Le point Vétérinaire n° 322 du 01/01/2012
 

EN 10 ÉTAPES

Hélène Kolb*, Isabelle Testault**


*Centre hospitalier vétérinaire Atlantia
22, rue René-Viviani
44200 Nantes
helenekolb@yahoo.fr

L’examen échographique des reins est difficile en raison de leur complexité anatomique et de leur forme.

Résumé

L’architecture du rein est complexe. Elle est composée de trois parties : parenchymateuse, urinaire et vasculaire. Cette anatomie particulière rend l’interprétation de l’examen échographique difficile. Cet article détaille les images échographiques normales du rein afin de permettre au manipulateur d’identifier plus facilement certaines affections rénales.

L’examen échographique rénal peut paraître complexe pour le manipulateur. Il repose non seulement sur la maîtrise de l’anatomie et de la topographie des reins, mais aussi sur la bonne connaissance des facteurs de variation d’un animal à un autre selon l’espèce et le format, notamment. Cet article détaille les outils échographiques indispensables pour reconnaître les images pathologiques chez un chien ou un chat.

RAPPELS ANATOMIQUES DES REINS

1. Situation dans l’abdomen

Les reins sont des organes pairs, situés dans l’espace rétropéritonéal. Leur position dans l’abdomen est différente chez le chien et le chat.

Rein droit

Chez le chien, le rein droit est contenu dans l’arc costal en regard des trois premières vertèbres lombaires. Il est bordé dorsalement par les muscles sous-lombaires et ventralement par le duodénum descendant et le lobe droit du pancréas. Il s’inscrit cranialement dans l’empreinte rénale hépatique du processus caudé du lobe caudé et est en contact médialement avec la veine cave caudale.

Rein gauche

Le rein gauche du chien est plus caudal et voit sa position varier en fonction de l’état de réplétion de l’estomac (de la deuxième vertèbre lombaire chez un chien à jeun à la cinquième lombaire lorsque l’estomac est plein). Il est délimité cranialement par la grande courbure de l’estomac, latéralement par la rate, médialement par la surrénale gauche, ventralement par le côlon descendant, dorsalement par les muscles sous-lombaires et caudalement par l’ovaire gauche et l’utérus chez la chienne, ou par la vessie si elle est pleine. Chez le chat, les deux reins sont davantage caudaux et donc plus facilement visualisables. Ces contacts étroits entre le rein droit et le foie, d’une part, et entre le rein gauche et la rate, d’autre part, permettent au manipulateur d’apprécier l’échogénicité des reins par comparaison avec ces organes.

2. Anatomie des reins

Les reins sont enveloppés d’une fine capsule fibreuse qui protège le parenchyme rénal. Celui-ci se divise en trois parties. Le cortex, en périphérie, est en contact avec la medulla, une structure plus centrale qui entoure le sinus rénal. Ce dernier abrite le bassinet, les nerfs et les vaisseaux. Le bassinet se prolonge ventralement et dorsalement par des diverticules ou récessus qui viennent s’ancrer plus profondément dans la medulla. Cette structuration divise la medulla en lobes également appelés “pyramides”. Le bassinet est en continuité avec les uretères qui acheminent l’urine jusqu’à la vessie. Leur trajet est majoritairement rétropéritonéal, jusqu’au trigone vésical où il devient intra-abdominal en traversant les ligaments latéraux de la vessie (figure 1) [1].

La vascularisation afférente est assurée par l’artère rénale, une branche de l’aorte. À l’entrée du hile, elle se divise en quatre à six artères interlobaires qui, associées aux veines interlobaires, rejoignent les diverticules ou récessus du bassinet, avant de gagner la jonction corticomédullaire. En regard de la jonction corticomédullaire, les artères interlobaires se divisent en artères arciformes. Ces dernières empruntent un trajet perpendiculaire aux vaisseaux interlobaires et se divisent en de nombreuses artères interlobulaires qui parcourent l’ensemble du cortex rénal. Parallèlement, le sang provenant des reins est drainé par les veines interlobulaires et arciformes, qui regagnent les veines interlobaires puis rénales avant de se jeter dans la veine cave caudale (figure 2) [7].

TECHNIQUE D’EXPLORATION DES REINS

1. Préparation de l’animal : la tonte

La tonte de l’animal concerne l’ensemble de l’abdomen. Elle peut s’étendre jusqu’aux deux derniers espaces intercostaux si l’animal est grand. L’abord intercostal droit (en regard du 11e à 12e espace intercostal) est particulièrement recommandé chez les chiens de grand format pour explorer la totalité du rein droit, contenu dans l’arc costal.

2. Positionnement de l’animal

Le chien est le plus souvent placé en décubitus dorsal sur un coussin en mousse. Les individus à thorax profond peuvent être mis debout, afin de s’affranchir au mieux des gaz digestifs et d’accéder plus aisément aux reins. L’examen échographique est parfois facilité si l’animal est positionné en décubitus latéral droit ou gauche.

3. Choix des sondes

Chez le chat ou les chiens de tailles petite à moyenne, des sondes électroniques microconvexes ou linéaires de fréquence ultrasonore d’au minimum 7,5 à 10 MHz sont utilisées. Chez les grands chiens, des sondes de plus basse fréquence (5 MHz, voire moins) permettent une exploration de l’ensemble du rein.

4. Examen échographique

L’examen consiste à visualiser la totalité du rein. Le manipulateur parcourt l’organe cranio-caudalement et médio-latéralement selon des plans de coupe sagittal et transversal. Plus précisément, trois plans de coupe sont utilisés en référence à leur orientation par rapport à l’animal (figure 3).

Coupes parasagittales

La coupe parasagittale est réalisée par un abord ventral : le rein est coupé longitudinalement en suivant le grand axe de l’animal. La sonde est ensuite balayée médio-latéralement (photo 1).

Coupe longitudinale dorsale

La coupe longitudinale dorsale est effectuée par un abord latéral : le rein est coupé longitudinalement en regard du hile, en suivant le grand axe de l’animal, parallèlement à la table (photo 2).

Coupe transversale

La coupe transversale est réalisée par un abord ventral : la sonde est tournée à 90° par rapport aux autres plans de coupe, ce qui permet de “couper” le rein transversalement en suivant le petit axe de l’animal. Le manipulateur peut observer, au centre du rein, le sinus (en forme de C ou de Y) délimité par les diverticules rénaux (photo 3).

IMAGES ÉCHOGRAPHIQUES DU REIN NORMAL

1. Taille des reins

Dans l’espèce canine, la taille des reins varie considérablement selon le format et le poids de l’animal. À l’heure actuelle, aucun protocole standardisé ne permet d’apprécier réellement leur dimension chez le chien. Récemment, des auteurs se sont inspirés du rapport atrium gauche sur aorte (afin d’estimer la taille de l’atrium gauche chez un animal) pour mettre au point une formule d’évaluation de la taille des reins à l’échographie. Ils ont ainsi établi un ratio entre la longueur maximale de cet organe et le diamètre maximal de l’aorte (selon le cycle cardiaque), mesuré au niveau du rein. Ainsi, le rein est de taille normale si ce ratio (appelé R/Ao) est compris entre 5,5 et 9,1 [5].

Le format des chats étant beaucoup plus homogène, des mesures standardisées ont été publiées pour cette espèce. La longueur normale des reins est évaluée entre 3 et 4,3 cm et la hauteur entre 2,2 et 2,5 cm [2, 8].

2. Forme des reins

Les deux reins doivent avoir une forme (normale) identique chez un même animal, et des contours lisses et réguliers. Chez le chien, ces organes ont plutôt une forme de haricot, alors que, chez le chat, ils sont davantage ovales.

3. Aspect échographique

Parenchyme rénal

L’échogénicité du cortex rénal est évaluée grâce aux rapports anatomiques étroits que le rein entretient avec la rate, à gauche, et le foie, à droite. L’échogénicité normale du cortex rénal est le plus souvent très inférieure à celle de la rate et inférieure ou égale à celle du foie (photos 4 et 5). Des études apportent quelques nuances à ce principe communément admis. Ainsi, certains chiens sains présentent un cortex rénal hyperéchogène par comparaison au foie et, chez de nombreux chats normaux, il est hyperéchogène par rapport au foie et isoéchogène relativement à la rate [3, 4, 6]. Chez le chat, cela s’explique par les grandes quantités de vacuoles lipidiques contenues dans le cytoplasme des épithéliums des tubules proximaux [2].

La medulla normale est hypoéchogène par rapport au cortex rénal (photo 6). Lorsqu’elle est très hypoéchogène, le manipulateur doit veiller à ne pas la confondre avec une dilatation anormale du bassinet. Elle est séparée en lobes, ou “pyramides”, par les vaisseaux interlobaires et les diverticules, qui apparaissent comme des structures linéaires hyperéchogènes.

La jonction corticomédullaire doit toujours être bien délimitée. Chez certains chats normaux, cette démarcation est parfois même soulignée par la présence d’une bande hyperéchogène entre le cortex rénal et la medulla (photo 7). Chez l’animal normal, le cortex rénal et la medulla sont de même taille (rapport cortex/medulla = 1) sur une coupe parasagittale. Les artères arciformes sont visualisables au niveau de la jonction corticomédulaire sous la forme de structures linéaires ou punctiformes hyperéchogènes. Le manipulateur peut facilement les confondre avec des minéralisations.

Sinus rénal

Le sinus rénal (qui contient les vaisseaux interlobaires, les nerfs, les diverticules du bassinet et la graisse) apparaît comme une zone hyperéchogène au centre du rein, et sous la forme d’un “C” ou d’un “Y” en coupe transversale. Au centre du sinus, le manipulateur peut observer la crête rénale (correspondant au prolongement de la medulla vers le sinus rénal) anéchogène.

