Le point Vétérinaire n° 327 du 01/07/2012
 

MALADIES INFECTIEUSES DES LAPINS

Dossier

Samuel Boucher*, Ghislaine Le Gall-Reculé**, Bernadette Le Normand***, Stéphane Bertagnoli****, Jean-Luc Guérin*****, Anouk Decors******, Stéphane Marchandeau*******, Georges Plassiart********


*Labovet Conseil (Réseau Cristal), ZAC de la Buzenière,
BP 539, 85505 Les Herbiers Cedex
s.boucher@labovet.fr
**Anses, Laboratoire de Ploufragan-Plouzané,
Zoopôle-Les Croix, BP 53, 22440 Ploufragan
***Clinique vétérinaire des Marches de Bretagne,
47, bd Leclerc, 35460 Saint-Brice-en-Coglès
****Université de Toulouse, INP, ENVT, Inra, UMR 1225,
IHAP, F-31076 Toulouse
*****Université de Toulouse, INP, ENVT, Inra, UMR 1225,
IHAP, F-31076 Toulouse
******ONCFS, Direction des études et de la recherche,
BP 20, 78612 Le Perray-en-Yvelines Cedex
*******ONCFS, Direction des études et de la recherche,
39, bd Albert-Einstein, CS 42355, 44323 Nantes Cedex 3
********Laboratoire d’anatomie pathologique vétérinaire,
11, av. Leclerc-de-Hauteclocque,
BP 20317, 57006 Metz Cedex 01

Si les mesures sanitaires sont indispensables pour prévenir l’introduction de la maladie, la protection croisée contre le virus variant est possible par une vaccination d’urgence et des rappels plus fréquents.

Alors que la maladie hémorragique virale (VHD) sous sa forme variante 2010 a surpris bon nombre de confrères et tué un nombre considérable de lapins, la maîtrise de l’épizootie semble atteindre son objectif. En effet, même s’ils ne protégeraient que partiellement, les vaccins disponibles actuellement pour lutter contre la VHD classique protégeraient, sur une courte durée et plus lentement, les lapins contre le virus variant 2010. Le protocole vaccinal doit cependant être renforcé.

1 Vaccination

Statut vaccinal et vaccins

Dans la série de cas observés en élevage, en maternité et/ou chez des lapins en croissance en 2010-2011, 85 % des reproducteurs ont été vaccinés au moins une fois dans l’année qui a précédé l’épisode clinique [1, 2]. La vaccination a été effectuée soit vers le sevrage (à 32 à 36 jours d’âge pour 15 % des animaux vaccinés), soit à 10 semaines (65 % des individus vaccinés), soit après la première insémination artificielle (IA) (5 % des lapins vaccinés) avec l’un des vaccins disponibles en France à cette période. Dans certains cas, le protocole vaccinal comprenait une vaccination annuelle sur tout le cheptel reproducteur. Ainsi, les jeunes reproducteurs pouvaient ne pas être encore vaccinés lors du passage viral sauvage. Il était également possible que le cheptel soit vacciné 10 mois auparavant, ce qui implique, en raison du renouvellement des reproducteurs, une rupture immunitaire globale du troupeau entièrement renouvelé et naïf au moment du passage viral sauvage.

Toutes les souches vaccinales présentes dans les vaccins utilisés à cette époque ont été isolées entre 1988 et 1992, et sont très proches les unes des autres. La VHD est, en effet, arrivée en France en 1988 et elle a commencé à toucher les élevages professionnels en 1989. Les fabricants ont produit et enregistré leurs vaccins à cette époque.

Actuellement, il n’est pas possible d’attribuer à une souche vaccinale donnée une efficacité supérieure comparativement à une autre, à la suite de nos simples observations (tableau).

Effet sur le nouveau variant

Une vaccination d’urgence réalisée dès les premiers cas enraye la mortalité due au variant 2010, même si le délai est plus long que lors de VHD classique. Il semble ainsi que les vaccins actuels protègent contre le variant, mais cette immunisation n’est que partielle.

