Le point Vétérinaire Canin n° 356 du 01/06/2015
 

NAC

Fiche

Tatiana Loucachevsky*, Françoise Lemoine**, Emmanuel Risi***, Romain Potier****, Mathieu Nony*****


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Connaître les caractéristiques physiologiques de la reproduction chez le rat permet de mieux conseiller les propriétaires ou les éleveurs et d’anticiper les troubles de la reproduction.

Les rats sont d’agréables rongeurs de compagnie en raison de leur large taille, de leur nature calme et de leur intelligence [6]. L’espèce étant très prolifique, leur mise à la reproduction est relativement simple, mais des particularités sont utiles à connaître.

Avant la mise à la reproduction

Modalités d’elevage

Les rats domestiques doivent être installés dans une cage facilement nettoyable et empêchant toute évasion, de préférence à étages (encadré 1). Ces animaux sociables ont besoin de la compagnie de leurs congénères. Élevé seul, le rat peut développer des troubles du comportement et un stress chronique. Une hiérarchie s’installe rapidement au sein des groupes, il est préférable de ne pas la perturber. En général, l’introduction d’un nouvel individu est facile en territoire neutre [6]. Les rats peuvent vivre dans des groupes mixtes, et le mâle peut cohabiter avec la femelle gestante ou allaitante, sans qu’aucune agression envers les petits ne soit observée. Dans les rares cas où des combats ou des agressions du mâle envers ses petits auraient précédemment été observés, il convient d’isoler celui-ci juste avant la mise bas, et de le réintroduire à partir du 14e jour post-partum, date de début du sevrage.

L’élevage des rats peut être pratiqué de façon :

– monogame (en couple) ;

– en harem : le mâle vit avec 2 à 6 femelles. Les femelles gestantes sont isolées avant la naissance, ce qui évite une éventuelle fécondation lors de l’œstrus post-partum (fertile chez le rat), ce qui permet à la femelle de produire davantage de lait, des portées plus nombreuses, et des petits plus gros ;

– en colonie : plusieurs mâles cohabitent avec plusieurs femelles, ce qui permet des fécondations lors des œstrus post-partum, donc plus de portées par an [1, 2, 4].

Données physiologiques sur la reproduction

Les rats sont matures précocement (72 jours chez la femelle et 40 jours chez le mâle en moyenne). Il convient de séparer les sexes dès 4 à 5 semaines d’âge, afin de prévenir toute gestation non désirée. Le sexage est réalisé en observant la distance ano-génitale, qui est une fois et demie à deux fois plus grande chez les mâles que chez la femelle (figure). Chez les mâles adultes, les testicules sont volumineux et facilement visualisables dans le scrotum (photo 1). Chez la femelle adulte, trois orifices sont distingués : la papille urinaire, l’orifice vaginal et l’anus (photo 2) [2, 4, 6]. Un mâle adulte pèse entre 250 et 500 g, une femelle en moyenne de 225 à 350 g [6].

Le rat est une espèce poly-œstrienne et à ovulation spontanée. Son cycle œstral dure 4 à 5 jours (tableau 1). Cette espèce prolifique se reproduit toute l’année, la gestation est de 21 à 23 jours avec, en moyenne, six à huit portées de 6 à 13 petits, par an [1, 2, 6]. Dans cette espèce prolifique, il est fréquent que, lors de l’achat, la rate soit gestante. Les troubles de reproduction sont surtout liés à une mauvaise gestion zootechnique, donc faciles à contourner [4]. Pour prévenir toute complication pendant la gestation et en début de lactation, le choix des reproducteurs est déterminant. La rate doit être mise à la reproduction pour la première fois dès ses 3 mois d’âge et avant ses 8 mois, et jusqu’à ses 12 à 18 mois. De plus, la densité énergétique de la ration doit être augmentée pendant le dernier tiers de la gestation et jusqu’au pic de lactation. La femelle doit être placée dans un endroit calme et adapté, comportant un nid, afin d’écarter tout stress [4].

