Le point Vétérinaire Canin n° 346 du 01/06/2014
 

ENDOCRINOLOGIE CANINE

Analyse d’article

Magali Decome

Clinique vétérinaire Alliance
8, boulevard Godard
33300 Bordeaux

Le diabète sucré est une maladie commune qui requiert la mise en place d’une insulinothérapie afin de maintenir un contrôle optimal de la glycémie [3]. Plusieurs types d’insuline sont commercialisés, dont ses analogues synthétiques. Il s’agit d’une insuline remaniée artificiellement, lui conférant des propriétés pharmacologiques propres. Cette forme d’insuline a révolutionné le traitement des patients diabétiques en médecine humaine et commence à avoir un impact non négligeable dans la prise en charge des animaux diabétiques en médecine vétérinaire [4]. Parmi ces analogues, la glargine et le détémir sont les plus utilisés.

GLARGINE

L’insuline glargine diffère de l’insuline humaine par le remplacement de l’asparagine par la glycine en position A21 et l’ajout de deux molécules d’arginine chargées positivement en position C-terminale de la chaîne B [3, 4, 7]. Ces modifications confèrent à la glargine une grande stabilité à pH acide. À pH neutre, comme dans le tissu sous-cutané, des microprécipités se forment, permettant une absorption lente et constante de l’insuline [3, 4]. En médecine humaine, une durée d’action de 24 heures est observée, sans pic. Ces caractéristiques miment l’insuline basale physiologique sécrétée par les cellules pancréatiques β [7].

La glargine est une insuline longue action dont l’utilisation est bien décrite chez le chat. Dans cette espèce, il est démontré que son administration deux fois par jour, en association avec une alimentation à basse teneur en glucides, permet un contrôle optimal de la glycémie et diminue le risque d’hypoglycémie [6]. Peu d’études sont disponibles à l’heure actuelle chez le chien. La pharmacocinétique et la pharmacodynamique de cette molécule ne sont pas encore clairement établies dans cette espèce. Selon deux études précédentes, il semblerait qu’un nadir soit clairement identifié, entre 0 et 12 heures après l’administration d’insuline pour l’une et à 7 heures postinsuline pour la seconde [3, 7]. A contrario, dans l’essai présenté ici, aucun nadir n’est déterminé et un plateau est observé sur les courbes de glycémie. Comme chez l’homme, son action est peu prévisible. Des variations interindividuelles sont observées. Sa durée d’action semble être de 18 à 24 heures. Cependant, les études s’accordent à adopter un protocole d’injection deux fois par jour [7]. Des hypoglycémies sont mises en évidence sur les courbes de 7 animaux sur 10 dans l’article étudié (à un dosage de 0,5 UI/kg deux fois par jour), contre 18 % des échantillons dans l’essai de Fracassi et coll. (avec une médiane de 0,6 UI/kg deux fois par jour) [3]. Les signes cliniques de cette hypoglycémie sont néanmoins rarement observés. Les principales limites de la présente étude, ainsi que des précédentes, consistent dans le petit nombre de cas et le manque de standardisation concernant l’alimentation, l’exercice ou le recrutement des animaux [2, 3]. Il est donc conseillé, dans l’article analysé, d’instaurer une dose initiale de 0,3 UI/kg deux fois par jour, et de l’ajuster selon les signes cliniques et les courbes de glycémie, afin de prévenir le risque d’hypoglycémie. Une résolution des signes cliniques est obtenue pour l’ensemble des chiens traités avec de la glargine.

DÉTÉMIR

Le détémir possède un acide myristique à la place de la thréonine en position B30 et est associé, via de fortes interactions hydrophobes, à des acides gras. Ces derniers se fixent de façon réversible à l’albumine dans les fluides interstitiels et le plasma [4, 8]. Ces caractéristiques confèrent au détémir une longue durée d’action, encore peu définie dans les publications scientifiques sur le chien. Chez l’homme, une activité de 20 heures est observée et ce produit est administré une fois par jour.

