Le point Vétérinaire n° 297 du 01/07/2009
 

Parasitologie bovine

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FOCUS

Béatrice Bouquet

Cabinet vétérinaire 8, rue des Déportés, 80220 Gamaches

La lutte environnementale séduit les éleveurs, mais une approche globale zootechnique et médico-sanitaire est bien plus raisonnable.

Il en est de la coccidiose comme de la paratuberculose : aucun animal n’est égal devant elle. Les éleveurs chez qui le parasite vient de révéler un impact pathogène veulent souvent s’en débarrasser “au plus vite”. Dans les deux cas, cela est illusoire, mais avec la coccidiose, il s’agit en plus de composer avec la persistance environnementale des oocystes. Une fois le message passé aux éleveurs que les oocystes persistent longtemps dans l’environnement, leur tentation est grande de chercher à tout prix le produit le plus efficace pour “s’en débarrasser”.

Peu de produits font état d’une homologation pour la lutte contre les oocystes de coccidies dans l’environnement. Jusqu’à l’an dernier, Oo-cide®, associant le sulfate d’ammonium et la soude, était leader pour son efficacité. Il vient toutefois d’être retiré du marché, les “propriétaires” de ses deux composants chimiques de base n’ayant pas jugé rentable la constitution d’un dossier d’homologation moderne, pour justifier de propriétés biocides (avec les coûts que cela implique).

Le même laboratoire qui commercialisait Oo-cide® (Noé/Mériel) propose depuis peu un produit de substitution pour la lutte contre les oocystes dans l’environnement. Baptisé Phophyl® 75, il contient une association de deux phénolés (chloro-4-méthyl-3-phénol et 2-benzyl-4-chlorophénol). Ces deux composants sont également présents dans divers autres produits commercialisés avec le label de “super-désinfectants”, sans être ouvertement des anticoccidiens de l’environnement (Tripuricide® Duquesne Purina, Crésyl® super-concentré Spado, etc.). Les phénolés présentent l’avantage d’une bonne résistance en présence de matière organique. Par leur capacité naturelle à “persister”, ils peuvent représenter un péril pour les sols et les nappes phréatiques. Chez Noé, pour les deux phénolés contenus dans le Prophyl® 75, le responsable technique fait état d’un péril environnemental de l’ordre de 70 fois moindre que celui dû aux produits de la même famille chimique.

Bataille d’efficacité oocysticide

À la disparition de Oo-cide®, un autre produit s’est positionné sur le marché des oocysticides de l’environnement (il est référencé dans certaines centrales vétérinaires) : Néoprédisan® (Thérabio). Celui-ci ne contient qu’un seul des deux dérivés phénolés du Prophyl® 75 : le chloro-4-méthyl-3-phénol. Son homologation vis-à-vis des oocystes de coccidies (Isospora suis et Eimeria zuernii) et de Cryptosporidium parvum est clairement annoncée comme “importée” d’Allemagne (essais à l’université de Berlin, à 3 % avec temps de contact 1 heure), alors que Prophyl® 75 a été soumis à une expertise française, notamment à l’Afssa Nouzilly. Ainsi, des tests ont été pratiqués pour évaluer l’efficacité in vitro de Prophyl® 75 sur la sporulation, la viabilité et l’effet pathogène chez des poulets d’un mélange de six espèces d’Eimeria. La sporulation n’est pas diminuée, mais la viabilité des oocystes est réduite de 75 à 80 % environ (solution à 3 ou 5 %). Les scores lésionnels ainsi que l’excrétion après inoculation sont considérablement réduits. Certains intervenants de la filière regrettent que d’autres données expérimentales concernant l’efficacité sur des oocystes sporulés (les seuls infestants) ne soient pas disponibles. Les responsables techniques du produit arguent qu’il s’agit expérimentalement de mimer le recours pratique à l’oocysticide, c’est-à-dire une utilisation au retrait de la bande, alors que la sporulation s’effectue plutôt au retour des animaux dans les locaux d’élevage (température et humidité favorables).

Les précautions d’utilisation divergent pour les deux produits. La plaquette de Neoprédisan® recommande une pulvérisation sur toutes les surfaces souillées par les déjections, jusqu’à une hauteur de 1 m, y compris les auges et silos, sachant que le produit ne doit pas être rincé. À l’inverse, celle du Prophyl® 75 préconise de ne pas l’appliquer sur les surfaces en contact avec les denrées alimentaires. Le produit doit être appliqué après nettoyage et séchage. Neoprédisan® affiche son caractère corrosif (contient aussi de l’isopropanol et du propanol en solution). Noé communique davantage sur sa sécurité d’emploi, les bovins pouvant être remis sur les sols traités “rapidement après l’application”.

L’éradication est illusoire

Ainsi, ces nouveaux anti-oocysticides de l’environnement amènent à composer avec “de la chimie lourde”, d’après l’expression employée par Albert Agoulon, enseignant en parasitologie à l’école vétérinaire de Nantes lors du symposium coccidiose organisé par Bayer à Nantes le 12 mai dernier. Or « l’éradication n’est pas un objectif à rechercher, car elle est illusoire ».

