Le point Vétérinaire Canin n° 332 du 01/01/2013
 

INFECTIOLOGIE FÉLINE

Analyse d’article

Mathieu Faucher

Clinique vétérinaire Alliance
8, boulevard Godard
33300 Bordeaux

L’identification d’un épanchement chez un chat est toujours préoccupante. Dans une étude portant sur 197 chats présentant un épanchement, 41 % étaient causés par la péritonite infectieuse féline (PIF) (seulement 35 % dans cette étude) [4]. Parmi de nombreux examens réalisables sur le liquide d’épanchement, le test de Rivalta (tR) est facilement mis en œuvre et nécessite peu de matériel.

QU’EST-CE QUE LE TEST DE RIVALTA ?

Une solution composée de 7 à 8 ml d’eau distillée pour une goutte d’acide acétique à 98 % doit être constituée. Le tR consiste à déposer une goutte de l’épanchement à tester à la surface de cette solution. Si la goutte d’épanchement se dissout dans la solution et disparaît, le tR est négatif. Si la goutte reste figée, attachée à la surface ou descend doucement dans le tube en gardant sa forme, le tR est positif [1, 2, 3].

Ce test a été utilisé en médecine humaine pour différencier les exsudats des transsudats. Une étude menée en médecine humaine s’est intéressée aux différents constituants du précipité formé lors de ce test et a principalement identifié des protéines de l’inflammation aiguë (protéine C-réactive, α1-glycoprotéine, etc.) [5].

Dans l’étude de Fischer et coll., la concentration en protéines et en globulines n’est pas significativement différente entre les épanchements à tR positif et ceux à tR négatif. La positivité au tR dans l’espèce féline ne refléterait donc pas uniquement un taux de protéines élevé dans l’épanchement. Elle pourrait dépendre de certaines fractions protéiques (protéines de la phase aiguë de l’inflammation) : des études électrophorétiques seraient nécessaires pour préciser ce point.

Le cholestérol pourrait jouer un rôle dans la positivité au tR : la concentration en cholestérol dans l’épanchement est plus élevée dans le groupe à tR positif. Cela pourrait être expliqué par la dégradation de certaines cellules contenues dans l’épanchement ou par une altération de la perméabilité vasculaire.

LA PÉRITONITE INFECTIEUSE FÉLINE : UN DIAGNOSTIC DIFFICILE

Le diagnostic de la PIF est souvent délicat. En effet, il nécessite d’obtenir des prélèvements biopsiques ou nécropsiques afin de pouvoir procéder à leur examen histologique. L’examen standard permet souvent d’observer des lésions suffisamment caractéristiques pour pouvoir diagnostiquer la PIF : inflammation pyogranulomateuse périvasculaire, avec nécrose [2]. En toute rigueur, la mise en évidence d’antigènes du coronavirus félin dans les macrophages est nécessaire avant de pouvoir diagnostiquer la PIF avec certitude. La difficulté d’obtenir des biopsies chez des chats malades et la disponibilité réduite de ces analyses conduisent à devoir proposer un diagnostic de suspicion après avoir collecté des informations anamnestiques, cliniques et clinicopathologiques concordantes, rapportées dans de nombreux articles de synthèse [1, 2].

Lors de forme humide, le tR est un test facilement mis en œuvre au chevet de l’animal et ne nécessite pas d’équipement particulier. Sa positivité est un des nombreux éléments à rechercher dans la démarche diagnostique de la PIF. Les épanchements d’origine septique ou lymphomateuse peuvent conduire à des faux positifs, mais ils sont facilement identifiés par un examen cytologique [2].

PERFORMANCES DU TEST : UNE QUESTION DE STATISTIQUES

Les performances du test sont moindres que dans une précédente étude qui rapportait une sensibilité (Se) de 98 %, une spécificité (Sp) de 80 %, une valeur prédictive positive (VPP) de 86 % et une valeur prédictive négative (VPN) de 97 %. Cela peut être expliqué par la relativement faible prévalence de la PIF dans la population étudiée. En effet, la prévalence de la maladie influe grandement sur les performances du test : plus elle est élevée, plus la VPP du test va l’être aussi [3].

Les performances du test ont également été calculées lorsque les chats à lymphome et à péritonite septique sont exclus de l’analyse. En effet, ces deux affections sont responsables de la plupart des tR fournissant un résultat faussement positif [2]. Les performances du test, et en particulier la VPP, sont améliorées dans cette population particulière. Le même raisonnement peut être tenu lorsque sont exclus de l’analyse les chats âgés de plus de 2 ans. La PIF survenant principalement chez de jeunes chats, la population étudiée a une prévalence plus forte de PIF, ce qui accroît la VPP du tR.

