Le point Vétérinaire Canin n° 372 du 01/01/2017
 

DERMATOLOGIE CANINE

Analyse d’article

Charline Pressanti

INP-ENV Toulouse
23, chemin des Capelles
31076 Toulouse
c.pressanti@envt.fr

GÉNÉRALITÉS

L’urticaire se définit comme l’apparition soudaine de papules dermiques, d’un angiœdème ou des deux. L’angiœdème se caractérise par un gonflement soudain du derme profond et du tissu sous-cutané. Il touche le plus souvent la face et les extrémités. Dans les deux cas, le prurit n’est pas systématiquement rapporté. L’urticaire est un des signes cutanés typiques d’une réaction anaphylactique. L’anaphylaxie se définit comme une réaction allergique, grave, généralisée qui met en jeu le pronostic vital. Chez l’homme, les réactions anaphylactiques incluent d’abord des signes respiratoires, puis des signes digestifs, cardio-vasculaires et, enfin, nerveux. Chez le chien, en revanche, ce sont les symptômes gastro­intestinaux qui dominent avec des diarrhées et des vomissements. Ces derniers sont liés aux effets directs de l’histamine sur le tube digestif ou à un relargage de médiateurs par le foie.

ANALYSE DES RÉSULTATS

Parmi les causes d’urticaire étudiées dans cette étude, les plus fréquentes étaient liées aux insectes, aux aliments et, enfin, aux médicaments. Cette même fréquence est retrouvée chez l’homme. Un seul chien a présenté des signes d’urticaire chronique probablement liée au froid. Toutes les causes n’ont pu être identifiées ici. Des tests sanguins, des tests de provocation, ainsi qu’un algorithme ont permis l’identification de ces causes. Toutefois, l’algorithme proposé par les auteurs devra faire l’objet d’une validation dans une prochaine étude incluant plus de chiens.

Ici, les chiens atteints d’une dermatite atopique présentent un plus grand risque de développer une urticaire. Enfin, l’exercice physique avant ou pendant l’épisode a été rapporté chez 5 des chiens de l’étude. Toutefois, cette dernière cause n’a pas pu être validée avec certitude.

Actuellement, peu de données sont disponibles concernant la prévalence des réactions urticariennes/anaphylactiques chez le chien [5]. Chez l’homme, la prévalence des réactions anaphylactiques est estimée à 0,3 % et peu d’informations sont disponibles pour les formes strictement cutanées. Chez le chien, quelques rares données rapportent une prévalence globale de 0,12 %. Les auteurs de cette étude soulignent ici la forte proportion des réactions anaphylactiques associées aux urticaires. Ce chiffre pourrait s’expliquer par la nature prospective de l’essai qui s’est déroulé dans un centre hospitalier vétérinaire prenant en charge des cas complexes.

Les réactions sont souvent rapportées chez les chiens de petite race, ce qui est partiellement confirmé ici, avec une prédisposition pour le bouledogue français et le jack russell [3]. Toutefois, l’anaphylaxie est plus souvent rapportée pour les races moyennes et grandes. Une prédisposition des races boxer, vizsla et rhodesian ridgeback tend à prouver une composante génétique dans les affections médiées par les immunoglobulines (Ig) E.

Chez l’homme, un impact du sexe est rapporté et ce sont les femmes qui sont les plus touchées par l’anaphylaxie. Des études récentes chez la souris démontrent que les œstrogènes ne sont pas des facteurs déclenchants en tant que tels, mais qu’ils aggraveraient les symptômes déjà installés [1].

RÉACTION ANAPHYLACTIQUE

Cette étude démontre que le tube digestif et le foie sont les organes les plus souvent touchés chez le chien lors d’anaphylaxie. En effet, chez 14 des 16 chiens touchés, des diarrhées, des vomissements et une élévation des alanine aminotransférases ont été observés, ce qui avait déjà été rapporté par d’autres auteurs [4]. Huit chiens présentaient également une élévation des lipases. Toutefois, dans l’espèce canine, le rôle du pancréas dans l’anaphylaxie n’est pas encore élucidé.

Huit des 16 chiens étaient atteints de troubles cardio-vasculaires. Ce nombre est légèrement inférieur à celui rapporté dans de précédentes études, ce qui peut s’expliquer par le design de ces dernières qui ne s’étaient intéressées qu’aux réactions anaphylactiques sensu stricto, alors que dans cette étude il s’agissait de chiens sélectionnés pour des troubles cutanés compatibles avec une urticaire [2, 4].

