Le point Vétérinaire Canin n° 371 du 01/12/2016
 

PVC

ORTHOPÉDIE CANINE

Cas clinique

Clément Bordenave*, Julien Michaut-Castrillo**, Marion Fusellier-Tesson***, Olivier Gauthier****


*Service d’imagerie médicale
clement.bordenave@oniris-nantes.fr
**Service de chirurgie
julien.michaut-castrillo@oniris-nantes.fr
***Service d’imagerie médicale
marion.fusellier@oniris-nantes.fr
****Service de chirurgie-anesthésie
olivier.gauthier@oniris-nantes.fr
CHUV Oniris,
44307 Nantes Cedex 03

L’adage “grand chirurgien, grandes incisions” est révolu : l’arthroscopie en est la preuve. Elle a l’avantage d’être à la fois diagnostique et thérapeutique, en étant très peu invasive.

Résumé

→ Un chiot bouvier bernois est référé pour une boiterie du membre thoracique gauche, plus marquée à froid. Les radiographies mettent en évidence une incongruence radio-ulnaire et laissent suspecter une fragmentation du processus coronoïde médial, confirmée par la suite grâce à un examen d’imagerie par résonance magnétique. Le chiot est alors traité par arthroscopie (exérèse du volet cartilagineux en regard du processus coronoïde médial).

→ La clinique de la dysplasie du coude est assez parlante (notamment boiterie et douleur à la manipulation), mais le diagnostic de certitude impose l’utilisation complémentaire de différents examens d’imagerie permettant l’exploration du coude. La précocité de l’identification de la lésion conditionne le pronostic. Le traitement est chirurgical. L’arthroscopie a l’avantage d’être diagnostique et thérapeutique.

Summary

Elbow dysplasia treated by arthroscopy in a dog

→ A Bernese Mountain Dog was referred for lameness of the left thoracic limb, which was more marked in cold weather. Radiographs revealed radio-ulnar incongruence and suspected fragmentation of the medial coronoid process, subsequently confirmed by magnetic resonance imaging. The puppy was then treated by arthroscopy (excision of the cartilaginous flap of the medial coronoid process). The clinic signs of elbow dysplasia are characteristic and include lameness and pain. However imaging examinations allowing exploration of the elbow are required to confirm the diagnosis. These examinations cover the whole range of available techniques and are often complementary. The precociousness of the identification of the lesion determines the prognosis. Treatment is surgical. Arthroscopy has the advantage of being diagnostic and therapeutic.

Key words

Elbow dysplasia, radiography, MRI, arthroscopy, dog

La dysplasie du coude est une affection orthopédique fréquemment rencontrée chez les chiens de moyenne à grande races et les races chondrodystrophiques. Elle peut se manifester très tôt dans la vie du chien, parfois de manière discrète et provoquer rapidement des lésions irréversibles si elle n’est pas prise en charge. Il est donc important de savoir la diagnostiquer le plus précocement possible pour pouvoir proposer un traitement adapté et améliorer le pronostic.

CAS CLINIQUE

Un chien bouvier bernois mâle entier de 7 mois est référé au service de chirurgie du CHUV Oniris pour un avis à la suite d’un diagnostic de dysplasie du coude (photo 1).

1. Anamnèse et commémoratifs

Deux mois auparavant, ce chien a présenté une boiterie du membre thoracique gauche, plus marquée à froid, motivant une consultation chez le vétérinaire traitant. Celui-ci n’a pas réalisé d’examens complémentaires et a instauré une supplémentation calcique pendant 3 semaines. La boiterie ne s’améliorant pas à la fin du traitement, les propriétaires décident de consulter un second vétérinaire, qui réalise des radiographies des coudes et des hanches : celles-ci révèlent une dysplasie du coude gauche caractérisée par une incongruence radio-ulnaire. Une fragmentation du processus coronoïde médial gauche est suspectée. Aucune anomalie n’est décelée au niveau des hanches. Un traitement anti-inflammatoire est mis en place pour 10 jours, et l’animal est référé à Oniris pour un traitement chirurgical adapté.

2. Examen clinique

Général

L’examen clinique à l’admission ne révèle aucune anomalie en dehors de la boiterie.

