Le point Vétérinaire n° 373 du 01/03/2017
 

PÉRITONITE INFECTIEUSE FÉLINE

Dossier

Benjamin De Pauw*, Édouard Martin**


*CHV Massilia
121, avenue de Saint-Julien, 13012 Marseille
b.depauw@animedis.fr
**Département des sciences cliniques
Centre hospitalier universitaire vétérinaire
Clinicien en urgences et soins intensifs
Faculté de médecine vétérinaire
Université de Montréal, Québec, Canada,
3200, rue Sicotte, J2S 7C6
Saint-Hyacinthe, Québec, Canada
edouard.martin25@gmail.com

De nombreux examens complémentaires peuvent étayer une suspicion de péritonite infectieuse féline. Ils sont plus ou moins adaptés selon la forme clinique de la maladie.

Résumé

→ La péritonite infectieuse féline est l’une des principales causes de mortalité dans la population féline, particulièrement chez les jeunes chats. La présentation clinique de la maladie est intimement liée à la réponse immunitaire de l’hôte. Outre les examens d’imagerie, les examens complémentaires utiles au diagnostic portent notamment sur la mise en évidence de cette réaction immunitaire, par titrage des anticorps, ou sur la mise en évidence directe du virus, par des techniques PCR (polymerase chain reaction). Les résultats sont à interpréter en fonction du contexte clinique. Si aucun traitement efficace n’est actuellement disponible, de nouvelles perspectives pourraient à l’avenir améliorer la prise en charge des chats atteints.

Summary

Diagnostic tests and treatment

→ Feline infectious peritonitis is one of the main causes of death among feline population, particularly among young cats.

The clinical form of the disease is closely related to the host immune response.

So in addition to imagery, the useful diagnosis tests highlight this immune response either by antibodies titration or direct viral detection, by PCR techniques or immunolabelling. Interpretating the results relies on the clinical context.

Nowadays, no efficient treatment exists, but in the future new approaches could improve affected cats handling.

Key words

Coronavirus, diagnosis, interferon, protease inhibitor

Le diagnostic ante-mortem de la péritonite infectieuse féline (PIF) est souvent difficile à établir. La suspicion clinique repose principalement sur l’âge du chat, ses origines et les signes cliniques qu’il présente. Aucun examen complémentaire ne permet un diagnostic ante-mortem de certitude. L’analyse histologique est considérée comme le gold standard dans le diagnostic de la PIF, mais elle ne permet pas de conclure sur la présence ou non de la maladie dans un pourcentage de cas non négligeable, environ 30 % selon certaines études [11, 19]. Cependant, de nombreux tests de laboratoire peuvent orienter le diagnostic, à condition de bien les choisir et les interpréter (figure). Il existe en effet des différences notables pour une même méthode (RT-PCR [reverse-transcriptase-polymerase chain reaction], sérologie ou immunomarquage) selon les tests utilisés et les laboratoires. Les études ne concernent qu’une méthode particulière dans un laboratoire donné. Il convient donc de se renseigner sur les techniques exactes utilisées par chaque laboratoire afin d’interpréter correctement les résultats obtenus [1].

Cet article présente les principales analyses de laboratoire disponibles, leurs interprétations, en faisant un lien avec les examens pratiqués pour les cas cliniques du deuxième article de ce dossier(1), et décrit les options thérapeutiques disponibles.

1 Diagnostic ante-mortem de la PIF

Examens clinique et neurologique

La suspicion de PIF se fait en plusieurs étapes. Dans un premier temps, l’âge, l’origine et l’historique (perte de poids, léthargie, fièvre, anorexie) de l’animal doivent alerter le clinicien. Ensuite, certains aspects de l’examen clinique peuvent appuyer cette suspicion. Ainsi, la présence d’une ascite ou d’une effusion pleurale, des muqueuses ictériques, une néphromégalie, une uvéite(2) ou une atteinte neurologique sont des signes d’appel de la PIF lorsqu’il s’agit d’un jeune chat provenant d’un environnement à forte densité de chats [19].

