. La chirurgie permet le traitement des anomalies vasculaires et de certaines tumeurs thoraciques. La chimiothérapie est proposée lors de lymphome médiastinal compressif afin d’obtenir des rémissions satisfaisantes et compatibles avec une bonne qualité de vie pour les animaux traités.

Chez les carnivores domestiques, les causes des maladies de l’œsophage sont très diverses : anomalies anatomiques ayant des répercutions fonctionnelles, troubles de la motricité, affections d’origine inflammatoire, obstructive ou tumorale [3]. Certaines sont très rares, surtout chez le chat. La symptomatologie est commune à toutes, même si le contexte clinique fournit des éléments d’orientation. La radiographie et l’œsophagoscopie sont complémentaires dans la démarche diagnostique.

L’objectif de cet article est de faire le point sur le diagnostic et le traitement des maladies obstructives de l’œsophage chez le chien et le chat, qui sont par ordre de fréquence décroissante, les corps étrangers, les sténoses œsophagiennes, les brides vasculaires, les tumeurs ou les compressions extrinsèques.

Rappels anatomiques

L’œsophage est un organe constitué de tuniques musculaires et délimité par deux sphincters : le sphincter œsophagien proximal en amont (composé de muscles striés) et le sphincter œsophagien caudal (SOC) situé à la jonction cardiale, sans réelle définition anatomique. Plus caudalement, la zone de transition entre les muqueuses œsophagienne et gastrique encore dénommée “ ligne Z” est observée. Chez le chien, l’œsophage comporte exclusivement des muscles striés alors que, chez le chat, son tiers distal comprend des fibres lisses à plis très marqués qui lui confèrent un aspect plissé caractéristique (photo 1).

L’œsophage assure un rôle de transport passif des aliments du pharynx à l’estomac, sans activité motrice spontanée. Les ondes péristaltiques sont générées par la distension pariétale et les mouvements de déglutition. L’innervation est assurée par les branches somatiques du nerf vague.

La physiologie œsophagienne est relativement simplifiée par rapport aux autres segments de l’appareil digestif.

Manifestations cliniques

Deux signes cliniques caractérisent une atteinte œsophagienne : les régurgitations et la dysphagie.

Selon la localisation de la lésion primitive, différentes manifestations peuvent être associées à la dysphagie : ptyalisme, halitose, dysorexie ou anorexie, odynophagie (déglutition douloureuse), polypnée ou dyspnée (liée à une complication infectieuse ou à une douleur thoracique), toux et/ou jetage liés à une surinfection pulmonaire.

Les régurgitations désignent le rejet passif de salive ou d’un contenu alimentaire qui n’est pas encore parvenu dans le compartiment gastrique. Elles s’effectuent brutalement, sans prodromes, contrairement aux vomissements. Les régurgitations surviennent souvent peu de temps après l’ingestion des aliments. Dans certaines circonstances (chiens de grand format), elles peuvent être spastiques et se produire plus tardivement, et sont alors confondues avec des vomissements.

Anamnèse et examen clinique

1. Anamnèse et commémoratifs

Le recueil des commémoratifs s’effectue dans un contexte précis : âge (possibilité d’une anomalie congénitale) et race de l’animal, voyages antérieurs à l’étranger, apparition progressive ou brutale des signes cliniques. Si une dysphagie est rapportée, elle peut être sélective et ne se produire qu’au cours de l’ingestion de solides, alors que les liquides sont déglutis normalement, ce qui indique une obstruction endoluminale partielle.

Le contenu des éléments régurgités est décrit : présence de salive, de sang en nature, d’aliments non digérés.

2. Examen clinique

L’examen clinique fournit des éléments sur les signes cliniques associés à la dysphagie :

– hyperthermie ;

– hypersalivation

– retard de croissance ;

– prostration ;

– amaigrissement ;

– troubles respiratoires : polypnée, toux jetage ;

– fonte musculaire ;

– troubles nerveux ;

– palpation cervicale anormale ;

– bruits rauques lors des déplacements (indiquant une dilatation et une rétention œsophagiennes de salive et/ou d’aliments) ;

– syndrome “dyspeptique” : mouvements de déglutition répétitifs, plus marqués la nuit ou en décubitus, mâchonnements, dysorexie, régurgitations, etc.