Orthopédique

L’examen orthopédique à l’arrêt met en évidence un gonflement articulaire et un valgus du carpe gauche associés à des tremblements ainsi qu’une abduction et une suppression d’appui intermittente du membre thoracique gauche en position assise et debout.

L’examen orthopédique à la marche montre une boiterie du membre thoracique gauche, plus marquée à froid, de grade 3/5 à gauche. Enfin, lors de sa manipulation, une douleur est déclenchée à l’hyperextension du coude gauche. Le test de Campbell (douleur à la palpation/pression du condyle huméral médial lorsque le coude et le carpe sont fléchis à 90° avec le carpe en supination) se révèle positif.

L’examen du membre antérieur droit est sans anomalie.

3. Hypothèses diagnostiques

Une dysplasie du coude est suspectée, la lésion pouvant être une ou plusieurs des anomalies suivantes : non-union du processus anconé, fragmentation du processus coronoïde médial, ostéochondrose, incongruence articulaire. Bien que l’affection semble localisée à l’articulation du coude, la panostéite ne peut cependant être totalement exclue en raison du jeune âge de l’animal.

4. Examens complémentaires

Radiographies

Des radiographies du coude gauche (vues cranio­caudale avec légère pronation et médio-latérale en position physiologique) ont été à nouveau réalisées, en accord avec le vétérinaire référant (les précédents clichés ne permettant pas de conclure avec certitude) : elles révèlent une incongruence articulaire radio-ulnaire (surfaces articulaires non alignées avec présence d’une “marche d’escalier” entre les surfaces du radius et de l’ulna) et font suspecter une fragmentation du processus coronoïde médial (processus hétérogène, aux contours mal délimités et présence d’une ligne radiotransparente à sa base). Le processus anconé apparaît intègre et aucun signe radiographique d’ostéochondrose n’est mis en évidence (photos 2a et 2b).

Afin de confirmer les suspicions radiographiques et de vérifier l’absence d’autres anomalies non radiographiquement visibles sur toutes les surfaces osseuses du coude, un examen d’imagerie en coupes est conseillé. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) a l’avantage de faire également apparaître les surfaces articulaires, permettant de vérifier leur intégrité : cet examen est donc proposé et accepté par les propriétaires. Il est réalisé la semaine suivante.

Imagerie par résonance magnétique

L’IRM du coude gauche met en évidence de larges plages en hypersignal T2 (acquisition FatSat) aux contours bien délimités en communication avec l’espace articulaire, correspondant à un volumineux épanchement intra-articulaire du coude gauche. Un décalage de 4 mm entre les surfaces articulaires cartilagineuses du radius et de l’ulna est visible, confirmant l’incongruence radio-ulnaire vue à la radiographie. Un pincement articulaire radio-huméral est visible. Enfin, une solution de continuité à la base du processus coronoïde médial ainsi qu’un hypersignal (acquisition Vibe) du fragment permettent de confirmer la fragmentation du processus coronoïde médial suspectée à la radiographie (photos 3a et 3b).

5. Diagnostic définitif

Une dysplasie du coude gauche est confirmée, caractérisée par une tuméfaction et une incongruence articulaire radio-ulnaire. Une fragmentation du processus coronoïde médial est également présente.

6. Traitement médical

Un traitement anti-inflammatoire (méloxicam 0,1 mg/kg, une fois par jour) est prescrit et associé à une mise au repos stricte. Les balades sont limitées en durée (5 à 10 minutes au maximum) et réalisées en laisse courte.

Une arthroscopie du coude gauche est proposée et acceptée par les propriétaires. Elle permettra de traiter la fragmentation du processus coronoïde médial gauche. Un traitement chirurgical de l’incongruence radio-ulnaire (ostéotomie ulnaire) a été proposé, mais refusé par les propriétaires.

7. Traitement chirurgical

L’arthroscopie du coude est un acte chirurgical peu invasif, diagnostique, et également thérapeutique. Elle se réalise au bloc opératoire sous anesthésie générale.

Le chien reçoit une injection d’anti-inflammatoire (méloxicam 0,2 mg/kg, par voie intraveineuse [IV]) et une antibioprophylaxie chirurgicale (amoxicilline/acide clavulanique : 20 mg/kg, IV à l’induction).

Le membre est préparé classiquement en vue de l’intervention chirurgicale. La préparation doit permettre une éventuelle conversion de l’arthroscopie en arthrotomie si nécessaire en cours d’intervention. Une anesthésie locorégionale est pratiquée (bloc du plexus brachial), à l’aide de bupivacaïne (0,2 ml/kg).

Une tour d’arthroscopie standard (Storz, source lumineuse LED/Xenon, caméra vidéo endoscopique, pompe d’arthroscopie), un arthroscope 2,4 mm (angle : 30°), une pince à préhension arthroscopique, une fraise électrique (appelée shaver), une curette et des aiguilles 18 G sont utilisés.

La voie d’abord est la face médiale du coude gauche. Le liquide synovial prélevé est rosé, assez filant et présent en quantité importante : une inflammation articulaire est confirmée. Du soluté est instillé dans l’espace intra-articulaire afin de distendre la membrane synoviale. L’arthroscope est ensuite placé dans l’articulation distalement à l’épicondyle huméral médial (photo 4).

L’articulation est inspectée de manière rigoureuse. Le processus anconé est visualisé caudalement, puis le processus coronoïde latéral et le condyle huméral en attachant une importance à son rebord médial. Ensuite, la tête radiale et le processus coronoïde médial sont inspectés. Il convient également de s’assurer de l’absence de lésions en miroir sur la trochlée humérale.

L’optique placée dans le compartiment médial permet de mettre en évidence une synovite importante avec de nombreuses villosités et une chondromalacie du condyle huméral médial. L’incisure ulnaire est intacte (photo 5). Le cartilage articulaire couvrant le processus coronoïde médial est fragmenté, sans déplacement du fragment (photo 6).

Le port instrumental est placé à quelques millimètres cranialement à l’arthroscope afin de mettre en place une voie d’abord cranio-médiale, pour y insérer une pince à préhension arthroscopique, une curette et une fraise.

Le volet cartilagineux en regard du processus coronoïde médial est élevé à l’aide d’une aiguille 18 G et d’une curette, puis abrasé avec une fraise montée sur un moteur électrique (photo 7). Le cartilage est ensuite fraisé jusqu’à l’os sous-chondral. Les villosités présentes dans l’articulation sont éliminées de la même façon (photo 8).

L’articulation est rincée abondamment pour évacuer les débris et les facteurs de l’inflammation. Une injection intra-articulaire de morphine (0,1 mg/kg) est effectuée au terme de l’intervention chirurgicale afin de gérer la douleur pendant les quelques heures après le réveil.

Une suture cutanée (point en X) est réalisée à chaque point d’entrée à l’aide d’un monofilament irrésorbable (Ethilon® 3-0).

Un pansement compressif léger est mis en place et conservé les 12 premières heures.

Le réveil est rapide et l’animal ne semble pas douloureux.

L’analgésie postopératoire est réalisée avec une prise orale de cimicoxib (2,3 mg/kg une fois par jour, pendant 5 jours) et de tramadol (4,4 mg/kg, per os, deux à trois fois par jour au besoin).

DISCUSSION

1. Épidémiologie

La dysplasie du coude est une affection à composante héréditaire, qui touche principalement les chiens de moyenne à grande races, à croissance rapide. Elle est également décrite chez les petites races chondrodystrophiques comme le bulldog ou le teckel. La prévalence de cette affection est de 17 % chez le labrador et atteint 70 % chez le bouvier bernois, comme dans le cas décrit. Les mâles sont deux fois plus touchés que les femelles, et l’affection est bilatérale chez 35 % des chiens affectés [8, 14, 16].

Elle regroupe quatre anomalies : la fragmentation du processus coronoïde médial, la non-union du processus anconé, l’ostéochondrose du condyle huméral médial et l’incongruence articulaire (radio-ulnaire ou huméro-ulnaire) qui peuvent s’exprimer séparément ou de façon associée [5]. Cette dernière serait, selon plusieurs études, à l’origine du développement des trois premières lésions [9].

