Le point Vétérinaire Canin n° 373 du 01/03/2017
 

NÉPHROLOGIE

Cas clinique

Anaïs Lamoureux*, Kristine Kamosi**, Christelle Maurey***


*École nationale vétérinaire d’Alfort,
unité de médecine interne,
7, avenue du Général-de-Gaulle,
94700 Maisons-Alfort
**Idexx Sarl, 84, rue Charles-Michels,
93200 Saint-Denis
***École nationale vétérinaire d’Alfort,
unité de médecine interne,
7, avenue du Général-de-Gaulle,
94700 Maisons-Alfort

La maladie rénale chronique est fréquente chez le chat et chez le chien. Le dosage de la SDMA (marqueur précoce et spécifique) permet un diagnostic anticipé pour une gestion optimisée.

Résumé

→ Un chiot de 5 mois est présenté pour une polyuro-polydipsie (PUPD) importante depuis plusieurs semaines sans modification des paramètres biochimiques. L’échographie abdominale révèle des anomalies de conformation rénale et le dosage de la concentration de la diméthylarginine symétrique (SDMA) confirme la diminution du débit de filtration glomérulaire (DFG). Une leptospirose subclinique est découverte et traitée. Des biopsies rénales objectivent une dysplasie congénitale, associée à une maladie rénale chronique (MRC) de stade I à l’origine de la PUPD.

L’investigation d’une MRC conduit habituellement à rechercher une augmentation de la créatinine et de l’urée, mais ces paramètres peuvent manquer de spécificité et de précocité. En revanche, la SDMA est plus précoce et plus spécifique, ce qui en fait un bon biomarqueur de la fonction rénale. La mesure du DFG reste le gold standard, mais est peu utilisée en pratique. Le diagnostic définitif d’une néphropathie précoce reste fondé sur des biopsies de l’organe, après l’élimination d’une cause infectieuse.

Summary

Symmetric dimethylarginine for the early diagnosis of chronic kidney disease in a puppy

→ A 5-month-old puppy had significant polyuria-polydipsia (PUPD) present for several weeks without alteration in biochemical parameters. Abdominal ultrasonography revealed abnormalities of renal conformation and the concentration of symmetrical dimethylarginine (SDMA) confirmed the decrease in glomerular filtration rate (GFR). Subclinical leptospirosis was discovered and treated. Renal biopsies demonstrated congenital dysplasia associated with stage I chronic renal disease (CRD), which was the cause of the PUPD. The investigation of CRD usually leads to an increase in creatinine and urea, but these parameters may lack specificity and precocity. In contrast, SDMA is an earlier and more specific parameter, making it a good biomarker for renal function. The measurement of GFR remains the gold standard, but is rarely used in practice. The definitive diagnosis of early nephropathy is still based on renal biopsies after the elimination of an infectious cause.

Key words

Chronic kidney disease, symmetrical dimethylarginine, glomerular filtration rate, leptospirosis, renal dysplasia

La maladie rénale chronique (MRC) est une affection fréquente chez le chien. La mesure du débit de filtration glomérulaire (dfg) est considérée comme le gold standard pour estimer la fonction rénale, mais elle est rarement utilisée en pratique [17]. La créatinine, mesurée en substitution, est un marqueur tardif de la diminution de la fonction rénale (diminution de 75 % du DFG) [2]. Dernièrement, les études se sont portées sur la recherche d’un biomarqueur rénal plus sensible et plus spécifique. La diméthylarginine symétrique (sdma, forme méthylée de l’arginine) est principalement excrétée par le rein, ce qui en fait un marqueur intéressant chez le chien et le chat [8].

Le cas d’un chiot présentant une polyuro-polydipsie (PUPD) est exposé. Il montre l’intérêt de la SDMA dans le diagnostic précoce d’une néphropathie chronique lorsque aucune hypercréatininémie n’est mise en évidence lors du bilan sanguin.