Examens complémentaires

1. Radiographie

Radiographie sans préparation

Physiologiquement, le tracé œsophagien n’est pas visible sur le cliché de profil conventionnel réalisé sans marquage en décubitus latéral droit, car il présente la même densité que les tissus mous avoisinants. Sa mise en évidence sur un cliché sans préparation traduit une dilatation localisée ou généralisée, ou un contenu radiodense. Toutefois, une dilatation localisée transitoire de type aérique et non pathologique est parfois observée. Elle peut être la conséquence des mouvements de déglutition de l’animal, d’une dyspnée ou d’un état anxieux [10]. Un cliché réalisé sous anesthésie générale peut aussi générer des images actéfactuelles. Toutes les structures thoraciques sont évaluées lors de l’analyse de l’image : médiastin, espace pleural, parenchyme pulmonaire, silhouette cardiaque, densité osseuse.

Radiographie avec produit de contraste

Les clichés réalisés après administration d’un produit de contraste confirment la suspicion de dilatation ou d’obstruction si la radiographie sans préparation est insuffisante. Des images par soustraction sont identifiées lors de corps étranger ou de tumeur pariétale. Une réduction de diamètre de la colonne de produit de contraste est présente lors de sténose (intrinsèque ou extrinsèque).

2. Radioscopie

La radioscopie est l’examen dynamique indiqué lorsqu’un trouble fonctionnel est suspecté. Elle peut être intéressante lors du marquage des sténoses (évaluation de leur étendue : la colonne de produit de contraste diminue en regard de la sténose dont l’étendue est ainsi mesurée).

3. Œsophagoscopie

L’endoscopie effectuée sous anesthésie générale est un examen de choix dans l’exploration de toutes les affections œsophagiennes d’origine anatomique, inflammatoire ou tumorale [11]. Elle permet une appréciation macroscopique directe de la surface muqueuse, la réalisation de biopsies, ou encore l’extraction d’un corps étranger ou la dilatation des sténoses postinflammatoires ou post-traumatiques.

Obstructions d’origine intrinsèque

1. Corps étrangers œsophagiens

Le comportement alimentaire peu sélectif des carnivores domestiques fait de l’ingestion de corps étrangers un motif de consultation fréquent. Les corps étrangers strictement œsophagiens concernent surtout le chien. Les chats ingèrent plutôt des hameçons, des arêtes ou des ficelles, et les autres types de corps étrangers s’enclavent plus distalement dans le tractus digestif.

Le tableau clinique est parfois alarmant, justifiant une intervention urgente. Bien que la grande majorité des corps étrangers soit de nature osseuse, les objets ingérés par les chiens sont très variables : hameçons, aiguilles, pièces de monnaie, capsules de bouteille, morceaux de plastique, etc.

Leur localisation préférentielle correspond aux trois zones de striction de l’œsophage, qui sont elles-mêmes la conséquence de la topographie anatomique de l’encolure (figure 1) :

– l’entrée du thorax ;

– la base du cœur ;

– le hiatus diaphragmatique.

Données épidémiologiques

Plusieurs études rétrospectives ont été publiées au cours de ces dernières années. Elles confirment toutes la prédisposition raciale des terriers, notamment des west highland white terriers, mais aussi des cairn terriers ou des yorkshire terriers. Une disproportion anatomique entre la largeur de la mâchoire et celle de l’œsophage serait un facteur favorisant chez ces chiens. Toutes les tranches d’âge sont représentées.

Les corps étrangers strictement œsophagiens sont beaucoup moins fréquents chez le chat : des objets linéaires peuvent être identifiés (photo 2).

Diagnostic clinique

Le délai entre l’ingestion du corps étranger et la consultation varie de quelques heures à quelques jours. La sévérité des signes cliniques est corrélée au degré d’obstruction de l’œsophage et à celui de l’atteinte pariétale qui y est associée.

Lorsqu’un corps étranger est localisé en région œsophagienne, les signes cliniques sont souvent caractéristiques et peuvent imposer une intervention dans un délai très court (tableau).