2. Symptomatologie

Les symptômes apparaissent fréquemment entre 4 et 6 mois, mais peuvent se déclarer plus tard dans la croissance de l’animal (6 à 8 mois), ou à l’âge adulte (jusqu’à l’âge de 6 ans). Les signes cliniques sont variables, incluant un soulagement d’appui du membre au repos, une boiterie présente à froid et à chaud, une distension articulaire en regard du coude, et une douleur à la palpation et à la manipulation du coude, en particulier en face médiale [8, 14].

3. Démarche diagnostique

Différentes techniques d’imagerie peuvent être utilisées pour détecter la dysplasie du coude, chacune avec ses avantages, mais aussi ses limites.

La radiographie

La radiographie, dans la recherche d’une dysplasie du coude, requiert une bonne contention et une myorelaxation suffisante pour l’obtention de clichés interprétables : une sédation est donc recommandée, comme ce qui a été fait dans le cas décrit.

Trois incidences doivent être réalisées :

– médio-latérale avec le coude en position physiologique (120°) ;

– une même incidence avec le coude en hyperflexion ;

– et cranio-caudale avec une légère pronation, permettant d’évaluer les quatre principales anomalies de la dysplasie du coude.

Une quatrième incidence permet une meilleure visualisation du processus coronoïde médial, en évitant sa superposition avec l’épiphyse proximale du radius. Cette vue, appelée DIMPLO (disto-médial proximo-latéral oblique), se réalise en plaçant l’animal en décubitus latéral avec l’extrémité distale de l’avant-bras surélevée (formant un angle de 35° avec la table), en rotation interne (supination de 40°) et le coude fléchi à 90° [4]. Cette technique d’imagerie a l’avantage d’être peu onéreuse et répandue dans la plupart des structures vétérinaires. Elle présente des sensibilités de détection variables selon les lésions : incongruence articulaire (88,8 %), ostéochondrose humérale (72 %) [7, 13]. Cependant, la superposition des reliefs osseux rend quelquefois difficile l’interprétation des lésions, par exemple en empêchant la gradation précise d’une incongruence articulaire lorsqu’elle n’est pas sévère. Enfin, en l’absence de lésions osseuses secondaires (sclérose de l’os sous-chondral, ostéophytose), les anomalies regroupées dans la dysplasie du coude sont sous-diagnostiquées en phase précoce [7, 10, 13].

Le scanner

L’examen tomodensitométrique, par l’acquisition puis la reconstruction des images en trois dimensions, supprime la superposition des reliefs osseux. Les processus anconé et coronoïde médial sont bien délimités et peuvent donc être finement évalués : la sensibilité du scanner dans la détection de la fragmentation du processus coronoïde médial est de 93,8 % (étude réalisée sur le labrador retriever) [7]. Il permet également de mettre en évidence les incongruences articulaires (sensibilité de détection de 85 % ou les ostéochondroses humérales passant inaperçues à la radiographie) [16].

L’accessibilité à cet examen est de plus en plus grande. Une sédation de l’animal est nécessaire, mais la durée d’acquisition est relativement courte. Néanmoins, seules les lésions osseuses sont détectées : des anomalies de cartilage ou des tissus mous péri-articulaires (myosite, tendinite, etc.) ne peuvent être visualisées, en raison du manque de discrimination entre ces différentes structures [2].

Imagerie par résonance magnétique

L’IRM élimine également le problème de superposition des structures osseuses, par l’acquisition des images dans les trois plans (sagittal, transversal et coronal). La sensibilité de l’IRM dans le diagnostic de la fragmentation du processus coronoïde médial est comprise entre 95,5 et 100 %, dans celui de la non-union du processus anconé de 87,5 %, et dans celui de l’ostéochondrose du condyle huméral médial de 77 % [13]. Les surfaces cartilagineuses ainsi que les tissus mous péri-articulaires sont également visibles : le diagnostic précoce d’une ostéochondrose, d’une souris articulaire cartilagineuse, ou encore de lésions musculo-tendineuses associées devient alors possible [2]. Suspectant une fragmentation du processus coronoïde médial, une IRM a été proposée aux propriétaires.