Les chiens avec des signes d’anaphylaxie présentaient plus souvent un angiœdème sans papules associées. Cela semble être lié à la cause de la réaction : les piqûres d’insecte. En effet, l’inoculation par piqûre de l’allergène directement dans le derme profond peut expliquer cette manifestation préférentielle du tissu sous-cutané.

Bien que l’adrénaline soit le traitement des réactions anaphylactiques, cette molécule n’a pas été utilisée dans cette étude. Les effets indésirables sont fréquents et redoutés, ce qui freine son emploi [6]. La voie intramusculaire peut être envisagée, qui présente un moindre risque pour les malades.

En médecine humaine, les patients sont gardés en observation 6 à 8 heures lors de signes respiratoires et 12 à 24 heures pour des signes vasculaires. Les études vétérinaires recommandent une phase d’observation de 3 jours après une réaction anaphylactique [5]. Dans cette étude, l’hospitalisation moyenne a été de 1,5 jour et celle-ci était appropriée pour chacun des cas.

Conclusion

Il s’agit d’une étude qui permet de décrire les aspects cliniques, et les facteurs déclenchants de l’urticaire et de l’anaphylaxie chez le chien. C’est un sujet peu souvent abordé, en particulier en dermatologie canine. De nombreuses similitudes existent avec la médecine humaine, notamment en ce qui concerne les facteurs déclenchants. Des causes génétiques sont sûrement responsables de ces états d’hypersensibilité, mais d’autres études plus approfondies sont nécessaires pour étayer cette hypothèse.

Références

  • 1. Hox V, Desai A, Bandara G et coll. Estrogen increases the severity of anaphylaxis in female mice through enhanced endothelial nitric oxide synthase expression and nitric oxide production. J. Allergy Clin. Immun. 2015;135 (3):729-736 e5.
  • 2. Miyaji K, Suzuki A, Shimakura H et coll. Large-scale survey of adverse reactions to canine non-rabies combined vaccines in Japan. Vet. Immunol. immunop.2012;145 (1-2):447-452.
  • 3. Moore GE, Guptill LF, Ward MP et coll. Adverse events diagnosed within three days of vaccine administration in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2005;227 (7):1102-1108.
  • 4. Quantz JE, Miles MS, Reed AL, White GA. Elevation of alanine transaminase and gallbladder wall abnormalities as biomarkers of anaphylaxis in canine hypersensitivity patients. J. Vet. Emerg. Crit. Care. 2009;19 (6):536-544.
  • 5. Shmuel DL, Cortes Y. Anaphylaxis in dogs and cats. J. Vet. Emerg. Crit. Care. 2013;23 (4):377-394.
  • 6. Worm M, Eckermann O, Dolle S et coll. Triggers and treatment of anaphylaxis: an analysis of 4,000 cases from Germany, Austria and Switzerland. Deutsches Arzteblatt International. 2014;111 (21):367-375.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

CONTEXTE

L’urticaire et l’anaphylaxie sont souvent rencontrées en médecine vétérinaire. Toutefois, leur fréquence et leur cause sont généralement méconnues.

OBJECTIF

Affiner les connaissances concernant les facteurs de risque déclenchants et l’aspect clinico-pathologique de ces deux entités.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

• 24 chiens présentant une urticaire avec ou sans anaphylaxie ont été inclus dans cette étude prospective.

• Pour chaque chien, les traitements et les examens complémentaires ont été recensés.

• Pour chaque cas, les facteurs déclenchants ont été estimés grâce à un algorithme.

RÉSULTATS

• 16 des 24 chiens ont présenté des signes d’anaphylaxie associés à leur urticaire, et 14 parmi ces 16 animaux, également des symptômes gastro-intestinaux.

• La plupart des cas déclenchés par des insectes piqueurs ont été associés à un angiœdème.

• Les femelles étaient surreprésentées.

• Les races rhodesian ridgeback, boxer, beagle, jack russell terrier, bouledogue français et vizsla étaient les plus souvent incriminées.

• Les signes les plus fréquemment associés aux manifestations cutanés étaient digestifs et cardio-vasculaires.

• Une augmentation des lipases et des alanine aminotransférases a été l’anomalie sanguine la plus souvent décrite.

• La plupart des cas ont été traités avec des anti-histaminiques et/ou des glucocorticoïdes et une fluidothérapie intraveineuse.

• Les facteurs déclenchants les plus courants étaient les piqûres d’insectes, les aliments et, enfin, les médicaments.

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