Le point Vétérinaire Canin n° 349 du 01/10/2014
 

CANCÉROLOGIE

Analyse d’article

Quentin Cabon

Service de chirurgie, VetAgro Sup
Campus vétérinaire de Lyon
1, avenue Bourgelat
69260 Marcy-L’Étoile

Le mélanome est la tumeur buccale la plus fréquente chez le chien (30 à 40 %), devant les carcinomes spinocellulaires et les fibrosarcomes [7, 11]. Il affecte préférentiellement la gencive et les muqueuses buccales et labiales. Les chiens de taille moyenne, tels que le cocker spaniel ou le caniche, sont les plus fréquemment touchés [7]. Contrairement aux mélanomes cutanés, le plus souvent bénins, les mélanomes buccaux sont pour la plupart malins, tout comme les mélanomes situés aux jonctions cutanéo-muqueuses et aux lits péri-unguéaux. Les mélanomes amélanocytiques sont plus fréquents dans la gueule que sur la peau et peuvent atteindre jusqu’à 33 % des mélanomes [7]. Les mélanomes buccaux s’accompagnent le plus souvent d’un mauvais pronostic [7, 8].

IMPORTANCE DU BILAN D’EXTENSION

Le mélanome buccal est une tumeur de malignité prononcée, avec des métastases pulmonaires chez 14 à 67 % des chiens touchés [7, 8, 11]. Les métastases dans les nœuds lymphatiques locorégionaux, fréquentes, sont observées dans 53 % des cas [12]. D’après l’étude présentée, la sensibilité et la spécificité assez faibles de la palpation et de la cytologie en comparaison de l’histologie viennent confirmer les résultats d’autres travaux, ce qui conduit les auteurs à recommander la réalisation de biopsies du nœud lymphatique sous-mandibulaire dans le bilan d’extension [12]. Ces derniers conseillent également la dissection des nœuds lymphatiques sous-mandibulaire et rétropharyngien, ipsilatéral et controlatéral, en raison de cas de métastases lymphatiques controlatérales rapportés chez l’homme. Dans cette étude comme dans d’autres, les métastases lymphatiques ne semblent pas être un facteur pronostique chez le chien alors qu’elles sont corrélées à un pronostic négatif chez l’homme [11]. Cette observation peut être due à un manque de standardisation dans les essais vétérinaires. L’établissement d’un bilan d’extension précis reste incontournable, et permet d’adapter le pronostic et de mettre en place un traitement adapté [7, 12].

FACTEURS PRONOSTIQUES

Le stade clinique TNM, et notamment la taille de la tumeur primaire (T1 < 2 cm, 2 cm < T2 < 4 cm, T3 > 4 cm), est associé négativement au pronostic du mélanome buccal, ce qui est confirmé par l’étude présentée ici [6, 7]. La présence de métastases à distance, l’ostéolyse, l’index mitotique, les atypies nucléaires, l’index Ki-67 et la fraction de croissance sont également considérés comme des facteurs pronostiques négatifs [10, 11]. Les données sur l’âge de l’animal en tant que facteur pronostique ne concordent pas dans les publications scientifiques. En effet, l’étude présentée ici fait état d’un pronostic négatif chez les chiens âgés de plus de 12 ans, ce qui n’a pas été rapporté précédemment [6, 11]. La survie est également plus courte chez les animaux qui présentent une récidive de mélanome buccal [6]. La localisation de la tumeur peut avoir des conséquences en matière de pronostic. Ainsi, une lésion située sur la mandibule rostrale s’accompagne d’un meilleur pronostic [5]. Cette observation est à relier à la probabilité plus élevée d’obtenir des marges saines après une rostrectomie mandibulaire. Enfin, certains facteurs tels que le sexe, la race ou encore le degré de pigmentation ne sont pas liés au pronostic [11].

CHIRURGIE ET THÉRAPIES ADJUVANTES DISPONIBLES

Dans l’étude présentée ici, aucune différence de survie n’a été mise en évidence selon que l’exérèse est marginale, large ou radicale. Cela peut être lié au fait que l’ablation de la tumeur primaire élimine l’effet immunosuppresseur qu’elle induit, ce qui permet à l’organisme de lutter contre la tumeur microscopique. Toutefois, en l’absence de données supplémentaires, l’exérèse large ou radicale reste l’option thérapeutique de choix. L’ablation marginale peut être réalisée lorsque l’exérèse large n’est pas envisageable ou qu’elle n’est pas souhaitée par le propriétaire.

Dans cet essai, aucun bénéfice en matière de survie n’a pu être avancé avec les différentes thérapies adjuvantes (radiothérapie, chimiothérapie, immunothérapie). Il convient de rester prudent quant aux conclusions de ce travail car le faible nombre de chiens inclus pourrait engendrer une erreur statistique de type II et, ainsi, masquer un effet positif d’une de ces thérapeutiques. Cette étude semble confirmer les publications antérieures dans lesquelles la chimiothérapie, et notamment le carboplatine, n’apporte pas de bénéfice en matière de survie [2, 3, 9]. L’immunothérapie, par le biais d’un vaccin codant pour la tyrosinase humaine, semble être une thérapie prometteuse, avec des durées de survie augmentées par rapport aux données historiques [1, 4]. Toutefois, l’absence d’étude prospective empêche d’établir un réel bénéfice de celle-ci. Enfin, la radiothérapie permet, en association avec l’exérèse chirurgicale, d’obtenir un très bon contrôle local de la tumeur [7, 9, 10]. Elle est recommandée par certains auteurs dans tous les cas de mélanomes buccaux, à la suite de la chirurgie [3]. Ces résultats soulignent que le contrôle local du mélanome buccal semble être la pierre angulaire du traitement et, quand celui-ci est adéquat, la thérapie adjuvante n’est peut-être pas indiquée à l’heure actuelle.