Cet examen nécessite également une sédation de l’animal. Sa durée de réalisation est relativement courte, mais son accessibilité est à l’heure actuelle plus faible que le scanner [2].

La scintigraphie

Cet examen d’imagerie est très souvent utilisé en médecine équine pour localiser une boiterie, mais il n’est que peu développé en pratique canine. Sa sensibilité de détection de la dysplasie du coude est élevée, en permettant la confirmation et la localisation de l’anomalie (à l’échelle de l’articulation), informations particulièrement utiles lorsqu’il subsiste un doute sur l’existence et la localisation d’une lésion au terme du bilan clinique de l’animal. Contrairement aux autres examens décrits qui évaluent des lésions anatomiques macroscopiques, la scintigraphie met en évidence de minimes anomalies ostéo-articulaires, non encore perceptibles par les autres techniques d’imagerie [12, 15].

La scintigraphie osseuse nécessite l’injection intraveineuse d’un produit radioactif (le 99mTechnetium qui est couplé à des biphosphonates dans le cadre de l’exploration osseuse) dont le rayonnement est capté par des gamma-caméras : l’hyperfixation du marqueur au niveau d’une articulation confirme avec certitude une lésion ostéo-articulaire, sans toutefois en préciser la nature (incongruence, fragmentation, fracture ou autre) en raison de la faible résolution des images. Une hyperfixation en région proximale de l’ulna correspond le plus souvent à une non-union du processus anconé, sur le condyle huméral médial à une ostéochondrose, et sur la partie distale de l’articulation huméro-radiale à une fragmentation du processus coronoïde médial [12, 15]. Son intérêt diagnostique est donc très important, mais son manque de précision anatomique ne donne pas toutes les informations nécessaires préalablement à un acte chirurgical, contrairement au scanner ou à l’IRM.

Cet examen nécessitant un personnel qualifié, du matériel spécialisé et des règles strictes de sécurité en matière de radioactivité, il n’est présent que dans peu de structures vétérinaires en France : son accessibilité est donc faible.

L’échographie

L’impédance acoustique de l’os étant très élevée, l’évaluation de l’architecture osseuse est compromise à l’échographie. Des articulations larges, telles que l’épaule ou le grasset, sont plus facilement évaluables qu’une petite articulation avec de multiples reliefs comme le coude. Néanmoins, quelques publications décrivent le diagnostic à l’échographie d’une fragmentation du processus coronoïde médial et d’une non-union du processus anconé. L’ostéochondrose humérale et l’incongruence articulaire ne peuvent cependant être décelées, en raison de la superposition des corticales osseuses, créant un cône d’ombre acoustique qui masque les reliefs plus profonds [6]. Cet examen n’a pas été retenu ici, les propriétaires souhaitant réduire la multiplicité des examens pour raisons financières.

L’arthroscopie

L’arthroscopie est un acte chirurgical diagnostique, peu invasif, et souvent thérapeutique. Elle permet d’avoir un “état des lieux” précis de l’articulation.

Le coude est l’une des articulations les moins difficiles à explorer par arthroscopie car les repères anatomiques sont aisément repérables et les masses musculaires de faible épaisseur. L’arthroscopie permet de visualiser directement les lésions intra-articulaires suspectées lors de l’examen clinique et/ou des examens d’imagerie, et d’extraire d’éventuels fragments cartilagineux/osseux. Le rinçage abondant de l’articulation élimine la majeure partie des facteurs de l’inflammation présents dans le liquide synovial. Un pronostic peut également être émis selon les lésions observées et le traitement réalisé. Pour toutes ces raisons, cet examen a été proposé et accepté dans notre cas.

4. Traitement

Le traitement est chirurgical et se pratique pendant l’arthroscopie. Les lésions qu’il est possible de traiter regroupent :

– la fragmentation du processus coronoïde médial ;

– l’ostéochondrose du condyle huméral médial ;

– la non-union du processus anconé ;

– les lésions en miroir du condyle huméral médial ;

– l’ossification incomplète des condyles huméraux ;

– les fractures articulaires ;

– les infections et tumeurs (biopsie, rinçage articulaire).

