Le point Vétérinaire Canin n° 325 du 01/05/2012
 

CARDIOLOGIE

Cas clinique

François Serres

Oncovet
Clinique vétérinaire des référés
avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

La survenue d’une fibrillation atriale n’est pas toujours liée à des lésions cardiaques. Dans environ 25 % des cas, il n’existe pas de lésions macroscopiques associées.

Un chien de race dogue de Bordeaux mâle, âgé de 8 ans est présenté en urgence à la suite de l’observation d’une dilatation abdominale apparue brutalement le jour même, 3 heures plus tôt.

DIAGNOSTIC

L’examen clinique à l’admission montre un animal en état de choc modéré (muqueuses rose pâle, temps de recoloration capillaire légèrement augmenté), avec une tachycardie majeure et nettement irrégulière à l’auscultation. Un tympanisme abdominal marqué est présent. Un examen radiographique confirme la présence d’une dilatation-torsion gastrique.

Un examen électrocardiographique est réalisé en exploration de la tachycardie présentée. Il montre un rythme supraventriculaire très rapide (fréquence oscillant entre 240 et 280 battements par minute) et nettement irrégulier, sans atriogramme identifiable. Ce tracé est caractéristique de l’évolution d’une fibrillation atriale de très haute fréquence. Cette fibrillation atriale est associée à la présence de phases de rythme ventriculaire instable (photo 1).

En raison des risques anesthésiques et du pronostic défavorable pouvant être associés à une cardiopathie sous-jacente, un examen échocardiographique est réalisé. Il montre un cœur de taille, de forme et de cinétique normales. Cette fibrillation atriale n’est donc pas associée à des modifications de la morphologie cardiaque.

Une réanimation intensive est mise en place (pose de deux voies veineuses et administration de 50 ml/kg de bolus de soluté cristalloïde en 30 minutes). L’estomac est vidangé par voie percutanée à l’aide d’un cathéter laissé en place. Dès la fin de cette réanimation, une réduction chirurgicale est entreprise, associée à la pose d’une sonde de gastrostomie. Durant l’anesthésie, une administration de lidocaïne à la dose de 2 mg/kg par voie intraveineuse est réalisée, qui permet une conversion de la fibrillation atriale. La réanimation postopératoire a montré une récupération rapide, avec persistance de rares épisodes de tachycardie supraventriculaire (photo 2). Une reprise spontanée de l’appétit est constatée 24 heures plus tard et l’animal est rendu à ses propriétaires un peu plus de 72 heures après son admission.

DISCUSSION

La survenue d’une arythmie est observée chez près de la moitié des animaux présentés dans le cadre d’un syndrome de dilatation-torsion gastrique (SDTE) [1]. Si les anomalies les plus souvent rapportées sont des troubles ventriculaires (extrasystoles ventriculaires et rythmes idioventriculaires accélérés), la survenue de phases de fibrillation atriale est également décrite. L’observation d’une fibrillation atriale en l’absence de lésion cardiaque sous-jacente est relativement fréquente, près d’un quart des fibrillations atriales ne s’accompagnant pas de lésion macroscopique chez le chien [2]. Les mécanismes étiopathogéniques à l’origine de ces fibrillations atriales restent en partie méconnus, mais une hypertonie vagale (retrouvée notamment lors d’affections viscérales douloureuses) est suspectée d’être en partie responsable de l’initiation de l’arythmie [2, 3].

La cardioversion d’une fibrillation atriale associée à une suspicion d’hypertonie vagale par l’administration de lidocaïne a été décrite [3]. Dans tous les cas rapportés, l’administration d’un unique bolus de 2 mg/kg par voie intraveineuse a permis une conversion rapide et définitive de l’arythmie. Les mécanismes exacts expliquant l’efficacité de la lidocaïne dans cette indication restent indéterminés. Son emploi dans le contexte de la réanimation péri-opératoire des animaux atteints de SDTE repose sur de nombreuses indications théoriques (effet antalgique, captation de radicaux libres, effet anti-arythmique, etc.), mais cet aspect bénéfique supposé n’a pas été confirmé par des études de survie, les taux de survie des animaux traités et non traités étant similaires [1].

1. Examen électrocardiographique (dérivations D1, D2, D3 ; 10 mm = 1 mV et 25 mm = 1 seconde). Succession d’une phase de rythme ventriculaire instable et d’une phase de tachycardie irrégulière, supraven-triculaire, très rapide (240 à 280 battements par minute), caractéristique d’une fibrillation atriale.

2. Examen électrocardiographique (dérivations D1, D2, D3 ; 10 mm = 1 mV et 25 mm = 1 seconde) réalisé après conversion de la fibrillation atriale. Succession d’une phase de tachycardie modérée, sinusale et sans anomalie morphologique associée, et d’une phase sinusale plus lente.

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