Le point Vétérinaire Canin n° 364 du 01/04/2016

DERMATOLOGIE CANINE

Analyse d’article

Charline Pressanti

INP-ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
c.pressanti@envt.fr

Certaines recommandations dans le traitement des infections bactériennes cutanées ont récemment été publiées. Celles-ci suggèrent l’utilisation de shampooing et de sprays antimicrobiens lors d’infections superficielles et d’infections localisées. Lors d’utilisation d’antibiotiques, les molécules de choix de première intention sont l’association amoxicilline-acide clavulanique, la céfalexine et la clindamycine [1, 3].

CONTEXTE DE L’ÉTUDE

Ces dernières années, le monde vétérinaire, en particulier le secteur de la dermatologie, a vu émerger des staphylocoques résistants aux antibiotiques. Chez le chien, il s’agit essentiellement de Staphylococcus pseudintermedius (SP) résistant à la méticilline (SPRM), voire multirésistant [2, 6]. Ces bactéries rendent le traitement des infections complexe car le choix des antibiotiques efficaces est souvent restreint, voire impossible. Ces bactéries résistantes aux antibiotiques restent sensibles aux antiseptiques comme la chlorhexidine et l’utilisation de ces topiques est donc indispensable dans la gestion de ces dermatoses.

Des études, qui s’intéressent à l’efficacité du gluconate de chlorhexidine, ont montré que ce principe actif était efficace seul dans la prise en charge des pyodermites superficielles. Cependant, elles étaient de courte durée et ne permettaient pas une résolution complète de l’infection [8].

Il s’agit donc, ici, de la première étude clinique s’intéressant à la chlorhexidine qui prouve une équivalence d’efficacité avec une antibiothérapie systémique sur une durée de 4 semaines pour le traitement des pyodermites superficielles chez le chien. À J28, aucun chien ne présentait de signes d’infection bactérienne, quel que soit le groupe.

INTÉRÊT DE LA CHLORHEXIDINE

La chlorhexidine était contenue dans les deux produits utilisés dans le groupe T. Elle avait déjà fait l’objet de nombreuses études prouvant son efficacité vis-à-vis de nombreux agents infectieux. Cette molécule, à des concentrations comprises entre 2 et 4 %, est aussi efficace, voire plus, que certains autres antiseptiques cutanés comme le lactate d’éthyle ou encore le peroxyde de benzoyle [7, 10]. La chlorhexidine est active contre SP à des concentrations de 2 à 4 %. In vitro, une solution à 4 % de chlorhexidine tue le SP en moins de 1 minute aux dilutions allant de 1/5 à 1/25, alors que la solution à 2 % n’est efficace qu’à la dilution 1/5 [5]. Aucune étude n’a prouvé de baisse d’activité de la chlorhexidine vis-à-vis de SP. En médecine humaine, une diminution d’efficacité de la chlorhexidine lors d’infection à Staphylococcus aureus (SA) est régulièrement rapportée. Cette résistance est liée à la présence d’une pompe d’efflux à la surface de la bactérie codée par un gène comme qacA, souvent rencontré chez SA [4].

ÉTUDE CLINIQUE

Pyodermite superficielle

Le traitement d’une pyodermite superficielle dure 3 à 4 semaines et doit être poursuivi 7 jours au-delà de la guérison clinique [1, 3]. Dans l’étude, les signes cliniques étaient résolus dans les 28 jours. Cinq chiens de chaque groupe ont présenté une rechute cliniquement visible à J56. Les auteurs écartent l’hypothèse d’une résolution incomplète de la précédente infection et évoquent la possibilité d’un terrain cutané favorisant les surinfections superficielles répétées. En effet, les pyodermites superficielles sont souvent secondaires à une dermatose primaire sous-jacente. Cela pourrait notamment expliquer la persistance du prurit malgré la guérison clinique de la pyodermite, prurit qui serait donc lié à la dermatose primaire. Dans cette étude, une affection allergique sous-jacente était suspectée chez 41 chiens.

