Le point Vétérinaire Canin n° 331 du 01/12/2012
 

ANESTHÉSIE DES NAC

Fiche

Damien Spreux*, Delphine Holopherne-Doran**


*Service transversal d’anesthésie
réanimation, CHV Oniris, Atlanpôle,
La Chantrerie, BP 40706,
44307 Nantes Cedex 03
**Service transversal d’anesthésie
réanimation, CHV Oniris, Atlanpôle,
La Chantrerie, BP 40706,
44307 Nantes Cedex 03

L’intubation avec un matériel adapté et le suivi monitoring participant au succès d’une anesthésie chez un lapin.

L’intubation endotrachéale est indispensable à la sécurisation de l’anesthésie (fixe et/ou gazeuse) du lapin.

Cependant, la technique n’est pas la seule condition. La classification ASA (American Society of Anesthesiologists) de l’animal, le choix du protocole anesthésique, le matériel utilisé, ainsi que la qualité du suivi peranesthésique importent également [1, 2].

Cet article décrit le matériel nécessaire à une intubation endotrachéale aisée et à un suivi monitoring peranesthique efficace, ainsi que deux méthodes alternatives d’intubation.

CHOIX DU MATÉRIEL

En ce qui concerne le matériel d’intubation, le vétérinaire est généralement équipé de sondes trachéales en caoutchouc rouge avec un ballonnet (sondes Rusch® rouges).

Les différentes gammes de sonde ne sont pas adaptées à l’intubation endotrachéale du lapin car leur diamètre externe est trop élevé (une sonde rouge de diamètre interne de 3 mm a un diamètre externe de 4,7 mm).

De plus, le ballonnet, qui permet d’étanchéifier la sonde trachéale et ainsi de prévenir les fuites de gaz chez les carnivores domestiques, ne présente pas d’intérêt lors d’une intubation trachéale du lapin. Il peut même, s’il est trop gonflé, provoquer des lésions trachéales par compression, voire une rupture de la trachée dans le cas où la sonde, mal fixée, est déplacée durant l’anesthésie. Les sondes trachéales en PVC sans ballonnet (sondes Rusch® transparentes) sont plus appropriées à l’intubation du lapin que celles en caoutchouc rouge (photo 1). Elles sont plus rigides, de diamètre externe moindre pour un diamètre interne équivalent (une sonde transparente de diamètre interne de 3 mm possède un diamètre externe de 4 mm). Leur transparence permet de visualiser le flux d’air expiré, validant ainsi une intubation correcte.

La sonde endotrachéale transparente peut être améliorée pour l’anesthésie du lapin en modifiant son embout.

En effet, une réduction de l’espace mort lié au circuit de Bain et à l’embout original de la sonde endotrachéale permet de supprimer la réinhalation des gaz expirés par l’animal. L’embout de type Norman Elbow® possède cette qualité (figure). De fait, il permet également une moindre dilution des gaz expirés et un suivi de la capnographie peranesthésique plus fiable.

Il convient de bien choisir le diamètre et la longueur de la sonde endotrachéale avant de commencer l’anesthésie du lapin.

La longueur doit être équivalente à la distance “pointe du nez-pointe du sternum”, afin d’éviter une intubation sélective (endobronchique) et de limiter l’espace mort mécanique. Si la sonde est trop longue, elle doit être coupée à la dimension désirée du côté proximal à l’embout [1, 2, 4].

Le diamètre de la sonde est choisi en fonction du format de l’animal. Un petit lapin de moins de 1 kg requiert une sonde 2,5, un animal de plus de 1,5 kg, une sonde 3.

L’intubation peut être réalisée de visu (c’est-à-dire envisualisant l’orifice laryngé avec un laryngoscope(1)).

Mais elle peut également être effectuée en aveugle (sans voir les structures laryngées). Cette technique d’intubation est toujours possible, quel que soit le poids de l’animal. Cependant, plus celui-ci est petit, plus l’intubation devient difficile [3, 4].

SOLUTIONS ALTERNATIVES

1. Intubation en aveugle à l’aide d’un capnographe

L’animal est maintenu en décubitus sternal, avec les cervicales en extension.

Le capnographe est branché sur l’embout Norman Elbow® de la sonde endotrachéale. Une injection de lidocaïne (0,05 ml/kg de lidocaïne 2 %) est réalisée en région laryngée. La sonde endotrachéale est alors introduite jusqu’en région laryngée (photo 2). L’apparition d’un capnogramme (courbe exprimant la quantité de CO2 expirée en fonction du temps) sur le monitoring anesthésique signifie que la sonde endotrachéale est à proximité de l’orifice laryngé. Il suffit alors de l’avancer pour réussir l’intubation du lapin.