Les signes cliniques varient selon la localisation de la lésion. La PIF pouvant affecter l’ensemble du système nerveux, de nombreux symptômes sont rapportés. Ainsi, des changements de comportement, des crises convulsives partielles ou généralisées, une ataxie, des signes d’atteinte vestibulaire, une hyperesthésie et une tétraparésie ont été décrits dans plusieurs études [1, 2]. Dans une étude sur 31 chats avec une atteinte de la moelle épinière, 29 étaient touchés au niveau cervical [2].

Les signes neurologiques sont plus fréquents lors de forme sèche de la maladie (environ 60 % des cas), mais ils sont également possibles avec la forme humide (9 %) [2]. Une étude sur 205 chats rapporte que la PIF est responsable de plus de 50 % des atteintes médullaires d’origine inflammatoire ou infectieuse [17].

La PIF étant l’une des principales causes de choriorétinite chez le chat, l’examen du fond d’œil (partie intégrante de l’examen neurologique) doit être réalisé de façon minutieuse et renforce parfois la suspicion clinique, comme dans le second cas présenté dans le deuxième article du dossier(1) [2].

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel lors de suspicion de PIF chez un jeune chat inclut principalement un lymphome. Néanmoins, une toxoplasmose, les maladies liées à une surcharge métabolique, le virus de l’immunodéficience féline (FIV), la leucose féline (FeLV), une hypoplasie cérébelleuse, un trauma ou une méningite bactérienne sont également à considérer selon les cas [2].

Analyses sanguines

L’analyse hématologique met en évidence une anémie arégénérative due à une inflammation chronique dans 65 % des cas de PIF, associée à une neutrophilie et à une lymphopénie dans 45 et 77 % des cas respectivement, comme cela a été observé dans les cas cliniques(1) [3, 18].

L’anomalie biochimique classiquement observée est une hyperprotéinémie, avec une hyperglobulinémie et une hypoalbuminémie, donc une diminution du rapport albumine/globulines, comme décrit dans les cas cliniques(1). Une étude réalisée dans un centre de référence a conclu qu’en cas de faible prévalence de la PIF (ce qui est majoritairement le cas, cette affection étant sporadique et non transmissible), un rapport albumine/globulines augmenté (> 0,6) est très peu en faveur d’un diagnostic de PIF, alors qu’un rapport diminué (< 0,6) oriente vers un diagnostic de PIF sans permettre pour autant d’établir le diagnostic. Ce résultat est alors à interpréter en association avec l’ensemble du tableau clinique [1, 19]. Afin de mieux caractériser cette hyperprotéinémie, une électrophorèse des protéines est à réaliser, laquelle doit révéler une hypergammaglobulinémie polyclonale. Cependant, ce profil électrophorétique n’est pas spécifique de la PIF et peut se rencontrer dans d’autres maladies telles qu’un lymphome, un myélome multiple, une infection par le FIV, un processus inflammatoire chronique, etc. [1, 19]. Les autres anomalies biochimiques observées sont peu spécifiques et reflètent les lésions présentes dans les différents organes. De plus, il est fréquent d’observer une hyperbilirubinémie (et secondairement une bilirubinurie à l’analyse urinaire) sans augmentation des enzymes hépatiques. Cette anomalie est plus souvent rencontrée lors de forme humide. Dans les cas cliniques présentés(1), une hyperbilirubinémie a été observée pour la seule forme humide. Cette augmentation ne serait pas liée à une nécrose hépatique, comme cela a longtemps été suggéré, mais à une destruction des hématies (dans les lésions des différents organes) associée à une difficulté à métaboliser la bilirubine et la biliverdine chez le chat [19].