La coccidiose requiert typiquement un abord sanitaire raisonné. Il s’agit d’abord de préciser quel impact la maladie a réellement sur l’élevage (chez les volailles, la pratique du scoring lésionnel est largement répandue). En pratique bovine, il serait tentant de déclencher une décision de lutte à partir du seuil d’excrétion oocystale observé chez les animaux, mais cette solution ne semble pas privilégiée par les parasitologues réunis à Nantes en mai dernier. L’information relative aux espèces identifiées semble bien plus importante à prendre en compte pour une décision “Agir ou ne pas agir” (seules Eimeria bovis, E. zuernii et E. alabamensis au pâturage sont réputées pathogènes chez les bovins, en particulier).

Aucune solution de lutte environnementale ne se dégage des données sur la capacité des coccidies à sporuler plus ou moins abondamment en fonction des paramètres d’ambiance (chaleur, humidité). Des conseils pratiques peuvent être proposés. En pratique ovine, Pierre Autef propose quelques recommandations simples centrées sur le bâtiment, la conduite d’élevage et les animaux (encadré, photo).

Pour détruire les oocystes dans l’environnement, il existe des moyens physico-mécaniques tout aussi “radicaux” que les agents chimiques cités plus hauts : brûlage, nettoyage haute pression à haute température. Les machines peuvent néanmoins paraître barbares et coûteuses (sauf à les mutualiser). Tout autant que la pulvérisation d’agents chimiques, il convient d’en maîtriser et d’en supporter l’utilisation (Jean-Michel Guillaume, praticien en porcine, décrit l’effet “brouillard tropical” du dégagement de vapeur d’eau en bâtiments fermés). Des moyens mécaniques plus simples, à l’efficacité plus limitée, sont utilisés chez les oiseaux élevés dans des conditions d’extensivité évoquant davantage l’élevage de ruminants (retournement de la terre en volières d’élevage de faisans, décaissage des graviers dans les volières des parcs zoologiques).

Travailler avec l’immunité

Dans tous les cas, la lutte environnementale n’est qu’une composante des mesures de maîtrise de la coccidiose.

Après avoir aidé l’éleveur à déterminer si le parasite a un impact, il convient d’encourager un travail sanitaire sur la résistance des animaux au parasite. Cette piste s’inscrit bien mieux dans les chartes de qualité en élevage de demain. Il s’agit de vérifier que la mise en place de l’immunité des animaux vis-à-vis des coccidies n’est pas gênée par :

– une autre maladie (Philippe Camuset, praticien à Yvetot (76), cite un cas d’ascaridose bovine concomitante d’une coccidiose “rebelle”) ;

– des carences (vitamines, protéines) ;

– des excès (protéines) ;

– des traitements mal conduits ;

– une conduite d’élevage inadéquate (mélanges d’âges différents, regroupements de lots, stress d’élevage).

Une bonne connaissance de l’immunité vis-à-vis des coccidies facilite le conseil autour de cette maladie. Ainsi, l’absence d’immunité croisée impose de prendre garde à ne pas introduire de nouvelles espèces de coccidies, par un animal contaminé acheté ou par les bottes ou les véhicules (pédiluve, rotoluve). Pour le reste, l’attention de l’éleveur est orientée vers la prévention face aux événements stressants inévitables (traiter une semaine avant une transition : sevrage, réallotement, etc.).

Plutôt que d’encourager une guerre ouverte, il s’agit pour les éleveurs qui en sont victimes de réapprendre à vivre avec leurs coccidies “en bon entendement”, ce qui est aussi le fondement d’une bonne relation hôte-parasite.

Encadré : Quelques conseils pour une bonne gestion zootechnique et sanitaire vis-à-vis de la coccidiose en élevage ovin

Chez l’ovin, il est particulièrement déterminant de respecter la mise en place d’une immunité vis-à-vis des coccidies, ce qui inclut la possibilité de contact avec le parasite. Toutefois, quelques mesures de bonne conduite sanitaire s’imposent sur le long terme pour limiter les coccidies.

Aspects “bâtiment-hygiène”

• Respecter une bonne ventilation.

• Préférer des auges en hauteur.

• Vérifier l’absence de fuites aux abreuvoirs.

• Déplacer régulièrement les abreuvoirs et autres points de piétinement.

• Gérer les tunnels d’engraissement (vérifier la pente/le drainage).

• Nettoyer régulièrement le matériel (auges, etc.), peut-être à haute pression, et même sans désinfectant particulier.

• Gérer les sorties de bâtiment (attention à la conduite qui consiste à sortir les brebis 12 h/j).

Aspects “conduite d’élevage”

• Soigner l’alimentation des brebis en fin de gestation.

• Respecter des transitions alimentaires chez les agneaux (faire attention aux distributions trop précoces d’aliment de finition).

• Gérer les différentes vagues d’agnelage par l’allotement (prendre garde au désaisonnement et à la mise en contact d’agneaux d’âges différents).

Aspects “Animaux”

• Séparer les simples (agneau unique) et les doubles (les jumeaux sont plus sensibles aux infections : soigner la complémentation alimentaire, par exemple avec le recours aux semoulettes de démarrage, en ajoutant de la poudre de lait pour l’appétence).

• Gérer le parasitisme associé (sur la base de suivis coprologiques réguliers, pour détecter en particulier Strongyloides en bergerie, et Nematodirus, Trichostrongylus, Haemonchus, à l’herbe).

Source : Pierre Autef

SOURCE

La coccidiose dans tous ses états et toutes ses espèces. Symposium Bayer, La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique), mardi 12 mai 2009.

Pour gérer la coccidiose dans un élevage, quelques recommandations simples concernent le bâtiment, mais aussi la conduite d’élevage et les animaux eux-mêmes.

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