Conclusion

La médiane de survie globale de 346 jours semble plus élevée que par le passé et devrait être un encouragement à la prise en charge de cette maladie chez le chien. La chirurgie large ou radicale reste le traitement de choix. Aucun consensus n’existe actuellement en matière de thérapie adjuvante lors de mélanome buccal dans l’espèce canine. Une étude prospective multicentrique est donc requise pour faire la lumière sur ces thérapies.

Références

  • 1. Bergman PJ, McKnight J, Novosad A et coll. Long-term survival of dogs with advanced malignant melanoma after DNA vaccination with xenogeneic human tyrosinase: a phase I trial. Clin. Cancer Res. 2003;9:1284-1290.
  • 2. Brockley LK, Cooper MA, Bennett PF. Malignant melanoma in 63 dogs (2001-2011): the effect of carboplatin chemotherapy on survival. N. Z. Vet. J. 2013;61:25-31.
  • 3. Dank G, Rassnick KM, Sokolovsky Y et coll. Use of adjuvant carboplatin for treatment of dogs with oral malignant melanoma following surgical excision. Vet. Comp. Oncol. 2014;12:78-84.
  • 4. Grosenbaugh DA, Leard AT, Bergman PJ et coll. Safety and efficacy of a xenogeneic DNA vaccine encoding for human tyrosinase as adjunctive treatment for oral malignant melanoma in dogs following surgical excision of the primary tumor. Am. J. Vet. Res. 2011;72:1631-1638.
  • 5. Hahn KA, DeNicola DB, Richardson RC et coll. Canine oral malignant melanoma: Prognostic utility of an alternative staging system. J. Small Anim. Pract. 1994;35:251-256.
  • 6. Harvey HJ, MacEwen GE, Braun D et coll. Prognostic criteria for dogs with oral melanoma. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1981;178:580-582.
  • 7. Liptak JM, Withrow SJ. Cancer of the gastrointestinal tract. In: Withrow SJ, MacEwen M, eds. Small animal clinical oncology. Saunders, St Louis, Missouri. 2007:455-475.
  • 8. Liptak JM, Lascelles BX. Oral tumors. In: Kudnig ST, Seguin B, eds. Veterinary surgical oncology. Wiley Blackwell, Ames, Iowa. 2012:119-178.
  • 9. Murphy S, Hayes AM, Blackwood L et coll. Oral malignant melanoma: the effect of coarse fractionation radiotherapy alone or with adjuvant carboplatin therapy. Vet. Comp. Oncol. 2005;3:222-229.
  • 10. Proulx DR, Ruslander DM, Dodge RK et coll. A retrospective analysis of 140 dogs with oral melanoma treated with external beam radiation. Vet. Radiol. Ultrasound. 2003;44:352-359.
  • 11. Smedley RC, Spangler WL, Esplin DG et coll. Prognostic markers for canine melanocytic neoplasms: a comparative review of the literature and goals for future investigation. Vet. Pathol. 2011;48:54-72.
  • 12. Williams LE, Packer RA. Association between lymph node size and metastasis in dogs with oral malignant melanoma: 100 cases (1987-2001). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2003;222:1234-1236.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Déterminer les facteurs pronostiques associés au mélanome buccal dans l’espèce canine, puis comparer les résultats à long terme entre deux groupes de chiens qui ont bénéficié ou non d’une thérapie adjuvante à la suite de l’exérèse chirurgicale du mélanome.

MÉTHODE

Étude rétrospective menée par la Société de chirurgie oncologique vétérinaire (VSSO), auprès de huit institutions, entre 2001 et 2012. Les chiens inclus ont subi une exérèse chirurgicale d’un mélanome buccal. Plusieurs paramètres ont été étudiés, puis comparés chez les animaux selon qu’ils ont reçu ou non une thérapie adjuvante en phase postopératoire.

RÉSULTATS

• 151 chiens ont été inclus dans l’étude (âge et poids médians de 12 ans et de 22,3 kg respectivement).

• La palpation et la cytologie du nœud lymphatique sous-mandibulaire ont respectivement une sensibilité de 65,6 % et de 78,1 %, ainsi qu’une spécificité de 77,8 % et de 64,3 %.

• Le bilan d’extension thoracique était positif chez 5 chiens.

• Après une exérèse large ou radicale (114 chiens), les marges ont été considérées comme incomplètes chez 19 chiens.

• 12 chiens ont bénéficié d’une radiothérapie, 32 d’une chimiothérapie (21 avec du carboplatine), 4 d’une chimiothérapie métronomique et 24 d’une immunothérapie (vaccin). 98 chiens n’ont pas reçu de traitement postopératoire.

• La médiane de survie globale est de 346 jours.

• Aucune différence significative de la durée de survie n’a été mise en évidence entre les chiens qui ont reçu une thérapie adjuvante (335 jours) et ceux qui n’en ont pas bénéficié (352 jours).

• À long terme, vingt-quatre récurrences locales ont été notées, malgré des marges saines dans 6 cas.

• Les facteurs pronostiques négatifs sont un âge supérieur à 12 ans, la taille de la tumeur et une exérèse intralésionnelle.

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