Le point Vétérinaire n° 327 du 01/07/2012
 

MALADIES INFECTIEUSES DES LAPINS

Dossier

Émilie Tessier

Caduvet Lille
57, rue Salvador-Allende,
Parc Eurasanté, Épi de Soil
59120 Loos-Lez-Lille

Même les lapins qui n’ont pas accès à l’extérieur doivent être vaccinés contre la myxomatose et la maladie hémorragique virale. La simplification du protocole vaccinal va permettre de mieux le réaliser.

La myxomatose et la maladie hémorragique virale (VHD) sont deux maladies du lapin d’élevage, mais aussi du lapin de compagnie. Malgré une médicalisation (et par conséquent un suivi vaccinal) encore faible de ce dernier, des cas sont régulièrement diagnostiqués en clientèle. L’apparition d’un nouveau produit sur le marché des vaccins vétérinaires permet de faire le point sur les protocoles vaccinaux du lapin de compagnie.

Les propriétaires sont de plus en plus demandeurs d’une médicalisation de ces animaux, et notamment de leur protection vaccinale. Ils sont aussi de mieux en mieux informés et communiquent beaucoup entre eux, d’où l’importance pour le praticien de se tenir à jour.

1 Comparaison des différents protocoles vaccinaux existants

En raison de la contagion rapide et facile, des taux de morbidité et de mortalité très élevés et de la prévalence de ces deux maladies en France(1), tous les lapins de compagnie doivent être vaccinés, qu’ils aient accès à l’extérieur ou non(2) (encadré 1). En effet, même celui “d’intérieur” peut être atteint par la myxomatose et la VHD, ne serait-ce que viales insectes piqueurs ou les contacts avec le chien ou les autres animaux de compagnie de la famille (photo 1).

Tous les ans, des cas sont diagnostiqués, le plus souvent chez des lapins non vaccinés, mais aussi chez des animaux à jour de leurs rappels. Ces derniers cas sont dus à une mauvaise compréhension par le propriétaire des vaccins (rappels fréquents et complexes induisant un manque d’observance), voire à un protocole vaccinal insuffisant (souche hétérologue, absence de primovaccination en deux injections, rappels trop espacés, mutation des souches sauvages de virus, épizootie dans le milieu naturel, etc.) (encadré 2).

Le choix et l’usage d’un vaccin contre la VHD sont rarement problématiques (tableau). Ils contiennent tous des souches virales très proches (souches inactivées et homologues) et présentent des schémas de vaccination similaires. Cependant, lors des périodes à risque (épizootie dans le milieu naturel, découverte de cas dans un élevage ou dans une collectivité), deux injections à 4 à 6 semaines d’intervalle et des rappels tous les 6 mois sont nécessaires, quel que soit le vaccin utilisé. Des réactions locales (inflammation, croûtes, granulome, voire abcès) dues à l’adjuvant sont possibles.

La vaccination contre la myxomatose est beaucoup plus complexe. Afin d’obtenir la meilleure protection possible, il convient de choisir des vaccins homologues et vivants, soit la souche SG33 en France. Cependant, les rappels sont extrêmement fréquents (tous les 14 à 16 semaines). De plus, le seul vaccin français vivant en une valence contre la myxomatose nécessite une primovaccination en 2 injections à 6 semaines d’intervalle dans les contextes épidémiologiques à risque (ce qui n’est pas nécessaire pour le lapin de compagnie en ville). Le schéma vaccinal est donc contraignant. De surcroît, la période précédant chaque rappel constitue un risque pour l’animal. En effet, une baisse de la protection immunitaire de l’animal doit être attendue pour assurer la bonne prise vaccinale de rappel [1]. De plus, la souche SG33 étant assez virulente, des symptômes de myxomatose peuvent apparaître après l’injection (blépharœdème, conjonctivite, hyperthermie, anorexie) conduisant à l’arrêt du suivi vaccinal du lapin. Néanmoins, il s’agirait plutôt de cas de déclaration de la maladie à la suite de la vaccination (affection naturelle déjà en incubation au préalable) que d’une réelle maladie vaccinale (photo 2).

