Le point Vétérinaire Canin n° 363 du 01/03/2016
 

GASTRO-ENTÉROLOGIE CANINE

Analyse d’article

Magali Decome

Faculté de médecine vétérinaire
3200, rue Sicotte
Service de médecine interne,
Saint-Hyacinthe
J25 2M2, Québec, Canada

Le terme de cholécystite est utilisé pour définir une atteinte de la vésicule biliaire, qu’elle soit inflammatoire ou infectieuse. En médecine humaine, il semble qu’une cholécystite caractérise plus précisément une obstruction du canal cystique [1]. Les cholécystites bactériennes sont encore peu rapportées dans les publications vétérinaires.

DIAGNOSTIC ET CARACTÉRISATION D’UNE CHOLÉCYSTITE

Une cholécystite peut être aiguë ou chronique. Comme cela est décrit dans l’article étudié, les signes cliniques sont variables (certains animaux sont asymptomatiques) et non spécifiques. Un ictère est parfois présent. Ici, dans le groupe atteint, seul 1 chien sur les 10 animaux inclus était ictérique [5]. Dans les cas aigus, un état de choc est possiblement observé, et, lors de rupture de la vésicule biliaire, un épanchement abdominal ainsi qu’une péritonite biliaire peuvent être mis en évidence [1, 5].

Les anomalies clinico-pathologiques sont souvent compatibles avec une cholestase ou une atteinte biliaire post-hépatique. Les changements échographiques les plus souvent observés sont la présence de boue biliaire, un épaississement de la paroi de la vésicule biliaire et, parfois, une obstruction des voies biliaires, un emphysème de la paroi de la vésicule biliaire ou une mucocœle [1]. Dans l’article étudié ici, les auteurs insistent sur le caractère mobile ou non de la boue biliaire. La présence de boue immobile serait compatible avec celle de bactéries dans la bile (bactibilia) avec une très bonne spécificité (100 %) et une sensibilité moyenne (70 %) [5].

Le diagnostic de cholécystite bactérienne repose sur les résultats de la cytologie de bile et de bactériologies aérobique et anaérobique. Les agents pathogènes rencontrés sont Escherichia coli, Enterococcus spp., Klebsiella spp., Clostridia spp., Corynebacterium spp., Bacteroides spp., Streptococcus faecalis, Campylobacter jejuni, Proteus spp. et Staphylococcus spp. [5-7]. Dans la majorité des cas, ils correspondent à ceux qui sont observés dans le tractus digestif. Une population mixte est identifiée dans 30 à 60 % des cas, selon les études. Dans 54 % des cas environ, les examens cytologiques retrouvent une population mixte, mais non les analyses bactériologiques [6].

De nombreux auteurs recommandent la réalisation concomitante de biopsies hépatiques, associées à des analyses histologiques et bactériologiques. Une discordance des résultats entre les bactériologies hépatiques et biliaires est souvent observée [5, 6].

PHYSIOPATHOLOGIE DE LA CHOLÉCYSTITE BACTÉRIENNE

La physiopathologie des cholécystites bactériennes est encore peu comprise. Toutefois, l’observation de bacti­bilia transitoires, autolimitantes, chez le chien suggère une colonisation transitoire de la vésicule biliaire [1, 4]. Une diminution du flot biliaire, due à une choléstase, à une obstruction ou à une hyperlipémie, favoriserait le développement d’une cholécystite bactérienne [3]. De plus, le fait que la majorité des bactéries rencontrées dans la vésicule biliaire provient du tractus digestif appuie l’hypothèse d’une infection ascendante. Dans l’article étudié, 4 chiens présentent des signes histologiques d’une maladie inflammatoire chronique des intestins. Cette concomitance est fréquemment rencontrée chez le chat atteint de triade féline [1].

TRAITEMENT ET ÉVOLUTION D’UNE CHOLÉCYSTITE

Le traitement médical repose sur la mise en place d’une antibiothérapie adaptée, pour un minimum de 1 mois, jusqu’à résolution de la bactibilia. La médiane de traitement des chiens est de 5 mois. Les signes cliniques et les modifications clinico-pathologiques diminuent bien avant la disparition de la bactibilia. C’est pourquoi les auteurs recommandent la réalisation de cholécystocentèses et de bactériologies lors des suivis [5]. De plus, pour limiter les risques de résistance bactérienne, le traitement antibiotique doit suivre une bactériologie et un antibiogramme. Certains auteurs relèvent qu’une bactibilia peut être observée chez des chiens totalement asymptomatiques. Leur pathogénicité est ainsi remise en cause, et le traitement d’une bactibilia en l’absence d’inflammation ou de signes cliniques est alors questionnable [4]. L’acide ursodésoxycholique fait également partie du traitement. Dans les cas sévères, une cholécystectomie est préférée. Le taux de mortalité immédiat après la chirurgie est d’environ 22 à 40 %. Le pronostic à long terme est bon chez les animaux qui survivent à la phase postopératoire immédiate, ainsi que pour les cas moins sévères traités médicalement [1, 2, 8].

