Le point Vétérinaire Canin n° 331 du 01/12/2012
 

ONCOLOGIE COMPARÉE

Fiche

François Serres

Oncovet
Clinique vétérinaire des référés
Avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

Les mélanomes humains et canins sont d’évolution clinique similaire, malgré des localisations préférentielles différentes.

Chez le chien, les mélanomes sont des tumeurs fréquentes dont la localisation buccale et labiale est prédominante, avec une minorité de cas se situant aux niveaux cutané ou digité. Chez l’homme, la localisation cutanée est ultraprédominante. Ces tumeurs diffèrent par leurs étiopathogénies (le lien à l’exposition aux rayons ultraviolets [UV], facteur de risque principal chez l’homme, n’est pas retrouvé chez le chien), mais les modalités de prise en charge et le pronostic sont en revanche similaires.

Épidémiologie et éthiopathogénie

Les mélanomes sont des tumeurs cutanées relativement rares, avec plus de 160 000 cas diagnostiqués chaque année dans le monde. Alors qu’ils représentent moins de 10 % des tumeurs cutanées, ils sont responsables de 75 % de la mortalité liée à ces tumeurs. La prévalence des mélanomes est en augmentation dans la plupart des pays, notamment en Océanie, cela est lié à l’exposition aux UV naturels ou artificiels. Les facteurs génétiques prédisposant au développement de mélanome sont de deux types. Certains facteurs, largement représentés dans la population (comme le gène du récepteur de la mélanocortine MCR-1, muté notamment chez les individus roux), sont associés à une augmentation modérée (multipliés de 2 à 4) du risque de développement d’un mélanome. Une minorité de cas de mélanome est associée à des mutations plus rares, directement responsables de formes familiales de lésions le plus souvent agressives. Enfin, des mélanomes oraux, digestifs ou oculaires sont exceptionnellement rencontrés chez l’homme.

Les mélanomes représentent également moins de 10 % des tumeurs cutanées chez le chien. Elles représentent en revanche plus d’un tiers des tumeurs de la cavité buccale. Sont rapportées une prédisposition des caniches, des cockers spaniels, des setters gordons, entre autres, pour les formes orales, et des schnauzers, des dobermans et des caniches pour les formes cutanées (avec, en plus, une plus grande agressivité décrite chez les caniches par rapport aux autres races).

Diagnostic

La détection des mélanomes oraux est le plus souvent tardive, notamment pour les lésions situées en fond de gueule, qui présentent un pronostic significativement plus mauvais (photo 1). La réalisation d’un bilan d’extension soigné est essentielle, associant la recherche d’une adénopathie locorégionale et celle de métastases à distance (principalement pulmonaires) (photo 2). Le stade clinique est déterminé selon la taille de la lésion primitive (stade 1 : moins de 2 ? cm de diamètre ; stade 2 : de 2 à 4 cm de diamètre ; stade 3 : supérieure à 4 cm de diamètre) et les lésions métastatiques ganglionnaire ou pulmonaire (stade 4, quelle que soit la taille de la lésion primitive). L’établissement du stade clinique s’effectue par le biais d’un examen scanner si possible, associé à la réalisation de ponctions des nœuds lymphatiques de drainage (photo 3). Ce bilan d’extension doit également être proposé pour les lésions cutanées, digitées et oculaires, dont le potentiel métastatique (sans être nul) est moins important.

Chez l’homme, le diagnostic précoce de lésions cutanées suspectes (caractérisées par une asymétrie, une induration, une croissance rapide, un diamètre supérieur à 6 mm et une coloration changeante) permet de limiter grandement le risque de disséminations métastatiques. Elles ne sont cependant pas exceptionnelles, avec notamment le développement de lésions ganglionnaires, cérébrales, hépatiques ou osseuses. Le stade clinique est déterminé selon l’épaisseur de la lésion, son caractère ulcéré ou non, l’indice mitotique (pour les stades 1 et 2) et la présence de métastases ganglionnaires (stade 3) ou sur d’autres organes (stade 4) [1].

