Le point Vétérinaire n° 294 du 01/04/2009
 

Traitement de l’insuffisance renale chronique

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FOCUS

Éric Vandaële

4, square de Tourville, 44470 Carquefou

Renalzin®, une pâte orale diététique, diminue la résorption digestive du phosphore pour lutter contre l’hyperphosphatémie des chats atteints d’insuffisance rénale chronique.

Avec Renalzin®, une pâte orale à base de carbonate de lanthane (ou Lantha-renol®), reconnue officiellement dans la catégorie des “aliments diététiques”, Bayer s’engage dans de nouvelles aires thérapeutiques, inattendues pour ce groupe chimique allemand, surtout connu pour sa recherche sur les antibiotiques et ses antiparasitaires.

Double nouveauté : thérapeutique et diététique

La nouveauté est double. D’abord, le lanthane, une “terre rare”, appartient à une classe thérapeutique inédite pour lutter contre l’insuffisance rénale chronique (IRC) des chats : les chélateurs de phosphore. En médecine humaine, le lanthane possède, depuis 2005, une autorisation de mise sur le marché (AMM) comme médicament (Fosrenol®) pour les patients dialysés, afin de réduire et contrôler l’hyperphosphatémie.

Ensuite, la procédure d’enregistrement et d’évaluation du carbonate de lanthane est très originale puisqu’il ne s’agit pas d’un médicament “avec AMM”, mais d’un additif zootechnique (Lantharenol®) qui est incorporé dans un aliment (Renalzin®) officiellement reconnu par les autorités européennes comme diététique et indiqué en « soutien de la fonction rénale en cas d’IRC ». Le comité d’experts “alimentation animale” de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a toutefois émis un avis défavorable en raison des études cliniques qu’il juge insuffisantes pour démontrer l’efficacité de cet additif.

Un métal, chélateur de phosphore, issu des terres rares

Le lanthane ou lanthanum n’est pas une molécule organique de synthèse, mais un métal du groupe des “terres rares” : La57 dans la classification atomique. C’est le chef de file d’une série de 15 métaux appelés “lanthanides” dans le tableau périodique des éléments. Son origine est donc naturelle. Il peut être présent naturellement en très faibles quantités dans l’environnement.

Le mode d’action du carbonate de lanthane est simple : il chélate le phosphore et les phosphates (à plus de 97 % in vitro), y compris dans les pH acides gastriques et digestifs. Le phosphore alimentaire, ainsi chélaté, n’est donc pas résorbé, mais éliminé avec le lanthanum dans les fèces (figure 1).

Combattre l’hyperphosphatémie en diminuant la résorption du phosphore

L’IRC est, par diminution de la fonction excrétoire, à l’origine d’une hyperphosphatémie associée à une hypocalcémie, ce qui aggrave le vieillissement rénal (encadré complémentaire sur www.WK-Vet.fr). L’intérêt de contrôler l’hyperphosphatémie, en diminuant la biodisponibilité du phosphore alimentaire, est alors évident. C’est l’objectif recherché par la pâte orale diététique Renalzin® chez le chat ou le médicament humain Fosrenol® chez le dialysé.

De plus, le lanthane n’étant pas résorbé (absorption digestive inférieure à 0,001 %), même en grandes quantités, sa tolérance est bonne. Seuls quelques vomissements sont rapportés dans les essais cliniques. Dans la pâte alimentaire Renalzin®, l’additif Lantharenol® est associé à du kaolin pour adsorber les toxines du tube digestif et à un antioxydant, l’alpha-tocophérol (ou vitamine E). La prise est spontanée dans 85 % des cas, lorsqu’il est mélangé à l’aliment habituel du chat.

Un essai clinique positif, mais pas démonstratif

Les études cliniques démontrent que ce produit est efficace pour réduire la biodisponibilité du phosphore alimentaire chez les chats sains (53 % sans lanthane, 36 à 38 % avec lanthane). Cette chélation est observée avec les aliments classiques comme avec les aliments diététiques à teneur réduite en phosphore. Chez les chats insuffisants rénaux, un essai ouvert montre que l’ajout de Renalzin® à un aliment conventionnel conduit à stabiliser, voire parfois à améliorer légèrement quelques paramètres comme la phosphatémie, la créatinémie, l’urémie, ou un score clinique multifactoriel (figure 2). Toutefois, l’essai initialement comparatif chez 23 chats atteints d’IRC ne permet pas de comparer les 9 chats nourris d’un aliment diététique classique (restrictions en protéines et en phosphore) avec les 14 animaux traités par Renalzin® (sans modification de leurs habitudes alimentaires). Les propriétaires notent surtout une meilleure appétence de l’aliment habituel avec Renalzin®, confirmant le relatif manque d’appétence des aliments “rénal” associé aussi à un changement d’aliments.

Renalzin® s’administre sur le long terme (au moins 6 mois) dans un aliment conventionnel ou déjà adapté aux chats insuffisants rénaux. La dose recommandée est de 2 à 4 ml/chat/j (soit 400 à 800 mg de Lantharenol®). Bayer recommande de commencer le traitement précocement dès les stades I (préclinique) ou II d’insuffisance rénale débutante selon la classification IRIS (tableau).

Les flacons doseurs sont commercialisés en centrale à moins de 10 € HT pour celui de 50 ml (25 jours de traitement à la dose de 2 ml/chat) et de 20 € HT pour celui des 150 ml (75 jours).

Une AMM comme additif pour un aliment diététique

Dans le monde “touffu” des suppléments nutritionnels et des produits nutraceutiques “sans AMM”, Bayer a donc choisi une voie originale de développement et d’enregistrement d’une substance active.

Le carbonate de lanthane est autorisé par la Commission européenne comme un additif de l’alimentation animale sous la marque commerciale Lantharenol®. La Commission européenne a aussi accepté que les aliments, tel Renalzin®, contenant cet additif soit indiqués comme « soutien de la fonction rénale en cas d’insuffisance rénale chez les chats adultes ».

Jusqu’à présent, seuls les aliments diététiques complets des fabricants de pet-foods pouvaient bénéficier de cette indication à condition de présenter une « faible teneur en phosphore et une teneur réduite en protéines de qualité élevée ».

Ces autorisations sont délivrées après une évaluation scientifique d’un dossier d’AMM par le comité d’experts de l’Autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA), l’équivalent européen de l’Afssa.

Toutefois, cette dernière estime qu’il n’est pas suffisant de démontrer une diminution de l’excrétion urinaire chez des chats sains pour conclure à l’efficacité de cet additif chez les chats atteints d’IRC dans les conditions de terrain.

EN SAVOIR PLUS

– Avis de l’Afssa du 22 mai 2008 et du 7 novembre 2008.

– Avis de l’EFSA du 18 septembre 2007.

– Schmidt B, Delport P, Spiecker-Hauses U. Bay 78-1887, a novel lanthanum-based phosphate binder, decreases intestinal phosphorus absorption in cats. J. Vet. Pharmacol. Therap. 2006 ; 29(1): 206-207.

– Spiecker-Hauses U, Kraemer F et coll. Efficacy of Lantharenol® to reduce intestinal phosphorus absorption from feline renal diet. Proc. 11th ESVCN congress, Leipzig, 2007.

Figure 1 : Évolution de l’excrétion du phosphore fécal et urinaire et de la phosphatémie selon la dose de Lantharénol®

L’ajout de Lantharenol® à la ration diminue l’excrétion urinaire de phosphore chez des chats sains, et augmente l’excrétion fécale chez des chats sains traités pendant 1 mois. Les doses recommandées (400 à 800 mg/j de Lantharenol®) correspondent aux deux premières doses testées (1,5 à 4,5 g/kg d’aliments).

Figure 2 : Évolution de la phosphatémie, de la qualité de vie et du score clinique

Dans cet essai clinique chez 23 chats atteints d’IRC, les biais à l’inclusion font que les deux groupes Renalzin® et aliment “rénal” ne sont pas comparables. Une amélioration est notée dans le lot Renalzin®, mais les critères analysés sont meilleurs avec l’aliment “rénal” (avant et après les deux mois d’administration).

Tableau : Classification des IRC chez le chat en quatre stades

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