Le point Vétérinaire Canin n° 322 du 01/01/2012
 

IMAGERIE

Analyse d’article

Alexandre Caron

Fitzpatrick Referrals Ltd.,
Halfaway lane – Eashing, Godalming,
GU72QQ, Surrey
Royaume-Uni

Lors de troubles nerveux dont l’origine est localisée à la moelle épinière, il est nécessaire de faire appel aux moyens d’imagerie médicale pour identifier l’affection. Les outils d’imagerie diagnostique disponibles sont la myélographie, la tomodensitométrie (scanner avec utilisation ou non de produits de contraste) et l’imagerie par résonance magnétique (IRM).

TECHNIQUE MYÉLOGRAPHIQUE

La myélographie implique l’injection d’un produit de contraste dans l’espace sous-arachnoïdien, qui peut se réaliser dans la citerne lombaire (L4-L5/L5-L6) ou cérébello-médullaire (C1-C2). Il a été démontré que la sécurité d’emploi est plus importante pour les produits de contraste non ionisés, ainsi le iohexol est le plus couramment utilisé [4]. Le caractère invasif de la myélographie est un désavantage majeur. De nombreuses complications y sont ainsi associées, bien que leur incidence soit rare à très rare pour la plupart d’entre elles. Il a ainsi été rapporté des épisodes convulsifs, des détériorations du statut neurologique, des vomissements, des arrêts cardiorespiratoires pouvant mener à la mort ainsi que des ponctions ou des injections accidentelles dans la moelle épinière ou le tronc cérébral.

L’incidence des convulsions après une injection de iohexol dans l’espace sous-arachnoïdien était supposée être inférieure à 10 % des cas jusqu’à publication en 2002 d’un taux de convulsion de plus de 20 % dans une large population canine [1]. Bien que ne trouvant pas de prédisposition raciale claire, cette étude démontre cependant des résultats similaires à l’étude résumée au regard des facteurs prédisposant aux convulsions. Chez les chiens de grand format (supérieur à 20 kg), l’injection de produit de contraste dans la citerne cérebello-médullaire et d’un grand volume de produit est associée à un risque élevé. Les chiens sur lesquels l’acte chirurgical a été réalisé à la suite de la myélographie ont un taux de convulsions faible même si l’analyse statistique n’est pas significative. Aucune influence du type lésionnel n’a cependant été mise en évidence.

Les lésions de spondylomyélopathie cervicale ainsi que les races doberman ou rottweiller sont souvent rapportées comme des facteurs favorisants les convulsions à la suite d’une myélographie, mais ces deux critères sont étroitement liés à des chiens de grand format. Ce dernier paramètre est à lui seul un facteur favorisant et il est donc difficile d’analyser l’impact propre de la race ou du type lésionnel sur le risque de développement de convulsions après une myélographie.

MYÉLOGRAPHIE VERSUS SCANNER ET IRM

La comparaison objective des différentes techniques est délicate dans la mesure où la sensibilité/spécificité de chaque examen dépend essentiellement de l’affection présente. Compte tenu de la grande fréquence des hernies discales thoraco-lombaires, des études ont pu être réalisées alors que l’avantage d’une technique par rapport à une autre repose davantage sur des critères théoriques ou techniques dans le cas d’autres affections [2].

Peu d’études vétérinaires comparent la myélographie à l’IRM [2, 6]. Les données en médecine humaine prouvent néanmoins un intérêt supérieur pour cette dernière [2]. L’IRM est désormais considérée comme l’examen de choix de la grande majorité des affections de la moelle épinière. Ce statut vient non seulement de son caractère non invasif mais également d’une sensibilité générale bien supérieure. Son intérêt majeur est la visualisation du tissu nerveux médullaire avec une meilleure définition que la tomodensitométrie, permettant l’identification de lésions intramédullaires non compressives telles que l’œdème médullaire. Dans le diagnostic des spondylomyélopathies cervicales, l’avantage de l’IRM sur la myélographie est certain [3].

La myélographie et le scanner sans préparation présentent sensiblement les mêmes spécificité et sensibilité pour le diagnostic des hernies discales thoraco-lombaires [5, 6]. En revanche, un myéloscanner (scanner réalisé après injection sous-arachnoïdienne de produit de contraste) apporte l’avantage de la myélographie à l’absence de superposition des tissus de la tomodensitométrie, aboutissant à une meilleure sensibilité. L’inconvénient majeur reste, néanmoins, le caractère invasif de cette procédure avec les mêmes risques de complications. Une publication récente a mis en évidence l’intérêt du scanner avec injection intraveineuse de produit de contraste dans le diagnostic des hernies discales thoraco-lombaires. La sensibilité de détection du site d’extrusion ainsi que de la latéralisation lésionnelle était en effet sensiblement identique après l’injection intraveineuse ou intrathécale de produit de contraste [7].