De plus, certaines observations de terrain rapportent des cas de VHD chez des animaux d’élevage ou sauvages vaccinés depuis moins de 4 mois [2, 3]. Par ailleurs, quel que soit le vaccin utilisé, les estimations réalisées en élevage de lapins domestiques ou sauvages vaccinés montrent que la durée de protection vaccinale peut être plus courte (3 à 4 mois) vis-à-vis du variant. Cette donnée doit toutefois être confirmée expérimentalement.

Protocoles conseillés

LAPEREAUX

En attendant des vaccins plus spécifiques du virus variant 2010, nous conseillons, à partir de l’observation de cas de rechute postvaccinale, de vacciner les lapereaux à l’aide des spécialités disponibles en France dès 35 jours d’âge et d’effectuer un rappel vaccinal 4 à 6 semaines après, puis un autre tous les 4 à 6 mois pour les reproducteurs et futurs reproducteurs (photo 1).

PRINCIPES GÉNÉRAUX

La prophylaxie vaccinale doit tenir compte des mesures suivantes :

– il convient que les vaccinations soient à jour. En période d’épizootie, un rappel en primovaccination tel qu’il est décrit ci-dessus serait indispensable ;

– il est recommandé de n’introduire dans les élevages que des animaux vaccinés depuis plus de 10 jours ;

– le matériel d’injection doit être adapté (contrôler le nombre de doses administrées, le volume de chacune, etc.) et utilisé dans des conditions optimales (changement et/ou désinfection des aiguilles, révision régulière des appareils à injection intradermique sans aiguille et des seringues automatiques) (photos 2 et 3).

EN CAS D’URGENCE

Si la maladie se déclare dans l’élevage, tous les animaux doivent être vaccinés le plus rapidement possible et à la dose recommandée par le résumé des caractéristiques du produit (RCP).

2 Mesures sanitaires défensives

Des barrières sanitaires bien établies et correctement mises en œuvre sont indispensables pour diminuer le risque d’apparition de la maladie dans une exploitation (photo 4). Pour cela, toutes les portes d’entrée du virus doivent être contrôlées.

Portes d’entrée

Doivent être évités ou réglementés en cas de besoin :

– les contacts avec les lapins sauvages (risque indirect : éleveurs chasseurs ; risque direct : crottes laissées sur le quai d’embarquement, ce qui attire le lapin sauvage) ;

– les visites sans précautions sanitaires (entre éleveurs, par le technicien, le vétérinaire ou toute autre personne) (photo 5) ;

– les foires et les expositions de lapins ou de chiens.

Mesures pour les visites

En cas de visite, et pour l’entrée dans l’élevage, les mesures suivantes doivent être mises en œuvre :

– supprimer le stationnement devant les entrées d’air obligeant à se garer plus loin ;

– l’utilisation de pédisacs ou de chaussures restant à l’élevage ;

– le port d’une charlotte jetable ;

– le port d’une cotte jetable neuve, et non déjà présente sur l’exploitation (afin de prévenir le risque d’introduire des poussières d’élevage dans d’autres cheptels) ;

– le lavage avec du savon et la désinfection des mains (gel hydroalcoolique) avant et après la visite ;

– le respect des zones sales et propres des sas sanitaires (ne pas introduire de virus, ni en sortir) ;

– le changement de vêtements et de chaussures pour l’éleveur également (risque de contamination depuis l’extérieur).

Hygiène

Des mesures d’hygiène strictes doivent être prises : désinfection du matériel et des locaux avec un produit virucide homologué à la dose recommandée.