2 Comparaison avec le nouveau vaccin recombinant

Le vaccin recombinant présente un virus vivant d’une souche de la myxomatose (souche 009) à qui deux facteurs de virulence ont été retirés (promoteur de croissance et facteur de dissémination), puis remplacés par la partie du matériel génétique du virus de la VHD codant pour la protéine de capside VP60, jouant un rôle important dans l’immunité contre la maladie [12]. Il provoque une protection humorale et cellulaire de qualité sans recourir à un adjuvant. Le risque de réaction locale est alors limité. De plus, la technologie de ce vaccin permet de produire in vitro la partie du virus de la VHD nécessaire, au lieu de l’extraire sur des foies de lapins qu’exige la culture du virus.

Un nodule au site d’injection, ainsi qu’une hypertrophie du nœud lymphatique proximal et une augmentation de la température interne de 1 à 2 °C peuvent parfois être notés, sans atteinte de l’état général [12].

Les individus non vaccinés contre la VHD, sans contact avec un calicivirus et ayant contracté une myxomatose naturelle ou ceux précédemment vaccinés uniquement contre la myxomatose et “à jour” de leurs rappels présentent une absence de protection contre la VHD en concomitance d’une immunité forte contre la myxomatose. Cette dernière peut réduire la réponse immunitaire contre la VHD après l’injection vaccinale. Dans ce cas, une inactivation du virus myxomateux recombinant porteur du gène codant pour la VP60 a lieu, stimulant l’immunité contre la myxomatose. Cependant, il ne permet pas d’initier celle contre la VHD. Une injection de rappel un mois plus tard est alors conseillée. Ces mêmes lapins peuvent présenter des vésicules de petite taille, notamment sur les oreilles, plusieurs jours après l’injection vaccinale. Elles forment rapidement des croûtes, pour disparaître en 2 semaines (photo 3). Aucune altération de l’état général, de l’appétit ou du comportement n’est constatée [12].

3 Proposition de protocole vaccinal

Tous les lapins de compagnie nécessitent d’être vaccinés contre la myxomatose et la VHD. Les vaccins contre la VHD sont supposés d’efficacité similaire. Le nouveau vaccin recombinant apporte un réel bénéfice pour la protection contre la myxomatose, aux vues des difficultés d’établir un protocole vaccinal simple et efficace contre cette maladie. La protection annuelle permet également d’éviter les “trous vaccinaux” nécessaires entre chaque rappel avec la souche SG 33, ce qui augmente la sécurité globale de ce schéma vaccinal.

Conclusion

La simplification des protocoles vaccinaux du lapin de compagnie devrait permettre au vétérinaire de satisfaire au mieux sa clientèle, voire de l’agrandir. En effet, d’autres propriétaires vont franchir plus aisément le pas de la vaccination, l’injection et le bilan de santé annuels se rapprochant de ceux des chiens et des chats.

Il s’agit donc d’un réel enjeu sanitaire, la protection des lapins de compagnie s’en trouvant améliorée, mais également d’un enjeu marketing et économique pour le vétérinaire. Cet animal est probablement le “chat de demain” et il occupe de plus en plus sa place dans les salles d’attente des vétérinaires.

  • (1) Voir les articles “Nouvelle forme de maladie hémorragique virale due au virus variant 2010 chez le lapin”, “Aspect clinique de la maladie hémorragique virale due au virus variant 2010” et “Mesures de prévention et de protection contre la maladie hémorragique virale due au virus variant 2010” de S. Boucher, dans ce numéro.

  • (2) Voir les articles “Les protocoles de vaccination chez le lapin de compagnie” et “Déroulement d’une consultation vaccinale chez le lapin” du même auteur. Point Vét. 2011;314:34-41.