Détection de l’œstrus

L’œstrus est détecté par l’observation du comportement de la femelle (acceptation du mâle, augmentation de l’activité locomotrice, catatonie, lordose, oreilles qui frétillent) [1-3]. Une cytologie à partir d’un frottis vaginal sur femelle vigile ou anesthésiée (anesthésie flash à l’isoflurane) permet également de déceler l’œstrus, même si cette technique est peu réalisée en pratique [3, 4] (encadré 2). La prédominance des cellules superficielles kératinisées indique l’œstrus, comme chez la chienne. Un dosage des œstrogènes est aussi possible : la concentration passe de 4,5 ng/ml en pro-œstrus à moins de 1 ng/ml en œstrus [3, 4, 7].

De la saillie à la naissance des petits

Accouplement et fécondation

La copulation s’effectue uniquement pendant les chaleurs. L’œstrus dure entre 9 et 20 heures, phase pendant laquelle la rate accepte le mâle et se met en lordose, sa vulve est discrètement gonflée et de couleur rose pâle. L’accouplement se déroule le plus souvent la nuit et se décompose en trois phases : la cour (le mâle suit la femelle et flaire sa vulve), la monte (répétée plusieurs fois de suite pendant 5 à 20 minutes) et la toilette (mutuelle).

La présence d’un bouchon vaginal blanchâtre, appelé aussi coagulum, au niveau de la vulve de la femelle confirme qu’une saillie a eu lieu. Cependant, chez la rate, le coagulum est logé dans la partie distale du vagin et ne reste en place que quelques heures (au maximum 12 heures) avant de tomber au fond de la cage [2, 3]. La méthode la plus sûre est de vérifier la présence de spermatozoïdes dans la cavité vaginale grâce à un lavage ou à un frottis simple, sans risque de provoquer un avortement [1, 3].

La gestation de la rate dure en moyenne entre 21 et 23 jours. Cependant, il existe des cas de gestation dite “retardée”, lorsque le coït a lieu pendant l’œstrus post-partum et est fécondant. La gestation se superpose alors à la lactation précédente et peut être prolongée de 3 à 10 jours (durée proportionnelle au nombre de petits de la portée précédente). Cette prolongation s’explique par un retard d’implantation des embryons, en raison de la lactation en cours, qui entraîne leur blocage au stade de blastocyste [2].

Diagnostic de gestation

Le diagnostic de gestation est facile à établir chez la rate : élargissement de l’abdomen (significative dès 14 jours de gestation), prise de poids régulière, développement important du tissu mammaire dès 14 jours de gestation [2-4, 6]. La palpation des fœtus dès 18 jours de gestation confirme cette dernière (tableau 2). Elle doit être douce afin de prévenir tout risque d’avortement. Le recours à la radiographie (dès J15 à J17) ou à l’échographie abdominale est également possible. Cependant, en pratique, ces examens complémentaires sont peu souvent réalisés en raison de leur coût [4].

La pseudo-gestation existe chez la rate, même si elle est rare. Il importe de la différencier d’une gestation. La femelle présente les mêmes modifications comportementales, hormonales, physiques et organiques, alors qu’aucune fécondation n’a eu lieu. La pseudo-gestation s’étale sur une période de 12 à 14 jours. Ce délai correspond à la durée de sécrétion active de progestérone par le corps jaune. Un coït non fécondant ou une stimulation mécanique (lors de frottis vaginal) peuvent conduire à une pseudo-gestation. Cette stimulation mécanique est responsable de la sécrétion de prolactine (et non d’une ovulation comme chez la lapine ou la chatte) qui induit celle de progestérone par le corps jaune, jusqu’à la lutéolyse à J12. Comme le placenta ne prend pas le relai de la sécrétion de progestérone, le cycle est interrompu [1, 4].

Mise bas

Dans les jours qui précèdent la mise bas, il convient de mettre à la disposition de la femelle du matériel pour fabriquer un ou plusieurs nids (des mouchoirs, des morceaux de tissu ou du foin). La rate est placée au calme, dans un endroit sombre et chaud (22 à 24 °C) [4].