Examens complémentaires

• La radiographie sans préparation permet le diagnostic dans plus de 85 % des cas, selon les données statistiques des séries décrites dans la littérature. Les signes radiographiques mis en évidence peuvent être de nature directe ou indirecte :

– signes directs si le corps étranger est radiodense (os, objet métallique, cailloux, etc.) (photo 3) ;

– signes indirects : dilatation œsophagienne partielle ou totale, présence d’air ou de liquides en quantité anormale en amont de l’obstacle. Si les images ne permettent pas de confirmer la suspicion clinique, des clichés avec produit de contraste sont réalisés.

• La dernière étape diagnostique de la présence d’un corps étranger est thérapeutique : l’œsophagoscopie permet l’identification de l’objet et son retrait dans plus de 90 % des cas.

Complications

Le risque majeur est la perforation de l’œsophage associée à des lésions nécrotiques pariétales (photo 4). Les manifestations cliniques sont immédiates ou différées dans le temps (quelques jours). C’est pourquoi l’extraction du corps étranger doit être la plus rapide possible après que le diagnostic est établi. Les hémorragies locales restent exceptionnelles. Les sténoses cicatricielles sont très rares.

Traitement endoscopique

L’endoscopie digestive permet d’évaluer la forme du corps étranger, mais aussi son degré d’enclavement au sein de la muqueuse et sa mobilité potentielle. Un corps étranger d’emblée non mobilisable est difficile à extraire. L’appréciation locale de l’état de la muqueuse est un critère décisionnel important. Si le corps étranger est en place depuis plus de 72 heures, les risques de perforation sont beaucoup plus élevés [4].

La taille du corps étranger permet parfois d’envisager son retrait sans que sa surface l’autorise (objet rond et lisse). Des bords vulnérants enclavés dans la muqueuse compliquent l’extraction.

Le succès de l’extraction résulte de l’adéquation entre la nature du corps étranger et l’instrument utilisé. Une pince à mors longs à dents de rat est la plus efficace pour le retrait des os (photo 5).

Les difficultés d’extraction résultent de la nature du corps étranger ; les aiguilles et les hameçons s’insèrent souvent en partie cervicale de l’œsophage et leur retrait est facilité par l’emploi d’une pince à dents de rat. Si l’extraction par voie endoscopique n’est pas réalisable, la section des barbules lors d’une intervention chirurgicale transmurale permet le retrait du corps de l’hameçon à l’aide de l’endoscope. Cette technique présente l’avantage d’éviter une œsophagotomie.

Dans la mesure où les indications ont été précisées, les avantages de ce mode opératoire sont les suivants :

– traumatismes tissulaires limités ;

– rapidité de la récupération fonctionnelle ;

– allégement des soins postopératoires ;

– gain de temps.

Suivi

La plupart du temps, les traitements médicaux prescrits sont suffisants pour obtenir une guérison complète. Dans les cas plus graves, une sonde de gastrostomie est placée en fin d’extraction et un contrôle endoscopique est préconisé quelques jours après l’intervention pour s’assurer de la bonne évolution cicatricielle des lésions et ajuster le traitement médical [2, 9].

2. Sténoses œsophagiennes acquises :

Étiologie

• L’ingestion de produits caustiques, de certains médicaments (tétracyclines et clindamycine chez le chat), ou la survenue de reflux gastro-œsophagiens peropératoires sont susceptibles de générer des lésions isolées sténosantes de la paroi œsophagienne [1]. Ces lésions sont souvent incompatibles avec une survie à moyen terme de l’animal si le diamètre résiduel de la lumière œsophagienne est inférieur à 8 mm. Les sténoses cicatricielles postinterventionnelles sur corps étranger sont beaucoup plus rares ; elles sont susceptibles de se produire si les lésions pariétales sous-jacentes sont importantes lors de l’extraction.

Les lésions apparaissent sans prédisposition d’âge, de race ni de sexe chez des animaux en bon état général.

