Le point Vétérinaire n° 348 du 01/09/2014
 

ENDOCRINOLOGIE FÉLINE

Thérapeutique

Brigitte Siliart*, Laetitia Jaillardon**, Yassine Mallem***


*LDHVet et Oniris, École nationale vétérinaire,
agroalimentaire et de l’alimentation
Nantes-Atlantique
Site de la Chantrerie, CS 50707,
44307 Nantes Cedex 03
**LDHVet et Oniris, École nationale vétérinaire,
agroalimentaire et de l’alimentation
Nantes-Atlantique
Site de la Chantrerie, CS 50707,
44307 Nantes Cedex 03
***Auteur-coordinateur

Le traitement médical de l’hyperthyroïdie féline par les thio-imidazoles est très efficace, mais présente certains risques, dont le développement d’une insuffisance rénale.

L’hyperthyroïdie est une maladie fréquente du chat âgé majoritairement due à une hyperplasie adénomateuse bénigne.

Une efficacité prouvée

La thyrotoxicose induit une potentialisation des effets β-adrénergiques (augmentation du catabolisme, de la pression artérielle, de la motilité intestinale, et effets psychogènes) à l’origine des signes cliniques suivants : un amaigrissement malgré une polyphagie, une augmentation du débit de filtration glomérulaire (DFG) et une polyuro-polydipsie. Près d’un tiers des animaux sont insuffisants rénaux lors du diagnostic. Biologiquement, la maladie se traduit par une hyperthyroxinémie (T4 libre > 30 pmol/l(1) et T4 totale > 45 nmol/l (1)) et une augmentation de l’activité hépatique de l’alanine aminotransférase (Alat). Le traitement peut être chirurgical ou par radiothérapie. Cependant, des médicaments tels les dérivés du thio-imidazole se révèlent très souvent efficaces et satisfaisants pour les propriétaires en contrôlant les effets de la thyrotoxicose (à l’exception de l’hypertension qui peut persister) [1]. Cette efficacité a été démontrée par des études cliniques [2].

Mode d’action des dérivés du thio-imidazole

Deux molécules antithyroïdiennes ont une autorisation de mise sur le marché pour l’espèce féline : le carbimazole (Vidalta® MSD, comprimés à 10 et à 15 mg) et son métabolite hépatique, le thiamazole ou méthimazole (Felimazole® Dechra, comprimés à 1,25, à 5 et à 10 mg ; Thiaféline®, LeVet. Pharma, comprimés à 2,5 et à 5 mg). Ce dernier est la forme active : il inhibe la capture des iodures plasmatiques et la thioperoxydase (assurant la iodation de la thyroglobuline et le couplage intramoléculaire des di- et mono-iodotyrosines en hormones thyroïdiennes). Ces traitements diminuent rapidement (en 10 jours environ) la thyroxine (T4) et la tri-iodothyronine (T3) sanguines. L’administration des thio-imidazoles au cours des repas améliore leur absorption de 40 %. La demi-vie du carbimazole n’est que de 3 heures, mais un relargage du méthimazole est effectif jusqu’à 24 heures après la prise. Le méthimazole absorbé ou libéré par le foie à partir du carbimazole (demi-vie de 5 heures) se concentre dans les thyroïdes, où il est actif pendant plusieurs jours avant d’être éliminé.

Une toxicité à surveiller

Les manifestations cliniques les plus marquantes sont une léthargie, une dysorexie et des perturbations digestives. Une hématotoxicité est fréquente (15 à 20 %). Elle peut se traduire par une leucopénie avec neutropénie, une thrombopénie et une coagulopathie. Une anémie s’installe parfois, qui est aggravée lors d’insuffisance rénale.

Plus rarement, une cholestase, un rash cutané et une ostéopénie à long terme sont observés. Quelques cas de myasthénie et de vascularite ou de très rares adénomégalies sont rapportés. L’arrêt du traitement permet en revanche la guérison en 3 semaines [2].

La baisse de la thyroxinémie entraîne une chute rapide du DFG et une insuffisante rénale (IR) peut apparaître, voire s’aggraver si elle était présente à l’instauration du traitement. Il s’agit alors d’assurer le meilleur équilibre thérapeutique pour diminuer la thyrotoxicose sans trop aggraver l’IR. La surveillance à la fois clinique et biologique est fondamentale, et doit s’appuyer sur les conséquences biologiques de la thyrotoxicose (Alat), de l’IR (créatinine) et d’une éventuelle hématotoxicité (numération et formule sanguines) (tableau). Ce suivi est mensuel tant que l’équilibre souhaité n’est pas atteint, puis trimestriel, et dès que le propriétaire constate une détérioration brusque de l’état de l’animal [3].

Conclusion

Les thio-imidazoles sont des médicaments très efficaces pour traiter l’hyperthyroïdie, et assurent aux animaux vieillissants un excellent confort de vie. En revanche, l’apparition ou l’aggravation d’une insuffisance rénale, fréquemment présente aussi chez les chats âgés, est à redouter.

  • (1) Valeurs de référence LDHVet et Oniris Nantes.

Références

  • 1. Caney SM. An online survey to determine owner experiences and opinions on the management of their hyperthyroid cats using oral anti-thyroid medications. J. Feline Med. Surg. 2013;15(6):494-502.
  • 2. Daminet S and all. Best practice for the pharmacological management of hyperthyroid cats with antithyroid drugs. J. Small Anim. Pract. 2014;55(1):4-13.
  • 3. Trepanier LA. Pharmacologic management of feline hyperthyroidism. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2007;37(4):775-788.

Conflit d’intérêts

Soutien de Dechra au résidanat dans le cadre de l’European College of Veterinary Clinical Pathology

TABLEAU
Contrôle biologique après instauration du traitement par les thio-imidazoles

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