Le point Vétérinaire n° 297 du 01/07/2009
 

Nouveaux animaux de compagnie

Pratique

SUR ORDONNANCE

Adeline Linsart*, Hervé Pouliquen**


*41, rue du Président-Roosevelt, 78500 Sartrouville

L’hypomotilité digestive provient essentiellement d’une alimentation inadaptée. Une correction de la ration et l’administration de métoclopramide relancent le transit.

Une lapine âgée de 2 ans est présentée en consultation pour constipation. La propriétaire n’a pas observé de crottes depuis deux jours, mais avait remarqué auparavant des “colliers de crottes” (petites crottes dures et sèches reliées entre elles par des poils). L’état général de l’animal est bon, mais son appétit est diminué. À la palpation abdominale, l’estomac est pâteux, le cæcum souple, le côlon et le rectum vides. Un traitement pour relancer la motricité digestive et favoriser l’élimination des poils est instauré.

Féligastryl®

Nombreux effets indésirables

Féligastryl® contenant du salicylate d’ésérine est un inhibiteur réversible des cholinestérases. L’ésérine, liposoluble, est bien résorbée par voie orale et largement distribuée dans tous les tissus, y compris le cerveau. Pendant environ 6 heures, l’ésérine favorise l’accumulation d’acétylcholine au niveau des synapses, facilitant ainsi les transmissions neuromusculaires. Elle augmente les sécrétions digestives et stimule le péristaltisme gastro-intestinal par augmentation du tonus des fibres musculaires lisses ; des douleurs abdominales importantes peuvent être observées. Une bronchoconstriction et une augmentation des sécrétions bronchiques peuvent être responsables de difficultés respiratoires. L’ésérine induit également une bradycardie et une diminution du tonus de contraction des oreillettes. Chez les espèces sensibles au choc vagal, comme le lapin, un arrêt cardiaque peut survenir. La multiplicité des effets défavorables sur l’organisme conduit à déconseiller l’emploi de ce médicament chez le lapin, d’autant plus qu’il existe des solutions alternatives efficaces et mieux tolérées dans des présentations plus adaptées.

Primpérid®

Pratique et efficace

Primpérid® contient du métoclopramide, un antivomitif anti- dopaminergique et gastrocinétique. Ce dernier agit par antagonisme des récepteurs dopaminergiques D2 et agonisme des récepteurs sérotoninergiques 5HT. Chez le lapin, il est couramment utilisé hors autorisation de mise sur le marché pour stimuler la vidange gastrique et augmenter la motricité gastro-intestinale, à raison de 0,5 mg/kg toutes les 6 à 12 heures. La présentation injectable (voie sous-cutanée) est privilégiée lors d’hypomotilité digestive alors que la présentation buvable permet une administration aisée en relais par voie orale. Les opioïdes analgésiques et l’atropine ne doivent pas être associés au métoclopramide car ils peuvent s’opposer à ses effets. À forte dose, une hyper-prolactinémie et une ataxie peuvent être observées. L’emploi de modificateurs du transit digestif est contre-indiqué en cas de dilatation gastrique, d’abdomen tendu et douloureux, de tympanisme abdominal ou d’état de choc pouvant faire suspecter une occlusion digestive.

Jus d’ananas

Intérêt thérapeutique controversé

Le jus d’ananas frais contient de la bromélaïne, une enzyme protéolytique, ainsi que des minéraux, des vitamines (B1 et C) et des glucides simples. Sa teneur en bromélaïne est variable en fonction de la maturité et de la partie concernée du fruit (la partie centrale du fruit est la plus riche) et de processus industriels (pasteurisation, déshydratation, concentration) qui inactivent la molécule. La bromélaïne est efficace dans l’estomac pour dissoudre la matrice protéique du trichobézoard et favoriser ainsi la réhydratation des amas de poils et d’aliments. En revanche, elle est incapable de détruire la kératine des poils. Des études expérimentales suggèrent également des propriétés anti-inflammatoires (après résorption orale) et antidiarrhéiques (par une action mucolytique locale).

L’appétence du jus d’ananas est excellente et l’administration orale de grands volumes (10 ml) assez aisée.

Néanmoins, en raison de sa teneur variable en bromélaïne, seul l’effet réhydratant du jus d’ananas est le plus souvent utile. De plus, la présence de glucides pourrait favoriser l’émergence de bactéries pathogènes dans le tube digestif.

Une solution alternative intéressante est un complément alimentaire, Papaya Fruit Plus®. Spécifiquement conçu pour les lapins, il est sans sucres ajoutés et sa teneur en bromélaïne est garantie. Il peut être nécessaire de casser le comprimé pour accentuer l’arôme et stimuler une prise spontanée. Lors des périodes de mue, un à deux comprimés peuvent être distribués quotidiennement sans effets secondaires. Ce complément associé à un régime alimentaire riche en fibres (foin consommé à volonté par le lapin) permet d’observer une nette diminution des “colliers de crottes”.

L’administration de bromélaïne est déconseillée lors d’importants ralentissements du transit. En effet, le contact prolongé avec les muqueuses favorise les ulcérations digestives en détruisant la barrière protectrice du mucus.

  • Les fiches DMV : Féligastryl®, Primpérid solution buvable® sont consultables sur le site www.WK-Vet.fr, rubrique DMV/Roy.

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