Analyse du liquide d’épanchement

Lors de forme humide, qui représente entre 50 et 80 % des cas de PIF, l’analyse du liquide d’épanchement est essentielle car elle permet de fortement orienter la suspicion de PIF. Cet épanchement est classiquement jaune (à cause de la présence de bilirubine), peu ou modérément trouble, visqueux, et il peut partiellement coaguler lorsqu’il est placé dans un tube sec (photo 1). Dans de rares cas, il est teinté de vert en raison de la présence de biliverdine. Cet épanchement est classé comme un transsudat modifié ou un exsudat du fait de son fort taux de protéines (supérieur à 35 g/l) et de sa faible cellularité (500 à 5 000 cellules nucléées/µl), incluant majoritairement des macrophages et des neutrophiles, ainsi qu’une faible proportion de lymphocytes, comme observé dans les cas cliniques(1) [1, 19]. Il est également possible de mesurer le rapport albumine/globulines dans le liquide d’épanchement, qui a une meilleure valeur diagnostique que dans le sang. Ainsi, un rapport supérieur à 0,8 est très peu évocateur de PIF, tandis qu’un taux de protéines totales supérieur à 35 g/l couplé à un rapport inférieur à 0,4, avec une faible cellularité (principalement des neutrophiles et des macrophages), est très évocateur de la PIF [1].

Le test de Rivalta, qui permet de différencier un transsudat d’un exsudat, peut être réalisé sur le liquide d’épanchement. Cet examen consiste à déposer une goutte du liquide d’épanchement dans un tube sec rempli aux trois quarts d’eau distillée et d’une goutte d’acide acétique à 98 %. Le test est considéré comme positif (le liquide est alors un exsudat) si la goutte garde sa forme et apparaît trouble dans le mélange [2, 19]. Cet examen semble avoir une bonne valeur prédictive positive (93 %), mais une moins bonne valeur prédictive négative (58 %) dans les cas de PIF [13]. Si un test positif ne permet pas de confirmer une PIF, un résultat négatif est en revanche très peu en faveur de la maladie, sans permettre de l’exclure totalement pour autant, comme cela a été vu dans le premier cas clinique(1) [19]. Il est donc important de coupler cet examen à une analyse cytologique du liquide, d’autant plus que des atteintes comme un lymphome, une péritonite bactérienne ou un pyothorax peuvent présenter un test de Rivalta positif et être diagnostiquées à l’examen cytologique [2, 19].

Examens d’imagerie médicale

ÉCHOGRAPHIE ET RADIOGRAPHIE

La réalisation d’examens d’imagerie est recommandée car elle permet, entre autres, de diagnostiquer la présence d’un épanchement et ainsi de le prélever pour analyse. Un épanchement péritonéal ou pleural en quantité importante se manifeste par une dyspnée et une distension abdominale. Des quantités minimes ne sont pas toujours suspectées à l’examen clinique. Dans un tel cas de figure, l’échographie ou la radiographie peuvent confirmer ou non la présence d’épanchements minimes, ce qui est essentiel en cas de suspicion de PIF car l’analyse du liquide d’épanchement oriente grandement le diagnostic [19].

L’échographie abdominale met également en évidence des lésions dans les organes, notamment pour le foie (foie diffusément ou localement hypoéchogène, voire focalement hyperéchogène) et les reins (néphromégalie, contours rénaux irréguliers et hypoéchogénicité sous-capsulaire), une lymphadénopathie abdominale et des changements diffus au niveau intestinal. Ces anomalies ne sont pas spécifiques de la PIF, mais de telles lésions associées à des signes cliniques compatibles étayent la suspicion de la maladie (confirmation possible par la mise en évidence d’antigènes viraux ou du génome viral). De plus, une biopsie ou une aspiration à l’aiguille fine des organes anormaux peuvent être pratiquées en vue d’analyses histologique et/ou cytologique [15]. De telles anomalies ont été observées dans le premier cas clinique(1) et l’échographie a alors permis la réalisation de prélèvements. Une confirmation de la présence du virus dans la cytoponction rénale qui montrait des altérations aurait été intéressante, en particulier dans le contexte d’un résultat négatif sur l’épanchement. Cela n’a pas été réalisé pour des raisons budgétaires.

CT-SCAN ET IMAGERIE PAR RÉSONANCE MAGNÉTIQUE

Bien que peu disponibles en pratique courante, ces examens permettent de localiser de façon précise la lésion neurologique et d’affiner le diagnostic différentiel. Ils contribuent donc à améliorer le diagnostic ante-mortem de la PIF, et ce de façon atraumatique et non invasive [6].