2. Intubation en aveugle “à l’oreille”

L’animal est maintenu en décubitus sternal, avec les cervicales en extension.

Une injection de lidocaïne est réalisée en région laryngée. La sonde endotrachéale est donc introduite jusqu’à ce niveau (photo 3).

L’opérateur place alors son oreille à l’extrémité de la sonde et écoute les bruits expiratoires. Plus ils sont bruyants, plus cette dernière est proche de l’orifice laryngé.

C’est à l’opérateur d’estimer la proximité de l’orifice laryngé.

La sonde endotrachéale est avancée dans celui-ci lorsque les bruits expiratoires sont les plus forts.

Une estimation incorrecte conduit à une intubation œsophagienne et il convient alors de recommencer la procédure.

VÉRIFICATION DE L’INTUBATION

La correction de l’intubation endotrachéale est vérifiée de diverses façons :

– un mouvement d’air peut être observé à la sortie de la sonde lors de l’expiration ;

– de la buée est présente dans la sonde PVC à l’expiration ;

– un rejet de CO2 est noté sur le capnographe.

Il convient de ne pas appuyer sur le thorax pour vérifier le bon positionnement de la sonde. En effet, lors d’intubation œsophagienne, ce geste augmente la pression intra-abdominale et élimine l’air de l’estomac, pouvant simuler une intubation correcte [1, 2].

LE SUIVI MONITORING

L’intubation endotrachéale n’est pas l’unique clé de la réussite de l’anesthésie du lapin. L’ensemble du suivi monitoring est important et conditionne le suivi en temps réel de l’état anesthésique de l’animal.

L’intubation endotrachéale rend possible la surveillance de la fonction respiratoire, qui peut être monitorée à l’aide d’un détecteur d’apnée (par exemple ApAlert®) ou, mieux, d’un capnographe (par exemple Capnocheck®).

Pour la fonction cardiovasculaire, plusieurs moyens de suivi peuvent être mis en place : un électrocardiogramme, un oxymètre de pouls et un monitoring de la pression artérielle (cathéter artériel, Doppler ou oscillométrie).

La fluidothérapieest impérativement contrôlée. L’utilisation d’un débitmètre ou d’une pompe à perfusion permet de garantir un débit de perfusion adéquat.

Une fois l’acte chirurgical terminé, l’anesthésie peut alors être arrêtée.

L’extubation ne doit être réalisée qu’une fois le réflexe de déglutition retrouvé et le maintien de l’animal sous oxygène jusqu’au retour du décubitus sternal conditionne un réveil de qualité.

Il convient également de laisser le monitoring en place le plus longtemps possible, afin de réduire la morbidité liée au réveil.

Conclusion

Une anesthésie de qualité chez le lapin, qu’elle soit réalisée par injection ou par inhalation, nécessite une intubation endotrachéale. Cette technique requiert du matériel adapté, peu coûteux. Elle s’acquiert rapidement et doit faire partie des procédures courantes de l’anesthésie du lapin.

  • (1) Voir l’article “L’intubation endotrachéale du lapin” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

Références

  • 1. Flecknell PA, Richardson CA, Popovic A. Laboratory animals. In: Tranquilli WJ, Thurmon JC, Grimm KA, eds. Lumb and Jones’ Veterinary Anesthesia and Analgesia. 4th ed. Ed. Blackwell Publishing, Oxford. 2007:765-784.
  • 2. Hughes L. Breathing systems and ancillary equipment. In: Seymour C, Duke-Novakovski T, eds. BSAVA Manual of canine and feline anaesthesia and Analgesia. 2nd ed. Ed. BSAVA, Gloucester. 2007:30-48.
  • 3. Lipman NS, Marini RP, Flecknell PA. Anesthesia and analgesia in rabbits. In : Fish RE, Brown MJ, Danneman PJ, Karas AZ, eds. Anesthesia and analgesia in laboratory animals. 2nd ed. Ed. American College of Laboratory Animal Medicine Series, San Diego. 2008:299-333.
  • 4. Price H. Intubating rabbits. Vet. Rec. 2007;160(21):744.

1. Sondes trachéales en PVC sans ballonnet et transparentes.

FIGURE
Coupe transversale des différents embouts

2. Introduction de la sonde endotrachéale jusqu’en région laryngée.

3. Une fois la sonde endotrachéale introduite jusqu’en région laryngée, l’opérateur place son oreille à son extrémité et écoute les bruits expiratoires.

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