Chez l’animal normal, le bassinet n’est pas visible. Lors d’utilisation de diurétiques ou de perfusions, il peut être mis en évidence. Dans tous les cas, à l’état physiologique, le bassinet ne doit pas dépasser 2 mm [2].

Réseau vasculaire rénal

Les artères et les veines rénales et interlobaires sont visibles en mode bidimensionnel sur les coupes parasagittales et longitudinale dorsale (photo 8). Les artères et les veines rénales peuvent être suivies jusqu’à l’aorte et la veine cave caudale, respectivement. La connaissance de leur topographie est indispensable car elles constituent des repères anatomiques précieux à l’échographie (examen des glandes surrénales, identification d’une thrombose). En l’absence de Doppler couleur, le manipulateur doit veiller à ne pas les confondre avec un uretère dilaté. Le mode Doppler facilite la distinction entre les réseaux artériel et veineux, et permet de calculer certains index précieux lors de recherche de néphropathie.

Index de résistivité rénal

L’index de résistivité (IR) rénal est souvent utilisé chez l’homme lors de l’exploration de diverses néphropathies, mais nécessite des études complémentaires pour cerner au mieux son utilité chez l’animal.

Il est calculé à partir des mesures de vitesse du flux artériel, réalisées au sein des artères interlobaires par Doppler pulsé. Celles-ci sont au préalable repérées à l’aide du Doppler couleur sur une coupe longitudinale dorsale (photo 9).

L’index de résistivité est calculé selon la formule :

IR = Vmax systolique - Vmax télédiastolique/Vmax systolique = 0,63 +/- 0,05.

Conclusion

Cet article détaille la topographie et l’aspect échographique normal des reins. Il s’agit de prérequis que le manipulateur doit maîtriser afin d’interpréter au mieux les images pathologiques.

Références

  • 1. Chetboul V, Bureau-Amaglio S, Tessier-Vetzel D, Pouchelon JL. Examen échographique du foie. Dans : Échographie et Doppler du chien et du chat. Atlas en couleurs. Masson, Paris. 2005:167-86.
  • 2. D’Anjou MA. Kidneys and ureters. Dans : Penninck D, D’Anjou M-A. Atlas of small animal ultrasonography. Ed. Blackwell Publishing, Ames, Iowa. 2008:263-280.
  • 3. Drost WT, Henry GA, Meinkoth JH et coll. Quantification of hepatic and renal cortical echogenicity in clinically normal cats. Am. J. Vet. Res. 2000;61:1016-1020.
  • 4. Ivancic M, Mai W. Qualitative and quantitative comparison of renal versus hepatic ultrasonographic intensity in healthy dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2008;49 (4):368-373.
  • 5. Mareschal A, D’Anjou MA, Moreau M et coll. Ultrasonographic measurement of kidney-to-aorta ratio as a method of estimating renal size in dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2007;48 (5):434-438.
  • 6. Seyrek-Intas D, Kramer M. Renal imaging in cats. Vet. Focus. 2008;18 (2):23-30.
  • 7. Spaulding KA. A review of sonographic identification of abdominal blood vessels and juxtavascular organs. Vet. Radiol. Ultrasound. 1997;38 (1):4-23.
  • 8. Widmer WR, Biller DS, Adams LG. Ultrasonography of the urinary tract in small animals. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2004;225:46-54.

Points forts

→ Il est conseillé d’échographier debout les chiens à thorax profond, en utilisant un abord intercostal.

→ Trois plans de coupe échographique sont utilisés : transversal, parasagittal et longitudinal dorsal.

→ Les reins normaux d’un chat doivent mesurer entre 3 et 4,3 cm de longueur, et entre 2,2 et 2,5 cm de hauteur. Chez le chien, leur taille est extrêmement variable, en rapport avec le format de l’animal.

→ Le cortex rénal d’un chien ou d’un chat normal peut être hyperéchogène par rapport au foie.

→ Certains reins normaux de chat présentent une bande hyperéchogène entre le cortex et la medulla.

FIGURE 1
Anatomie des reins

1. Coupe parasagittale d’un rein de chien.

2. Coupe longitudinale dorsale d’un rein de chat.

3. Coupe transversale passant par le hile rénal d’un rein de chat.

4. La corticale rénale (c) est hypoéchogène par rapport au foie (f).

5. La corticale rénale (c) est hypoéchogène par rapport à la rate.

6. La medulla (m) est hypoéchogène par rapport à la corticale rénale (c).

7. Échographie rénale d’un chat. La jonction corticomédullaire est surlignée par une bande hyperéchogène physiologique (flèche). c : corticale rénale ; m : medulla.

8. Vascularisation rénale visualisée en mode Doppler couleur. En bleu : veines interlobaires ; en rouge : artères interlobaires.

9. Mesure de l’index de résistivité en mode Doppler pulsé chez un chat.

FIGURE 2
Vascularisation des reins

FIGURE 3
Les différents plans de coupe échographique du rein

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