Le point Vétérinaire Canin n° 351 du 01/12/2014
 

DERMATOLOGIE FÉLINE

Analyse d’article

Charline Pressanti

Praticien hospitalier en dermatologie,
INP-ENVT, 23, chemin des Capelles,
31076 Toulouse
c.pressanti@envt.fr

Le pseudolymphome cutané est un terme générique désignant un ensemble de maladies apparentées au lymphome. Chez l’homme, l’hyperplasie lymphomateuse cutanée est une affection de la peau qui fait suite à une stimulation localisée du système immunitaire. Il peut s’agir de piqûres d’insectes, d’un tatouage, d’une vaccination ou encore d’injections de désensibilisation. Chez le chien, le chat ou le cheval, le terme de lymphocytose cutanée lui est préféré et désigne cet état inflammatoire cutané, primitivement non tumoral se traduisant par une accumulation dermique de lymphocytes.

PRÉSENTATION CLINIQUE

La forme féline de lymphocytose, décrite par l’auteur au travers d’un cas clinique, se caractérise par la prolifération de lymphocytes T (LT) non tumoraux au sein du derme. Elle touche le plus souvent des chats de 12 à 13 ans en moyenne. La maladie peut évoluer sur plusieurs mois, voire sur plusieurs années. Bien que considérée comme bénigne, la lymphocytose peut anecdotiquement se transformer en lymphome cutané malin. La cause sous-jacente est actuellement inconnue bien que certains auteurs suggèrent que la lymphocytose est en réalité une forme indolente de lymphome cutané.

Cliniquement, cette affection se traduit par des lésions alopéciques, érythémateuses, squameuses, parfois croûteuses. Les lésions sont souvent rapportées en région thoracique mais peuvent également survenir sur diverses zones du corps, comme sur la région digitée dans le cas présenté dans cet article. D’autres formes cliniques, plus atypiques sont également rapportées, il s’agit de plaques alopéciques, de papules et de nodules. Des démangeaisons sont régulièrement associées [1].

ASPECT MICROSCOPIQUE

Sur le plan microscopique, l’infiltration lymphocytaire est diffuse dans les parties superficielles, et peut, avec le temps, s’étendre aux parties profondes de la peau. Les lymphocytes sont cytologiquement normaux et sont des LT pour une grande majorité. Ils expriment le CD3, CD18 et CD5 [1]. Ils présentent un noyau de grande taille à chromatine compacte et une faible quantité de cytoplasme est visible. Quelques agrégats de lymphocytes B (LB) peuvent être présents. Un faible épithéliotropisme est parfois présent, mais n’est pas systématique.

PRONOSTIC, TRAITEMENT

L’efficacité des traitements demeure variable. La corticothérapie a été rapportée comme partiellement à totalement efficace dans 14 cas sur 18 dans une précédente étude [1]. Lorsque cette molécule est insuffisante il est envisageable d’y adjoindre la lomustine ou le chlorambucil.

La plupart des chats ne présentent aucun signe général. Toutefois, certains cas sont associés à une anorexie et à une perte de poids et, chez ces animaux, une infiltration similaire à celle observée dans la peau est notée dans certains organes.

La transformation maligne est rare mais rapportée. Elle s’accompagne d’une atteinte systémique rapidement fatale à l’animal [1]. Quelques cas similaires sont rapportés chez l’homme.

LYMPHOCYTOSE VERSUS LYMPHOME

Le lymphome T épithéliotrope constitue le principal diagnostic différentiel de la lymphocytose. Bien que rarement rapporté chez le chat, les lésions cliniques observées peuvent présenter des similitudes cliniques et histologiques. L’érythrodermie exfoliative, l’alopécie ou les ulcérations sont des présentations possibles de lymphomes cliniquement indistinguables de la lymphocytose [2, 3]. Certaines particularités microscopiques, spécifiques au lymphome T, permettent de distinguer ces deux entités. En effet, les lymphomes présentent un aspect histologique plus orienté vers l’épithéliotropisme des lymphocytes, la présence d’atypie cytonucléaires et, dans de rares cas, la présence intra-épidermique de microabcès de Pautrier [2].