Conclusion

Il semblerait que le risque de complications après une myélographie, et plus précisément des convulsions, soit faible, rendant l’emploi de la myélographie acceptable cliniquement dans la mesure où l’accès à un examen IRM est difficile. Par ailleurs, la sensibilité et la spécificité de la myélographie sont suffisantes pour établir un diagnostic et décider du traitement dans le cas le plus fréquent de hernie discale thoraco-lombaire.

Le choix de l’examen d’imagerie le plus pertinent reste cependant à décider en fonction de la probabilité de chaque affection du diagnostic différentiel puisque la myélographie reste moins sensible, moins spécifique et associée à plus de complications que l’IRM ou le scanner.

Références

  • 1. Barone G, Ziemer LS, Shofer FS, Steinberg SA. Risk factors associated with development of seizures after use of iohexol for myelography in dogs: 182 cases (1998). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2002;220(10):1499-1502.
  • 2. Costa RCd, Samii VF. Advanced imaging of the spine in small animals. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2010;40(5):765-790.
  • 3. Da Costa RC, Parent J, Dobson H et coll. Comparison of magnetic resonance imaging and myelography in 18 Doberman pinscher dogs with cervical spondylomyelopathy. Vet. Radiol. Ultrasound. 2006;47(6):523-531.
  • 4. Fossum TW. Small animal surgery. 3rd ed. Theresa Welch Fossum. Laura Pardi Duprey, Donald O’Connor, medical illustrators ed. Mosby/Elsevier, St. Louis, Mo., Edinburgh. 2007.
  • 5. Israel SK, Levine JM, Kerwin SC et coll. The relative sensitivity of computed tomography and myelography for identification of thoracolumbar intervertebral disk herniations in dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2009;50(3):247-252.
  • 6. Robertson I, Thrall DE. Imaging dogs with suspected disc herniation: pros and cons of myelography, computed tomography, and magnetic resonance. Vet. Radiol. Ultrasound. 2011;52(1 Suppl 1):S81-4.
  • 7. Schroeder R, Pelsue DH, Park RD et coll. Contrast-enhanced CT for localizing compressive thoracolumbar intervertebral disc extrusion. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2011;47(3):203-209.

RÉSUMÉ

OBJECTIF

Rapporter l’incidence et déterminer les facteurs de risque d’apparition de convulsions à la suite d’une myélographie chez le chien.

MÉTHODE

Étude rétrospective sur 503 chiens ayant reçu une injection de iohexol dans la citerne cérébello-médullaire et/ou lombaire.

RÉSULTATS

Le taux de crises convulsives après une myélographie est de 3 % dans cette population avec une apparente prédisposition des chiens de races doberman (21 %, risque X 12) et rottweiler (43 %, risque X 30). L’analyse statistique démontre que les animaux de grande race (9,3 %) ont 35 fois plus de risque que les petits chiens (0 %) et 10 fois plus que les chiens de race moyenne (2,1 %) de développer des convulsions. Une injection dans la citerne cérébello-médullaire augmente le risque de convulsions par 7,5 (9,7 % versus 1,4 %) alors que le nombre d’injections ne l’augmente pas significativement. Le volume injecté est positivement associé au risque convulsif avec une probabilité de développer des convulsions augmentée d’un facteur de 1,2 pour chaque millilitre de produit de contraste injecté. La pondération de cette dose par le poids du chien (ml/kg) n’est en revanche pas associée à un risque convulsif significativement différent. L’incidence des convulsions chez les chiens subissant une intervention chirurgicale est réduite par 11 (8,3 % versus 0,84 %). Les chiens atteints de lésion (s) cervicale (s) ont près de cinq fois plus de risque de développer des convulsions – après une myélographie par rapport à ceux souffrant de lésion (s) thoracique (s) ou lombaire (s) (7,7 % versus 2,16 % versus 3,03 %). Enfin, les chiens souffrant de spondylomyélopathie cervicale ont 40 fois plus de risque de développer des convulsions que les chiens atteints de hernie discale (4,5 % versus 0,8 %).

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