Titrage des anticorps

Les anticorps apparaissent 18 à 21 jours après l’infection par le coronavirus. Cependant, le titrage est peu corrélé avec le portage du virus : de nombreux chats avec un titre élevé ne sont pas porteurs, alors que d’autres dont le titre est faible peuvent l’être. De plus, les résultats du titrage dépendent beaucoup du laboratoire et de la méthode utilisée, l’immunofluorescence indirecte étant considérée comme le gold standard dans le titrage des anticorps anticoronavirus. Cette technique n’étant pas utilisée dans tous les laboratoires, le résultat doit être interprété avec précaution et en regard de l’ensemble du tableau clinique. Il convient de demander un dosage quantitatif, et non semi-quantitatif, car seuls de hauts titres en anticorps sont considérés comme positifs pour la PIF, en association avec des signes cliniques évocateurs. Les laboratoires donnent en général deux valeurs de titrage en anticorps : la première est le seuil de positivité (titrage faiblement positif), qui est peu significatif, et la seconde est un haut titre en anticorps, plus compatible avec une PIF. Un résultat est donc considéré comme significatif s’il est supérieur à cette seconde valeur. Cependant, l’analyse sérologique ne différencie pas des anticorps produits à l’encontre d’un coronavirus muté responsable de la PIF (FIPV) d’un virus non muté (FECV).

Un résultat négatif est très peu en faveur de la PIF. Cependant, des faux négatifs sont possibles, notamment en fin d’évolution de la maladie (où les anticorps peuvent être entrepris en majeure partie dans des immuns ­complexes et non disponibles pour le test sérologique) ou dans certains cas de forme humide (une grande majorité d’anticorps étant alors fixée aux virus présents dans l’épanchement, ce qui empêche ceux-ci de s’ancrer sur les antigènes des tests). Ainsi, un faible titrage lors de forme humide ne permet pas d’exclure une PIF.

Un résultat positif indique uniquement une infection par un coronavirus, actuelle ou passée, et ne permet pas non plus de confirmer la maladie. Un titre positif doit donc être interprété selon l’ensemble du tableau clinique et la provenance du chat (photo 2).

Le dosage des anticorps est également réalisable sur le liquide d’épanchement et son interprétation est similaire. Les résultats du titrage en anticorps ne permettant pas de conclure sur la présence ou non d’une PIF, ils sont à interpréter selon le tableau clinique et la provenance de l’animal [1, 3].

RT-PCR coronavirus

La RT-PCR est une méthode d’identification et d’amplification du génome viral, qui met en évidence du génome de coronavirus. La RT-PCR quantitative ou en temps réel permet, quant à elle, de quantifier la charge virale. Cette quantification est à privilégier car elle peut être utile pour discriminer une infection systémique d’une infection digestive par un coronavirus, la charge virale étant généralement beaucoup plus importante lors d’infection systémique. La charge virale est beaucoup plus élevée, surtout dans les organes présentant des lésions, alors qu’elle est beaucoup plus faible, voire négative, dans les selles.

Ce test peut être réalisé sur de nombreux échantillons (sang, liquide d’épanchement, liquide céphalo-rachidien [LCR], biopsies, selles), mais les échantillons les plus intéressants pour le diagnostic de la PIF sont le liquide d’épanchement, le LCR, les cytoponctions d’organes, l’humeur aqueuse et éventuellement le sang (dans les formes sèches, lors de pic d’hyperthermie) [3].

L’analyse sur liquide d’épanchement présente une meilleure sensibilité et une meilleure valeur prédictive négative que l’analyse sur sang. Les analyses sur sang font très souvent l’objet de faux négatifs, comme dans le premier cas clinique(1), ce qui rend le test sur sang peu utile en pratique. Un résultat négatif sur épanchement, bien que plutôt rare, ne permet pas non plus d’exclure la PIF. Les faux négatifs sont souvent dus à la présence d’inhibiteurs de PCR dans des épanchements, qui ne sont pas détectés par certains laboratoires n’utilisant pas les contrôles nécessaires. En revanche, sur le liquide d’épanchement, un résultat positif est très en faveur d’une PIF. Les échantillons de liquide d’épanchement, notamment péritonéal, sont à privilégier car les charges virales dans les épanchements thoraciques étant souvent plus faibles, les faux négatifs sont un peu plus fréquents [3, 7].