LIMITES DE L’ÉTUDE

La première limite de cette étude est sa nature rétrospective. Tous les paramètres n’ont pas été mesurés chez tous les chats et plusieurs opérateurs ont pu procéder à des tR dont l’évaluation présente une part de subjectivité. Les analyses biochimiques ont été conduites sur du plasma ou du sérum, ce qui a pu influencer les résultats de la protéinémie et masquer certains résultats.

Une forte proportion de chats a été exclue des analyses car ils présentaient un résultat du tR considéré comme “douteux”. Enfin, de nombreux chats ont également été exclus car aucun diagnostic final n’a été obtenu. La PIF étant une affection souvent difficile à confirmer, il est possible de supposer que ce groupe de chats comprenait un nombre important d’animaux atteints de PIF, ce qui aurait pu modifier la prévalence de la PIF dans la population, donc les performances du test.

Conclusion

En conclusion, le tR est un test facilement mis en œuvre au chevet de l’animal malade et reste utile dans le diagnostic de la PIF. En effet, les méthodes de référence sont souvent difficiles à mettre en œuvre chez les chats atteints et la collecte d’un faisceau d’indices concordant est le moyen le plus répandu de diagnostiquer cette affection.

Le tR présente une bonne sensibilité, mais elle manque de spécificité. Ce défaut peut être pallié en sélectionnant les chats à tester. En augmentant la probabilité pré-test de PIF, les performances du tR sont améliorées.

Références

  • 1. Addie D, Belák S, Boucraut-Baralon C et coll. Feline infectious peritonitis. ABCD guidelines on prevention and management. J. Feline Med. Surg. 2009;11:594-604.
  • 2. Hartmann K. Feline infectious peritonitis. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2005;35:39-79.
  • 3. Hartmann K, Binder C, Hirschberger J et coll. Comparison of different tests to diagnose feline infectious peritonitis. J. Vet. Intern. Med. 2003;17:781-790.
  • 4. Hirschberger J, Hartmann K, Wilhelm N et coll. Clinical symptoms and diagnosis of feline infectious peritonitis. Tierarztl Prax. 1995;23(1):92-99.
  • 5. Sakai N, Iijima S, Shiba K. Reinvestigation of clinical value of Rivalta reaction of puncture fluid. Rinsho Byori. 2004;52:877-882.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

• Déterminer la sensibilité (Se), la spécificité (Sp), et les valeurs prédictives positives (VPP) et négatives (VPN) du test de Rivalta (tR) pour la péritonite infectieuse féline (PIF).

• Identifier des corrélations entre le tR et certains paramètres sanguins et de l’épanchement.

MÉTHODE

• Cette étude inclut de manière rétrospective des chats qui présentent un épanchement et pour lesquels une analyse de ce dernier incluant un tR est disponible. Un diagnostic définitif doit avoir été obtenu et un résultat du tR considéré comme douteux est un critère d’exclusion.

• Un diagnostic de PIF est admis lors d’immunofluorescence des macrophages pour l’antigène du coronavirus félin (FCoV) dans l’épanchement, en cas de lésions histologiques diagnostiques ou d’identification de l’antigène du FCoV dans les macrophages par immunohistochimie.

RÉSULTATS

• Sept cent quatre-vingt-deux chats qui présentent un épanchement et un résultat concluants pour le tR sont sélectionnés. Pour 497 d’entre eux, un diagnostic définitif a été établi : 172 sont atteints d’une PIF et 325 d’un épanchement dû à une autre affection.

• Le tR a une Se de 91,3 %, une Sp de 65,5 %, une VPP de 58,4 % et une VPN de 93,4 % dans le diagnostic de la PIF pour le groupe considéré dans son ensemble.

• Lorsque les chats à lymphome et à péritonite septique sont exclus, ces résultats sont respectivement de 91,3, 73, 73,4 et 91,1 %.

Lorsque les chats âgés de plus de 2 ans sont exclus, ces résultats sont respectivement de 94,8, 45,5, 88,4 et 66,7 %.

• Dans l’épanchement, la densité et la teneur en cholestérol sont plus élevées et les teneurs en glucose et en triglycérides sont plus basses dans le groupe à tR positif que dans le groupe à tR négatif.

Le rapport albuminémie/globulinémie est plus bas et la bilirubinémie est plus élevée dans le groupe à tR positif que dans le groupe à tR négatif.

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