Le point Vétérinaire Canin n° 356 du 01/06/2015
 

ORTHOPÉDIE CANINE

Analyse d’article

Quentin Cabon

Service de chirurgie
VetAgro Sup
Campus vétérinaire de Lyon
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-L’Étoile

Les menisques sont des fibrocartilages composes majoritairement de collagene de type I, d’une matrice extracellulaire et de fibroblastes [6]. Le grasset et l’articulation temporo-mandibulaire sont les deux seules articulations pourvues de ménisques.

Les lésions méniscales sont la plupart du temps associées à une instabilité du grasset engendrée par une rupture du ligament croisé crânial (LCCr) et observées dans 33 à 77 % des cas de rupture de ce dernier [4, 10]. Les lésions méniscales isolées sont très rares.

ANATOMIE DES MÉNISQUES

Dans le grasset, un ménisque latéral et un ménisque médial, tous deux formés par une corne craniale et une corne caudale, sont observés. Leur forme en C permet d’améliorer la congruence articulaire entre le fémur et le tibia [6]. Les deux cornes de ces ménisques sont fermement attachées aux condyles tibiaux par les ligaments ménisco-tibiaux, cranial et caudal, et, entre elles, par un ligament inter-méniscal. La particularité du ménisque médial est l’attache de son corps à la capsule articulaire et au ligament collatéral médial, ce qui le lie plus fortement au tibia que le ménisque latéral. Le ménisque latéral est lié au fémur par le ligament ménisco-fémoral, ainsi qu’au tendon du muscle poplité par quelques attaches fibreuses, ce qui couple le ménisque latéral aux condyles fémoraux lors des mouvements du grasset. Ces particularités anatomiques expliquent la forte prévalence des lésions du ménisque médial par rapport au ménisque latéral.

La vascularisation des ménisques est faible chez le chien. Seule la portion méniscale la plus externe (15 à 25 %) est bien vascularisée, par un repli de la vascularisation synoviale [6]. Par conséquent, la portion axiale des ménisques n’est pas vascularisée, ce qui impacte les choix en matière de réparation des lésions méniscales.

DIAGNOSTIC D’UNE LÉSION MÉNISCALE

Les chiens en surpoids et atteints d’une rupture du LCCr chronique et complète sont prédisposés aux lésions méniscales [4, 10]. Une lésion méniscale peut être suspectée chez un animal présentant une rupture du LCCr lorsque la boiterie est chronique ou marquée. Une dégradation aiguë de la boiterie fait également craindre la survenue d’une lésion méniscale [12].

L’examen orthopédique apporte de précieuses informations lors de suspicion d’une lésion méniscale, comme le prouve l’article de Neal et coll. résumé ici. Cependant, l’audition d’un “clic” à la marche est aussi rencontrée en cas d’instabilité majeure du grasset avec une subluxation fémoro-tibiale marquée, mimant la présence d’un “clic méniscal”.

L’examen radiographique est très peu informatif pour le diagnostic d’une lésion méniscale, mais il permet d’exclure d’autres causes de boiterie. L’imagerie par résonance magnétique (IRM), examen de choix pour établir le diagnostic des lésions méniscales chez l’homme, n’en est encore qu’à sa phase de validation chez le chien [1, 2, 8]. Toutefois, certaines études avancent des résultats prometteurs, avec une sensibilité de 100 % et une spécificité de 94 % [1]. Les IRM vétérinaires, dites à bas champ, ne permettent pas, à ce jour, un diagnostic précis des lésions méniscales [2]. En effet, l’interprétation des images du grasset reste encore difficile. L’échographie et l’arthroscanner, également dans leur phase d’évaluation, pourraient apporter des résultats prometteurs, mais restent fortement dépendants de l’expérience de l’opérateur [7, 11]. Il semblerait que seules les lésions méniscales majeures et fortement déplacées puissent être diagnostiquées par ces deux procédés [6].

La méthode diagnostique de choix des lésions méniscales chez le chien est actuellement l’arthroscopie, en raison d’une meilleure sensibilité comparativement à l’arthrotomie cranio-médiale [9, 10]. Ces deux techniques permettent à la fois le diagnostic et le traitement des lésions méniscales. La palpation des ménisques à l’aide d’un palpateur augmente fortement la sensibilité et la spécificité du diagnostic, que ce soit en arthroscopie ou en arthrotomie [9].

Bien que fréquemment révélées lors du diagnostic de rupture du LCCr, les lésions méniscales sont également observées en phase postopératoire, dans 3 à 10 % des cas [3, 6]. Elles peuvent être la conséquence d’une instabilité persistante du grasset ou d’un défaut de diagnostic lors de l’intervention initiale. Une lésion méniscale doit donc faire partie du diagnostic différentiel des boiteries persistantes à la suite d’une stabilisation du grasset.

TYPES DE LÉSIONS MÉNISCALES ET TRAITEMENT

Les lésions méniscales sont classifiées selon leur apparence, leur localisation, leur forme et leur extension [6]. La lésion méniscale la plus fréquente est celle qui est dite en “anse de seau”, qui représente près de 60 % des lésions méniscales [10].

Plusieurs procédures chirurgicales peuvent être réalisés, sous arthroscopie ou arthrotomie, telles que l’hémi­méniscectomie caudale, ou la méniscectomie partielle [6]. La technique de la “relâche méniscale” a également été proposée pour diminuer le risque de lésion méniscale postopératoire après une stabilisation du grasset [6]. Malgré un traitement adapté, une lésion méniscale, associée à une rupture du LCCr, s’accompagne d’un impact négatif sur le résultat fonctionnel à long terme [3, 5].