Très peu de publications décrivent l’utilisation du détémir. Dans l’étude de Sako et coll., en 2011, 5 chiens diabétiques traités avec ce type d’insuline semblent présenter des courbes de glycémie plates et être bien contrôlés. Selon les auteurs, le détémir posséderait un mode d’action comparable à celui de l’insuline NPH, bien qu’il paraisse plus efficace, et ce à des doses inférieures. Le risque d’induire des hypoglycémies est accru [8]. Chez le chien, une dose de détémir équivalente à 25 % de celle d’insuline NPH est requise pour obtenir un effet comparable [1].

Conclusion

La glargine et le détémir présentent un intérêt lorsque l’insuline utilisée a une durée d’action trop courte et ne permet pas un contrôle adéquat de la glycémie avec un protocole de deux injections par jour. Peu de données existent concernant leur emploi chez le chien. Cependant, les premiers résultats sont prometteurs. L’absence de consensus concernant leurs durées d’action et les doses à administrer implique d’établir des courbes de glycémie (supérieures à 12 heures) pour chaque animal lors de leur utilisation [1, 5].

Références

  • 1. Bonagura JD, Twedt DC. Canine diabetes mellitus. Kirk’s current veterinary therapy XV. Ed. Elsevier. 2014:189-193.
  • 2. Fleeman LM, Rand JS. Evaluation of day-to-day variability of serial blood glucose concentration curves in diabetic dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2003; 222 (3):317-321.
  • 3. Fracassi F, Boretti FS, Sieber-Ruckstuhl NS et coll. Use of insulin glargine in dogs with diabetes mellitus. Vet. Rec. 2012;170:52.
  • 4. Gilor C, Graves TK. Synthetic insulin analogs and their use in dogs and cats. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2010;40:297-307.
  • 5. Hess R, Ward CR. Effect of insulin dosage on glycemic response in dogs with diabetes mellitus: 221 cases (1993-1998). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2000;216 (2):217-221.
  • 6. Marshall RD, Rand JS, Morton JM. Insulin glargine has a long duration of effect following administration either once daily or twice daily in divided doses in healthy cats. J. Feline Med. Surg. 2008;10:488-494.
  • 7. Mori A, Sako T, Lee P et coll. Comparison of time-action profiles of insulin glargine and NPH insulin in normal and diabetic dogs. Vet. Res. Commun. 2008;32:563-573.
  • 8. Sako T, Mori A, Lee P et coll. Time-action profiles of insulin detemir in normal and diabetic dogs. Res. Vet. Sci. 2011;90:396-403.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIF

Comprendre le mode d’action de l’insuline glargine et déterminer un mode d’emploi de celle-ci, afin d’offrir une nouvelle solution alternative au traitement des chiens diabétiques.

MÉTHODE

Étude prospective menée sur des chiens atteints de diabète sucré. Le diabète est soit nouvellement diagnostiqué, soit déjà traité avec une autre insuline, mais incorrectement régulé. Les animaux reçoivent tous une alimentation riche en fibres insolubles et en glucides complexes.

La dose initiale d’insuline glargine est de 0,5 UI/ kg par voie sous-cutanée deux fois par jour. Des courbes de glycémie sont réalisées à chaque contrôle. La posologie est ajustée en fonction des signes cliniques et des courbes de glycémie.

En l’absence de signe clinique évocateur de diabète ou d’hypoglycémie, et pour une valeur de glycémie située entre 80 et 199 mg/dl pendant 10 heures, la posologie initiale est maintenue. Si la glycémie est supérieure ou égale à 200 mg/dl et associée à des symptômes persistants compatibles avec un diabète, la dose est augmentée jusqu’à 0,7 UI/kg. Enfin, lorsque des signes d’hypoglycémie sont observés ou que la glycémie est inférieure à 80 mg/dl, la posologie est diminuée à 0,3 UI/kg.

RÉSULTATS

• 10 chiens ont été inclus dans l’étude, dont 50 % nouvellement diagnostiqués.

• Une absence de différence significative entre les glycémies minimale et maximale (médiane au premier contrôle respectivement de 193 mg/dl et 232 mg/dl) est notée.

• La durée nécessaire à la régulation du diabète est en moyenne de 38 +/- 14 jours après l’instauration du traitement à base de glargine, avec une dose administrée lors d’un diabète bien contrôlé de 0,5 +/- 0,15 UI/kg, deux fois par jour par voie sous-cutanée.

• Une hypoglycémie sévère (< 60 mg/dl) a été observée dans 5 % des 281 échantillons.

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