Le point Vétérinaire Canin n° 371 du 01/12/2016

REPRODUCTION CANINE

Analyse d’article

Alexandre Caron

CHV Atlantia, 22 rue René-Viviani,
44200 Nantes
a.caron@chv-atlantia.com

Les tumeurs mammaires sont celles qui sont le plus fréquemment diagnostiquées chez la chienne, avec une incidence de 3,4 %. Elles sont malignes dans 50,9 % des cas (carcinome, adénocarcinomes le plus souvent). Dans une population de chiennes suédoises, les données extraites par une compagnie d’assurances relèvent une incidence de 1,11 % avec un âge médian de 7,3 ans pour les animaux traités. Les chiennes de race doberman, english springer spaniel et boxer semblent prédisposées (hazard ratio supérieur à 2). Un taux de mortalité de 7,3 % est rapporté [3]. Ces données prennent en compte tous les types tumoraux, bénins comme malins, car, dans les études spécifiques aux tumeurs cancéreuses, les taux de mortalité sont bien plus élevés (59 %) [12].

STÉRILISATION PRÉCOCE

Dans les espèces canine et féline, le fait de ne pas être stérilisé est un facteur de risque pour le développement de tumeurs mammaires. Ainsi, en cas de stérilisation avant le premier œstrus, le risque de développer une tumeur mammaire est de 0,5 %, alors qu’il atteint 8 % si la stérilisation intervient après le premier œstrus et 26 % après le deuxième œstrus [7, 12]. Le bénéfice d’une stérilisation plus tardive peut toujours exister, mais devient faible. Il est probable, mais non encore scientifiquement établi, que les hormones sexuelles sont en partie responsables du développement des tumeurs mammaires.

Une étude systématique publiée en 2012 reprend les preuves scientifiques du bénéfice de la stérilisation précoce sur le développement de tumeurs mammaires. Elle rapporte un intérêt de la stérilisation avant l’âge de 2,5 ans, avec potentiellement un risque encore réduit en cas de stérilisation avant le premier œstrus [1]. En revanche, comme souvent en médecine vétérinaire, le niveau de preuve scientifique est faible.

À la suite des pratiques différentes des Anglo-Saxons quant à leur technique chirurgicale de stérilisation, l’impact d’une ovario-hystérectomiectomie par rapport à une ovariectomie a été étudié. Il n’existe pas de différence connue entre ces deux techniques de stérilisation vis-à-vis du risque de développement tumoral.

STÉRILISATION THÉRAPEUTIQUE : BIBLIOGRAPHIE

L’impact d’une stérilisation à la suite du diagnostic et pendant le traitement d’une tumeur mammaire mérite donc d’être étudié. Différentes études ont évalué l’effet d’une ovario-hystérectomie pratiquée en même temps ou dans un court laps de temps après l’exérèse chirurgicale d’une tumeur mammaire. Les résultats sont discordants [6].

Trois études anciennes n’ont pas démontré d’effet significatif (n = 91, n = 175 et n = 90) [8, 9, 14]. L’étude de Yamagami et coll. est statistiquement intéressante dans la mesure où les auteurs ne comparent que des chiennes non stérilisées avec des chiennes stérilisées au moment de la mastectomie.

En 2000, Sørenmo et coll. démontrent un effet bénéfique de la stérilisation au moment de la chirurgie du carcinome mammaire ou dans les 2 ans précédents (n = 45) sur la durée de survie par rapport à des chiennes entières (n = 64) ou stérilisées plus de 2 ans avant le traitement de la tumeur mammaire (n = 28) : survie médiane de 755 jours contre 286 jours pour les animaux intacts et 301 jours pour les animaux stérilisés depuis plus de 2 ans [12]. Les chiennes stérilisées survivent 45 % plus longtemps que toutes les autres.

En 2005, Chang et coll. démontrent un effet positif de la stérilisation (51 chiennes stérilisées contre 28 chiennes entières) sur la durée de survie 2 ans après le traitement d’une tumeur mammaire maligne, surtout lors de carcinome complexe [2]. En revanche, cet impact s’estompe lorsque le grade tumoral est pris en compte. Le moment de réalisation de l’ovario-hystérectomie (OVH) n’est pas considéré dans cette analyse statistique.

En 2013, Kristiansen et coll. ont évalué, dans une étude randomisée avec un groupe contrôle, l’impact de la stérilisation sur le risque de récidive, en plus de la durée de survie (n = 42 par groupe). Ils ne démontrent aucune différence de survie (médiane respective de 31,2 et 31 mois) [4]. En revanche, ils démontrent une réduction significative du risque de développer une récidive locale, avec 47 % de réduction du risque de nouvelle tumeur.

En 2014, Tran et coll. ne rapportent pas d’effet bénéfique de l’OVH au moment du traitement chirurgical d’un carcinome mammaire (n = 94, 80 chiennes stérilisées dont 25 lors de la chirurgie) [13]. Un autre essai effectué dans les années 2000 ne parvient pas à démontrer un impact de la stérilisation sur la durée de survie [11]. Il ne fait la différence qu’entre les chiennes stérilisées plus ou moins de 2 ans avant le traitement de la tumeur mammaire, sans que cela fasse partie intégrante du traitement oncologique.

L’étude la plus récente est celle qui est résumée ici [5]. Elle démontre à nouveau un effet protecteur de la stérilisation au moment ou quelques semaines après le traitement chirurgical d’un carcinome mammaire. Cependant, elle limite son impact aux tumeurs de grade 2 avec un marqueur immuno-histochimique positif pour les récepteurs aux œstrogènes ou une concentration sérique d’œstradiol péri-opératoire élevée.

ET CHEZ LE CHAT ?