Conclusion

Les lésions méniscales sont fréquemment associées à la rupture du LCCr. L’examen orthopédique permet de suspecter un tel dommage, mais sa confirmation passe par la réalisation d’une arthroscopie ou d’une arthrotomie. L’IRM, l’arthroscanner et l’échographie sont des moyens diagnostiques prometteurs chez le chien.

Références

  • 1. Blond L, Thrall DE, Roe SC et coll. Diagnostic accuracy of magnetic resonance imaging for meniscal tears in dogs affected with naturally occurring cranial cruciate ligament rupture. Vet. Radiol. Ultrasound. 2008;49:425-431.
  • 2. Bottcher P, Bruhschwein A, Winkels P et coll. Value of low-field magnetic resonance imaging in diagnosing meniscal tears in the canine stifle: a prospective study evaluating sensitivity and specificity in naturally occurring cranial cruciate ligament deficiency with arthroscopy as the gold standard. Vet. Surg. 2010;39:296-305.
  • 3. Gatineau M, Dupuis J, Plante J. Retrospective study of 476 tibial plateau levelling osteotomy procedures. Rate of subsequent « pivot shift » hemimeniscetomie, meniscal tear and other complications. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2011;24:333-341.
  • 4. Hayes GM, Langley-Hobbs SJ, Jeffery ND. Risk factors for medial meniscal injury in association with cranial cruciate ligament rupture. J. Small Anim. Pract. 2010;51:630-634.
  • 5. Innes JF, Bacon D, Lynch C et coll. Long-term outcome of surgery for dogs with cranial cruciate ligament deficiency. Vet. Rec. 2000;147:325-328.
  • 6. Kowaleski MP, Boudrieau?RJ, Pozzi A. Stifle Joint. In: Tobias KM, Johnson SA, eds. Veterinary surgery small animals. Elsevier Saunders, St Louis. 2012:906-998.
  • 7. Mahn MM, Cook JL, Cook CR et coll. Arthroscopic verification of ultrasonographic diagnosis of meniscal pathology in dogs. Vet. Surg. 2005;34:318-323.
  • 8. Olive J, D’Anjou MA, Cabassu J et coll. Fast presurgical magnetic resonance imaging of meniscal tears and concurrent subchondral bone marrow lesions: Study of dogs with naturally occurring cranial cruciate ligament rupture. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2014;27:1-7.
  • 9. Pozzi A, Hildreth BE, Rajala-Schultz PJ. Comparison of arthroscopy and arthrotomy for diagnosis of medial meniscal pathology: an ex vivo study. Vet. Surg. 2008;37:749-755.
  • 10. Ralphs SC, Whitney WO. Arthroscopic evaluation of menisci in dogs with cranial cruciate ligament injuries: 100 cases (1999-2000). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2002;221:1601-1604.
  • 11. Tivers MS, Mahoney PN, Baines EA et coll. Diagnostic accuracy of positive contrast computed tomography arthrography for the detection of injuries to the medial meniscus in dogs with naturally occurring cranial cruciate ligament insufficiency. J. Small Anim. Pract. 2009;50:324-332.
  • 12. Trumble TN, Billinghurst RC, Bendele AM et coll. Evaluation of changes in vertical ground reaction forces as indicators of meniscal damage after transection of the cranial cruciate ligament in dogs. Am. J. Vet. Res. 2005;66:156-163.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIF

Évaluer le pouvoir diagnostique de la palpation d’un “clic méniscal” lors de rupture du ligament croisé crânial (LCCr) chez le chien, en comparaison avec l’évaluation peropératoire.

MÉTHODE

Étude prospective menée sur des chiens (60 grassets) suspects de rupture du LCCr, avec évaluation peropératoire des ménisques par arthroscopie ou arthrotomie (observation macroscopique et palpation). Les chiens inclus ont subi une manipulation préopératoire du genou opéré par un chirurgien spécialiste, avant et après induction anesthésique, afin d’évaluer la présence d’un clic méniscal. La sensibilité (Se), la spécificité (Sp), les valeurs prédictives positive (VPP) et négative (VPN), et, enfin, la précision diagnostique de la palpation du clic méniscal ont été déterminées par comparaison avec l’évaluation peropératoire.

RÉSULTATS

• Une lésion méniscale a été confirmée en?chirurgie chez 40 % des chiens.

• Les lésions méniscales sont plus fréquemment observées en cas de rupture complète versus partielle du LCCr (ratio de 11:1).

• 21,7 % (13/60) des grassets sont positifs pour un clic méniscal avant induction anesthésique.

• 26,7 % (16/60) des grassets sont positifs pour un clic méniscal après induction anesthésique.

• La palpation d’un clic méniscal, sous anesthésie ou non, est significativement associée à la confirmation peropératoire d’une lésion du ménisque.

• Palpation du clic méniscal avant anesthésie : Se = 45,8 % ; Sp = 94,4 % ; VPP = 84,6 % ; VPN = 72,3 % ; précision = 75 %.

• Palpation du clic méniscal après anesthésie : Se = 58,3 % ; Sp = 94,4 % ; VPP = 87,5 % ; VPN = 77,3 % ; précision = 80 %.

• Trois grassets (5 %) ont fait l’objet d’une palpation positive pour un clic méniscal sans confirmation peropératoire (faux positifs). Ils présentaient une rupture complète du LCCr.

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