Après 21 à 23 jours de gestation, la rate s’agite, réalise un nid (environ 24 heures précédant le part), puis produit un mucus vaginal clair (quelques heures avant) et se lèche le périnée. La durée de la mise bas dépend du nombre de fœtus : entre 1 heure et 3 h 30 pour une portée de 11 petits, contre 15 minutes pour des portées moins importantes. La mise bas se déroule le plus souvent la nuit. Plusieurs minutes séparent la naissance de deux ratons [4].

Les nouveau-nés, au nombre de 6 à 13 par portée, sont nidicoles, naissent sans poils et dépendent entièrement de leur mère (photo 3). Le pelage apparaît au 9e jour et les yeux s’ouvrent au 15e jour. Le sevrage a lieu entre le 14e et le 21e jour. Un sevrage tardif est en général recommandé afin de favoriser l’acquisition des comportements sociaux et de diminuer la nervosité.

Gestion des orphelins

Le pronostic vital est réservé pour les orphelins, et repose sur l’adoption par une autre femelle en lactation (avec une petite portée d’âge similaire à 2 jours près) ou sur l’élevage à la main par l’homme, avec du lait maternel pour chien, selon une fréquence décroissante avec l’âge (de huit à deux tétées par jour). Les petits sont alors placés dans une ambiance plus chaude, entre 35 à 37 °C, jusqu’à leur 14e jour, où ils acquièrent leur capacité de thermorégulation [4].

Mortalité néonatale

À la suite de la mise bas, les cas de mortalité néonatale les plus fréquemment décrits sont liés au cannibalisme, pratiqué le plus souvent par la mère (inexpérimentée ou stressée), mais aussi par des mâles autres que le père. Ce phénomène est parfois la conséquence d’une manipulation trop précoce des nouveau-nés (responsable de la disparition de l’odeur du nid), d’un manque de soins maternels (les petits non regroupés dans le nid par la mère meurent d’hypothermie ou d’hypoglycémie), d’une portée trop importante, ou bien survient en cas d’agalaxie vraie.

Il est recommandé de ne pas manipuler les petits pendant les 7 à 10 premiers jours, sauf si la femelle n’a pas le réflexe de les regrouper dans le nid. En cas de manipulation précoce, le port de gants est conseillé. Par la suite, les manipulations sont limitées, réservées au nettoyage de la cage, soit environ deux ou trois fois par semaine, jusqu’au sevrage [4].

Intérêt de la stérilisation

En raison du fort potentiel reproducteur des rats et de leur prolificité, il est conseillé de stériliser les individus de manière à contrôler la population. La stérilisation est également pratiquée en convenance chez le mâle pour limiter le comportement de marquage urinaire et l’agressivité entre individus. Elle est aussi indiquée lors de tumeurs testiculaires et pour la prévention ou le traitement des séborrhées sévères, androgéno-dépendantes. Chez la femelle, l’ovario-hystérectomie est indiquée pour traiter un kyste ou une tumeur ovarienne, un pyomètre, ainsi qu’une tumeur utérine. De plus, elle est recommandée dans la prévention des adénomes hypophysaires et des tumeurs mammaires, et leur traitement.

La stérilisation peut être pratiquée dès 3 à 4 mois d’âge, de manière chirurgicale ou chimique, à l’aide d’implants de desloréline 4,7 mg. Un article sur le sujet est en cours de rédaction.

Conclusion

Le rat est une espèce poly-œstrienne et à ovulation spontanée. Cette espèce prolifique se reproduit toute l’année. En raison d’une maturité précoce, il est fréquent que la femelle soit gestante au moment de l’achat. Aussi, il convient de séparer les sexes très tôt ou de stériliser les animaux, afin de prévenir toute gestation non désirée. La reproduction des rats est en général assez simple et le vétérinaire n’est que peu sollicité pour des problématiques d’élevage. Ce dernier a surtout un rôle de conseil auprès des propriétaires débutants ou des éleveurs qui souhaitent être plus performants.

