Le point Vétérinaire n° 342 du 01/01/2014
 

MÉDECINE INTERNE

Dossier

Caroline Léger

Clinique vétérinaire Alliancevet
73, avenue Jean-Kiffer
94420 Le Plessis-Trévise
www.alliancevet.fr
contact@alliancevet.fr

Lors de thrombo-embolie apporter un traitement de soutien est primordial pour atténuer les conséquences de cette affection.

Résumé

→ Lors de thrombo-embolie (TE) pulmonaire ou aortique, le traitement de soutien doit être mis en place aussi rapidement et efficacement que celui du caillot lui-même. Il est réalisé en hospitalisation et doit lutter contre l’hypoxémie, dans le cas d’une TE pulmonaire, et prendre en charge la douleur, la dyspnée et l’insuffisance cardiaque congestive lors de TE aortique.

Summary

Pulmonary embolism and aortic thrombo­embolism : supportive treatment

→ The aim of supportive treatment for pulmonary or aortic thromboembolism (TE) is to alleviate the consequences of the TE. It should be implemented as quickly and efficiently as the treatment for the clot itself. Supportive treatment consists of hospitalisation and therapy to counteract hypoxemia in the case of pulmonary TE, and management of pain, dyspnea, and cardiac insufficiency in cases of aortic TE.

Key words

Thromboembolism, fluid therapy, oxygen therapy, analgesia, support

Les objectifs du traitement d’une thrombo-embolie (TE) sont multiples : stabiliser l’état de l’animal, restaurer une perfusion et prévenir la formation de nouveaux caillots. Cet article détaille les soins de soutien à donner aux animaux atteints, en plus d’un traitement spécifique.

1 Thrombo-embolie pulmonaire

Lors de thrombo-embolie pulmonaire (TEP), l’hypoxémie et l’hypocapnie par hyperventilation et défaillance cardiaque sont habituelles. Bien que les TEP ne répondent pas, ou seulement partiellement, à l’oxygénothérapie, le maintien en cage associé à l’apport adéquat d’oxygène est recommandé pour tout animal hypoxémique et/ou dyspnéique (photos 1 et 2) [2, 6]. Le recours à une fluidothérapie peut être utile pour stabiliser l’état d’hydratation de l’animal et optimiser l’apport d’oxygène aux tissus (maintien de la volémie et de la tension). Elle doit être raisonnée et prendre en compte l’existence d’une défaillance du cœur droit [3]. À notre connaissance, il n’existe aucune étude clinique ni aucun cas décrit sur le traitement d’une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) associée chez le chat [1]. Chez les chiens atteints d’HTAP, les inhibiteurs des phosphodiestérases de type 5 (PDE 5) (sildénafil, 1 à 3 mg par voie orale deux fois par jour) sont utilisés pour vasodilater l’artère pulmonaire (grande concentration en PDE 5) [2].

2 Thrombo-embolie aortique

Gérer la douleur et l’insuffisance cardiaque

La prise en charge d’un chat victime de thrombo-embolie aortique (TEA) doit être immédiate car le pronostic vital est engagé.

L’urgence est double : gérer la douleur et l’insuffisance cardiaque congestive (tableau).

Traitement de soutien

Le traitement de soutien est nécessaire. Les soins de nursing doivent être bien conduits.

Un environnement chaud est à privilégier [1]. La physiothérapie (massage des membres atteints) peut se révéler utile. Il convient également de prévenir le risque d’automutilation (jersey sur les membres atteints, par exemple).

L’alimentation peut être assurée grâce à la mise en place d’une sonde naso-œsophagienne.

La fluidothérapie avec du NaCl à 0,9 % ou un soluté mixte doit être discutée. Elle est proscrite lors d’insuffisance cardiaque congestive (recours au furosémide, par exemple). En revanche, elle doit être envisagée afin de prévenir ­l’hypotension qui fait notamment partie des risques associés à la reperfusion.

3 Pronostic dans le cadre d’une thrombo-embolie aortique féline

Signes d’amélioration

L’amélioration clinique est facile à mettre en évidence. La douleur diminue après 24 à 36 heures, les membres se réchauffent, un pouls est présent (il peut mettre jusqu’à 5 jours pour revenir à la normale), et la fonction motrice est recouvrée (quelques semaines sont parfois nécessaires) [4].

D’autres signes sont encourageants :

– la disparition de l’œdème pulmonaire ;

– l’absence de visualisation d’un thrombus intra-atrial à l’échographie ;

– un examen biochimique satisfaisant : ionogramme, urée ;

– une prise de nourriture spontanée [5].

Signes de détérioration

Une décision d’euthanasie doit être envisagée lorsque différents signes cliniques sont présents :

– l’insuffisance cardiaque congestive (ICC) est réfractaire aux traitements mis en place ou des arythmies surviennent ;

– une hyperkaliémie sévère se développe ;

– la viabilité des membres se dégrade (la contraction musculaire s’accentuant, nécrose cutanée) ;

– une formation d’emboles à distance (reins, mésentère, etc.) est suspectée ;

– l’urée et de la créatinine augmentent pendant l’hospitalisation ;

– des thrombi intracavitaires (atrium et ventricule gauches) sont visibles ;

– l’hypothermie est réfractaire [5].

Conclusion

Lorsqu’ils sont traités précocement et efficacement, certains chats peuvent survivre à un épisode de TE. Si le traitement étiologique et la prévention de la formation de nouveaux caillots sont primordiaux, l’approche thérapeutique ne doit surtout pas négliger le nursing. Ce dernier doit être adapté au cours de l’hospitalisation en fonction de l’évolution clinique de l’animal.

Références

  • 1. Baron Toaldo M et coll. Reversible pulmonary hypertension in a cat. J. Small Anim. Pract. 2011;52:271-277.
  • 2. Goggs R et coll. Pulmonary thromboembolism. J. Vet. Emerg. Crit. Care. 2009;19(1):30-52.
  • 3. Hohenhaus AE. Thrombosis and embolism in the dog and cat. Proceeding of the North American Veterinary Conference, Orlando, Florida. Jan. 8-12 2005.
  • 4. Luis Fuentes V. Arterial thromboembolism: risks, realities and a rational first-line approach. J. Feline Med. Surg. 2012;14(7):459-470.
  • 5. Philip R. Fox. Feline thromboembolism – new clinical perspectives. Proceedings of the World Small Animal Veterinary Association Sydney, Australia. 2007.
  • 6. Schermerhorn T et coll. Pulmonary thromboembolism in cats. J. Vet. Intern. Med. 2004;18:533-535.

Conflit d’intérêts

Aucun.

1 et 2. Un apport adéquat en oxygène est recommandé pour tout animal hypoxémique et/ou dyspnéique. L’apport en oxygène peut s’effectuer dans une cage à oxygène (photo 1). Il peut aussi être réalisé à l’aide d’un masque à oxygène (photo 2).

1 et 2. Un apport adéquat en oxygène est recommandé pour tout animal hypoxémique et/ou dyspnéique. L’apport en oxygène peut s’effectuer dans une cage à oxygène (photo 1). Il peut aussi être réalisé à l’aide d’un masque à oxygène (photo 2).

TABLEAU
Molécules utilisables pour maîtriser la douleur et l’insuffisance cardiaque lors de thrombo-embolie aortique

IV : voie intraveineuse ; IM : voie intramusculaire. D’après [1, 4].

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