Lutte contre les vecteurs

Une lutte contre les vecteurs potentiels est conseillée. Elle inclut :

– une dératisation ;

– la pose d’un grillage ou d’un cache-moineaux contre les oiseaux ;

– la fermeture hermétique des sorties des fosses ;

– une vigilance vis-à-vis des chiens (le virus est retrouvé dans leurs excréments) et, de façon générale, de tout animal domestique ;

– un éloignement des camions d’équarrissage, qui doivent s’arrêter loin de l’élevage. Il convient de déplacer le bac, puis de le désinfecter avant de le remettre en place ;

– une prudence vis-à-vis des autres véhicules, en les garant si possible loin de l’élevage ;

– une protection contre les lapins sauvages (souvent illusoires, le nettoyage des abords de l’élevage et l’usage de grillages se révèlent parfois efficaces). Il convient de balayer les quais d’embarquement après chaque départ. Si des crottes sont présentes autour du bâtiment, chauler les abords est conseillé.

Alimentation

Les fourrages verts sont à proscrire pour les lapins de compagnie.

3 Mesures sanitaires offensives

Les mesures sanitaires offensives sont mises en place lorsque la maladie se déclare en élevage et comportent :

– un isolement du cheptel, en informant les partenaires pour éviter les visites ;

– une élimination le plus rapidement possible des animaux malades et suspects, avec un stockage des cadavres dans un bac fermé ;

– une destruction réglementée des cadavres par incinération, car le virus reste plusieurs mois sur les os des cadavres ;

– une désinfection des locaux et du matériel avec un produit homologué employé aux doses virucides recommandées ;

– un nettoyage complet suivi d’une désinfection, puis un vide sanitaire (6 semaines) dans la salle concernée, quand cela est possible.

Conclusion

Les vaccins ayant une autorisation de mise sur le marché en France en 2010 paraissent moins bien protéger les animaux avec les protocoles pratiqués jusqu’à cette date, mais la protection croisée initiée par les vaccinations d’urgence et les rappels plus fréquents semble efficace bien que moins durable dans le temps.

En plus de l’étude engagée pour caractériser les souches de VHD responsables d’épizooties au sein des populations sauvages françaises entre 2009 et 2013, des collaborations nationales et internationales ont été établies, en particulier avec le laboratoire de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) de référence des caliciviroses des lagomorphes, pour déterminer la pathogénicité et le profil antigénique de ce variant 2010, vérifier le niveau de protection croisée conférée par les vaccins et améliorer sa détection.

Références

  • 1. Boucher S, Le Gall-Reculé G, Plassiart G. Maladie hémorragique du lapin : un nouveau variant du virus de la VHD est mis en évidence en France. Semaine Vét. 2011;1437:40-41.
  • 2. Boucher S, Le Gall-Recule G, Plassiart G et coll. Description clinique, nécropsique et histologique de cas de la maladie hémor ragique virale (VHD) à virus variant, survenus dans 60 élevages de lapins de chair (Oryctolagus cuniculus) vaccinés ou non vaccinés en France en 2010-2011. Compte rendus des 14es Journées de la recherche cunicole, Le Mans, 22-23 novembre 2011:143-146.
  • 3. Le Gall-Reculé G, Zwingelstein F, Boucher S et coll. Caractérisation d’un nouveau variant de virus de la maladie hémorragique virale du lapin (VHD) en France. Compte rendus des 14es Journées de la recherche cunicole, Le Mans, 22-23 novembre 2011:147-150.
  • 4. Meyers G, Wirblich C, Thiel HJ. Rabbit hemorragic disease virus-molecular cloning and nucleotide sequencing of a calicivirus genome. Virology. 1991;184:664-676.

1. Lapereaux de 10 jours : un âge de sensibilité possible au nouveau variant VHD 2010.

2. Vaccination sous-cutanée contre la VHD.

3. Vaccination intradermique contre la VHD.

4. L’accès des élevages doit être interdit aux chiens et aux animaux sauvages autant que possible.

5. Signaler que l’accès aux élevages ne doit pas s’effectuer sans précaution n’est pas inutile pour les visiteurs.

TABLEAU
Noms commerciaux des vaccins contre la maladie hémorragique virale avec autorisation de mise sur le marché en France et souches vaccinales répertoriées

Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité