Le point Vétérinaire Canin n° 367 du 01/07/2016
 

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MÉDECINE INTERNE

Analyse d’article

Magali Decome

Faculté de médecine vétérinaire
3200, rue Sicotte
Service de médecine interne,
Saint-Hyacinthe
J25 2M2, Québec, Canada

La bronchite chronique est une des causes de toux les plus courantes [1]. Elle doit être suspectée chez les chiens toussant depuis plus de 2 mois [5]. Des collapsus bronchiques peuvent survenir lors de l’évolution, probablement secondaires à l’affaiblissement du cartilage ou aux effets directs des médiateurs de l’inflammation sur le cartilage lui-même ou les muscles lisses [1]. Elle peut être frustrante à prendre en charge et nécessite généralement un traitement à long terme [1, 6].

LES TRAITEMENTS TRADITIONNELS

Traditionnellement, les chiens atteints de bronchite chronique reçoivent un traitement anti-inflammatoire stéroïdien (glucocorticoïdes), ainsi qu’une combinaison d’antitussif, de bronchodilatateur, de mucolytiqus et, de façon intermittente, d’antibiotique [1, 6].

Afin de limiter les effets secondaires au long terme, il est préférable d’administrer des glucocorticoïdes par inhalation (exemple : propionate de fluticasone). Bien qu’ils suppriment également l’axe hypothalamo-hypophysaire, la suppression est moins marquée qu’avec la prednisone et les effets secondaires observés sont moindres [1, 2].

Les bronchodilatateurs sont plus utilisés chez les chats présentant des signes d’inflammation bronchique et de bronchoconstriction. Même si les chiens démontrent rarement des signes associés à une bronchoconstriction, une diminution des signes cliniques peut être observée à la suite de l’administration de bronchodilatateurs. Les agonistes des récepteurs β2 sont les plus souvent utilisés, suivis des méthylxanthines [1].

Les antitussifs les plus couramment utilisés sont l’hydrocodone et le butorphanol. Afin d’éviter l’induction d’une tolérance au médicament, ils sont administrés à dose et à fréquence minimales efficaces au long terme. La toux permettant d’excréter les sécrétions bronchiques, les antitussifs ne doivent être prescrits que sur les toux sèches et non productives et ne sont pas considérés, seuls, comme un traitement adéquat des bronchites chroniques [1, 6].

LE RÔLE DES TACHYKININES ET DES RÉCEPTEURS NEUROKININES

La substance P appartient à la classe des tachykinines et est impliquée dans la physiopathologie de l’asthme et des bronchites chroniques. Sa concentration semble être augmentée dans les voies respiratoires lors de bronchite chronique et d’asthme [5]. Elle joue un rôle dans la sensibilisation centrale et périphérique du réflexe de toux, et d’inflammation par le recrutement de leucocytes dans les voies respiratoires [6]. Les tachykinines sont relâchées à la fois par les neurones sensitifs et les cellules du système immunitaire et se fixent sur les récepteurs neurokinines. Elles amplifient la réponse inflammatoire ayant déjà lieu et participent au recrutement de lymphocytes, à la production d’immunoglobulines, à la sécrétion de cytokines et à l’altération de la perméabilité vasculaire. Il existe de nombreux récepteurs des neurokinines tels que NK-1, -2 et -3. NK-1, le récepteur de la substance P est principalement localisé sur les vaisseaux bronchiques, les cellules épithéliales, l’endothélium vasculaire et les leucocytes respiratoires [7-9].

LE CITRATE DE MAROPITANT

Le citrate de maropitant, antagoniste des récepteurs NK-1, bloque donc l’action de la substance P. Il est largement utilisé en médecine vétérinaire pour ses effets anti-vomitifs. En médecine vétérinaire, peu d’études cliniques existent sur les effets des antagonistes des neurokinines sur les bronchites chroniques ou l’asthme. La plupart des études cliniques publiées sur le sujet ne rassemblent que très peu d’individus, à l’image de l’article étudié ici. Si une amélioration est observée chez 100 % des chiens atteints de bronchite chronique (baisse de 75 % de la fréquence de la toux et de 87,5 % de la sévérité de celle-ci) lors de l’utilisation du maropitant, il semble que chez les chats présentant de l’asthme, les résultats soient moins probants [5]. En effet aucune diminution des scores cliniques ou de l’éosinophilie n’est mise en évidence que ce soit après une simple administration ou une administration chronique de 1 mois dans les deux études menées sur la même cohorte de chats [3, 4]. Chez le chien, il semble que même si une amélioration clinique est notée, aucun changement significatif n’est mis en évidence sur les résultats du lavage broncho-alvéolaire pré- et post-traitement [5]. L’absence d’amélioration de l’inflammation, malgré des résultats cliniques intéressants, amène les auteurs à exprimer des réserves sur son utilisation lors de bronchites chroniques chez le chien. D’autres études sont nécessaires pour confirmer l’intérêt du maropitant dans ce cadre, dont des études contrôles.

