Le point Vétérinaire Canin n° 342 du 01/01/2014
 

PVC

REPRODUCTION CANINE

Cas clinique

Anne Gogny, Emmanuel Topie

Service de reproduction des animaux de compagnie
Centre hospitalier universitaire vétérinaire
École nationale vétérinaire, agroalimentaire
et de l’alimentation de Nantes Atlantique-Oniris
Atlanpôle La Chantrerie
BP 40706, 44307 Nantes Cedex 3
anne.gogny@oniris-nantes.fr

Un chien épagneul breton, âgé de 7 ans, est présenté pour une déviation congénitale du pénis, qui limite l’érection et empêche les saillies.

DIAGNOSTIC

L’anomalie a été détectée dès l’âge de quelques mois, mais laissée sans suite car le chien n’était pas destiné à la reproduction. Or, depuis peu, les propriétaires souhaitent obtenir une portée de cet animal qui possède de bonnes aptitudes pour la chasse.

À l’examen clinique général, aucune anomalie n’est observée. À l’examen génital, le chien montre une déviation ventrale du pénis, liée à la persistance du frein préputial. Celui-ci se présente comme une membrane fibreuse, épaisse de quelques millimètres, qui retient le pénis au prépuce ventralement (photo).

DISCUSSION

Étiopathogénie

Chez le mâle, le pénis et le prépuce sont issus du tubercule génital, une structure d’origine ectodermique. Le prépuce provient du développement d’une invagination circulaire, la lame épithéliale préputiale, qui se creuse de façon tubulaire autour du pénis sous l’action de la dihydrotestostérone. À la naissance, le pénis et le prépuce sont toujours reliés par un épithélium commun, la lame balano-préputiale. Cette lame disparaît progressivement au cours de la croissance, sous l’action de la testostérone, au cours d’un processus de desquamation et de kératinisation qui sépare graduellement les deux surfaces.

Un défaut de sécrétion de testostérone ou une anomalie des récepteurs aux androgènes peut conduire à une évolution anormale de la lame balano-préputiale. Cela se traduit par la persistance d’une bride de tissu conjonctif entre la partie ventrale du pénis et le prépuce [1, 2]. Cette bride provoque une déviation ventrale ou ventro-caudale du pénis, qui rend l’érection et l’intromission difficiles. Le degré de persistance de la lame balano-préputiale est variable, et peut concerner une partie plus ou moins étendue de la surface qui lie les muqueuses du pénis et du prépuce.

Les défauts de sécrétion de la testostérone, de même que les anomalies des récepteurs aux androgènes, sont généralement associés à des troubles de la différenciation sexuelle. D’autres signes tels qu’une hypoplasie testiculaire ou un développement réduit du pénis peuvent être présents. En l’absence de ces troubles, souvent associés à des anomalies de la différenciation sexuelle, la fertilité de l’animal n’est pas altérée.

Bien que cette anomalie ait été décrite chez 16 individus d’un même élevage (cocker spaniel), aucune transmission héréditaire n’a été prouvée [1].

Prise en charge clinique

Le diagnostic est établi après la puberté. Le plus souvent, l’anomalie est asymptomatique et peut passer inaperçue toute la vie de l’animal. Lorsque des symptômes sont présents, les signes d’appel sont un léchage important de la zone génitale, des lésions de dermite liées à la déviation de l’urine vers les membres et la zone inguinale, une douleur locale lors de l’érection ou de la saillie à l’origine d’une baisse de la libido, ou un phimosis.

Dans la plupart des cas, la bride se rompt spontanément lors de la saillie. Cela peut être associé à un saignement marqué et persistant, issu du fourreau.

Le diagnostic est clinique, par extériorisation du pénis hors du fourreau. Celle-ci peut être douloureuse.

Un traitement n’est à envisager que si l’animal est destiné à la reproduction. Il est aisé et repose sur un débridement chirurgical, effectué sous tranquillisation ou sous anesthésie en association avec une analgésie locale, avec un gel de pramocaïne (Tronothane®(1)) par exemple.

Quand la bride est épaisse, sa section nécessite une cautérisation, éventuellement au bistouri électrique, afin de prévenir une hémorragie qui peut être massive.

Dans le cas étudié, les propriétaires ont préféré éviter un traitement chirurgical et ils ont décidé de renoncer à la reproduction. Chez ce chien, l’anomalie n’engendre aucune répercussion clinique.

  • (1) Médicament humain.

Références

  • 1. Johnston SD, Root Kustritz MV, Olson PNS. Sexual differentiation and normal anatomy of the dog. In : Johnston SD, Root Kustritz MV, Olson PNS. Canine and feline theriogenology. Saunders ed., Philadelphia. 2001 : 275-286.
  • 2. Lopate C. Clinical approach to the conditions of the male. BSAVA Manual of canine and feline reproduction and neonatalogy, 2nd ed. BSAVA ed., Gloucester. 2010 : 191-211.

Le diagnostic de la persistance de la lame balano-préputiale repose sur l’extériorisation du pénis hors du fourreau. Il convient d’être prudent, car cet examen peut être douloureux.

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