Conclusion

Les cholécystites bactériennes sont peu décrites chez le chien et leur physiopathologie est encore mal comprise, même si la flore digestive semble impliquée. Le diagnostic repose sur la réalisation d’une bactériologie biliaire. Cependant, les cytologies biliaires, et les biopsies hépatiques ou de la paroi biliaire peuvent également apporter des informations complémentaires intéressantes. Le traitement antibiotique est choisi selon les résultats de la bactériologie et de l’antibiogramme afin de prévenir les résistances bactériennes. Répéter des cholécystocentèses pour suivre l’évolution de la bactibilia et adapter l’antibiothérapie semblent aussi utiles.

Références

  • 1. Aguirre A. Disease of the gallbladder and extrahepatic biliary system. In: Textbook of veterinary internal medicine. 7th ed. Elsevier, Philadelphia. 2010:1698-1704.
  • 2. Amsellem PM, Seim III HB, McPhail CM et coll. Long-term survival and risk factors associated with biliary surgery in dogs: 34 cases (1994-2004). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2006;229 (9):1451-1457.
  • 3. Cardoso V, Pimenta A, da Fonseca JC et coll. The effect of cholestasis on hepatic clearance of bacteria. World J. Surg. 1982;6:330-334.
  • 4. Kook PH, Schellenberg S, Grest P et coll. Microbiologic evaluation of gallbladder bile of healthy dogs and dogs with iatrogenic hypercortisolism: A pilot study. J. Vet. Intern. Med. 2010;24(1):224-228.
  • 5. Lawrence YA, Ruaux CG, Nemanic S et coll. Characterization, treatment and outcome of bacterial cholecystitis and bactibilia in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2015;246(9):982-989.
  • 6. Peters LM, Glanemann B, Garden OA et coll. Cytological findings of 140 bile samples from dogs and cats and associated clinical pathological data. J. Vet. Intern. Med. 2015;30(1):123-131.
  • 7. Wagner KA, Hartmann FA, Trepanier LA. Bacterial culture results from liver, gallbladder, or bile in 248 dogs and cats evaluated for hepatobiliary disease: 1998-2003. J. Vet. Intern. Med. 2007;21(3):417-424.
  • 8. Worley DR, Hottinger HA, Lawrence HJ. Surgical management of gallbladder mucoceles in dogs: 22 cases (1999-2003). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2004;225(9):1418-1422.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Établir les caractéristiques épidémiocliniques, biochimiques et échographiques des chiens présentant une cholécystite bactérienne ou une bactibilia asymptomatique, ainsi que la réponse au traitement médical ou chirurgical.

MÉTHODE

Il s’agit d’une étude rétrospective qui inclut 10 chiens (groupe atteint) présentant une cholécystite bactérienne ou une bactibilia. Un groupe contrôle composé de 30 chiens atteints de maladies hépatobiliaires, mais dont les analyses bactériologiques biliaires sont négatives est également inclus. Une cholécystite bactérienne est diagnostiquée sur la base des résultats des examens histologiques, cytologiques et clinicopathologiques. Une bactibilia traduit simplement la présence de bactéries dans la bile.

RÉSULTATS

• Parmi les 10 chiens atteints d’une bactibilia, 6 présentent une cholécystite et 7 des signes cliniques non spécifiques. Dix-huit des chiens du groupe contrôle présentent des signes cliniques similaires.

• La présence d’une boue biliaire immobile chez des chiens qui montrent des signes cliniques indique une bactibilia avec une sensibilité de 70 % et une spécificité de 100 %.

• Six des 13 agents pathogènes isolés présentent des multirésistances aux antibiotiques. Lors d’antibiothérapie préalable, 100 % des Enterococcus spp. sont antibiorésistants.

• Une discordance entre les bactériologies hépatiques et biliaires est notée.

• Une diminution des signes cliniques est observée avant la disparition de la bactibilia, qui se produit en moyenne 5 mois après l’instauration de l’antibiothérapie.

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