Le point Vétérinaire Canin n° 360 du 01/11/2015

OTOLOGIE CANINE

Analyse d’article

Charline Pressanti

Praticien hospitalier en dermatologie
INP-ENVT, 23, chemin des Capelles
31076 Toulouse Cedex

L’otite moyenne primaire sécrétante (OMPS) est une entité récemment décrite dans la race cavalier king charles (CKC) [6]. Dans une étude rétrospective de 61 oreilles atteintes chez 43 chiens, les signes cliniques associés étaient variables. Des douleurs cervicales et des vocalises spontanées étaient essentiellement rapportées (64 % des cas). Les signes nerveux étaient plus rares (ataxie, paralysie faciale, nystagmus, port de tête penché et convulsions) et étaient décrits chez 25 % des animaux. 15 % des cas présentaient un prurit auriculaire sans otite externe, 15 % une otite externe, 13 % une perte de l’audition et, enfin, 7 % un abattement. Une combinaison de ces signes apparaissait chez 46 % des animaux. Toujours dans cette étude, le diagnostic avait pu être établi grâce à la visualisation par otoscopie d’un gonflement et d’une opacification du tympan et par le retrait d’un gel visqueux de la bulle tympanique après myringotomie. L’âge d’apparition des premiers symptômes se situait entre 2 et 10 ans, mais 86 % des animaux avaient entre 3 et 7 ans. Les animaux souffrant d’OMPS étaient souvent suspects de cervicalgie avant que le diagnostic d’otite soit établi.

Chez certains individus, les manifestations cliniques sont frustes, voire absentes. L’OMPS est alors une découverte fortuite à la suite d’un examen d’imagerie pour la recherche d’une autre affection (syringomyélie, hernie discale) [1, 7].

ÉTIOPATHOGÉNIE DE L’OMPS

L’étiopathogénie de l’OMPS n’est pas clairement établie. Chez l’homme, un dysfonctionnement de la trompe d’Eustache est impliqué dans la pathogénie des otites moyennes séreuses. Certaines anomalies de conformation de la face pourraient être à l’origine de ce dysfonctionnement.

La brachycéphalie et les malformations nasopharyngées qu’elle entraîne pourraient être en partie responsables des OMPS chez le chien. Une étude comparant l’incidence des OMPS chez les races brachycéphales (boxer et CKC) par rapport aux races mésocéphales (cocker spaniel) a montré une plus forte prévalence de l’OMPS dans les premières. Les animaux souffrant d’OMPS présentaient des modifications anatomiques du palais mou et du nasopharynx pouvant expliquer le dysfonctionnement de la trompe d’Eustache et ainsi le défaut de drainage de la bulle conduisant à une accumulation de mucus [5].

DIAGNOSTIC DE L’OMPS

Chez le chien, l’otite moyenne fait souvent suite à l’extension d’une otite externe chronique. Le diagnostic est établi grâce à des examens d’imagerie (radiographie, scanner, imagerie par résonance magnétique), à des examens otoscopiques ou, plus rarement, à une canalographie, ou à un examen pneumotoscopique ou tympanométrique. Ces examens très spécifiques s’avèrent souvent peu sensibles et n’ont jamais été spécifiquement évalués pour la détection de l’OMPS. L’échographie de la bulle tympanique est une technique peu invasive, réalisable sur chien vigile. Elle présente une meilleure sensibilité que la radiographie pour la détection de fluide dans l’oreille moyenne et n’a pas été testée lors d’OMPS [4].

Cette étude a permis de montrer que la tympanométrie, la pneumotoscopie et l’échographie de la bulle tympanique avaient de trop faibles sensibilité et spécificité pour le diagnostic de l’OMPS.

L’échographie de la bulle tympanique

La sensibilité était de 67 % et la spécificité de 47 % pour la détection d’un contenu au sein de la bulle tympanique par échographie. Ces valeurs sont inférieures à celles obtenues lors de précédentes études réalisées sur cadavres, mais sensiblement équivalentes à celles obtenues sur animal vigile [2-4]. Les faibles valeurs obtenues ici peuvent être expliquées par la conformation des CKC, la difficulté pour placer la sonde échographique et les quantités de mucus présentes dans les bulles.