Conclusion

Les tachykinines semblent avoir un rôle prédominant dans la physiopathologie de l’asthme et des bronchites chroniques dans de nombreuses espèces. Le citrate de maropitant, un antagoniste des récepteurs NK-1, semble démontrer des propriétés antitussives hors autorisation de mise sur le marché. Des résultats cliniques intéressants semblent avoir été observés chez le chien, contrairement au chat. Malgré tout, chez le chien, aucune régression de l’inflammation n’est notée, ce qui rend ce traitement peu recommandable actuellement. Des études de plus grande ampleur sont nécessaires pour confirmer son intérêt dans ce cadre.

Références

  • 1. Bonagura JD, Twedt DC. Respiratory drug therapy. Kirk’s current veterinary therapy XV. Edition Elsevier. 2014;151:622-628.
  • 2. Cohn LA, DeClue AE, Reinero CR. Endocrine and immunologic effects of inhaled fluticasone proprionate in healthy dogs. J. Vet. Intern. Med. 2008;22:37-43.
  • 3. Grobman M, Graham A, Outi H et coll. Chronic neurokinin-1 receptor antagonism fails to ameliorate clinical signs, airway hyperresponsiveness or airway eosinophilia in an experimental model of feline asthma. J. Feline Med. Surg. 2016;18(4):273-279.
  • 4. Grobman M, Krumme S, Outi H et coll. Acute neurokinin-1 receptor antagonism fails to dampen airflow limitation or airway eosinophilia in an experimental model of feline asthma. J. Feline Med. Surg. 2016;18(2):176-181.
  • 5. Grobman M, Reinero C. Investigation of neurokinin-1 receptor antagonism as a novel treatment for chronic bronchitis in dogs. J. Vet. Intern. Med. 2016;30:847-852.
  • 6. McKiernan BC. Diagnosis and treatment of canine chronic bronchitis. Twenty years of experience. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2000;30 (6):1267-1278.
  • 7. O’Connor TM, O’Connell J, O’Brien DI et coll. The role of substance P in inflammatory disease. J. Cell. Physiol. 2004;201:167-180.
  • 8. Tiberio IF, Turco GM, Leick-Maldonado EA et coll. Effects of neurokinin depletion on airway inflammation induced by chronic antigen exposure. Am. J. Resp. Crit. Care Med. 1997;155:1739-1747.
  • 9. Ujiie Y, Sekizawa K, Aikawa T, Sasaki H. Evidence for substance P as an endogenous substance causing cough in guinea pigs. Am. Rev. Respir. Dis. 1993;148 (6 Pt 1):1628-1632.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Évaluer les effets du maropitant sur les signes cliniques et les signes d’inflammation des voies aériennes associés à la bronchite chronique chez le chien.

MÉTHODE

Il s’agit d’une étude pilote réalisée à l’université du Missouri et menée sur des chiens atteints de bronchite chronique. Le diagnostic est confirmé grâce à un examen standard, des radiographies thoraciques et un lavage broncho-alvéolaire (LBA). Les chiens recevant un traitement antibiotique ou des corticoïdes sont exclus. Un questionnaire est rempli par les propriétaires afin de connaître l’environnement, les caractéristiques de la toux ainsi que le statut vaccinal du chien au moment de l’entrée dans l’étude. Un traitement de citrate de maropitant est mis en place à 2 mg/kg par voie orale tous les 2 jours pendant 14 jours. La réponse au traitement est établie selon l’évolution des signes cliniques après un traitement sur une échelle de 0 à 100 (aucun signe clinique à détresse respiratoire), ainsi que sur les résultats d’un LBA réalisé dans les 24 heures après la dernière prise.

RÉSULTATS

• 8 chiens sont inclus dans l’étude, âge médian : 5 ans.

• Les signes cliniques sont observés pour un temps médian de 6,5 mois.

• L’environnement quotidien et le statut vaccinal des chiens sont très variés. Deux des chiens sont exposés à la fumée de cigarette (une ou deux fois par mois).

• 5 chiens reçoivent un traitement au moment de l’inclusion : diphenhydramine (1), N-acétyl cysteine (1), tramadol (1), butorphanol (1) ou une immunothérapie ciblée de façon mensuelle (1).

• Une diminution des signes cliniques est notée chez tous les chiens avec une baisse de 75 % de la fréquence de la toux et de 87,5 % de la sévérité.

• Aucune différence significative n’est observée entre les LBA pré- et post-traitement.

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