En cas de forme sèche, une RT-PCR est réalisable sur des aspirations à l’aiguille fine ou sur des biopsies d’organes (nœuds lymphatiques, foie, rein, etc.). Il est préférable de prélever les organes qui présentent des anomalies macroscopiques ou visibles à l’échographie pour éviter les faux négatifs [3].

La détection de coronavirus sur selles ne permet pas d’établir le diagnostic de PIF, mais elle est intéressante dans la recherche de porteurs de coronavirus dans des chatteries en vue d’exclure ou non ces animaux(3) [3].

La RT-PCR classique ne permettant pas de différencier le FIPV du FECV, les résultats doivent donc être interprétés de manière critique et au vu de l’ensemble du tableau clinique.

Cependant, une nouvelle technique de PCR différencie le FECV du FIPV en détectant des mutations du coronavirus félin (test RealPCR disponible chez Idexx). Ce test détecte les mutations du gène S (spike), gène de la protéine S permettant la pénétration intracellulaire du virus. Il doit être réalisé préférentiellement sur liquide d’épanchement, ou sur LCR, sur biopsie ou sur aspiration tissulaire. La virémie étant souvent trop faible, il est déconseillé de réaliser cet examen sur des prélèvements sanguins. Cette PCR a une très bonne spécificité (100 %) et une bonne sensibilité (65 à 98 %). Ainsi :

- un résultat négatif ne permet pas d’exclure la PIF ;

- un résultat positif pour le FIPV est très en faveur d’une PIF ;

- un résultat positif pour le FECV est peu en faveur d’une PIF [5, 10].

Ce test étant le seul disponible pour distinguer les virus muté et non muté, il devrait être privilégié dans le processus diagnostique de la PIF.

Techniques d’immunomarquage

Les techniques d’immunomarquage mettent en évidence des antigènes viraux et peuvent être réalisées sur des cytologies, des biopsies ou du liquide d’épanchement (peu recommandé, cependant). L’immunohistochimie sur tissus est considérée comme le gold standard dans le diagnostic de la PIF. Elle permet un diagnostic même quand les modifications histologiques sont peu spécifiques, mais des faux négatifs demeurent possibles.

Les résultats de cet examen sont influencés par la qualité des tissus, la présence de lésions intéressantes dans les tissus examinés et la qualité de la technique utilisée, qui dépend également de l’opérateuR. Il importe donc de réaliser des biopsies de qualité et de travailler avec un laboratoire qui a de bonnes méthodes de travail (présence d’un contrôle négatif, agents réactifs de bonne qualité, opérateur expérimenté, etc.). Ainsi, en cas de formes sèches et de lésions observées à l’échographie abdominale, des biopsies en vue d’un immunomarquage sont indiquées. Une solution alternative possible est la réalisation d’une RT-PCR quantitative sur biopsies en considérant uniquement des charges virales élevées (bonne corrélation avec les résultats de l’analyse histologique) [3, 19].

L’immunomarquage sur liquide d’épanchement (l’immunofluorescence et l’immunocytochimie sur macrophages) est une technique qui semble prometteuse d’après les premières études [16]. En effet, la capacité du coronavirus à se répliquer au sein des macrophages est un facteur de virulence essentiel dans le développement de la PIF. La visualisation d’antigènes coronavirus au sein des macrophages était considérée comme un résultat positif fortement en faveur de la PIF. Cependant, les derniers travaux montrent un intérêt limité de ce test car, la spécificité et la valeur prédictive positive étant moyennes, le risque de faux positif est important [11]. Des méthodes plus spécifiques doivent être utilisées car les faux positifs sont à éviter absolument (le risque étant de condamner un chat atteint d’une autre affection ou de le traiter avec des corticoïdes, ce qui peut être néfaste). L’immunomarquage sur liquide d’épanchement n’est donc pas recommandé et la RT-PCR sur liquide d’épanchement devrait être privilégiée (l’immunomarquage est moins sensible que la RT-PCR, mais il est surtout beaucoup moins spécifique) [11, 15, 19].