• Lors d’ingestion de substances caustiques, l’étendue et la sévérité des brûlures dépendent de trois facteurs :

– la nature du produit ingéré : les substances basiques (soude, ammoniaque liquide) en raison de leur plus grande viscosité sont surtout responsables de lésions œsophagiennes, car la durée de contact avec la muqueuse est prolongée ;

– la quantité et la concentration du produit ingéré ;

– la durée de contact avec la muqueuse digestive.

Initialement, les lésions observées sont des pertes de substance, un œdème ou une nécrose. L’œdème sous-séreux et la stase lymphatique intéressent parfois tout le territoire œsophagien.

Une œsophagite aiguë diffuse et étendue peut constituer le stade précurseur d’une sténose œsophagienne [7, 12]. Cette constatation impose des mesures thérapeutiques adaptées, urgentes et spécifiques.

Signes cliniques

Les signes cliniques, parfois très aigus, s’installent sur quelques jours. Ils comprennent une dyspnée, des régurgitations, une odynophagie et une dysphagie, souvent plus marquée après une ingestion de solides, mais qui peut apparaître avec les liquides si la sténose est importante. L’amaigrissement de l’animal est rapide.

Diagnostic

• La radiographie permet une évaluation de l’étendue de la sténose alors que l’examen endoscopique est informatif sur le diamètre résiduel. Une sténose étendue est de pronostic défavorable (photo 6). La muqueuse perd son caractère élastique et devient très fibrosée sur le segment concerné (atteinte simultanée de la lamina propria et des tuniques musculaires). Il ne semble pas exister de localisation préférentielle sur le trajet œsophagien, les lésions pouvant être aussi bien proximales que distales.

• Le diagnostic différentiel exclut les autres causes de dysphagie et de régurgitations :

– corps étranger œsophagien ;

– compression œsophagienne extrinsèque ;

– jabot œsophagien ou diverticule ;

– mégaœsophage ;

– hernie hiatale.

Traitement

• Le traitement des lésions est en premier lieu endoscopique. Il consiste en la réalisation de trois à cinq séances de dilatation à l’aide d’une sonde pédiatrique à ballonnet gonflable sous contrôle manométrique [8]. Les résultats sont bons lorsque l’indication a été convenablement cernée. Une diminution du diamètre œsophagien est systématique entre deux séances en raison de la cicatrisation pariétale partielle, qui est inévitable. Des injections in situ de corticoïdes retard sont pratiquées afin de retarder le processus de fibrose cicatricielle (photo 7).

Le risque majeur est la rupture pariétale au cours de l’examen. Lorsque la sténose est trop étendue, le traitement est d’emblée chirurgical, mais une zone segmentaire importante ne peut être réséquée en raison du manque d’élasticité des tissus. Lorsque ces lésions sont traitées d’emblée par voie chirurgicale, une nouvelle sténose est possible sur le site opératoire (photo 8).

• Le traitement médical complémentaire est le suivant :

– anti-sécrétoires (anti-histaminiques de type 2 ou inhibiteurs de la pompe à protons) ;

– topiques et protecteurs de la muqueuse : Gaviscon®, Ulcar®.

Complications

• Le risque majeur est une rupture pariétale au cours de l’examen, ce qui est exceptionnel.

• À moyen terme, la motricité œsophagienne est toujours altérée. Le traitement des sténoses ne garantit pas que l’activité motrice générée par l’ingestion du bol alimentaire soit à nouveau optimale. Plus rarement, la dilatation perendoscopique des sténoses génère l’apparition de diverticules œsophagiens dont le pronostic est péjoratif.

3. Affections œsophagiennes d’origine tumorale

Différents types histologiques rencontrés

Les tumeurs œsophagiennes sont très rares chez le chien et le chat, contrairement à ce qui est décrit chez l’homme. Elles représentent moins de 0,5 % de la totalité des cancers et concernent généralement les animaux âgés. Les carcinomes indifférenciés, les ostéosarcomes et les fibrosarcomes prédominent. Dans l’espèce féline, le carcinome est la tumeur la plus décrite, bien qu’encore moins fréquente que dans l’espèce canine [6, 14]. Des facteurs prédisposants environnementaux ont été incriminés. Cependant, aucun n’a pu être clairement isolé dans cette espèce. La localisation préférentielle des lésions carcinomateuses est le tiers moyen de l’œsophage.