Staphylococcus pseudintermedius isolés

Les cultures bactériennes ont permis d’isoler SP dans 18 cas. Dans cinq cas, les prélèvements étaient contaminés par Bacillus et, dans les quatre cas restants, aucun agent pathogène n’a été isolé malgré la visualisation de bactéries de type coccies intracellulaires à la cytologie. Un SPRM était isolé dans quatre cas du groupe T et dans deux cas du groupe S, ce qui correspond à une prévalence de la méticilline-résistance de 17 %. Les deux cas du groupe S ont été secondairement placés dans le groupe T. Les études qui s’intéressent à l’efficacité de la chlorhexidine sur les SPRM sont rares. L’une d’entre elles a montré une efficacité partielle d’un savon de chlorhexidine à 2 %, mais la durée de l’essai n’était que de 2 semaines [9].

Dans cette étude, 4 semaines de digluconate de chlorhexidine à 4 % ont permis une résolution complète des lésions chez les 8 chiens infectés par le SPRM et aucune différence n’a été observée avec le Staphylococcus pseudintermedius sensible à la méticilline (SPSM).

LIMITES DE L’ÉTUDE

L’utilisation des topiques présente de nombreux avantages. Les shampooings, quelle que soit leur composition, permettent d’éliminer mécaniquement les croûtes, les squames et les débris qui servent de support à l’infection bactérienne. Ainsi, dans cette étude, l’effet antibactérien des shampooings utilisés pourrait également être lié à l’effet lavant mécanique et non pas à l’action antiseptique seule de la chlorhexidine.

Conclusion

En raison de l’émergence de bactéries résistantes comme les SP chez le chien, il est indispensable d’avoir recours de manière plus systématique à un traitement topique fondé sur l’utilisation d’antiseptiques. Cette étude démontre qu’une utilisation rationnelle d’un shampooing et d’une lotion contenant 4 % de chlorhexidine présente une efficacité équivalente à celle de l’association amoxicilline-acide clavulanique lors d’infection à SPSM et une efficacité excellente sur les SPRM. De telles infections sont fréquentes en dermatologie canine. Ainsi, une utilisation systématique de soins locaux permettrait une diminution de la consommation d’antibiotiques et contribuerait à limiter l’apparition des résistances bactériennes.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

CONTEXTE

Peu d’études disponibles comparent l’efficacité des antiseptiques locaux seuls à celle des antibiotiques systémiques pour le traitement des pyodermites superficielles canines.

OBJECTIF

Comparer l’efficacité de la chlorhexidine à l’association amoxicilline-acide clavulanique dans le traitement de ces pyodermites.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

• Une étude randomisée et contrôlée en aveugle a été réalisée sur l’ensemble des chiens inclus.

• Le groupe T (n = 31) a été traité 4 semaines à l’aide d’un shampooing à 4 % de digluconate de chlorhexidine deux fois par semaine et d’une lotion de la même composition une fois par semaine. Le groupe S (n = 20) a reçu une association amoxicilline-acide clavulanique à la dose de 25 mg/kg deux fois par jour pendant 4 semaines.

• Les agents pathogènes responsables de la pyodermite ont été isolés et identifiés avant traitement.

• Les animaux ont été suivis durant les 4 semaines de traitement.

RÉSULTATS

• Dans le groupe T, 25/31 chiens ont terminé l’étude. Dans le groupe S, il s’agissait de 16/20?animaux.

• Staphylococcus pseudintermedius (SP) a été isolé chez 48 chiens, 8 d’entre eux étaient infectés par un Staphylococcus pseudintermedius résistant à la méticilline (SPRM).

• Aucune différence n’était constatée dans l’évaluation du prurit et de la pyodermite entre les deux groupes. La seule différence a été observée à J1 où le groupe S avait un score plus élevé que celui du groupe T.

• Le traitement topique était aussi efficace que l’antibiothérapie, chez tous les animaux présentant une pyodermite superficielle en incluant les chiens infectés par des SPRM.

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