Le point Vétérinaire Canin n° 348 du 01/09/2014
 

BIOLOGIE CLINIQUE

Analyse d’article

Magali Decome

Clinique vétérinaire Alliance
8, boulevard Godard
33300 Bordeaux

La CRP (protéine C-réactive) est une protéine de la phase aiguë de l’inflammation (APP), produite essentiellement par le foie sous la dépendance des cytokines pro-inflammatoires incluant l’interleukine 6, l’interleukine 1 et le facteur de nécrose tumorale a. Il existe deux types d’APP : les protéines positives et négatives. La CRP est une APP positive, mais non spécifique, qui est utilisée en médecine humaine dans le diagnostic et le pronostic de différentes affections [1, 5, 6, 8, 9]. Sa concentration oscille entre 0,2 et 16,4 mg/l chez le chien sain, selon les études [1]. Une grande variation interindividuelle est observée. Elle augmente environ 4 heures après un stimulus et un pic de concentration est noté 24 heures plus tard, puis elle se normalise en quelques jours à la suite de la suppression de la stimulation [1, 9].

La concentration en CRP est déterminée via des méthodes d’immunodosage (Elisa) ou par le biais d’automates. Certaines méthodes de dosage de la CRP humaine ne sont pas utilisables en médecine vétérinaire [2].

INTÉRÊT DIAGNOSTIQUE

Une augmentation de la concentration sérique en CRP a été observée lors de maladies infectieuses (leishmaniose, erhlichiose), inflammatoires (anémie à médiation immune), endocrines, métaboliques et néoplasiques [1, 5-8]. Cependant, d’après certains auteurs, elle peut contribuer à l’établissement d’un diagnostic [9]. Dans le cadre des atteintes respiratoires, comme dans l’article présenté ci-contre, il est parfois difficile de poser un diagnostic de certitude sur la base des examens radiographiques et de laboratoire [4]. L’état des animaux concernés n’étant pas toujours stable, la réalisation d’examens sous anesthésie générale est parfois déconseillée (lavage broncho-alvéolaire, notamment), ce qui rend le diagnostic plus difficile [9]. La concentration sérique en CRP constitue un marqueur non invasif de l’inflammation, pouvant être intéressant dans le diagnostic des atteintes respiratoires bactériennes. En médecine humaine, cette protéine est utilisée dans l’identification des pneumonies acquises en communauté (PAC) [9]. Dans l’étude présentée, la concentration sérique en CRP est nettement supérieure chez les chiens atteints de pneumonie bactérienne, comparativement à ceux qui présentent d’autres maladies respiratoires. Une pneumonie bactérienne est identifiée avec 100 % de spécificité lorsque la concentration en CRP est supérieure à 100 mg/l et est exclue si celle-ci est inférieure à 20 mg/l et que les signes cliniques sont observés depuis plus de 24 heures [9]. En 1994, Yamamoto et coll. mettaient déjà en évidence une forte augmentation de la concentration en CRP lors de pneumonie bactérienne à Bordetella bronchiseptica [11]. Cependant, peu d’études comparent les variations de CRP en fonction des différentes affections respiratoires. De plus, les chiens atteints de néoplasie pulmonaire, ainsi que ceux qui présentent une surinfection bactérienne sont exclus de l’étude présentée. Il convient donc de rester prudent quant à l’interprétation des résultats.

Concernant les atteintes néoplasiques, la concentration en CRP sérique semble être un marqueur moins pertinent. En effet, si une augmentation est fréquemment observée dans le cadre des hémopathies malignes, en revanche, elle est relativement inconstante pour d’autres types tumoraux (tumeurs mammaires) [1, 6].

INTÉRÊT PRONOSTIQUE ET DANS LE SUIVI DES MALADIES

Une valeur ponctuelle de concentration en CRP est parfois difficile à interpréter. Toutefois, des mesures répétées de celle-ci peuvent présenter une valeur pronostique intéressante. Alors que la concentration initiale en CRP n’est pas significativement reliée au taux de survie, une corrélation entre l’évolution de ce paramètre et le pronostic a été observée, notamment dans le cas de sepsis et de syndromes de réponse inflammatoire systémique (SRIS) [3, 5, 10]. Les auteurs démontrent qu’une variation en concentration sérique de CRP sur une période de 3 jours permet d’augurer correctement de la survie, mais semble en revanche peu fiable dans la prédiction de la mort de l’animal [3]. La confrontation de la fluctuation de la concentration sérique de CRP aux résultats des examens cliniques et complémentaires est préconisée afin de préciser le pronostic et la réponse au traitement instauré [3]. Dans le cadre du traitement des maladies inflammatoires et néoplasiques, une baisse significative de ce paramètre est considérée comme favorable [7, 8]. De plus, l’administration de glucocorticoïdes n’affectant pas directement la concentration en CRP, celle-ci se révèle intéressante dans le suivi des affections ainsi traitées [1, 7]. Concernant les maladies respiratoires, à ce jour, les données manquent pour conférer une valeur pronostique à la concentration sérique initiale en CRP, ainsi qu’à son évolution dans le temps. Cependant, des applications pourraient être envisagées, comme la mise en évidence de surinfections bactériennes aiguës chez des chiens atteints de maladie respiratoire chronique (bronchites chroniques), afin d’adapter le traitement en conséquence. Des études supplémentaires sont requises.