CAS CLINIQUE

1. Commémoratifs et anamnèse

Un chiot royal bourbon femelle entière âgé de 5 mois est présenté pour l’exploration d’une PUPD marquée évoluant depuis un mois et demi (photo 1). La prise de boisson est estimée à 290 ml/kg/j avec une malpropreté urinaire conséquente (mictions toutes les 1 à 2 heures). Aucune autre anomalie n’est rapportée par les propriétaires.

La chienne a été importée de La Réunion 2 mois plus tôt, puis adoptée dans un refuge. Le protocole de primovaccination a été correctement réalisé et le dernier rappel a été effectué 13 semaines plus tôt (maladie de Carré, parvovirose, leptospirose et rage). La vermifugation est à jour (Panacur®, fenbendazole, 50 mg/kg/j pendant 3 jours). Elle est suivie pour une démodécie focale caractérisée par une lésion alopécique de 2 cm de diamètre sur le sommet du crâne, traitée avec une prescription de Nexgard® (afoxolaner).

2. Examen clinique

L’examen clinique ne met pas en évidence d’anomalie à l’exception d’une lésion nummulaire, érythémateuse et alopécique sur le sommet du crâne, compatible avec la lésion de démodécie focale précédemment rapportée. La chienne est en bon état général et aucun retard de croissance n’est observé. Son état d’hydratation est normal. L’auscultation cardiorespiratoire ne met pas d’anomalies en évidence et la température rectale est de 38,8 °C.

3. Signes cliniques majeurs et diagnostic différentiel

À ce stade, les signes cliniques majeurs sont une PUPD importante chez un chiot de 5 mois importé de La Réunion et présentant une lésion de démodécie focale.

Les hypothèses diagnostiques face à une PUPD sont nombreuses (encadré). Ce chiot ne présente aucun autre signe clinique permettant de nous orienter vis-à-vis de ces hypothèses. La démodécie et le traitement à base d’afoxolaner ne sont pas des causes de PUPD et ne sont pas à prendre en compte dans ce cas.

4. Première série d’examens complémentaires

L’analyse d’urine révèle une densité urinaire (DU) diminuée à 1,014, sans anomalie de la bandelette, compatible avec la polyurie rapportée (tableau). Le rapport protéines sur créatinine urinaires (RPCU) de 0,3 est à la limite des valeurs usuelles. L’hémogramme révèle une leucocytose éosinophilique modérée. Les paramètres rénaux sont dans les valeurs usuelles (VU) (urée = 9,5 mmol/l [VU = 3,2 à 10,3 mmol/l] et créatinine = 72 µmol/l [VU < 124 µmol/l]). L’ionogramme met en évidence un calcium ionisé dans les limites des valeurs (1,43 mmol/l [VU = 1,12 à 1,42 mmol/l]). Le calcium total est dans les normes (2,4 mmol/l [VU = 2,1 à 2,9 mmol/l]) et une hyperphosphatémie modérée est notée (2,1 mmol/l [VU = 0,9 à 1,7 mmol/l]). Le reste du bilan sanguin et urinaire, comprenant un dosage des acides biliaires, un dénombrement d’agents pathogènes urinaires et un rapport cortisol/créatinine urinaires (RCCU), est dans les normes. Cela permet d’exclure les autres maladies métaboliques et endocriniennes à l’origine d’une PUPD.

Les principales hypothèses face à cette hyperphosphatémie et à un calcium ionisé dans les limites des VU hautes sont une augmentation physiologique à cet âge ou une hyperparathyroïdie secondaire à une MRC sous-jacente. Afin de différencier ces deux hypothèses, un dosage de la parathormone (PTH) est réalisé. Il est dans les normes à 100 pg/ml (VU = 50 à 200 pg/ml), ce qui semble être en faveur d’une origine physiologique.

Une échographie abdominale est réalisée afin de rechercher une malformation congénitale, un foyer infectieux occulte ou un processus tumoral (cette dernière hypothèse semble très peu probable en raison de l’âge de l’animal). Elle révèle pour seule anomalie une atténuation importante de la distinction cortico-médullaire rénale bilatérale, signe évocateur de néphropathie chronique bilatérale (photo 2).

À la suite de la mise en évidence de cette anomalie échographique et en raison de l’absence d’azotémie dans le bilan sanguin, une mesure de la concentration de la diméthylarginine symétrique (SDMA) est réalisée. Elle est augmentée à 19 µg/dl (VU < 14 µg/dl), en faveur d’une baisse du DFG.

5. Diagnostic provisoire

Une atteinte de la fonction rénale est confirmée. À ce stade, une néphropathie juvénile est suspectée en premier lieu. Des biopsies rénales sont préconisées pour établir un diagnostic de certitude. L’hypothèse d’une cause infectieuse doit cependant être explorée au préalable.

6. Deuxième série d’examens complémentaires

Les recherches d’ehrlichiose, de babésiose, d’anaplasmose et de borréliose sur Snap 4Dx sont négatives. La sérologie leishmaniose également. En revanche, la sérologie leptospirose est positive à la dilution 1:1 600 pour le sérovar Canicola. Une PCR (polymerase chain reaction) sur urine est réalisée, qui est aussi positive. Ces deux résultats positifs sont très fortement évocateurs d’une leptospirose subclinique.

7. Traitement intermédiaire et troisième série d’examens complémentaires

La chienne est placée sous doxycycline (Ronaxan®, 10 mg/kg/j) pendant 3 semaines. Une PCR de contrôle, réalisée sur les urines 1 semaine après l’arrêt de l’antibiothérapie, est négative, en faveur d’une résolution de l’infection.

Les propriétaires rapportent une régression de la PUPD, mais les urines restent isosthénuriques (DU = 1,010). Le RPCU de contrôle est normal à 0,2. Un nouveau dosage de la SDMA montre qu’elle est toujours augmentée à 16 µg/dl ; l’urée et la créatinine sont stables. Une diminution de l’hyperphosphatémie et une résolution de la leucocytose sont notées, associées à une baisse de l’hyperéosinophilie.

Un contrôle échographique des reins est réalisé. Il montre une augmentation des lésions précédemment décrites, avec une diminution de la taille du rein gauche de 1 cm et l’apparition de minéralisations (photo 3).

En raison de l’aggravation des anomalies échographiques et de la persistance de l’augmentation de la SDMA malgré la résolution de la leptospirose, des biopsies rénales sont réalisées. Le chiot a 8 mois lors de cet examen. L’analyse histologique met en évidence la présence de glomérules fœtaux (glomérules de petite taille et hypercellulaires), ainsi que des dépôts collagéniques en quantité importante évoquant des lignes de fibrose (photos 4 et 5). La présence de glomérules fœtaux chez une chienne de 8 mois de petit gabarit (croissance presque terminée) est considérée comme anormale et évoque, en association avec la fibrose rénale multifocale, une dysplasie rénale congénitale.

8. Diagnostic définitif

Un diagnostic de dysplasie rénale congénitale est établi, associée à une MRC de stade I (classification de l’International Renal Interest Society, ou Iris).

9. Traitement

Une alimentation de soutien rénal est mise en place au long cours. Cet aliment doit apporter des protéines de haute qualité en quantité adaptée (et limitée), des antioxydants et des omégas 3, restreindre l’apport de phosphore et être modérément alcalinisant afin de limiter l’acidose métabolique.

Aucun autre traitement n’est mis en place à ce stade puisque aucune complication n’est notée et que l’hyperphosphatémie est prioritairement physiologique chez ce chiot en croissance.

