Le point Vétérinaire n° 325 du 01/05/2012
 

DESLORÉLINE CHEZ LE CHAT MÂLE REPRODUCTEUR

Thérapeutique

Anne Gogny*, Sandra Goericke-Pesch**, Hervé Pouliquen***


*Service hospitalier de reproduction des animaux de
compagnie, centre hospitalier universitaire vétérinaire,
École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation Nantes Atlantique – Oniris,
BP 40706, 44307 Nantes Cedex 3.
anne.gogny@oniris-nantes.fr
**Klinik für Geburtshilfe, Gynäkologie und Andrologie
der Groß- und Kleintiere mit Tierärztlicher Ambulanz,
Gießen, Allemagne.
***Auteur-coordinateur

La desloréline est proposée pour inhiber les fonctions testiculaires et la libido chez le chat. La réversibilité de la castration chimique est avérée, mais le délai de restauration de la fonction testiculaire reste très variable.

Contrairement à l’élevage canin, la structure des élevages de chats a souvent un caractère “familial” : la reproduction ne concerne que 2 ou 3 femelles qui vivent dans la maison. Lorsque le mâle est hébergé dans l’élevage, les comportements typiques du chat entier, notamment le marquage urinaire, sont donc perçus comme un inconvénient.

Les implants de desloréline (Suprelorin®) ont montré leur efficacité dans la castration réversible du chien mâle, ainsi que chez le furet. Bien qu’ils ne disposent pas d’autorisation de mise sur le marché chez le chat, ces traitements sont donc sollicités par quelques éleveurs félins, à la recherche d’une solution qui permettrait de contrôler les comportements indésirables de ces animaux, sans altérer leur potentiel reproducteur.

Mécanisme d’action

La desloréline est un agoniste de la GnRH, une hormone qui contrôle la sécrétion de LH et de FSH, deux hormones impliquées dans la production de testostérone et dans la spermatogenèse.

Administrée sous forme d’implant sous-cutané, la desloréline est libérée en continu et à faible dose. Cela conduit à la désensibilisation des récepteurs à la GnRH endogène, et inhibe la sécrétion des hormones gonadotropes et testiculaires.

Effets chez le chat

Une diminution de la testostéronémie est observée dès le 10e jour après la pose de l’implant de desloréline chez 70 % des chats. Chez les 30 % restants, la testostéronémie baisse plus lentement, mais cet effet est observé au plus tard 28 semaines après la pose de l’implant et reste stable jusqu’à la fin de l’étude (menée pendant 36 semaines chez 10 mâles âgés de 1 à 6 ans) [3]. Il est associé à une diminution de 73,5 % du volume testiculaire, à la disparition du marquage urinaire et, chez 80 % des animaux concernés, du comportement sexuel. En parallèle, les spicules péniens disparaissent, ce qui représente un moyen simple de vérifier l’efficacité du traitement (photo). Les effets secondaires de la GnRH sont probablement similaires à ceux de la castration chirurgicale. Des résultats identiques ont été obtenus chez le guépard, une espèce voisine [1].

Réversibilité du traitement ?

Si la réversibilité du traitement par la desloréline est avérée chez le chien, il existe peu de données chez le chat [4]. Cependant, il a été démontré que, après une période d’efficacité variant de 8 à 27 mois, le traitement est complètement réversible : la testostéronémie augmente, les spicules péniens réapparaissent, un marquage urinaire est observé, les animaux expriment de nouveau une libido et sont fertiles. Des spermatozoïdes peuvent être observés dès 5 à 9 semaines après la fin de la période d’efficacité de l’implant, mais la restauration complète de la spermatogenèse à un niveau identique à celui mesuré avant le traitement n’apparaît que 5 à 6 mois plus tard [2, Goericke-Pesch, données personnelles].

Poser l’implant dans la zone ombilicale au lieu de l’encolure permet de le retirer à tout moment. Cela permet de contrôler la durée du traitement et de s’affranchir des variations inter-individuelles de la durée d’action de l’implant. C’est donc une solution alternative intéressante dans le contrôle temporaire de la reproduction du mâle, à court ou à long terme. Avec le temps, la matrice de l’implant devient friable, donc plus difficile à manipuler. De plus, la taille de l’implant diminue, ce qui le rend plus difficile à localiser.

Après son retrait chirurgical, la fonction sexuelle reprend dans un délai similaire à celui observé en fin du traitement, lorsque l’implant cesse d’agir. L’implant de desloréline semble donc un moyen médical efficace de castrer un chat mâle, malgré des variations dans la durée d’efficacité du traitement. Bien que les données soient encore éparses sur le sujet, il semble qu’une restauration de la fertilité soit possible, moyennant le retrait chirurgical de l’implant, dans un délai qui reste cependant variable selon les individus.

La présence de spicules péniens est conditionnée par la testostérone. Leur disparition reflète donc son absence, et représente un moyen simple de savoir si la fonction testiculaire est diminuée ou non.

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