Le point Vétérinaire n° 296 du 01/06/2009
 

Antibiothérapie intermittente

Pratique

SUR ORDONNANCE

Éric Vandaële*, Hervé Pouliquen**


*4, square de Tourville, 44470 Carquefou

L’usage intermittent et sur le long terme de la céfalexine ne peut qu’accroître fortement les résistances aux céphalosporines chez les commensaux d’abord et les pathogènes ensuite.

Un chien est atteint d’une pyodermite récidivante qui régresse après un traitement antibiotique et des soins topi-ques, mais qui réapparaît dans le mois qui suit l’arrêt de l’anti-biothérapie. La recherche d’une cause sous-jacente n’a pas été concluante. Après plusieurs rechutes, le vétérinaire a prescrit pendant deux mois de la céfalexine à la dose de 15 mg/kg deux fois par jour (associée à des soins locaux tels que les shampoings). L’évolution clinique étant très satisfaisante et pour prévenir une nouvelle récidive, il décide de prescrire sur le très long terme une antibiothérapie dite intermittente : céfalexine à la dose de 15 mg/kg deux fois par jour seulement le week-end.

La week-end thérapie ou la pulse therapie

La céfalexine est une céphalosporine de première génération couramment prescrite contre les pyodermites infectieuses. Les doses recommandées en France sont de 15 mg/kg 2 fois par jour pendant au moins 2 à 3 semaines selon les résumés officiels des caractéristiques des produits (RCP) des comprimés Rilexine®, Thérios® et Cefaseptin®. Les durées prescrites sont souvent d’un mois, voire de 2 à 4 mois. Il est habituellement recommandé de poursuivre le traitement pendant 10 jours après la disparition des lésions, avant de le stopper.

90 % des pyodermites étant associées à Staphylococcus intermedius, aucune analyse bactériologique ni a fortiori d’antibiogramme ne sont réalisés. Néanmoins, deux études concluent à l’émergence de souches résistantes [3, 4]. Ainsi 62 % des 50 souches produisent des β-lactamases [3]. 42 % des souches sont multirésistantes à plus de trois classes d’antibiotiques. Toutefois, selon une autre étude, la plupart des souches de St. intermedius restent sensibles à l’association amoxicilline-acide clavulanique, à la céfalexine, aux fluoroquinolones, à la doxycycline et à l’acide fusidique [4]. La plupart des pyodermites ont une cause sous-jacente, le plus souvent une atopie. Si cette cause n’est pas identifiée et éliminée, la récidive est fréquente. Les pyodermites récidivantes, dites “idiopathiques”, sont un défi thérapeutique.

Des vétérinaires dermatologues français ont proposé des protocoles d’antibiothérapie intermittente avec la céfalexine : “la week-end thérapie” destinée à prévenir les rechutes [1]. La week-end thérapie consiste à administrer de la céfalexine à la dose de 15 mg/kg/j, 2 jours par semaine (le week-end), pendant plusieurs mois.

Cette pratique s’appuie sur une étude clinique randomisée et à l’aveugle contre un placebo [1]. Dans cet essai, le délai moyen d’apparition des rechutes est de 2,5 mois pour le placebo contre 6,5 mois pour la céfalexine. Les auteurs indiquent que « la résistance à la céfalexine n’a pas été accrue pendant l’étude ».

D’autres vétérinaires proposent la “pulse therapie”, un traitement antibiotique une semaine sur deux, voire une semaine par mois, ou encore un traitement à dose faible (à quart de dose) [5].

Le risque d’augmentation des antibiorésistances

Pour un microbiologiste, ce type de protocole sous-dosé, à la fois intermittent et permanent, sélectionne fortement les résistances pour une efficacité moindre. L’absence de résistance ne doit pas être jugée sur la bactérie cible, St. intermedius, mais d’abord sur les bactéries commensales digestives des chiens traités, notamment les entérobactéries (E. coli entre autres). En effet, les traitements antibiotiques ne “créent” pas la résistance, mais la sélectionnent et l’amplifient dans la flore commensale. Après un traitement antibiotique de plusieurs jours, voire de quelques semaines ou de quelques mois, le réservoir de bactéries résistantes dans la flore digestive s’est accru en raison de leur avantage compétitif à résister dans un environnement hostile, la flore commensale sensible ayant été éliminée ou réduite. Par différents supports génétiques, ces gènes sont plus facilement transférés entre espèces bactériennes en présence d’antibiotique. À l’arrêt du traitement, la flore commensale sensible résiduelle peut lentement reprendre le dessus sur les souches résistantes si celles-ci se révèlent un peu moins performantes à se multiplier. La sélection d’une antibiorésistance est d’autant plus importante que les traitements sont longs ou répétés avec le même antibiotique, surtout s’ils sont sous-dosés. En revanche, les traitements bactéricides de quelques heures ou, au plus, de quelques jours à des doses élevées, voire très élevées, pour les antibiotiques bactéricides concentration-dépendants (fluoroquinolones et aminosides, mais pas céfalexine) sont moins sélectionnants.

Les praticiens canins considèrent, à tort, que les traitements individuels des animaux de compagnie ne présentent pas de risque d’antibiorésistance pour la santé publique. Pourtant, les cas d’échanges d’agents pathogènes (sensibles ou résistants) ne manquent pas entre l’homme et le chien, même s’ils restent peu fréquents. Parmi toutes les espèces animales, les animaux de compagnie consomment, proportionnellement à leur poids, le plus d’antibiotiques : 316 mg/kg/an, 2 fois plus que leurs propriétaires et loin devant les porcs (216 mg/kg/an), les volailles (75 mg/kg/an) ou les bovins (25 mg/kg/an) [2].

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