Références

  • 1. Boucher S. Lapins, protocoles vaccinaux et milieu de vie. Congrès du Genac. Les Épesses. 2010:227-243.
  • 2. Boucher S. La vaccination du lapin de compagnie. Cours de base du Genac. Paris. 2009:64-67.
  • 3. Boucher S, Nouaille L et Own F. Les maladies virales. Dans : Maladies des lapins. Éd. France Agricole. 2002:107-117.
  • 4. Boussarie D. Protocoles de vaccination du lapin. Dans : Mémento thérapeutique des NAC. Éd. Med’Com. 2003:20.
  • 5. Boussarie D. Vaccination des petits mammifères de compagnie – lapins. Dans : Consultation des petits mammifères de compagnie. Éd. Point Vét. 2003:21.
  • 6. Chivallier L. Isolement et étude du pouvoir pathogène de souches de terrain de virus myxomateux issues d’élevages cunicoles de l’Ouest de la France. Thèse ENVT. 2009:96 p.
  • 7. Eloit M. Vaccins traditionnels et vaccins recombinants. INRA Prod. Anim. 1998;11:5-13.
  • 8. Harcourt-Brown F. Textbook of rabbit medicine. Philadelphia, Ed. Elsevier. 2004:377-382.
  • 9. Murray MJ. Myxomatosis in rabbits. TNAVC Proceedings. Orlando. 1998:848-849.
  • 10. Quinton JF. Vaccination du lapin. Dans : Quinton JF. Atlas des nouveaux animaux de compagnie. Issy-les-Moulineaux, Éd. Elsevier Masson. 2009:174-176.
  • 11. Saunders RA, Davies RR. Section 4 : Infectious diseases – Myxomatosis. In: Notes on international rabbit medicine. Oxford, Éd. Blackwell Publishing. 2005:175-198.
  • 12. Spibey N, McCabe VJ, Greenwood NM et coll. Novel bivalent vectored vaccine for control of myxomatosis and rabbit haemorrhagic disease. Vet. Rec. 2012 Mar 24;170(12):309.

ENCADRÉ 1
Rappels sur la myxomatose

La myxomatose est due à plusieurs souches de poxvirus très résistantes dans le milieu extérieur, se transmettant pour 20 % de manière directe via les insectes piqueurs (les puces et les moustiques, d’où le pic estival de myxomatoses), mais aussi de manière indirecte par contact direct ou non avec un lapin malade.

Il n’existe aucun traitement. La morbidité est importante et la mortalité selon les souches varie de 0 à 100 %.

Cinq tableaux cliniques distincts se dégagent :

– la forme aiguë qui n’existe pratiquement plus ;

– la forme nodulaire classique avec blépharœdème, nodules cutanés sur la peau (plus visibles sur la face et la région ano-génitale) ;

– la forme respiratoire avec principalement un jetage, une pneumonie et des macules auriculaires ;

– la forme cutanée dite “maladie des boutons rouges”, très proche de la variole, d’apparition plus récente et plus difficile à mettre en évidence, se caractérisant par des lésions cutanées plates pouvant être confondues avec des lésions tumorales ;

– les formes atypiques, produisant peu ou pas de lésions.

D’après [3, 6, 8, 9, 11].

ENCADRÉ 2
Rappels sur les différents types de vaccins

→ Les vaccins vivants (atténués) contre la myxomatose stimulent de la manière la plus efficace le système immunitaire, mais présentent les risques de réactions générales les plus importants.

→ Les vaccins inactivés (tués) contre la maladie hémorragique virale présentent une sécurité d’emploi supérieure car l’agent viral ne se réplique pas dans l’organisme, mais la protection engendrée est moins bonne. L’ajout d’adjuvant immunostimulant étant nécessaire, les risques de réactions locales sont plus importants (nodule, panniculite).

→ Les vaccins recombinants stimulent le système immunitaire et ne nécessitent pas d’adjuvant, tout en ne disposant que de la partie du génome du virus codant pour les épitopes utiles à la protection vaccinale. Le virus ne peut donc pas se diffuser dans tout l’organisme.

→ Les vaccins homologues contiennent le même virus que celui responsable de la maladie naturelle (c’est le cas de tous les vaccins cités dans cet article, à l’exception du vaccin contenant le fibrome de Shope). Leur protection est donc de qualité supérieure à celle des vaccins hétérologues qui entraînent seulement une protection croisée.

D’après [7].

1. Cas de myxomatose chez un lapin de compagnie.

2. Réaction vaccinale chez un lapin de compagnie (souche vivante SG33).

3. Cas de réaction vaccinale chez un lapin de compagnie (souche recombinante).

TABLEAU
Différents vaccins utilisables chez le lapin de compagnie

SC : par voie sous-cutanée ; ID : en intradermique ; VHD : maladie hémorragique virale. (1) Primovaccination à réaliser avec la souche SG33. (2) Rappel annuel pour la maladie hémorragique virale, mais après 4 mois pour la myxomatose avec la souche SG33.

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