Références

  • 1. Doumerc GM. Élevage et reproduction des rongeurs myomorphes domestiques en France. Thèse Méd. Vét., Alfort. 2004:23-89.
  • 2. Hafez ES. Reproduction and breeding techniques for laboratory animals. 1st ed. Lea and Febiger, Philadelphia. 1970:29-55,74-106.
  • 3. Krinke GJ. The laboratory rat. The handbook of experimental animals. Academic Press, London. 2000;145-171.
  • 4. Lopate C. Management of pregnant and neonatal dogs, cats, and exotic pets. 1st ed. John Wiley & Sons, Inc. 2012:259-272.
  • 5. O’Malley B. Clinical anatomy and physiology of exotic species. Structure and function of mammals, birds, reptiles, and amphibians. Elsevier Ltd. 2005:209-225.
  • 6. Quesenberry KE, Carpenter JW. Ferrets, rabbits, and rodents. Clinical medecine and surgery. 3rd ed. Elsevier Saunders. 2012:339-343.
  • 7. Shaikh AA. Estrone and estradiol levels in the ovarian venous blood from rats during the estrous cycle and pregnancy. Biol. Reprod. 1971;5:297-307.

Conflit d’intérêts

Aucun.

ENCADRÉ 1
Aménagement et entretien de la cage

→ Aménager une cage à étages permet de séparer le lieu de vie, placé en hauteur, de la litière placée en bas. L’environnement est enrichi par la présence de hamacs, de tubes, d’échelles et de cabanes. Une gamelle pour l’alimentation et un biberon fixé à l’extérieur de la cage pour la distribution d’eau sont à installer. L’eau est changée tous les jours.

→ La cage est à nettoyer très fréquemment, selon sa taille et la densité de population, afin d’éviter une odeur d’ammoniac responsable de stress et de maladies. En effet, chez le rat, Mycoplasma pulmonis se développe plus rapidement en présence d’un niveau d’ammoniac situé entre 50 et 100 ppm (à maintenir normalement inférieur à 10 ppm).

→ La cage est placée dans un environnement dont la température est située entre 18 et 24 °C, avec une hygrométrie comprise entre 50 et 60 %. Celle-ci ne doit pas dépasser 70 % et il convient de bien ventiler la pièce. Une hygrométrie trop élevée peut favoriser le développement de certains agents pathogènes dans l’environnement de l’animal, donc l’apparition de maladies infectieuses. Trop basse, elle peut entraîner une irritation des muqueuses respiratoires et oculaires.

→ L’éclairage est assuré pendant 10 à 12 heures par jour, voire pendant 14 à 16 heures en continu, pour optimiser les performances de reproduction.

→ Le substrat peut être composé de chanvre ou de rafles de maïs. Des études recommandent le papier journal, car moins de coliformes et d’endotoxines y sont retrouvés, et il semble également réduire le risque de maladies respiratoires et d’immunosuppression chez les rats de laboratoire [6]. En pratique vétérinaire, l’utilisation de Drybed® peut être conseillée.

ENCADRÉ 2
Réalisation d’un frottis vaginal

→ La réalisation d’un frottis vaginal chez une rate se fait par introduction dans le vagin d’un écouvillon de taille adaptée (écouvillon urétral pour humain) sur 2 à 3 mm. Celui-ci est frotté par des mouvements doux et lents sur la paroi ventrale du vagin, puis étalé sur une lame.

→ Un lavage vaginal peut également être réalisé, qui prévient le?risque de pseudo-gestation : une pipette fine en plastique contenant de l’eau distillée est introduite dans le vagin, le liquide est injecté, puis réaspiré, pour être ensuite déposé sur la lame [3].

1. Orifice génito-urinaire mâle.

FIGURE
Orifices génito-urinaires chez le rat

D’après [5].

2. Orifice génito-urinaire femelle.

3. Portée de rats à la suite d’une mise bas.

Tableau 1
Données moyennes de reproduction du rat

D’après [4, 6].

TABLEAU 2
Diagnostic et suivi de la gestation par palpation chez la rate

D’après [1, 4].

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