Un reflux gastro-œsophagien chronique peut être à l’origine d’une modification histologique métaplasique de l’épithélium distal de l’œsophage. Ces remaniements histologiques sont bien décrits chez l’homme (œsophage de Barret ou endobrachyœsophage) et dans l’espèce féline. La muqueuse malpighienne de l’œsophage est remplacée par une muqueuse glandulaire. L’endobrachyœsophage du chat, qui constitue un stade métaplasique précarcinomateux, n’a pas de caractère obstructif.

Les tumeurs bénignes sont souvent asymptomatiques (léiomyomes, papillomes chez le jeune chien).

Lors d’helminthose à Spirocerca Lupi décrite en Afrique, sur l’île de la Réunion, en Guyane et dans certaines régions des États-Unis, la migration larvaire de l’estomac vers l’aorte thoracique permet l’implantation d’un parasite adulte dans la paroi œsophagienne, et les nodules parasitaires peuvent subir une transformation néoplasique [5]. L’infestation des carnivores a lieu par ingestion de petits reptiles ou de rongeurs le plus souvent (traitement précoce de ces lésions nodulaires à l’ivermectine(1) et avec ses dérivés : doramectine(1)). Ces tumeurs d’origine primitivement parasitaire sont généralement de mauvais pronostic quand le diagnostic est établi et leur potentiel métastatique est élevé (photo 9).

Expression clinique

Les signes cliniques ne sont pas spécifiques de la lésion primitive :

– une dysphagie s’installe, dont l’intensité est liée au degré d’obstruction œsophagienne ;

– les régurgitations sont associées à d’autres signes cliniques : ptyalisme, dysorexie, odynophagie, altération de l’état général, souvent corrélée à la durée d’évolution des symptômes. Une hématémèse est rapportée en cas d’ulcération locale. Des signes de surinfection pulmonaire peuvent être secondaires aux fausses déglutitions ;

– les tumeurs bénignes ou sous-muqueuses de petite taille se manifestent seulement lorsqu’elles altèrent le péristaltisme.

Diagnostic

Le diagnostic est tardif, car les signes cliniques se manifestent à un stade évolutif avancé. La suspicion est étayée par un examen radiographique (avec ou sans produit de contraste) ou une échographie par voie rétro-xyphoïdienne si la masse est distale. L’examen de choix pour établir un diagnostic précis reste l’œsophagoscopie qui permet la réalisation de biopsies et une appréciation précise de l’étendue de la lésion et des possibilités chirurgicales. Si la masse est sous-muqueuse, un examen tomodensitométrique apporte des informations complémentaires.

Diagnostic différentiel

Les signes cliniques survenant chez l’animal adulte ou âgé, les affections congénitales s’exprimant par une dysphagie sont exclues.

La dysphagie s’installe progressivement. Le tableau clinique est peu compatible avec la présence d’un corps étranger.

Le diagnostic différentiel inclut les affections suivantes :

– sténose œsophagienne ;

– compression œsophagienne d’origine extrinsèque ;

– tumeur gastrique localisée à la face interne du cardia.

Bilan d’extension

Le bilan d’extension comporte la réalisation de clichés radiographiques pulmonaires (les lésions malignes métastasent parfois rapidement). Dans l’espèce féline, les lieux métastatiques préférentiels des carcinomes œsophagiens sont les nœuds lymphatiques thoraciques, les poumons, les reins ou la rate alors que, dans l’espèce canine, les métastases affectent les poumons et les nœuds lymphatiques bronchiques. Des métastases cutanées sont également décrites.

Traitement et pronostic

• L’abord chirurgical des tumeurs œsophagiennes est complexe (difficultés techniques, risque de déhiscence des sutures localement, impossibilité de résection large) [13]. Les techniques de greffe d’origine jéjunale ou colique décrites ne semblent pas plus performantes. Une étude rapporte 6 cas de tumeurs malignes chez le chien traitées chirurgicalement. Une chimiothérapie adjuvante (Doxorubicine®(2)) a permis une survie de 2 à 16 mois chez 5 animaux.