Évolution

Le pronostic est en grande partie lié au stade clinique. Les lésions de stade clinique 3 et 4 ont un pronostic défavorable chez les deux espèces, en raison du manque de traitement systémique curatif efficace. Chez l’homme, le taux de survie est inférieur à 10 % à 5 ans pour ces stades [1]. Chez le chien, le taux de métastase élevé associé (présence de métastases au diagnostic chez la moitié des individus) explique en partie le taux de survie faible à un an (environ 35 % quand seul un traitement chirurgical est réalisé). La moitié des animaux opérés développent également une récidive locale.

Traitement de référence

Le traitement chirurgical large et précoce reste la base du traitement et peut être associé à l’exérèse des nœuds lymphatiques de drainage préalablement identifiés. L’efficacité de traitement adjuvant (chimiothérapie, notamment par la dacarbazine, l’interféron ou l’interleukine) n’est pas clairement établie. La radiothérapie est souvent proposée pour les lésions primitives étendues ou les lésions métastatiques inaccessibles. Chez le chien, une exérèse “large” (maxillectomie et mandibulectomie) est souvent possible et donne des résultats satisfaisants d’un point de vue fonctionnel et cosmétique (photo 4). L’intérêt d’un traitement complémentaire de radiothérapie (avec un protocole hypofractionné) a été bien démontré, ce type de traitement permettant également souvent une régression majeure et prolongée de lésions inopérables [4]. L’intérêt de la chimiothérapie est moins bien établi, avec cependant des indices de l’intérêt du carboplatine pour les lésions présentant un risque métastatique majeur [2]. Un vaccin à plasmide ADN ciblant la tyrosinase a démontré son intérêt pour la prévention du développement de lésions métastatiques sur des mélanomes oraux de stades 2 et 3 [3]. Il s’agit néanmoins d’un traitement immunologique, qui n’est efficace que sur une maladie non métastatique au diagnostic et localement contrôlée par un traitement chirurgical et/ou de radiothérapie.

Les traitements d’avenir

Les résultats très satisfaisants obtenus chez le chien ont motivé la réalisation ultérieure d’essais chez l’homme du vaccin ciblant la tyrosinase. Il s’agit d’un nouvel exemple de transposition de l’efficacité d’un traitement du modèle animal de pathologie spontanée à l’homme. Des études translationnelles devraient permettre d’améliorer également le pronostic des individus au stade 4.

Références

  • 1. Balch C, Buzaid A, Soong S et coll. Final version of the American Joint Committee on cancer staging system for cutaneous melanoma. J. Clin. Oncol. 2001;19(16):3635-3648.
  • 2. Brockley L, Cooper M, Bennett P. Malignant melanoma in 63 dogs (2001-2011): the effect of carboplatin chemotherapy on survival. N. Z. Vet. J. 2012 [Epub ahead of print].
  • 3. Grosenbaugh DA, Leard AT, Bergman PJ et coll. Safety and efficacy of a xenogeneic DNA vaccine encoding for human tyrosinase as adjunctive treatment for oral malignant melanoma in dogs following surgical excision of the primary tumor.Am. J. Vet. Res. 2011;72:1631-1638.
  • 4. Proulx DR, Ruslander DM, Dodge RK et coll. A retrospective analysis of 140 dogs with oral melanoma treated with external beam radiation. Vet. Radiol. Ultrasound. 2003;44(3):352-359.

1. Mélanome palatin : lésion achromique, infiltrante et agressive, inopérable au diagnostic.

2. Extension au nœud lymphatique mandibulaire d’un mélanome buccal.

3. Examen cytologique d’une ponction d’un nœud lymphatique mandibulaire macroscopiquement normal chez un chien présentant un mélanome buccal : cellules de morphologie épithélioïde, présentant des inclusions de mélanine, caractéristique d’un envahissement ganglionnaire microscopique.

4. Aspect extérieur après la réalisation d’une maxillectomie rostrale pour une exérèse d’une tumeur buccale localement infiltrante.

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