Le point Vétérinaire n° 331 du 01/12/2012
 

ALIMENTATION DES VACHES LAITIÈRES

Thérapeutique

Béatrice Bouquet

Cabinet vétérinaire
8, rue des Déportés
80220 Gamaches

Bactéries digestives, cocktails d’enzymes et antimycotoxines prouvent un effet dans la ration des vaches laitières, à approfondir.

Les additifs « ne doivent pas être des palliatifs de mauvais équilibres nutritionnels ou de techniques d’alimentation déficientes ». Philippe Schmidely, professeur à AgroParistech a récemment commenté les dernières données scientifiques obtenues sur ces produits pour les vaches laitières hautes productrices (VLHP)(1) [3]. Toute substance ajoutée à la ration dans un objectif zootechnique pourrait prétendre à la dénomination “additif”, à condition de remplir les critères de la réglementation 1831/2003/CE, mais la liste des additifs réglementairement autorisés en Europe dans l’alimentation des ruminants laitiers de production est encore peu fournie [1].

Les additifs qualifiés de “métaboliques” présentent un intérêt pour la santé au sens large (maladies métaboliques ou immunité), s’étendant à la reproduction. Peu de nouveautés dans ce cas, sauf sur quelques acides aminés dont les effets sont mieux quantifiés.

Les dernières publications concernent majoritairement les additifs à “vocation ruminale ou digestive”. Ceux-là visent, au travers de la modification des processus digestifs à améliorer l’efficacité alimentaire, à réduire l’impact environnemental d’une production animale ou à augmenter le bien-être animal tout en restant attractifs économiquement.

Parmi eux, les levures ont obtenu leurs lettres de noblesse. Les plus utilisées sont des souches de Saccharomyces cerevisae qui influencent la quantité de micro-organismes présents dans le rumen, la proportion entre eux ou les substrats disponibles, voire la production de substances antibactériennes. Dans une méta-analyse sur 81 publications, pour 116 expérimentations, un accroissement du pH de (seulement) 0,05 unité est observé, sans altération des grands équilibres fermentaires. Le rapport acétate sur propionate n’y est pas affecté [3]. La souche de S. cerevisae influe sur le profil d’acides gras volatils obtenus dans la panse, le pH et la libération de méthane [3].

À côté des levures, les bactéries mériteraient un regain d’intérêt. Megasphera elsdenii a prouvé un effet stabilisateur de pH, avec un profil fermentaire tourné vers l’acide propionique (C3) [3]. Toutefois, ces conclusions s’établissent sur la base de rations bien éloignées de celles rencontrées en Europe (avec des taux de concentrés très élevés). Streptococcus faecium est une autre bactérie susceptible d’être un additif ruminal pertinent [3].

Ces micro-organismes améliorent la production laitière et les taux butyreux. Toutefois différents facteurs interfèrent : le niveau d’ingestion (la matière sèche ingérée [MSI]), le taux de fibres efficaces dans la ration (neutral detergent fiber [NDF]) ou le taux de concentré. Leur efficacité est meilleure en début de lactation mais cela pourrait être lié à d’autres facteurs “interférents”.

Les facteurs de variation de l’efficacité de ces additifs dans l’amélioration de l’ingestion, de la production ou des taux butyreux sont insuffisamment quantifiés. Il serait souhaitable que diverses questions les concernant soient approfondies :

– quelle est l’influence du taux d’amidon de la ration ?

– à quel stade physiologique convient-il de commencer à les utiliser (dès avant vêlage ?)

– quel est leur effet sur la santé animale ?

– que se passe-t-il lors de stress de température ?

– quel est leur impact sur les rejets de CH4 ?

Enzymes : la bonne origine et le bon cocktail

Les α-amylases et les gluco-amylases sont des enzymes qui visent à améliorer la digestibilité ruminale des amidons (facteur qui n’est en réalité pas vraiment limitant dans la ration des VLHP européennes, mais dont il pourrait être souhaitable de réduire la variabilité). Un pour cent de gain de digestibilité totale est observé à travers la méta-analyse, soit un résultat statistique mais peu concluant. Les amylases n’apportent pas une amélioration de l’ingestion (MSI) ou de la production de lait, mais un bénéfice “TB” (- 0,8 g). L’amylase a de Bacillus licheniformis prouve une meilleure efficacité (lait/ingestion), par rapport à celle issue de Aspergillus Oryzae ou d’autres d’origine non précisée.