DISCUSSION

1. La SDMA, un bon biomarqueur de la fonction rénale

La MRC est une affection assez fréquente chez le chien, qui peut atteindre plus de 15 % des animaux de plus de 10 ans [2]. La mesure du DFG est considérée comme le gold standard pour estimer la fonction rénale, mais elle est rarement utilisée en pratique. En effet, ce test dynamique est coûteux, long à réaliser et peu disponible [17]. La créatinine, couramment mesurée en substitution, est un marqueur tardif d’une diminution de la fonction rénale puisqu’elle augmente lorsque 75 % de cette fonction est altérée [2]. Chez le chien, la PUPD apparaît de manière plus précoce, lorsque deux tiers de la fonction rénale est dégradée. Cependant, chez un chiot âgé de 5 mois, la capacité de concentration des urines n’est pas toujours atteinte et la DU peut être difficilement interprétable [11]. De plus, la PUPD est un signe clinique non spécifique, pouvant refléter de nombreuses maladies.

Récemment, les études se sont portées sur la recherche de biomarqueurs de la fonction rénale plus précoces. La SDMA est une forme méthylée de l’arginine produite au cours de la dégradation des protéines cellulaires, puis relarguée dans le torrent sanguin [8] (figure). Il existe plusieurs dérivés de l’arginine, qui augmentent lors de MRC. La particularité de la SDMA est son excrétion quasi complète (> 90 %) par le rein, ce qui en fait un bon marqueur de la fonction rénale chez le chien et le chat.

La corrélation entre la SDMA et le DFG a été étudiée chez l’homme, le chien et le chat. Chez l’homme, une méta-analyse publiée en 2006 et comprenant 18 études qui représentent un peu plus de 2 000 patients a mis en évidence que la SDMA présente une bonne corrélation avec le DFG (r = 0,85) [9]. Un essai plus récent a également souligné l’importance de la SDMA dans le suivi du DFG chez les enfants atteints de syndrome néphrotique [7]. Dans l’espèce canine, une étude réalisée chez 8 chiens atteints de néphropathie liée à l’X a également prouvé une très bonne corrélation négative entre le DFG et la SDMA (r = - 0,95) et une très bonne corrélation positive entre la créatinine et la SDMA (r = 0,95) [13]. Une étude a également été réalisée chez le chat avec des résultats similaires [1]. Ainsi, la SDMA est un bon biomarqueur de la fonction rénale.

2. Illustration de la précocité de la SDMA

L’intérêt de la SDMA repose également dans sa précocité diagnostique, comme l’illustre le cas présenté. En effet, la SDMA est un marqueur sensible et précoce dont la concentration augmente dès 30 à 49 % de perte de fonction rénale [4, 6]. Chez le chien, une étude publiée en 2015 a montré que la SDMA augmentait 4,8 semaines avant la créatinine chez des animaux atteints de néphropathie liée à l’X, détectant une baisse de 30 % du DFG [13]. Le délai court entre l’augmentation de la SDMA et celle de la créatinine pouvait être imputable à l’évolution très rapide de cette maladie. Une étude plus récente réalisée chez 19 chiens présentant une MRC a mis en évidence que la SDMA augmentait en moyenne 9,8 mois avant la créatinine [6]. Chez le chat, la SDMA augmente jusqu’à 17 mois plus tôt que la créatinine et présente une sensibilité de 100 % pour détecter une baisse du DFG de 30 %, contre une sensibilité de 17 % pour la créatinine [4]. Cependant, certains animaux présentent une augmentation de la SDMA plus tardive que celle de la créatinine. Cette situation, bien que rarissime, est à prendre en compte dans certains cas particuliers et le dosage de la créatinine doit toujours être utilisé en parallèle. Chez l’homme, la précocité de la SDMA n’a pas été réellement étudiée bien qu’un essai chez des donneurs de reins ait mis en évidence une augmentation de la SDMA dès 6 heures après une néphrectomie [10].

