Le point Vétérinaire Canin n° 368 du 01/09/2016
 

DERMATOLOGIE

Analyse d’article

Charline Pressanti

INP-ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
31076 Toulouse
c.pressanti@envt.fr

Staphylococcus pseudintermedius (SPI) est un agent pathogène souvent incriminé dans les infections cutanées et auriculaires du chien [1]. Il s’agit d’une bactérie commensale portée de manière permanente par certains individus, en particulier au sein des muqueuses anale et nasale. Le réservoir bactérien sert de source pour une colonisation d’autres territoires comme la peau et le conduit auditif. Les cas de pyodermite canine à SPI ne sont que très rarement primaires. Une origine sous-jacente explique la fragilité des défenses cutanées locales qui permet la multiplication des bactéries et l’invasion de la peau par les SPI. Les causes favorisantes de pyodermite sont souvent les états allergiques et les dysendocrinies.

GÉNÉRALITÉS SUR LES SPI ET LES SPIRM

Il est actuellement recommandé de traiter les pyodermites superficielles et profondes canines avec des antibiotiques systémiques. Lesquels peuvent s’accompagner d’un traitement topique. Les antibiotiques choisis doivent être efficaces contre les SPI, présenter une bonne diffusion cutanée et être bien tolérés. Ainsi, les β-lactamines sont recommandés en première intention, dont l’amoxicillineacide clavulanique et la céfalexine [2].

Cependant, la dernière décennie a vu l’apparition de Staphylococcus pseudintermedius résistant à la méticilline (SPIRM). Elles résistent à l’action de toutes les β-lactamines grâce à la modification d’une protéine de surface : la penicillin binding protein. La protéine mutée a une moindre affinité pour l’antibiotique, empêchant ainsi sa fixation, donc son action sur la bactérie. Lors de pyodermite chez le chien, les infections à SPIRM peuvent concerner 8 à 66 % des individus. Ces infections sont majoritairement recensées dans les centres de référés de dermatologie et dans les structures hospitalières vétérinaires universitaires [3-5, 8]. Les staphylocoques résistants à la méticilline (SRM), déjà résistants aux â-lactamines, acquièrent souvent des résistances à d’autres classes d’antibiotiques. Ils sont alors qualifiés de multirésistants.

OBJECTIF DE L’ÉTUDE

De nombreuses études se sont intéressées aux facteurs qui contribuent à l’émergence de ces infections résistantes. En médecine humaine, une utilisation répétée d’antibiotiques comme les β-lactamines et les fluoroquinolones favorise le risque de portage et d’infection par des Staphylococcus aureus résistants à la méticilline (SARM). En revanche, les travaux vétérinaires sont plus rares et peu d’entre eux recensent les effets de l’antibiothérapie sur l’apparition de pyodermites canines à SPIRM.

L’objectif de cette étude était donc d’évaluer les effets des antibiothérapies sur l’émergence de ces infections résistantes chez le chien, en précisant la nature des antibiotiques, la durée des traitements, les doses utilisées, ainsi que la présence d’un traitement immunomodulateur concomitant.

RÉSULTATS

Les résultats de cette étude rétrospective confirment qu’une prise répétée antérieure d’antibiotiques favorise l’apparition d’infections cutanées à SPIRM. Dans cette université américaine, les antibiotiques les plus souvent utilisés étaient la céfalexine et la cefpodoxime. L’administration d’un immunomodulateur était également plus souvent associée aux infections résistantes.

En revanche, un dosage inapproprié de la molécule ou une durée de traitement inférieure aux recommandations actuelles ne prédisposait pas les chiens à contracter une pyodermite à SPIRM.

ANALYSE DES FACTEURS DE RISQUE

En médecine humaine, où les facteurs de risque favorisants ont largement été étudiés, l’utilisation répétée d’antibiotiques contribue à la sélection d’une flore résistante et peut donc, chez un individu sensible, être la cause d’une infection résistante. Ces travaux concernent essentiellement le Staphylococcus aureus (SA). Dans une étude non contrôlée réalisée chez le chien et le chat, le nombre de traitements était corrélé à la présence d’une infection à SARM [9]. C’était également le cas lors d’infection à SPIRM chez le chien, en particulier lorsqu’il s’agissait des β-lactamines [10]. Cette étude confirme que le nombre de traitements et la diversité des molécules prescrites sont aussi des facteurs favorisants lors de pyodermite canine. Si, classiquement, l’utilisation répétée de fluoroquinolones promeut l’émergence des SARM en médecine humaine, dans cette étude, les deux molécules les plus souvent incriminées sont la céfalexine et la cefpodoxime [6, 7]. Aucune association n’a été démontrée, ici, entre l’utilisation des quinolones et les SPIRM. Cela peut s’expliquer par une administration peu fréquente des quinolones dans cette étude.

Un traitement immunomodulateur est également associé à un plus grand nombre d’infections résistantes. De précédents essais n’ont pas noté un plus grand nombre de pyodermites à SPIRM associées à l’emploi de corticoïdes [10]. Ces différences peuvent s’expliquer par le choix des populations canines étudiées qui ne s’intéressent qu’aux cas de pyodermite. L’emploi d’un immunomodulateur peut masquer les signes de pyodermite et ainsi raccourcir la durée des traitements, favorisant ainsi l’apparition de résistances. La nature et les doses des immunomodulateurs n’ont pas été détaillées ici et une étude prospective serait nécessaire pour préciser les différents contextes favorisants.

Conclusion

Cette étude rétrospective démontre qu’une utilisation répétée d’antibiotiques, en particulier les β-lactamines, concourt aux pyodermites à SPIRM. Lors de pyodermite canine répétée, il est donc indispensable d’identifier et de contrôler la ou les causes favorisantes afin de combattre l’emploi excessif de ces molécules. Les soins locaux, en particulier les antiseptiques, doivent être privilégiés afin de limiter la prescription systématique d’un antibiotique systémique.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIF

L’objectif de l’étude est d’identifier les facteurs de risque associés à une prise répétée d’antibiotiques dans un contexte de pyodermite canine à SPIRM.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

• L’étude a été conduite dans un hôpital universitaire vétérinaire, au sein du service de dermatologie.

• Il s’agit d’une étude rétrospective incluant des chiens présentant une pyodermite à Staphylococcus pseudintermedius diagnostiquée entre 2006 et 2012.

• Chaque animal a fait l’objet d’une revue détaillée de son historique médical, concernant notamment une prise antérieure d’antibiotiques et une administration concomitante d’immunomodulateurs.

• Les facteurs de risque ont fait l’objet d’une interprétation statistique (test de χ2 et test de Student, p < 0,05).

RÉSULTATS

• 53 chiens présentant une infection à SPIRM et 45 une infection à Staphylococcus pseudintermedius sensible à la méticilline (SPISM) ont été inclus. Parmi eux, 98 % des chiens à pyodermite résistante et 93 % de ceux à pyodermite sensible avaient reçu au moins une fois des antibiotiques.

• Le nombre de traitements successifs et la diversité des molécules utilisées étaient significativement plus élevés chez les chiens présentant une infection à SPIRM, comparativement à ceux avec une infection à SPISM (p < 0,001 et p < 0,009, respectivement).

• Les chiens ayant précédemment reçu des β-lactamines étaient en plus grand nombre dans le groupe résistant, par rapport au groupe sensible (p = 0,007).

• Les chiens ayant reçu un traitement immunomodulateur de manière concomitante étaient également plus nombreux dans le groupe résistant (62 % versus 42 % ; p = 0,048).

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