La variabilité de l’effet obtenu tient là encore à de nombreux facteurs : nature de l’amylase, type de fourrage, niveau d’alimentation, traitement de l’amidon avec un possible effet/dose (par ailleurs quasi impossible à mettre en évidence). Les données manquent sur ces facteurs de variation de l’efficacité des enzymes amylolytiques pour vaches laitières.

Les enzymes fibrolytiques sont généralement incorporées aux rations sous forme de cocktail (de cellulase, xylanase, Β-glucanase) via le fourrage, le premix ou déposées sous forme liquide sur la ration complète. Ni la digestion ruminale, ni l’ingestion ne sont améliorées (sur la base d’une vingtaine de publication). Un bénéfice statistique est observé sur la digestibilité dans l’intestin (de l’azote, en particulier). L’effet reste toutefois d’ampleur limitée (quelques pourcents). L’amélioration des critères de production avec les enzymes fibrolytiques s’observe surtout en début de lactation (+ 1,5 kg de lait versus 0,2 ultérieurement), tout comme celle de l’efficacité alimentaire.

Très peu de publications se sont penchées sur l’intérêt environnemental d’ajouter des enzymes fibrinolytiques à la ration. Peut-être parce qu’elles augmentent apparemment la production de méthane par les VLHP, ce qui n’est pas très “politiquement correct” pour l’environnement.

Les mécanismes d’action des enzymes sont encore insuffisamment explorés, regrette Philippe Schmidely.

Mieux spécifier les effets antimycotoxines

Depuis 3 ans, les agents liants ou biotransformants de mycotoxines sont entrés dans le cercle étroit des additifs technologiques réglementaires avec la création d’une sous-catégorie qui les vise spécialement [2]. Les liants de mycotoxines sont les argiles, le charbon, les parois de levures, les bactéries, les fibres micronisées ou les polymères de synthèse. Malgré l’enthousiasme des allégations à leur encontre, leurs effets seront certainement mieux définis à l’avenir (photo). Comment croire que les argiles sont, par exemple, capables de fixer toutes les mycotoxines dans leur diversité moléculaire ?

Dans la catégorie biotransformants de mycotoxines, figurent des bactéries détoxifiantes, des champignons, des levures, des associations de bactéries et levures ou des enzymes.

Les résultats scientifiques manquent dans cette famille d’additifs. Les données portent surtout sur les argiles vis-à-vis des aflatoxines alors que cette mycotoxine n’est pas celle dominante “sur le terrain” en France (qu’en est-il de l’effet vis-à-vis des métabolites de Fusarium telle la zéaralénone ?) [3]. Les effets rapportés sont parfois observés à des niveaux de contamination par les mycotoxines que la législation ne tolère pas.

Les connaissances progressent toutefois. Par exemple, il est plus intéressant de distribuer les argiles avec les pellets plutôt que dans les tourteaux ou le premix.

Conclusion

En définitive, il reste « un monde de données à générer » sur les additifs. La période et la ration optimale pour chacun d’eux reste à préciser. Une approche visant les animaux à risque tend à s’esquisser. La répétabilité des études en situation pratique et la pertinence économique d’un rationnement reposant sur les additifs restent sujets à débat.

  • (1) Les nouveautés sur les tanins, les tampons, les antibiotiques, les sels d’acides gras en C3, le monopropylène glycol, les acides organiques type dicarboxyliques ou les extraits de plantes et les huiles essentielles ne sont pas abordés dans cet article, par souci de concision. L’intégralité de la conférence de P. Schmidely est consultable en ligne sur le site AFTAA.org (accès réservé aux adhérents de cette association).

RÉFÉRENCES

Poudre d’argile (aluminosilicate). « comment croire que les argiles sont capables de fixer toute mycotoxine ? », s’interroge Philippe Schmidely, d’AgroParistech. Les données manquent vis-à-vis de mycotoxines vraiment présentes en France.

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