Conclusion

Si la mesure de la concentration en CRP sérique est un test de routine en médecine humaine, en revanche, ses applications en médecine vétérinaire restent peu développées. Toutefois, son utilisation pourrait être une aide intéressante dans l’établissement du diagnostic face à un tableau clinique peu spécifique, et pour la réalisation du suivi et la détermination d’un pronostic.

Références

  • 1. Ceron JJ, Eckersall PD, Martýnez-Subiela S. Acute phase proteins in dogs and cats: current knowledge and future perspectives. Vet. Clin. Pathol. 2005;34(2):85-99.
  • 2. Fransson BA, Bergström A, Wardrop KJ et coll. Assessment of three automated assays for C-reactive protein determination in dogs. Am. J. Vet. Res. 2007;68(12):1281-1286.
  • 3. Gebhardt C, Hirschberger J, Rau S et coll. Use of C-reactive protein to predict outcome in dogs with systemic inflammatory response syndrome or sepsis. J. Vet. Emerg. Crit. Care. 2009;19(5):450-458.
  • 4. Kogan DA, Johnson LR, Jandrey KE et coll. Clinical, clinicopathologic, and radiographic findings in dogs with aspiration pneumonia: 88 cases (2004-2006). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2008;233(11):1742-1747.
  • 5. Mylonakis ME, Ceron JJ, Leontides L et coll. Serum acute phase protein as clinical phase indicators and outcome predictors in naturally occurring canine monocytic ehrlichiosis. J. Vet. Intern. Med. 2011;25(4):811-817.
  • 6. Nakamura M, Takahashi M, Ohno K et coll. C-reactive protein concentration in dogs with various diseases. J. Vet. Med. Sci. 2008;70(2):127-131.
  • 7. Nielsen L, Toft N, Eckersall PD et coll. Serum C-reactive protein concentration as an indicator of remission status in dogs with multicentric lymphoma. J. Vet. Intern. Med. 2007;21(6):1231-1236.
  • 8. Tecles F, Spiranelli E, Bonfanti U et coll. Preliminary studies of serum acute phase protein concentrations in hematologic and neoplastic diseases of the dog. J. Vet. Intern. Med. 2005;19(6):865-870.
  • 9. Viitanen SJ, Laurila HP, Lija-Maula LI et coll. Serum C-reactive protein as a diagnostic biomarker in dogs with bacterial respiratory diseases. J. Vet. Intern. Med. 2014;28:84-91.
  • 10. Wiwanitkit V. C-reactive protein in sepsis. J. Vet. Emerg. Crit. Care. 2010;20(1):1.
  • 11. Yamamoto S, Shida T, Honda M et coll. Serum C-reactive protein and immune responses in dogs inoculated with Bordetella bronchiseptica (phase I cells). Vet. Res. Commun. 1994;18(5):347-357.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Étudier les variations de la concentration sérique de la protéine C-réactive (CRP) en fonction des diverses maladies respiratoires canines et déterminer si ce paramètre peut être utilisé comme un biomarqueur dans le diagnostic des affections respiratoires bactériennes.

MÉTHODE

• Il s’agit d’une étude prospective mesurant la concentration sérique en CRP chez des chiens sains et atteints de diverses maladies respiratoires. Les animaux qui présentent une trachéobronchite bactérienne, une bronchite chronique, une bronchopneumopathie éosinophile, une fibrose idiopathique pulmonaire canine ou un œdème pulmonaire cardiogénique sont inclus. Les individus atteints de maladies concurrentes ou de néoplasie sont exclus.

• Le diagnostic des différentes affections est fondé sur les résultats d’examens cliniques, de laboratoire et d’imagerie médicale. Des examens endoscopiques, échocardiographiques, ainsi que des analyses cytologiques, bactériologiques et histopathologiques sont réalisés, selon leur pertinence, en fonction des affections rencontrées.

RÉSULTATS

• Les chiens atteints de pneumonie bactérienne présentent des concentrations en CRP significativement supérieures à celles des animaux sains ou atteints de maladies non infectieuses.

• Une pneumonie bactérienne était identifiée avec 100 % de spécificité pour des valeurs de CRP supérieures à 100 mg/l et exclue avec 100 % de spécificité pour celles inférieures à 20 mg/l.

• Des valeurs de CRP comprises entre 20 et 100 mg/l sont observées pour différents types de maladies respiratoires, avec de nombreuses superpositions entre les groupes.

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