Le point Vétérinaire n° 298 du 01/09/2009
 

Antibiothérapie bovine

Pratique

SUR ORDONNANCE

Jean-Dominique Puyt*, Hervé Pouliquen**


*Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV de Nantes
Atlanpôle La Chantrerie, 44307 Nantes Cedex 3

Les infections respiratoires des jeunes bovins dominées par des pasteurelles ne justifient pas la prescription d’une céphalosporine de 3e ou 4e génération en première intention.

Un troupeau de jeunes bovins à l’engrais de 300 kg est atteint de troubles respiratoires persistants malgré un premier traitement antibiotique par voie orale sous forme d’aliment médicamenteux à base d’oxytétracycline et de sulfadimidine. Cinq d’entre eux présentent une hyperthermie à 41 °C accompagnée d’anorexie, et leur état est critique.

L’éleveur sollicite alors l’intervention de son vétérinaire traitant qui prescrit une céphalosporine.

Cobactan® LA 7,5 %

Pourquoi pas en seconde intention ?

Cobactan® LA 7,5 % est une suspension injectable à base de sulfate de cefquinome. Il s’agit d’une céphalosporine de 4e génération qui possède un spectre antibactérien très large, dirigé à la fois sur les bactéries à Gram positif et négatif, aérobies et anaérobies. Son activité est plus prononcée vis-à-vis des bactéries à Gram négatif que de celles à Gram positif. La particularité des céphalosporines de 4e génération par rapport aux générations précédentes est de résister aux β-lactamases chromosomiques et plasmidiques codées par le gène ampC (céphalosporinases de type ampC correspondant à des β-lactamases non inhibées par l’acide clavulanique) ainsi qu’aux céphalosporinases des entérobactéries. Pour cette raison, ces céphalosporines doivent être réservées aux traitements d’infections bactériennes par des entérobactéries. Les infections respiratoires des jeunes bovins sont dominées par Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida et Histophilus somni (Haemophilus somnus). Ces trois bactéries appartiennent à la famille des Pasteurellaceae. Ce sont des bactéries à Gram négatif aéro-anaérobies, sensibles à de nombreux antibiotiques : β-lactamines, aminosides, colistine, tétracyclines, macrolides, florfénicol, sulfamides et quinolones. Dans ce cas, cette prescription a lieu en seconde intention après l’échec d’un premier traitement par voie orale. Un traitement par voie injectable est tout à fait justifié en raison de l’anorexie des bovins. Conformément aux recommandations de l’Agence européenne du médicament (EMEA) en date du 16 mars 2009, « les céphalosporines de troisième et de quatrième génération devraient être réservées chez les animaux de production à des indications particulières (traitements de seconde intention, bactéries résistantes) après appréciation du rapport risque/bénéfice et ne devraient être employées qu’en traitement individuel ». Ainsi, le choix d’une céphalosporine de 4e génération respecte ces recommandations. Néanmoins, devant l’augmentation de l’incidence de la résistance bactérienne (notamment K. pneumoniae et E. coli) aux céphalosporines de 3e et de 4e génération en médecine humaine et compte tenu de la sensibilité des pasteurelles à une très grande variété d’antibiotiques, le choix d’un macrolide du sous-groupe des azalides tel que la tulathromycine (Draxxin®) était tout autant judicieux. Une seule injection maintient des concentrations pendant plus d’une douzaine de jours et limite les manipulations des animaux, ce qui est un avantage chez des bovins malades depuis plusieurs jours avec une baisse probable des défenses immunitaires. L’absence d’action antibactérienne de la tulathromycine sur les entérobactéries à Gram négatif présente l’avantage d’éviter toute sélection d’antibiorésistances.

Enfin, il appartient au vétérinaire prescripteur d’identifier les facteurs favorisants qui ont permis la survenue d’une pasteurellose (virus syncytial ou autre virus à tropisme respiratoire, conditions d’hygiène). Lors d’infection bactérienne, la bactérie est rarement au cœur de l’infection et l’antibiothérapie n’est pas une panacée. Il convient impérativement d’identifier et d’éliminer les facteurs favorisants.

Législation en pharmacie vétérinaire

Prescription obligatoire

Cobactan® est inscrit sur la liste I des substances vénéneuses et susceptibles de laisser des résidus dangereux dans les denrées alimentaires. C’est donc un médicament à prescription obligatoire, même lors d’administration par le vétérinaire lui-même. La prescription peut être rédigée sur une ordonnance simple ce qui impose au vétérinaire de tenir un ordonnancier.

Elle peut aussi l’être sur une ordonnance à duplicata et numérotée, ainsi l’original est remis à l’éleveur et la copie est conservée pendant dix ans par le vétérinaire ; de cette manière, l’exécution de la prescription s’en trouve simplifiée. La voie et le lieu précis d’injection doivent être mentionnés.

La mention “renouvellement interdit” est inutile puisque les médicaments de la liste I ne peuvent pas être renouvelés, sauf mention contraire du prescripteur. Lors de l’exécution de l’ordonnance, le vétérinaire doit indiquer sur l’ordonnance originale ses noms et adresse, la date et les quantités de médicaments délivrés, et sur le duplicata, la date, les quantités et les numéros de lots des médicaments fournis.

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