Le point Vétérinaire Canin n° 343 du 01/03/2014
 

DERMATOLOGIE CANINE

Analyse d’article

Catherine Laffort

Clinique vétérinaire Alliance
8, boulevard Godard
33300 Bordeaux

L’alopécie X a également été nommée alopécie répondant à l’hormone de croissance, hyposomatotropisme de l’adulte, alopécie répondant à la castration, alopécie par déséquilibre des hormones sexuelles d’origine surrénalienne, alopécie répondant aux œstrogènes ou à la testostérone, alopécie répondant aux biopsies, alopécie post-tonte, dysplasie folliculaire des races nordiques [7].

ALOPÉCIE X

Le terme “alopécie X” désigne une affection caractérisée par une alopécie non inflammatoire bilatérale et symétrique associée à une hyperpigmentation de la peau qui n’est pas causée par une hypothyroïdie, un hypercorticisme ou un hyperœstrogénisme [5]. Elle est rencontrée préférentiellement dans les races nordiques ou apparentées comme le loulou de Poméranie ou le chow-chow, mais également chez le caniche nain ou le toy [5, 7]. Cette dénomination reflète notre ignorance de l’étiopathogénie de cette alopécie de type endocrinien sans atteinte de l’état général, mais elle ne met pas en avant le peu que nous en savons : les cas décrits d’alopécie X montrent un arrêt du cycle folliculaire lors de l’examen histopathologique de biopsies cutanées. Dans la dernière édition du Small Animal Dermatology, le nom d’“arrêt du cycle folliculaire” est utilisé [7].

CYCLE FOLLICULAIRE

Chez le chien, le cycle folliculaire voit se succéder les phases anagène (croissance), catagène (dégradation), télogène (repos), exogène (chute du poil qui peut se produire à n’importe quel moment du cycle mais s’observe le plus souvent au cours de la phase anagène) et kénogène (phase télogène sans poil) [8]. Lors de l’examen histopathologique de biopsies cutanées, le nombre de follicules pileux en phase télogène contenant un poil est significativement plus élevé, et le nombre de follicules pileux en phase anagène est significativement moins élevé chez les chiens atteints d’alopécie X que chez les chiens sains ou ceux présentant un autre trouble du cycle folliculaire. Le nombre de follicules en phase kénogène, bien que supérieur à celui visualisé chez les chiens sains, est inférieur à celui observé chez les chiens présentant un autre trouble du cycle folliculaire. Cela est en faveur d’une induction prématurée de la phase catagène [8]. Ces images sont proches de celles observées lors d’hyperœstrogénisme.

ÉTIOPATHOGÉNIE DE L’ALOPÉCIE X

Historiquement, une des premières causes explorées d’alopécie X a été un déficit en hormone de croissance. En effet, une diminution de la concentration sérique en hormone de croissance et une diminution de la réponse au test de stimulation ont été observées chez deux tiers des chiens atteints d’alopécie X [4]. Une supplémentation en hormone de croissance permet une repousse du poil, partielle ou totale chez un certain nombre d’animaux atteints [10]. L’hormone de croissance induirait le passage des follicules pileux au repos en phase anagène. Le mécanisme exact est inconnu [7]. Les résultats contradictoires d’études postérieures, les effets secondaires (acromégalie, diabète sucré), la difficulté pour se procurer de l’hormone de croissance et l’exploration de nouveaux mécanismes pathogéniques ont conduit à mettre de coté cette hypothèse [6, 9]. Les auteurs de l’étude sélectionnée ont choisi de la revisiter en utilisant un progestagène de synthèse pour induire la sécrétion d’hormone de croissance par le tissu mammaire du chien en dehors de tout contrôle hypothalamo-hypophysaire [1]. En effet, le format des premières études conduites dans les années 1980 n’était pas parfait. Aucune autre hypothèse envisagée (synthèse anormale d’hormones sexuelles surrénaliennes ou de leurs intermédiaires, forme incomplète d’hypercorticisme d’origine hypophysaire, anomalies portant sur les récepteurs hormonaux folliculaires, facteurs génétiques) n’est à l’heure actuelle véritablement satisfaisante. Il est probable que le terme d’alopécie X regroupe plusieurs maladies dont l’expression clinique est similaire.

PROGESTAGÈNES

Les progestagènes ont été largement utilisés en prévention ou pour la suppression de l’œstrus chez la chienne et de nombreuses données sont disponibles sur leur utilisation [1, 2]. Leurs principaux effets indésirables sont le développement d’une hyperplasie glandulo-kystique de l’utérus, le risque accru de pyomètre, de tumeurs mammaires, la sécrétion d’hormone de croissance par le tissu mammaire, une inhibition subclinique de la glande surrénale, une hausse de l’appétit associée à une prise de poids et une polydypsie, une inhibition de la libido chez le mâle, des troubles de la gestation si l’administration a eu lieu pendant une gestation passée inaperçue. Une décoloration pilaire, une alopécie, une atrophie cutanée, une calcinose circonscrite sont possibles au point d’injection [1, 2, 7]. Les chiens inclus dans l’étude étaient tous stérilisés afin de minimiser le risque d’effets indésirables. Aucun effet secondaire n’a été noté pendant l’essai. Cependant, aux paramètres suivis (bilans hémato-biochimiques, urinaires ainsi que taux sériques d’IGF-1), des bilans hormonaux auraient pu être associés, ainsi qu’un dépistage et un suivi des lésions mammaires. Le nombre d’injections durant l’essai a été de quatre, à 1 mois d’intervalle. Au vu des résultats partiels et parfois différés (2 mois après la dernière injection pour un chien), un essai sur une période plus longue pourrait être indiqué, le risque d’apparition d’effets indésirables serait cependant accru. Dans cette étude, une repousse totale ou partielle du pelage a été rapportée dans environ 40 % des cas. Cette valeur rejoint les 35 % de follicules pileux en phase kénogène observés lors d’alopécie X dans une étude récente [8]. Ces follicules pileux sont prêts à entrer dans la phase anagène et il est possible qu’un grand nombre de stimuli soit capable d’induire une repousse au moins temporaire [5]. Cette repousse a lieu tant qu’il reste des follicules pileux en phase kénogène à stimuler. Cette théorie est à mettre en relation avec le grand nombre d’interventions thérapeutiques qui permettent, lors d’alopécie X, une repousse au moins partielle et temporaire : hormone de croissance, castration, mélatonine, trilostane, mitotane, anti-androgènes.