• Le pronostic des lésions malignes est le plus souvent péjoratif à court terme. Les protocoles de chimiothérapie dépendent du type histologique de la lésion et leur intérêt est strictement palliatif.

Le traitement des lésions bénignes (léiomyomes) est chirurgical et le pronostic est favorable après l’exérèse.

Obstructions d’origine extrinsèque

1. Anomalies vasculaires

• La persistance de certains arcs vasculaires au cours de l’embryogenèse peut être à l’origine d’une compression extrinsèque de l’œsophage ayant pour conséquence la formation d’un jabot en amont de la striction. Le type d’anomalie le plus souvent décrit est la persistance du quatrième arc aortique droit dans l’espèce canine : l’œsophage est enserré dans une bride formée par l’aorte, le canal artériel résiduel et l’artère pulmonaire (figure 2).

• Une dysphagie sélective se manifeste souvent lors du sevrage en raison de l’accumulation des particules alimentaires solides en amont de la zone de striction.

Son diagnostic est radiographique (dilatation œsophagienne proximale localisée) mais aussi endoscopique, et son traitement est chirurgical. L’œsophagoscopie peropératoire permet un bon contrôle de la libération de la bride vasculaire (photo 10).

• D’autres anomalies sont rapportées chez les carnivores : double arc aortique, persistance d’artères sous-clavières. Il importe de les détecter par endoscopie lors du diagnostic afin de latéraliser la voie d’abord pour le chirurgien.

2. Compressions œsophagiennes d’origine néoplasique extrinsèque

Certaines tumeurs, notamment le lymphome médiastinal ou thoracique félin, se traduisent par l’apparition d’une dysphagie isolée d’apparition soudaine sans qu’aucun trouble respiratoire ne soit observé. Les animaux présentant ce type de tumeur, parfois jeunes, en bon état général, sont amenés en consultation pour une suspicion de corps étranger.

En raison de la symptomatologie, l’endoscopie est souvent prescrite en première intention. Une sténose localisée associée à un plissement spécifique de la muqueuse est mise en évidence (photo 11a).

Les clichés radiographiques et l’examen échographique du thorax permettent l’identification de masses thoraciques ou médiastinales (photo 11b).

D’autres types histologiques sont à l’origine d’un syndrome dysphagique :

– thymome ;

– abcès ou kyste thymique ;

– lipome intrathoracique ;

– métastases thoraciques péri-œsophagiennes.

Les affections obstructives œsophagiennes présentent une symptomatologie commune et résultent de causes très variées. Chez le chien, les corps étrangers sont fréquents.

L’endoscopie occupe une place de choix dans le diagnostic de ces lésions et permet de réaliser des actes thérapeutiques. Une intervention chirurgicale est préconisée lors de processus néoplasique si le bilan d’extension est favorable. Le pronostic de ces lésions est défavorable en raison d’un manque de spécificité clinique conduisant à un diagnostic tardif.

  • (1) Utilisation hors AMM.

  • (2) Médicament humain.

POINTS FORTS

• Les régurgitations et la dysphagie sont deux signes cliniques qui amènent à suspecter une maladie œsophagienne.

• La confusion entre les régurgitations et les vomissements est fréquente, surtout chez les chiens de grand format.

• La complémentarité entre la radiographie et l’endoscopie est essentielle dans la démarche diagnostique des maladies de l’œsophage.

• Le succès de l’extraction perendoscopique d’un corps étranger œsophagien dépend du temps de contact de celui-ci avec la paroi de l’œsophage.

• Les sténoses résultent souvent de reflux peranesthésiques et sont traitées par voie endoscopique.

• Les tumeurs de l’œsophage sont très rares chez les carnivores domestiques. L’infestation parasitaire par Spirocerca lupi chez le chien en zone endémique est un facteur de carcinogenèse.

Aspect macroscopique de l’œsophage distal chez le chat. La forme striée, caractéristique de l’espèce, est due à la présence de muscles lisses qui n’existent pas chez le chien.