En cas de suspicion de dysplasie du coude, une exploration arthroscopique précoce est recommandée afin d’améliorer le pronostic. C’est ce qui a convaincu les propriétaires dans le cas décrit. Une amélioration clinique est rapportée par tous les propriétaires avec une absence de boiterie et ce, même si des lésions arthrosiques sont visibles à la radiographie [11].

Une autre étude rapporte que les chiens présentant une fragmentation du processus coronoïde médial, dont le traitement par arthroscopie améliore les symptômes, développent néanmoins des lésions arthrosiques [14]. En revanche, la boiterie des chiens avec fragmentation du processus coronoïde médial peut être améliorée significativement par l’arthroscopie, même lorsqu’une incongruence radio-ulnaire ou une atteinte cartilagineuse est associée [1].

L’incongruence articulaire étant rapportée comme à l’origine des lésions de dysplasie du coude (notamment de fragmentation du processus coronoïde médial), il a été suggéré de traiter cette incongruence en même temps que l’exérèse du fragment pour améliorer le pronostic. Il existe différentes techniques d’ostéotomie ulnaire pour traiter cette atteinte, mais aucune ne fait pour le moment consensus. La technique chirurgicale récente d’ostéotomie ulnaire proximale dynamique bi-oblique semble néanmoins donner de bons résultats [3, 9]. L’ostéotomie ulnaire a été conseillée dans le cas décrit afin d’améliorer le pronostic, mais a été refusée par les propriétaires qui ont préféré prendre le risque d’une seconde intervention en cas de persistance de la boiterie.

Conclusion

Même si le scanner est la méthode de référence dans le diagnostic de dysplasie du coude chez le chien, les autres techniques d’imagerie, en particulier la scintigraphie et l’IRM, fournissent des informations particulièrement intéressantes que le scanner ne fournit pas : mise en évidence d’une lésion ostéo-articulaire du coude pour la première technique, d’anomalies osseuses subtiles mais aussi cartilagineuses et tissulaires pour la seconde. L’arthroscopie, quant à elle, est un examen à double intérêt : diagnostique d’abord par l’évaluation visuelle directe des anomalies articulaires, mais aussi thérapeutique par le traitement de certaines lésions.

Références

  • 1. Barthélémy NP, Griffon DJ, Ragetly GR et coll. Short- and long-term outcomes after arthroscopic treatment of young large breed dogs with medial compartment disease of the elbow. Vet. Surg. 2014;43(8):934-943.
  • 2. Cook CR, Cool JL. Diagnostic imaging of canine elbow dysplasia: A review. Vet. Surg. 2009;38(2):144-153.
  • 3. Fitzpatrick N, Caron A, Solano MA. Bi-oblique dynamic proximal ulnar osteotomy in dogs: reconstructed computed tomographic assessment of radio-ulnar congruence over 12 weeks. Vet. Surg. 2013;42 (6):727-738.
  • 4. Haudiquet PR, Marcellin-Little DJ, Stebbins ME. Use of the disto-medial proximo-lateral oblique radiographic view of the elbow joint for examination of the medial coronoid process in dogs. Am. J. Vet. Res. 2002;63(7):1000-1005.
  • 5. Janach KJ, Breit SM, Kunzel WW. Assessment of the geometry of the cubital (elbow) joint of dogs by use of magnetic resonance Imaging. Am. J. Vet. Res. 2006;67(2):211-218.
  • 6. Knox VW, Sehgal CM, Wood AK. Correlation of ultrasonographic observations with anatomic features and radiography of the elbow joint in dogs. Am. J. Vet. Res. 2003;64(6):721-726.
  • 7. Lau SF, Theyse LFH, Voorhout G et coll. Radiographic, computed tomographic, and arthroscopic findings in labrador retrievers with medial coronoid disease. Vet. Surg. 2015;44(4):511-520.
  • 8. Michelsen J. Canine elbow dysplasia: aetiopathogenesis and current treatment recommendations. Vet. J. 2013;196(1):12-19.
  • 9. Samoy Y, Van Ryssen B, Gielen I et coll. Review of the literature: elbow incongruity in the dog. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2006;19 (1):1-8.
  • 10. Samoy Y, Gielen I, Saunders J et coll. Sensitivity and specificity of radiography for detection of elbow incongruity in clinical patients. Vet. Radiol. Ultrasound. 2012;53(3):236-244.
  • 11. Samoy Y, De Bakker E, Van Vynckt D et coll. Arthroscopic treatment of fragmented coronoid process with severe elbow incongruity. Long-term follow-up in eight Bernese Moutain Dogs. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2013;26(1):27-33.
  • 12. Schwartz T, Johnson VS, Voute L et coll. Bone scintigraphy in the investigation of occult lameness in the dog. J. Small Anim. Pract. 2004;45(5):232-237.
  • 13. Snaps FR, Balligand MH, Saunders JH et coll. Comparison of radiography, magnetic resonance imaging, and surgical findings in dogs with elbow dysplasia. Am. J. Vet. Res. 1997;58(12):1367-1370.
  • 14. Temwichitr J, Leegwater PA, Hazewinkel HA. Fragmented coronoid process in the dog: a héritable disease. Vet. J. 2010;185(2):123-129.
  • 15. Van Bruggen LW, Hazewinkel HA, Wolschrijn CF et coll. Bone scintigraphy for the diagnosis of an abnormal medial coronoid process in dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2010;51(3):344-348.
  • 16. Wagner K, Griffon DJ, Thomas MW et coll. Radiographic, computed tomographic, and arthroscopic evaluation of experimental radio-ulnar incongruence in the dog. Vet. Surg. 2007;36(7):691-698.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Points forts