Analyse du liquide céphalo-rachidien

Lors de PIF, l’analyse du LCR est caractérisée par une protéinorachie supérieure à 2 g/l et une leucocytose (majoritairement neutrophilique et lymphocytaire) supérieure à 200 cellules/µl [2]. Dans une étude comparant une population de chats atteints de PIF à une population de chats qui présentent des signes nerveux centraux (autres que ceux provoqués par la PIF) et à un groupe contrôle de chats sains, le comptage leucocytaire des animaux atteints de PIF était significativement plus élevé que celui des autres groupes [18, 19]. Concernant la protéinorachie, aucune différence significative n’a été trouvée entre les deux groupes malades. Un titrage en anticorps est également possible sur le LCR. Ce test présente les mêmes avantages et inconvénients que le comptage sérique. Néanmoins, une étude prospective sur 67 chats a démontré que lorsque ce comptage est réalisé chez des individus qui présentent des signes cliniques neurologiques, la valeur prédictive positive est de 75 %, alors que la valeur prédictive négative est de 87 % [4].

En 2016, une étude a évalué la sensibilité et la spécificité de la RT-PCR en temps réel sur le LCR de 31 chats. Elle a mis en évidence que cet examen possède une spécificité de 100 % et une sensibilité de 85 % chez les animaux présentant des signes neurologiques ou oculaires. La RT-PCR en temps réel sur le LCR devrait donc être préférée lors de signes neurologiques ou oculaires, par rapport au titrage d’anticorps dans le LCR [8].

2 Traitement

La PIF est considérée comme une maladie incurable. Néanmoins, certaines études rapportent une survie de plusieurs mois après diagnostic [18]. Les différents traitements utilisés ayant de nombreux effets secondaires pour des coûts relativement élevés, le diagnostic doit être le plus précis possible avant de les administrer.

Approches thérapeutiques actuelles

Il existe principalement trois approches thérapeutiques lorsqu’un chat est atteint de PIF.

La première repose sur l’emploi de molécules qui inhibent spécifiquement la réplication virale. Cette approche est controversée, mais est utilisée dans de nombreuses autres infections virales. Les principaux antiviraux sont les interférons (IFN) félins ω et les IFN humains α. En raison du manque de preuve concernant leur efficacité et de leur coût, ils sont rarement prescrits. Une étude randomisée en double aveugle réalisée sur 37 chats atteints de PIF n’a pas démontré la performance du traitement aux IFN félins ω que ce soit sur la qualité de vie ou sur le temps de survie [20].

La deuxième approche consiste à supprimer la réponse immunitaire par l’utilisation de molécules immuno­suppressives. Les corticostéroïdes sont employés en première intention, mais l’intérêt d’autres molécules immunosuppressives est à l’étude (cyclophosphamide, chlorambucil, pentoxifylline, etc.) [12, 14]. Bien que certains rapports de cas décrivent un effet bénéfique de ces traitements, aucune étude rigoureuse n’a encore mis en évidence leur action positive sur la qualité de vie ou le temps de survie [20].

La troisième approche est la stimulation du système immunitaire de manière non spécifique.

Cette approche repose sur une étude aux résultats très controversés, utilisant des produits peu commercialisés (ImmunoRegulin® à base de bactéries Propionibacterium acnes inactivées, d’acémannan, polysaccharide extrait de l’Aloe vera, Imulan® à base d’extrait de Phyllanthus niruri, de Curcuma domestica et de sélénium, etc.), dont l’usage n’est pas recommandé pour le moment [19].

En pratique, des suppléments vitaminés et antioxydants (Nutrigel +®, par exemple) peuvent être administrés en soutien à une alimentation de qualité. Une antibiothérapie (amoxicilline-acide clavulanique) est souvent prescrite afin de prévenir des surinfections, elle est à raisonner au cas par cas.