Persistance du quatrième arc aortique identifiée tardivement chez un labrador mâle âgé de 2 ans qui présentait une dysphagie intermittente. La taille du jabot a progressivement conduit à une rétention alimentaire craniale. La taille de la lumière œsophagienne visible au centre du cliché est très réduite.

Œsophagoscopie et radiographie chez une chatte référée à la suite d’une dysphagie d’apparition brutale. Aucune dyspnée n’est observée et l’auscultation cardiovasculaire est normale. Le plissement pariétal spécifique, l’aspect normal de la surface muqueuse et la disparition de la lumière œsophagienne en insufflation maximale évoquent la possibilité d’une compression d’origine extrinsèque. Celle-ci est confirmée par le cliché radiographique sans préparation.

Œsophagoscopie et radiographie chez une chatte référée à la suite d’une dysphagie d’apparition brutale. Aucune dyspnée n’est observée et l’auscultation cardiovasculaire est normale. Le plissement pariétal spécifique, l’aspect normal de la surface muqueuse et la disparition de la lumière œsophagienne en insufflation maximale évoquent la possibilité d’une compression d’origine extrinsèque. Celle-ci est confirmée par le cliché radiographique sans préparation.

Corps étranger linéaire ingéré par un chat. La ficelle est attachée à la base de la langue et se déroule jusqu’au grêle médian. Elle met sous tension l’intestin grêle proximal et compromet l’intégrité pariétale à court terme si le diagnostic n’est pas établi.

Figure 1 : Zones de strictions physiologiques chez le chien

Les corps étrangers sont toujours retrouvés en regard de ces quatre sites. 1 : Sphincter œsophagien. 2 : Entrée de la poitrine. 3 : Base du cœur. 4 : Cardia.

Figure 2 : Présentation anatomique lors de persistance du quatrième arc aortique droit

L’œsophage est enserré dans une bride vasculaire et la partie craniale se dilate en amont de la striction.

Vertèbre de mouton ingérée par un west highland white terrier. Les saillies osseuses du corps étranger sont importantes, comparées à la taille de l’œsophage, et elles rendent l’extraction perendoscopique difficile.

Nécrose œsophagienne distale résultant du contact trop prolongé du corps étranger avec la paroi ; une zone de déhiscence est visible. La pose d’une sonde de gastrostomie par endoscopie (PEG) est requise, car la cicatrisation de ce type de lésion est longue et l’ingestion d’eau ou d’aliments est proscrite pour 10 jours a minima.

Pince à mors longs permettant l’extraction de la majorité des corps étrangers œsophagiens chez les carnivores domestiques.

Œsophagoscopie : Sténose œsophagienne peptique récente d’un diamètre résiduel inférieur à 2 mm. Cette jeune chienne west highland white terrier a été stérilisée quelques jours auparavant, puis a présenté brutalement des régurgitations incoercibles. Cette réaction cicatricielle fait suite à un épisode inflammatoire aigü.

Injection in situ de corticostéroïdes retard dans la paroi œsophagienne au terme d’une séance de dilatation sous contrôle manométrique. L’objectif est ici de retarder le processus cicatriciel afin de préserver le diamètre endoluminal.

Sténose cicatricielle postopératoire apparue après une chirurgie pour retrait d’un corps étranger œsophagien distal. Les fils de suture sont en place, mais la tension est excessive. Il s’agit d’une complication postopératoire possible, et un suivi endoscopique est essentiel.

Ostéosarcome œsophagien chez une chienne husky femelle née en Côte d’Ivoire et référée en consultation pour anorexie, prostration et syndrome dysphagique. L’endoscopie a confirmé la suspicion radiographique de tumeur œsophagienne et l’analyse histologique a confirmé le diagnostic. Des métasta ses cutanées ont été identifiées quelques semaines plus tard.

Tableau : Symptomatologie d’un corps étranger œsophagien

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus
Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Agenda des formations

Retrouvez les différentes formations, évènements, congrès qui seront organisés dans les mois à venir. Vous pouvez cibler votre recherche par date, domaine d'activité, ou situation géographique.

Calendrier des formations pour les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires

En savoir plus

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité