Le point Vétérinaire n° 294 du 01/04/2009
 

Reproduction des bovins

Infos

FOCUS

Christophe Leboeuf*, Michaël Treilles**, Victor Carpinschi***


*GDS 50, BP 231, 50001 Saint-Lô
**LDA 50, Route de Bayeux 50008 Saint-Lô Cedex
***LDA 50, Route de Bayeux 50008 Saint-Lô Cedex

Dans le département, lorsque les recherches métrites classiques sont négatives, une recherche sérologique du BoHV-4 est préconisée.

L’herpèsvirus bovin de type 4 (BoHV-4) est différent des autres herpèsvirus des ruminants (encadré 1 et photo complémentaire sur www.WK-Vet.fr). Sa structure génomique le rapproche du virus Epstein-Bar (EBV), agent de la mononucléose infectieuse chez l’homme. Il appartient au genre Rhadinovirus, comme l’herpèsvirus humain 8 (HHV-8), associé au sarcome de Kaposi (agent de tumeurs cutanées, possible révélateur d’une infection par le virus de l’immunodéficience humaine).

• Historiquement, le BoHV-4 a été isolé pour la première fois en Hongrie (1963) chez des bovins ayant présenté des signes respiratoires et de la conjonctivite, puis aux États-Unis (en 1971) à la suite de troubles respiratoires [1, 10]. Plus tard, il a été isolé à de nombreuses reprises en association avec des conjonctivites, des pneumonies et des inflammations du tractus respiratoire, des lésions cutanées, des dermatites mammaires, des entérites, des métrites post-partum, des métrites chroniques [4, 6, 7, 10, 13-15, 17].

• Dans le sud de la Manche, au cours de l’été 2007, un élevage laitier et son vétérinaire traitant sollicitent le groupement de défense sanitaire du département (GDS 50) à la suite de l’apparition de métrites à répétition chez des femelles cyclées, avec parfois une fécondation 6 à 8 mois après le vêlage. Dans cet élevage, des troubles de la reproduction peu sévères observés de 2001 à 2003 avaient régressé après la mise aux normes des bâtiments (2004-2006). Les vêlages ne nécessitent pas d’aide extérieure. L’éleveur vaccine son cheptel contre l’agent de la fièvre Q, avec le vaccin Coxevac® depuis 2005, en respectant les conditions d’utilisation. Trois produits de métrites analysés (bactériologie au laboratoire départemental d’analyses de la Manche ou LDA 50) révèlent la présence d’Escherichia coli (sensibles à tous les antibiotiques testés) et d’un Acinetobacter spp. (sensible à la grande majorité des antibiotiques testés). Le traitement médical prescrit est peu efficace.

Recherche sérologique BoHV-4

• Lorsque, dans un élevage, la recherche des agents infectieux classiques est négative et que les métrites persistent malgré l’application des mesures d’hygiène classiques, le LDA et/ou le GDS 50 préconisent une recherche sérologique du BoHV-4. Dans l’élevage concerné, des colibacilles ont été isolés, mais les vétérinaires sont restés démunis face aux difficultés à traiter et à prévenir les métrites. De plus, cet élevage détenait (et détient toujours) un statut “indemne d’IBR” lors de l’épisode. Un plan BVD (diarrhée virale bovine) a été souscrit en octobre 2007 et l’absence d’animaux infectés persistants immunotolérants vis-à-vis de ce virus a été attestée par la méthode PCR (polymerase chain reaction).

• Le 21 juin 2007, deux bovins ressortent séropositifs à la recherche BoHV-4, sur les trois testés (immunofluorescence indirecte [IFI] en cultures cellulaires au LDA 50) (figure). Le 10 juillet 2007, 9 bovins sont dépistés séropositifs sur 10 autres bovins testés. Le test ultérieur sur toutes les autres reproductrices révèle 17 nouvelles séropositivités sur 25 tests. Cela porte à 28 le nombre de vaches séropositives, sur les 38 testées (74 %).

Une différence significative lors d’avortement

• Le GDS 50 et le LDA 50 élaborent alors une étude visant à rechercher une circulation de BoHV-4, par la méthode d’immunofluorescence indirecte sur cultures cellulaires, sur la sérothèque de la campagne de prophylaxie départementale 2006-2007 (tableaux 1 et 2). Parmi les résultats, les 16,9 % d’avortements séropositifs pour BoHV-4 sont rapprochés des 5,9 % de bovins séropositifs sur les 118 sérums pris au hasard. Au seuil de 5 %, la différence est significative (test du Ξ2 à 1degré de liberté). En 1997-1998, le LDA 50 et le GDS 50 ont élaboré le même type d’étude sur la néosporose reconnue comme abortive. Cette investigation “néosporose” a révélé 75 vaches séropositives sur 443 (16,9 %) et 38 séropositives sur 510prophylaxies achats (7,4 %).

• Dès le 3 juillet 2008, les vétérinaires ayant une activité rurale dans la Manche sont informés des résultats et invités à intégrer le dépistage sérologique BoHV-4 lors de la mise en place d’un protocole “avortement cheptel”. Ce dernier inclut un sondage sérologique sur 10 reproductrices, dont 5 ayant interrompu leur gestation, avec recherche de la fièvre Q, de la néosporose, de la leptospirose, d’Elisa BVD p80 (NS2-3), à adapter selon le statut sérologique et/ou vaccinal connu.