À notre connaissance, aucune étude n’évalue l’effet pronostique de la stérilisation dans le traitement du carcinome mammaire chez le chat. Un essai récent démontre néanmoins l’intérêt de la stérilisation précoce dans le risque de développement d’un carcinome mammaire : 91 % de réduction du risque avant 6 mois et 86 % entre 7 et 12 mois, alors que ce bénéfice tombe à 11 % pour la deuxième année de vie [10].

Conclusion

Bien que les preuves soient encore faibles, il semblerait que la stérilisation ait un rôle à jouer dans le traitement des carcinomes mammaires canins, surtout vis-à-vis du risque de récidive. Il est cependant nécessaire d’établir avec plus de précision les sous-populations pour lesquelles cet effet est réel.

Références

  • 1. Beauvais W, Cardwell JM, Brodbelt DC. The effect of neutering on the risk of mammary tumours in dogs - A systematic review. J. Small Anim. Pract. 2012;53(6):314-322.
  • 2. Chang SC, Chang CC, Chang TJ, Wong ML. Prognostic factors associated with survival two years after surgery in dogs with malignant mammary tumors: 79 cases (1998-2002). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2005;227(10):1625-1629.
  • 3. Egenvall A, Bonnett BN, Ohagen P et coll. Incidence of and survival after mammary tumors in a population of over 80,000 insured female dogs in Sweden from 1995 to 2002. Prev. Vet. Med. 2005;69(1-2):109-127.
  • 4. Kristiansen VM, Nødtvedt A, Breen AM et coll. Effect of ovariohysterectomy at the time of tumor removal in dogs with benign mammary tumors and hyperplastic lesions. J. Vet. Intern. Med. 2013;27(4):935-942.
  • 5. Kristiansen VM, Peña L, Díez Córdova L et coll. Effect of ovariohysterectomy at the time of tumor removal in dogs with mammary carcinomas: A randomized controlled trial. J. Vet. Intern. Med. 2016;30(1):230-241.
  • 6. Kudnig ST, Séguin B. Reproductive system. In: Wiley-Blackwell, ed. Veterinary surgical oncology. 2012:341-363.
  • 7. Kustritz MVR. Determining the optimal age for gonadectomy of dogs and cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2007;231(11):1665-1675.
  • 8. Misdorp W. Canine mammary tumours: protective effect of late ovariectomy and stimulating effect of progestins. Vet. Q. 1988;10(1):26-33.
  • 9. Morris JS, Dobson JM, Bostock DE, O’Farrell E. Effect of ovariohysterectomy in bitches with mammary neoplasms. Vet. Rec. 1998;142(24):656-658.
  • 10. Overley B, Shofer FS, Goldschmidt MH et coll. Association between ovariohysterectomy and feline mammary carcinoma. J. Vet. Intern. Med. 2005;19(4):560-563.
  • 11. Philibert JC, Snyder PW, Glickman N et coll. Influence of host factors on survival in dogs with malignant mammary gland tumors. J. Vet. Intern. Med. 2003;17(1):102-106.
  • 12. Sørenmo KU, Shofer FS, Goldschmidt MH. Effect of spaying and timing of spaying on survival of dogs with mammary carcinoma. J. Vet. Intern. Med. 2000;14(3):266-270.
  • 13. Tran CM, Moore AS, Frimberger AE. Surgical treatment of mammary carcinomas in dogs with or without postoperative chemotherapy. Vet. Comp. Oncol. 2014;14(3):252-262.
  • 14. Yamagami T, Kobayashi T, Takahashi K, Sugiyama M. Influence of ovariectomy at the time of mastectomy on the prognosis for canine malignant mammary tumours. J. Small Anim. Practice. 1996;37(10):462-464.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

• Déterminer si l’ovario-hystérectomie (OVH) associée à une mastectomie améliore le pronostic chez des chiennes atteintes de carcinome mammaire.

• Évaluer dans quelle mesure les facteurs hormonaux influencent les effets de l’OVH.

MÉTHODE

Étude prospective randomisée. Les chiennes entières qui présentent un carcinome mammaire confirmé histologiquement et sans métastases à distance (trois vues radiographiques thoraciques, nœuds lymphatiques de taille augmentée à l’examen cytologique) sont incluses. Deux groupes sont formés : mastectomie (G1) ou mastectomie avec OVH (G2, en même temps ou dans les 2 semaines). Des marquages immuno-histochimiques pour les récepteurs œstrogènes α (ER), la progestérone (PR) et Ki-67 sont réalisés. Des mesures sérologiques des concentrations de 17β-œstradiol (E2) et de progestérone (P4) sont effectuées. Un suivi clinique tous les 3 à 4 mois est instauré pendant 2 ans, puis tous les 4 à 6 mois jusqu’à la mort des animaux.

RÉSULTATS

60 chiens sont inclus : 31 dans G1 et 29 dans G2. Le suivi médian est de 18,5 mois dans G1 et de 22 mois dans G2. Une récidive est détectée dans 58 % des cas de G1 et 72 % de ceux de G2 à une médiane respective de 13,5 et de 11,5 mois. Ces différences ne sont pas significatives. De même, la médiane de survie n’est pas différente entre les deux groupes : 21 et 23,7 mois respectivement pour G1 et G2.

Il n’existe pas de différence entre G1 et G2 pour la durée de survie ou le délai de récidive. En cas de E2 élevé, l’OVH démontre un effet protecteur significatif sur le délai de récidive. L’analyse multivariée confirme cette corrélation et ajoute le marquage ER au côté du dosage sérique E2. Les chiens atteints d’une tumeur de grade 2 présentent un délai de récidive plus élevé s’ils ont subi une OVH.

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