Le cas décrit ici illustre cette précocité. En effet, ce chien présentait une PUPD non spécifique et les paramètres rénaux étaient dans les normes. Seule l’échographie abdominale permettait de s’orienter vers une anomalie rénale. L’augmentation de la SDMA a permis de confirmer une baisse du DFG, incitant à la réalisation d’examens complémentaires plus poussés qui ont établi un diagnostic précoce de dysplasie rénale congénitale associée à une MRC de stade I (classification Iris). Sans la SDMA, ces mêmes examens auraient probablement été effectués, mais plus tardivement, après la surveillance des lésions échographiques. Ce diagnostic précoce a aussi permis d’instaurer rapidement une alimentation de soutien rénal. Cette dernière est préconisée dès un stade II de MRC selon la classification Iris [14, 18]. L’intérêt de la prescription de cet aliment lors de stade I n’est pas prouvé à ce jour dans les publications vétérinaires. Dans le cas présenté ici, cet aliment a été recommandé en raison du risque d’évolution rapide de la dysplasie congénitale. La SDMA permet donc un diagnostic précoce de la MRC et une prise en charge optimale, comme l’illustre ce cas.

3. Importance de la recherche de maladies infectieuses dans la démarche diagnostique d’une néphropathie

La recherche de maladies infectieuses est une étape importante dans la démarche diagnostique lors de néphropathie. Dans le cas présenté, l’hyperéosinophilie notée lors du bilan sanguin renforçait d’autant plus cette démarche, bien qu’elle puisse également être secondaire à la démodécie focale. A minima, il convient de faire une recherche de borréliose, de babésiose, de leishmaniose et de leptospirose. La découverte d’un portage de leptospirose dans ce cas est atypique. Ce chien ne présentait aucun signe clinique, autre que la PUPD, laissant suspecter une leptospirose [16]. La sérologie leptospirose était positive à la dilution 1:1 600. Chez les chiens vaccinés contre la leptospirose, un titre de 1:1 600 est considéré comme évocateur d’une infection [15]. Concernant le sérovar Canicola, une étude publiée en 2014 a mis en évidence que les chiens vaccinés contre la leptospirose pouvaient présenter une sérologie positive à la dilution 1:1 600 7 semaines après la première injection de primovaccination [12]. Cependant, le titre sérologique ne dépassait pas la dilution 1:800 15 semaines après la vaccination. Dans le cas ici présenté, la sérologie a été réalisée 13 semaines après la dernière injection vaccinale. De ce fait, la mise en évidence d’un titre positif à la dilution 1:1 600 était peu en faveur d’une production d’anticorps secondaire à la vaccination et évoquait plutôt un portage leptospirosique. La PCR positive sur urine a permis de renforcer fortement cette hypothèse.

À cette étape, il n’était pas possible de différencier une atteinte de la fonction rénale secondaire à la leptospirose, d’une leptospirose associée (voire favorisée) par une néphropathie juvénile sous-jacente. Cependant, après traitement de la leptospirose, une aggravation des lésions échographiques a été notée, ainsi qu’une augmentation persistante de la SDMA et une persistance de la PUPD, laissant suspecter une autre anomalie rénale. Les biopsies rénales ont permis de confirmer la présence d’une dysplasie rénale sous-jacente. Dans ce cas, nous pouvons suspecter que la dysplasie rénale a favorisé l’installation d’une maladie infectieuse à tropisme rénal ou qu’à l’inverse le portage leptospirosique chronique a pu altérer le développement rénal. En effet, dans l’espèce canine, des glomérules fœtaux sont présents chez les nouveau-nés et les très jeunes chiots. Aucune information n’est cependant disponible à ce sujet dans les publications vétérinaires.

4. Autres intérêts de la SDMA

De plus, l’intérêt de la SDMA ne repose pas seulement sur sa sensibilité, mais également sur sa spécificité vis-à-vis de la fonction rénale. En effet, la créatinine est dépendante de la masse musculaire par sécrétion endogène [2]. Ainsi, son suivi longitudinal n’est pas toujours adapté chez des animaux âgés et amyotrophiés, conditions souvent présentes chez les chiens et les chats atteints de MRC. La SDMA, quant à elle, n’est pas dépendante de la masse musculaire ni de l’âge, et peut ainsi être facilement utilisée dans le diagnostic et le suivi des MRC chez des animaux âgés et amyotrophiés [5].

Conclusion

La démarche diagnostique face à une PUPD chez un chiot peut être compliquée, et doit être précise et exhaustive. Devant une suspicion de néphropathie chronique en l’absence d’une hypercréatininémie, la SDMA semble intéressante en raison de sa précocité diagnostique.

Ce nouveau biomarqueur de la fonction rénale est disponible en France depuis un an et il convient de l’utiliser en parallèle du dosage de la créatinine. Son intérêt ne réside pas seulement dans sa précocité, mais également dans sa spécificité comme indicateur de la fonction rénale et son absence de corrélation avec la masse musculaire, contrairement à la créatinine.

Le dosage de la SDMA peut ainsi être recommandé dans l’évaluation de la fonction rénale chez des animaux présentant une amyotrophie importante, comme les chats hyperthyroïdiens. D’autres études sont cependant nécessaires afin de déterminer si ce biomarqueur peut être influencé par d’autres éléments tels que l’alimentation, par exemple.

Références

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Conflit d’intérêts

Les bilans sanguins et urinaires ont été financés par Idexx, et K. Kamosi travaille pour ce laboratoire.

ENCADRÉ
Diagnostic différentiel de la polyuro-polydipsie chez le chien

→ Maladie rénale chronique

→ Insuffisance hépatique

→ Diabète sucré

→ Hypercorticisme

→ Hypocorticisme

→ Hypoparathyroïdie primaire

→ Acromégalie

→ Hypercalcémie

→ Hypokaliémie

→ Glucosurie d’origine rénale pyélonéphrite

→ Pyomètre

→ Polycythémie

→ Myélome multiple

→ Diabète insipide central congénital ou acquis

→ Diabète insipide néphrogénique congénital ou acquis

→ Diurèse postobstructive

→ Iatrogénique

→ Médicamenteuse

→ Potomanie psychogène

D’après [3].

Points forts

→ Chez le chien, la PUPD peut précéder une augmentation de la créatinine lors de maladie rénale chronique débutante.

→ La concentration de sdma est un bon biomarqueur de la fonction rénale puisque son augmentation est plus précoce pour détecter une diminution du débit de filtration glomérulaire et qu’elle n’est pas influencée par la masse musculaire.

→ Le diagnostic définitif nécessite la réalisation de biopsies rénales lors d’atteinte précoce.

→ Une cause infectieuse doit systématiquement être recherchée.

1. Ce chiot présente une polyuro-polydipsie marquée avec malpropreté urinaire qui doit être explorée.

FIGURE
Représentation de la production et de la dégradation de la SDMA et de l’ADMA chez le chien

PRMT : protéine arginine méthyltransférase ; SDMA : diméthylarginine symétrique ; DDAH : diméthylarginine diméthylaminohydrolase ; ADMA : diméthylarginine asymétrique. D’après [8].

2. Échographie rénale à l’âge de 5 mois. Une atténuation importante de la distinction cortico-médullaire du rein gauche est mise en évidence. Le rein est par ailleurs de taille normale et ses contours sont lisses.

3. Échographie rénale à l’âge de 7 mois. Après la résolution de la leptospirose, une aggravation des lésions du rein gauche, avec une diminution de taille de 1 cm et l’apparition de minéralisations, est observée.

4. Coupe histologique d’une biopsie du rein gauche (objectif × 100, coloration à l’hématoxyline-éosine-safran). Noter les trois glomérules fœtaux (flèches

5. Coupe histologique d’une biopsie du rein gauche (objectif × 100, coloration à l’hématoxyline-éosine-safran). Noter les dépôts collagéniques en quantité importante évoquant de la fibrose (flèches).

TABLEAU
Analyses sanguines et urinaires, en lien avec la fonction rénale, à l’admission et lors du suivi après traitement de la leptospirose

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