Il existe de nombreuses alternatives thérapeutiques envisageables lors de lymphome, toutefois, ces médicaments sont inutiles lors de lymphocytose. Le pronostic des deux affections est très différent et si la médiane de survie d’une lymphocytose est de 49 mois en moyenne, elle n’est que de 1 à 6 mois pour le lymphome T épithéliotrope. Et bien que la lymphocytose puisse être considérée comme étant une forme indolente de lymphome, l’évolution et le traitement diffèrent.

Conclusion

Les données scientifiques concernant la lymphocytose cutanée féline sont pauvres et consistent en quelques cas cliniques et séries de cas. L’objectif de cet article était de regrouper les informations spécifiques à cette maladie et d’apporter ainsi aux lecteurs quelques éléments pertinents permettant de mieux connaître cette affection encore mal comprise.

Références

  • 1. Gilbert S, Affolter VK, Gross TL, et coll. Clinical, morphological and immunohistochemical characterization of cutaneous lymphocytosis in 23 cats. Vet. Dermatol. 2004;15 (1):3-12.
  • 2. Fontaine J, Heimann M, Day MJ. Cutaneous epitheliotropic T-cell lymphoma in the cat: a review of the literature and five new cases. Vet. Dermatol. 2011;22 (5):454-461.
  • 3. Snead E, Kerr M, Macdonald V. Cutaneous lymphoid hyperplasia mimicking cutaneous lymphoma in a hyperthyroid cat. Can. Vet. J. 2013;54 (10):974-978.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

CONTEXTE

La lymphocytose cutanée féline est une affection rare dont la présentation clinique et histologique est souvent déroutante. Il convient donc de connaître cette maladie et de l’intégrer dans le diagnostic différentiel de certaines dermatoses allergiques ou tumorales.

OBJECTIF

L’objectif de cet article était de présenter un cas de lymphocytose chez un chat et de compléter cette présentation par une revue des données disponibles dans les publications scientifiques.

CAS CLINIQUE

Un chat de 13 ans est atteint d’une dermatose localisée sur la face dorsale du membre postérieur droit, érythémateuse et alopéciante. Après deux injections de corticoïdes à longue action et une résolution partielle des lésions, l’apparition d’une zone ulcérée a justifié une antibiothérapie et une biopsie cutanée. L’analyse histologique a révélé une infiltration dermique monomorphe de lymphocytes. Une analyse immunohistochimique a démontré la prédominance de lymphocytes T (LT) et la présence de clusters de lymphocytes B (LB). Une analyse de clonalité a permis d’assoir le diagnostic de lymphocytose. Le traitement a consisté en l’administration conjointe de dexaméthasone (0,15 mg/kg/j) et de céfovécine (8 mg/kg tous les 14 jours). Après une notable amélioration, l’état cutané est demeuré stable, les corticoïdes ont pu être diminués mais pas stoppés.

CONCLUSION

La lymphocytose cutanée féline survient le plus souvent chez des animaux d’âge moyen à avancé. Cliniquement, cette affection présente un aspect non spécifique.

L’aspect clinique et histologique de l’affection rend le diagnostic parfois difficile. Il est délicat dans certains cas de différencier cette prolifération lymphocytaire bénigne d’un lymphome cutané épithéliotrope. Toutefois, cette distinction demeure primordiale car la prise en charge et le pronostic de ces deux affections sont très différents.

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus
Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Agenda des formations

Retrouvez les différentes formations, évènements, congrès qui seront organisés dans les mois à venir. Vous pouvez cibler votre recherche par date, domaine d'activité, ou situation géographique.

Calendrier des formations pour les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires

En savoir plus

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité