Le point Vétérinaire n° 328 du 01/09/2012
 

ANTIBIORÉSISTANCE

Recherche

Marisa Haenni*, Christine Médaille**, Frédéric Laurent***, Jean-Yves Madec****


*Agence nationale de sécurité
sanitaire, Laboratoire de Lyon,
31, avenue Tony-Garnier,
69354 Lyon
**Vébiotel, Laboratoire
de biologie vétérinaire,
41 bis, avenue Aristide-Briand,
94117 Arcueil
***Centre national de référence
des staphylocoques, université
de Lyon, 59, bd Pinel, 69677 Bron
****Agence nationale de sécurité
sanitaire, Laboratoire de Lyon,
31, avenue Tony-Garnier,
69354 Lyon

Les carnivores domestiques sont à la fois les victimes et les réservoirs de Staphylococcus aureus résistants à la méticilline, dont l’origine est le plus souvent humaine.

Staphylococcus aureus est un agent pathogène et un commensal de l’homme et de la plupart des espèces animales (photo). Chez l’homme, les S. aureus résistants à la méticilline (SARM), un antibiotique d’usage strictement humain et interdit chez l’animal, représentent l’une des bactéries nosocomiales les plus répandues, même si les efforts d’hygiène menés ces 10 dernières années ont permis d’abaisser leur prévalence, notamment en France (rapport annuel de l’Observatoire national de l’épidémiologie de la résistance bactérienne aux antibiotiques, ou Onerba). En plus de la méticilline, les SARM sont résistants à toutes les β-lactamines, dont l’oxacilline et la cloxacilline utilisées en médecine vétérinaire.

Les SARM, comme tous les staphylocoques, se transmettent de façon clonale. Les nombreux clones identifiés à ce jour sont souvent regroupés en complexes clonaux (CC) (partageant des fonds génétiques proches), qui peuvent chacun présenter des spécificités d’hôtes plus ou moins strictes. Ainsi, les complexes clonaux CC8 ou CC5 sont majoritairement retrouvés chez l’homme, les CC97 ou CC151 chez les bovins, alors que le CC398, d’abord identifié chez le porc, a ensuite été isolé dans une multitude d’espèces animales et chez l’homme [1].

En médecine humaine, les SARM sont également classés selon leur contexte d’isolement, ce qui permet de distinguer les clones hospitaliers (infections nosocomiales), les clones communautaires (responsables d’infections sans lien avec l’hôpital) et les clones associés aux animaux de rente (comme le complexe clonal CC398 lié à l’élevage porcin).

La problématique des animaux de compagnie

Les animaux de compagnie occupent une place particulière, en raison de leurs contacts très rapprochés avec l’homme et de la médecine individuelle dont ils bénéficient, contrairement aux traitements de groupe souvent appliqués aux animaux de rente. Cette spécificité explique pourquoi les clones circulant chez les carnivores domestiques sont sensiblement différents de ceux qui sont identifiés chez les animaux d’élevage. Ainsi, des études menées hors de France sur des SARM isolés de chiens et de chats malades semblent montrer que les animaux de compagnie portent les mêmes clones que les hommes qu’ils côtoient, même si le sens de la transmission reste souvent inconnu [4-6].

Les SARM chez les chiens et les chats en France

Les clones circulant en France chez les chiens et les chats n’ont fait l’objet d’aucune description. Aussi avons-nous mené une étude visant, d’une part, à déterminer la proportion de SARM dans les infections à staphylocoques des carnivores domestiques et, d’autre part, à caractériser les clones identifiés [3].

Entre 2006 et 2010, 1 250 souches infectieuses de staphylocoques coagulase-positifs ont ainsi été analysées par les laboratoires membres du Resapath, le réseau d’épidémio-surveillance de la résistance chez les bactéries pathogènes animales en France(1). Les SARM ont été recherchés par antibiogramme en milieu gélosé, en utilisant un disque d’oxacilline incubé à 30 °C, ce qui permet une meilleure expression de cette résistance in vitro. Parmi ces souches, 23 ont été confirmées comme étant des SARM, chez 16 chiens et 7 chats n’ayant aucun lien épidémiologique. Dans cet échantillonnage, la proportion des infections à SARM parmi les infections staphylococciques est donc inférieure à 2 %.

Distribution des clones identifiés chez les chiens et les chats

La caractérisation moléculaire de ces 23 souches a montré que trois isolats (13 %) appartenaient au complexe clonal CC398, considéré comme associé plutôt aux porcs ou aux autres animaux de rente. Aucun lien n’a pu être mis en évidence entre les 3 chiens porteurs et des élevages porcins, mais leur habitat en zone semi-rurale ne peut exclure un contact avec des animaux de ferme. Deux de ces trois souches présentaient des gènes typiquement associés à la virulence chez l’homme, laissant supposer une potentielle adaptation de ces souches animales à l’hôte humain.

À l’exception de ces trois souches d’origine probablement animale, toutes les autres souches de SARM correspondaient à des clones “humains”, communautaires ou associés à l’hôpital. Seize SARM (69,6 %) appartenaient au clone Lyon, lequel est majoritairement impliqué dans les infections humaines hospitalières en France [2]. Le propriétaire de l’un des chiens travaillait d’ailleurs en milieu hospitalier, confortant l’hypothèse que la source de la contamination de l’animal puisse provenir d’un établissement de soins. Trois autres isolats (13 %) appartenaient au clone Géraldine, à ce jour exclusivement décrit sur le territoire français.