La tympanométrie et la pneumotoscopie

Ces deux techniques évaluent la résistance du tympan. Une bulle remplie de liquide ou de mucus rend le tympan plus rigide et impacte donc les mesures effectuées. Ces deux méthodes ont été utilisées par le passé chez l’enfant, pour détecter une éventuelle otite moyenne séreuse. Toutefois, le manque de précision des résultats obtenus rend ces techniques peu utilisables en pratique. Dans le cas des CKC de cette étude, les résultats sont comparables à ceux obtenus chez l’enfant. Ces techniques ne sont donc pas recommandées dans le diagnostic de l’OMPS chez le CKC.

Conclusion

L’OMPS est une affection courante chez le CKC et peut être uni- ou bilatérale. Les modifications radio-visibles sont rares. Le gonflement de la pars flaccida suffit à établir la présence d’une OMPS dans cette race et les autres examens ne sont pas nécessaires. En revanche, si la pars flaccida n’est pas gonflée, il est recommandé de réaliser d’autres examens complémentaires, en particulier un examen tomodensitométrique.

Références

  • 1. Cole LK. Primary secretory otitis media in cavalier king charles spaniels. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2012;42(6):1137-1142.
  • 2. Dickie AM, Doust R, Cromarty L et coll. Ultrasound imaging of the canine tympanic bulla. Res. Vet. Sci. 2003;75(2):121-126.
  • 3. Doust R, King A, Hammond G et coll. Assessment of middle ear disease in the dog: a comparison of diagnostic imaging modalities. J. Small Anim. Pract. 2007;48(4):188-192.
  • 4. Griffiths LG, Sullivan M, O’Neill T, Reid SW. Ultrasonography versus radiography for detection of fluid in the canine tympanic bulla. Vet. Radiol. Ultrasound. 2003;44(2):210-213.
  • 5. Hayes GM, Friend EJ, Jeffery ND. Relationship between pharyngeal conformation and otitis media with effusion in cavalier king charles spaniels. Vet. Rec. 2010;167(2):55-58.
  • 6. Stern-Bertholtz W, Sjostrom L, Hakanson NW. Primary secretory otitis media in the cavalier king charles spaniel: a review of 61 cases. J. Small Anim. Pract. 2003;44(6):253-256.
  • 7. Volk HA, Davies ES. Middle ear effusions in dogs: an incidental finding? Vet. J. 2011;188(3):256-257.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

CONTEXTE

L’otite moyenne primaire sécrétante (OMPS) du cavalier king charles (CKC) est une affection souvent rapportée dans cette race. Le diagnostic repose avant tout sur la visualisation otoscopique d’un gonflement du tympan et la présence d’un produit muqueux dans la bulle tympanique.

OBJECTIF

L’objectif de cette étude était de comparer la puissance diagnostique de l’examen otoscopique, la tympanométrie, la pneumotoscopie et l’échographie de la bulle tympanique avec l’examen tomodensitométrique.

MÉTHODE

Seuls les CKC présentant des signes cliniques évocateurs d’une OMPS ont été inclus dans l’étude.

RÉSULTATS

• 60 chiens ont fait l’objet de cette étude comparative.

• Les signes cliniques étaient variés : perte d’audition, prurit cervical, prurit auriculaire, secouement de tête, bâillements anormaux.

• 72 % des animaux présentaient une OMPS sur la base de l’examen tomodensitométrique. L’affection était bilatérale chez 30 chiens et unilatérale chez 13 autres.

• Un gonflement de la pars flaccida du tympan était présent uniquement chez des CKC présentant une OMPS, permettant d’établir une spécificité de 100 %. En revanche, parmi les animaux souffrant d’une OMPS, seules 21 oreilles sur 73 présentaient un gonflement de la pars flaccida. La sensibilité était de 29 %.

• La tympanométrie présentait une sensibilité de 84 % et une spécificité de 47 %.

• La pneumotoscopie présentait une sensibilité de 75 % et une spécificité de 79 %.

• L’échographie de la bulle tympanique présentait une sensibilité de 67 % et une spécificité de 47 %.

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