Des recherches prometteuses

Une étude récente rapporte l’utilisation d’un inhibiteur de protéases, la 3C-like protease, comme traitement de la PIF. En effet, cet inhibiteur direct du cycle viral enrayerait la progression inévitablement mortelle de la PIF.

Dans cette étude expérimentale, le virus de la PIF a été administré à 8 jeunes chats (âgés de 6 à 10 mois) qui, en 3 semaines, ont développé les signes cliniques et les anomalies biologiques habituelles de la maladie (fièvre, épanchement, jaunisse, perte de poids, lymphopénie, titrage en anticorps élevé).

Le traitement antiviral a été initié dès l’apparition de ces anomalies. Il a été associé à une amélioration clinique rapide (disparition de la fièvre, de l’ascite ou de l’ictère) et à une diminution significative des titres viraux. En 20 jours ou moins, 6 chats sur les 8 atteints de PIF sont redevenus cliniquement sains. Le suivi de ces chats a duré 8 mois et aucun n’a présenté de rechute des symptômes de la maladie. Cette étude semble montrer que l’injection d’un inhibiteur du cycle viral peut arrêter la progression virale de la PIF, même lorsque le traitement est initié tard dans le processus [14].

Une seconde étude, aux résultats moins spectaculaires mais tout aussi intéressants, rapporte l’efficacité de l’association d’IFN-α2b et de ribavirine (un analogue nucléosidique de synthèse) chez des macaques rhésus atteints du coronavirus responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV). Les macaques traités présentent des taux sériques et tissulaires (dans les poumons) moins élevés en marqueurs pro-inflammatoires. Cette association, déjà utilisée pour l’hépatite C, entre autres, semble avoir un effet bénéfique lors d’infection au MERS-CoV. Sous réserve de travaux prouvant son efficacité, son administration lors de PIF pourrait être également envisagée(3) [9].

Conclusion

Le diagnostic ante-mortem de la PIF est un défi pour le vétérinaire praticien. Exclure toutes les autres affections est parfois plus facile que de confirmer cette maladie. Une démarche diagnostique rigoureuse est nécessaire, car elle permet d’orienter grandement le diagnostic de PIF [1, 7, 19].

Actuellement, il n’existe pas de traitement adéquat contre la PIF et le taux de mortalité est extrêmement élevé. Néanmoins, certaines études rapportent des effets bénéfiques de plusieurs traitements, qui augmenteraient la durée de survie, sans toutefois guérir la maladie. De nouveaux travaux, mieux conduits (double aveugle, placebo, randomisé), sont nécessaires afin d’objectiver de tels effets. Les molécules visant spécifiquement les protéines de la réplication virale sont prometteuses et l’émergence d’infections à coronavirus en médecine humaine pourrait accélérer leur disponibilité [18, 19].

  • (1) Voir l’article “Diagnostic ante-mortem de la PIF chez deux chats” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

  • (2) Voir les photos de l’article “Diagnostic ante-mortem de la PIF chez deux chats” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

  • (3) Voir l’article “Étiopathogénie et mesures de pévention” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

  • (3) L’ABCD (European Advisory Board on Cat Diseases) a publié en 2009 une excellente étude récapitulant les différents traitements utilisés lors de PIF. Vous pouvez vous y référer pour de plus amples informations [2]. Des mises à jour des lignes directrices sont également disponibles sur le site Internet : http://www.abcdcatsvets.org/

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Conflit d’intérêts

Aucun.

1. Le liquide d’épanchement présent lors de la forme humide de la péritonite infectieuse féline est classiquement jaune, peu ou modérément trouble et visqueux. Des variations sont+ cependant possibles.

FIGURE
Résumé des principales étapes diagnostiques

RT-PCR : reverse transcriptase-polymerase chain reaction. D’après [1, 5, 8].

2. La provenance du chat de même que les autres éléments recueillis lors de l’anamnèse guident l’interprétation des tests diagnostiques.

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