Vingt-cinq exploitations sont ainsi testées à la fin de l’année 2008, 19 sont concernées avec au moins un bovin séropositif (75 %), ce qui représente 93 bovins séropositifs sur 227 testés (41 %) (tableau complémentaire 3 sur www.WK-Vet.fr).

Plus de 90 % de bovins “séroréagissent” sur 9 exploitations et moins de 10 % sur 12 exploitations. Dans 21 élevages sur 25 s’applique ainsi la loi du “tout ou rien”, ce qui renvoie bien au mécanisme épidémiologique du BoHV-4 chez les ruminants en élevage laitier (encadré 2).

• De janvier à mars 2009, dans la Manche, un stagiaire a recueilli des informations destinées à mettre en évidence des facteurs de risque liés à l’infection et à l’expression clinique de la maladie (fiche questionnaire complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

Un second prélèvement est prévu chez les vaches séropositives au cours du premier semestre 2009, afin d’étudier la persistance des anticorps BoHV-4.

Lors de ces investigations, aucune recherche virale vis-à-vis du BoHV-4 n’a été entreprise car l’isolement de ce virus en culture n’était pas disponible localement en 2007. Cette technique est en cours de mise au point au LDA 50. À l’avenir, des séroconversions devront être mises en évidence pour associer les troubles constatés à une infection par le BoHV-4.

Une simple sérologie positive indique une circulation du BoHV-4, mais ne permet pas de la qualifier d’“actuelle” ou d’“ancienne”. À cet effet, début mars 2009, il a été proposé aux élevages infectés de retester les bovins positifs encore présents, et de retourner une fiche sur l’évolution de l’état sanitaire du bovin et du cheptel.

Encadré 1 : Nomenclature

Le BoHV-4 appartient à la famille des Herpesviridae, divisée en trois sous-familles : les Alpha-, Beta- et Gammaherpesvirinae. Cette division repose sur les propriétés biologiques et phylogéniques. Le BoHV-4 fait partie des gamma-herpèsvirus, ce qui le différencie de l’herpèsvirus bovin 1 (BoHV-1) responsable de la rhinotrachéite infectieuse ovine (IBR) et de l’herpèsvirus bovin 2 (BoHV-2) responsable de la thélite infectieuse bovine. Le BoHV-4 partage cependant avec les autres membres de sa famille certaines propriétés biologiques, telles que celle d’établir une infection latente chez leur hôte naturel [9].

Encadré 2 : “Virus passager”

• Le BoHV-4 a été isolé de bovins malades, mais aussi du bétail apparemment sain, dans de nombreuses régions du globe. Pour cette raison, il a parfois été qualifié de “virus passager” [11, 16]. Les essais d’inoculations expérimentales du BoHV-4 donnent des résultats contrastés selon les souches utilisées : certains isolats n’ont entraîné que peu ou pas de signes cliniques, bien qu’une multiplication virale soit observée [2, 3, 12, 15]. D’autres ont provoqué des conjonctivites et des pneumonies avec une détresse respiratoire, entraînant la mort de quelques animaux [10]. Une dermatite papuleuse a aussi été reproduite après inoculation expérimentale du BoHV-4 [4].

• L’implication du BoHV-4 dans les maladies du tractus génital est étayée par plusieurs résultats, avec inoculation expérimentale entraînant une métrite post-partum ou un avortement [8, 18, 19]. Le rôle du BoHV-4 dans l’avortement bovin n’est pas définitivement élucidé, bien que des évidences épidémiologiques plaident pour son intervention en Belgique [20]. Des taux élevés d’anticorps anti-BoHV-4 sont associés à l’avortement bovin entre 5 et 9 mois de gestation [5].

• Néanmoins, des facteurs de confusion n’ont pas été pris en compte dans ces études, dont la néosporose. Le rôle potentiel du BoHV-4 dans un contexte “multifactoriel” d’avortements bovins reste à évaluer.

• Les inoculations intranasale et intramammaire simultanées permettent de reproduire une mammite subclinique [21].

Figure : Immunofluorescence indirecte en cultures cellulaires pour le BoHV-4

Le support du diagnostic est constitué d’un tapis de cellules infectées par le virus BoHV-4. Des microplaques à fond plat contenant le tapis de cellules infectées sont préparées au LDA 50 et conservées à – 20 °C en attendant d’être utilisées. Les sérums à tester sont mis en contact avec les cellules infectées qui se trouvent dans les cupules (A). En présence d’anticorps, un complexe spécifique antigène viral/anticorps se forme (B). Ce complexe est révélé par un anticorps spécifique marqué à l’isothiocyanate de fluorescéine (C), qui donne une couleur verte après exposition aux rayons UV au microscope à fluorescence (D). Afin de quantifier les anticorps présents, chaque sérum est ensuite traité en série de dilutions. Le titre exprimé du sérum équivaut à l’inverse de la valeur de la dernière dilution donnant un signal positif (exemple : 40).

Tableau 1 : Enquête sur la sérothèque Manche 2006-2007

Tableau 2 : Recherche sérologique

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