Émergence sporadique de clones rares

Si la présence, chez des chiens ou des chats, de clones humains fortement prévalents en France étonne peu, la détection de souches humaines rarement décrites dans notre pays est plus inattendue. Pourtant, un clone Barnim (principalement associé à des infections nosocomiales en Allemagne et au Royaume-Uni) et un clone communautaire USA300 (endémique aux États-Unis, mais rare en France) ont aussi été retrouvés.

Le clone Barnim a été isolé chez un chien atteint d’une pyodermite récidivante et dont les propriétaires strasbourgeois effectuent de fréquents voyages en Forêt-Noire voisine, où ils chassent avec lui. Il est donc possible que l’animal ait été infecté par contact direct avec un chien allemand ou son propriétaire, eux-mêmes porteurs de ce clone. Cette hypothèse est renforcée par les résultats d’une étude qui a démontré la présence, chez des hommes et des chiens en Allemagne, de souches identiques appartenant au clone Barnim [6].

Le clone USA300 a été isolé chez un chien présentant une complication postopératoire à la suite d’une chirurgie orthopédique. Cette infection a été soignée par une antibiothérapie ciblée puisque ce clone, bien que rendu très virulent par la présence de la toxine de Panton-Valentine, reste en général sensible aux antibiotiques, à l’exception de ceux de la famille des β-lactamines. Dans la période autour du geste chirurgical, le vétérinaire accueillait sa sœur à son domicile, laquelle se trouvait en convalescence après une péritonite aiguë ayant nécessité une longue hospitalisation près de New York, où elle habitait. Les propriétaires du chien n’étaient jamais sortis de leur environnement géographique proche. L’hypothèse d’une transmission du clone USA300 par cette parente encore colonisée au vétérinaire, puis au chien au cours du geste opératoire semble donc très probable.

Conclusion

Cette étude indique que la prévalence des infections à SARM chez les carnivores domestiques est probablement faible en France (moins de 2 % dans cette collection de souches). À ce titre, les autres staphylocoques isolés étaient du genre Staphylococcus pseudintermedius, ce qui confirme que le principal staphylocoque coagulase-positif responsable d’infections chez les chiens et les chats n’est pas S. aureus.

Cependant, lorsque la présence d’un SARM est avérée, la probabilité qu’il s’agisse d’un clone d’origine humaine est élevée. En effet, la distribution des clones identifiés chez les carnivores domestiques en France se révèle très proche de celle des clones hospitaliers et communautaires humains, avec une large majorité de clones Lyon et, dans une moindre mesure, de clones Géraldine [2]. De plus, la détection de deux clones atypiques (Barnim et USA300) démontre que les chiens et les chats peuvent également être vecteurs d’isolats peu fréquents en France. Ainsi, ces animaux, qui occupent une place privilégiée au sein des familles, peuvent être victimes de ces souches de SARM humains, mais également en constituer un réservoir, donc une source de diffusion ou de recontamination humaine.

Enfin, la prévalence de plus en plus élevée de souches de S. pseudintermedius résistants à la méticilline (SPRM) observée chez les chiens peut faire craindre des recombinaisons génétiques avec son proche parent S. aureus, par exemple par transduction (transfert de gènes par l’intermédiaire de bactériophages).De tels événements génétiques seraient susceptibles de générer de nouveaux clones plus résistants et/ou plus virulents de SARM ou de SPRM. Par conséquent, la surveillance des SARM qui infectent les carnivores domestiques mérite d’être poursuivie, et les risques pour l’homme et l’animal sont à évaluer à leur juste mesure.

RÉFÉRENCES

  • 1. Armand-Lefevre L, Ruimy R, Andremont A. Clonal comparison of Staphylococcus aureus isolates from healthy pig farmers, human controls, and pigs. Emerg. Infect. Dis. 2005;11:711-714.
  • 2. Dauwalder O, Lina G, Durand G et coll. Epidemiology of invasive methicillin-resistant Staphylococcus aureus clones collected in France in 2006 and 2007. J. Clin. Microbiol. 2008;46:3454-3458.
  • 3. Haenni M, Saras E, Chatre P et coll. A USA300 variant and other human-related methicillin-resistant Staphylococcus aureus strains infecting cats and dogs in France. J. Antimicrob. Chemother. 2012;67:326-329.
  • 4. Moodley A, Stegger M, Bagcigil AF et coll. spa typing of methicillin-resistant Staphylococcus aureus isolated from domestic animals and veterinary staff in the UK and Ireland. J. Antimicrob. Chemother. 2006;58:1118-1123.
  • 5. Rutland BE, Weese JS, Bolin C, Au J, Malani AN. Human-to-dog transmission of methicillin-resistant Staphylococcus aureus. Emerg. Infect. Dis. 2009;15:1328-1330.
  • 6. Strommenger B, Kehrenberg C, Kettlitz C et coll. Molecular characterization of methicillin-resistant Staphylococcus aureus strains from pet animals and their relationship to human isolates. J. Antimicrob. Chemother. 2006;57:461-465.

Colonies de Staphylococcus aureus sur milieu Uriselect 4 (Biorad).

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