Conclusion

L’alopécie X est une alopécie non inflammatoire de type endocrinien sans atteinte de l’état général. C’est une affection cosmétologique : le rapport bénéfice/risque doit être particulièrement mesuré avant toute intervention thérapeutique. L’utilisation de progestagènes selon le protocole de l’essai n’apporte pas d’amélioration notable de la repousse par rapport à d’autres options comme la castration, l’administration de mélatonine ou de trilostane. Les effets indésirables potentiels sont en revanche plus sévères et fréquents.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

RÉFÉRENCE

Frank LA, Watson JB. Treatment of alopecia X with medroxyprogesteroneacetate. Vet. Dermatol. 2013;24(6):624-e154.

OBJECTIFS

• Étudier l’efficacité et l’innocuité d’un progestagène de synthèse pour le traitement de l’alopécie X.

• Déterminer si son action est liée à une augmentation de la sécrétion d’hormone de croissance.

MÉTHODE

Huit chiens stérilisés de race loulou de poméranie présentant une alopécie depuis 1 à 2 ans ont été inclus dans cette étude. Ils reçoivent tous de l’acétate médroxyprogestérone à des doses différentes. Dans une première partie, deux mâles et trois femelles ont reçu quatre injections sous-cutanées espacées de 4 semaines à la dose de 5 mg/kg. Dans une deuxième partie, quatre injections sous-cutanées espacées de 4 semaines ont été administrées à un mâle et deux femelles, à la dose de 10 mg/kg. Un examen clinique, un bilan hématobiochimique sanguin et une analyse d’urine ont été effectués mensuellement pour chaque chien. Dans une troisième partie, deux injections sous-cutanées ont été réalisées à deux loulous de Poméranie sains et deux chiens de petite race à pelage normal, à la dose de 10 mg/kg. À chaque visite, du sérum a été collecté pour un dosage d’IGF-1. Aucun effet secondaire n’a été observé.

RÉSULTATS

Dans la première partie, deux chiens ont vu une repousse partielle de leur pelage de 40 à 60 %. Dans la seconde partie, un chien a présenté une repousse partielle et un autre une repousse totale 2 mois après la fin de l’étude. Les concentrations en Insulin-like growth factor 1 (IGF-1) sont restées inchangées et faibles chez les loulous de poméranie sains et alopéciques alors qu’elles ont augmenté au cours de l’étude chez les chiens de petites races à pelage court.

Références

1. Bhatti SF, Rao NA, Okkens AC et coll. Role of progestin-induced mammary-derived growth hormone in the pathogenesis of cystic endometrial hyperplasia in the bitch. Domest. Anim. Endocrinol. 2007;33:294-312. 2. Beijerink NJ, Bhatti SF, Okkens AC et coll. Adenohypophyseal function in bitches treated with medroxyprogesterone acetate. Domest. Anim. Endocrinol. 2007;32:63-78. 3. Cerundolo R, Rest JR. Non pruritic hair loss. In: Torres SMF, Franck LA, Hargis AM. Advances in veterinary dermatology. Wiley-Blackwell, Ames. 2013;7. 4. Eigenmann JE, Patterson DF, Zapf J, Froesch ER. Insulin-like growth factor I in the dog: a study in different dog breeds and in dogs with growth hormone elevation. Acta Endocrinol. (Copenh). 1984;105:294-301. 5. Frank L Canine Alopcia X. In: Mecklenburg L, Linek M, Tobin DJ. Hair loss disorders in domestic animals. Wiley-Blackwell, Ames. 2009. 6. Lothrop CD. Patho­physiology of canine growth hormone responsive alopecia. Compend. Small Anim. Pract. 1988;10:1346-1349. 7. Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. In : Muller and Kirk’s Small Animal Dermatology. 7th ed. Elsevier Mosby, Saint Louis. 2013. 8. Muntener T, Schuepbach-Refula G, frank L et coll. Canine noninflammatory alopecia: a comprehensive evaluation of common and distinguishing histological characteristics. Vet. Dermatol. 2012;23:206-221. 9. Rosser EJ. Castration responsive dermatoses in the dog. In: von Tscharner C, Halliwell REW. Advances in veterinary dermatology. Baillere Tindall, Phildelphia. 1990;1:34-42. 10. Scott DW, Walton DK. Hyposomatotropism in the mature dog: A discussion of 22 cases. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 1986;22(4):467-473.

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