→ Un chiot bouvier bernois atteint d’une dysplasie du coude objectivée par radiographie et examen d’imagerie par résonance magnétique (IRM) est traité par arthroscopie.

→ La dysplasie du coude est une affection ostéo-articulaire courante chez les chiens de grande race à croissance rapide.

→ Le diagnostic peut faire appel à plusieurs techniques d’imagerie, avec leurs avantages et leurs limites : radiographie, échographie, IRM, scanner, scintigraphie.

→ L’arthroscopie est un examen qui peut être diagnostique et thérapeutique.

→ L’arthroscopie est une chirurgie peu invasive, qui requiert un matériel et un entraînement spécifiques.

→ Diagnostiquée et traitée tôt, la dysplasie du coude est de bon pronostic.

1. Attitude lors de la station assise du chien atteint d’une fragmentation du processus coronoïde médial gauche. Le défaut d’appui du membre thoracique gauche avec report du poids sur le membre thoracique droit est à noter.

2a. Radiographie du coude gauche en vue cranio-caudale. Le processus coronoïde médial hétérogène, avec un contour mal délimité et une ligne radiotransparente, signe une fissuration (flèche).

2b. Radiographie du coude gauche en vue médio-latérale. Visualiser le décalage entre les surfaces articulaires du radius et de l’ulna (flèche).

3a. Examen d’imagerie par résonance magnétique du coude gauche en coupe sagittale (acquisition T2 Fatsat). Il est possible d’observer la tuméfaction articulaire marquée (flèches rouges), l’incongruence articulaire radio-ulnaire (flèche jaune) et le pincement articulaire huméro-radial (flèche verte).

3b. Examen d’imagerie par résonance magnétique du coude gauche en coupe transverse (acquisition T1 Vibe). Noter la fracture du processus coronoïde médial (flèche jaune).

4. Mise en place des trocards. L’aiguille, montée sur une seringue remplie de soluté physiologique, est insérée dans l’espace articulaire afin de le dilater, permettant ainsi une meilleure visualisation de l’articulation et l’élimination des débris provoqués par l’élimination du volet cartilagineux.

5. Arthroscopie. L’incisure ulnaire est intacte. L’extrémité de l’aiguille est visualisée.

6. Arthroscopie. Le volet cartilagineux (flèches vertes) et les villosités richement vascularisées (flèches jaunes) sont mis en évidence.

7. Arthroscopie. Le volet cartilagineux est surélevé à l’aide d’une curette puis abrasé à l’aide d’un shaver.

8. Arthroscopie. Après élimination du volet cartilagineux, l’os sous-chondral abrasé devient visible (partie rosée, flèches). La surface de la tête du radius apparaît au fond de l’image, ainsi que la chondromalacie de la surface articulaire humérale.

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