Le point Vétérinaire Canin n° 321 du 01/12/2011
 

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ONCOLOGIE COMPARÉE

Fiche

François Serres

Oncovet
Clinique vétérinaire des Référés
Avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

Une prise en charge à la fois locale et pour prévenir l’évolution métastatique de l’ostéosarcome est indispensable pour améliorer le pronostic.

L’étiologie, la présentation clinique (localisation des lésions, symptomatologie), et les caractéristiques cyto- et histologiques des ostéosarcomes canins et humains sont très proches. Les bases du traitement sont de ce fait similaires, et il est nécessaire dans les deux cas de prendre en compte simultanément l’aspect “local” d’une affection particulièrement douloureuse et débilitante (le développement de solutions alternatives à l’amputation étant une priorité) et le risque métastatique majeur.

Épidémiologie

→ L’ostéosarcome est le cancer osseux primitif le plus fréquent chez le chien et représente 85 % des tumeurs osseuses. Environ 75 % des ostéosarcomes canins sont situés sur le squelette appendiculaire, en position métaphysaire. Ces tumeurs ont un comportement agressif, se traduisant par le développement de lésions lytiques et prolifératives extrêmement douloureuses. Ces dernières n’apparaissent “macroscopiquement” métastasées au diagnostic que dans 10 à 20 % des cas (photos 1a et 1b). Des prédispositions raciales majeures (rottweiler, saint-bernard, dogue allemand, etc.) ont été mises en évidence, indiquant un support génétique pour le développement de la maladie [7]. Le caractère favorisant de l’exposition aux radiations ionisantes et de certains traitements chirurgicaux (greffes osseuses, pose d’implants) est fortement suspecté, voire démontré, mais il ne joue un rôle que dans un nombre limité de cas.

→ Chez l’homme, les ostéosarcomes sont des tumeurs relativement rares (moins de 200 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France). Même s’il s’agit de la tumeur osseuse primitive la plus fréquente, chaque année, près de dix fois plus de cas canins que de cas humains sont recensés. Il s’agit d’une tumeur touchant des hommes jeunes (entre 10 et 30 ans) et qui sont situés dans 90 % des cas sur les os longs. Ces ostéosarcomes ont également un comportement agressif et une tendance à métastaser rapidement en l’absence de chimiothérapie.

Diagnostic

Chez l’homme, la présence de lésions lytiques et prolifératives en région métaphysaire est extrêmement suspecte, mais le diagnostic de certitude repose sur l’examen histologique d’une biopsie osseuse.

Chez le chien, la cytoponction peut être proposée en première intention, en associant éventuellement cette ponction à des colorants spécifiques, comme la phosphatase alcaline, mais la biopsie osseuse reste l’examen le plus souvent employé (photo 2).

→ Le bilan d’extension chez l’homme fait appel à un examen tomodensitométrique pulmonaire. Il est complété d’une scintigraphie osseuse, les poumons et l’os constituant les deux sites métastatiques privilégiés.

Chez le chien, l’examen tomodensitométrique permet de détecter près de quatre fois plus d’animaux “métastatiques” que la radiographie du thorax [3]. L’intérêt de la scintigraphie osseuse doit être évoqué (photo 3).

Évolution

Ces tumeurs n’ont pas toujours un pronostic défavorable. L’agressivité de cette maladie est surtout liée à l’invalidité qu’elle entraîne. La douleur et le handicap associés à ces tumeurs sont souvent majeurs, et ne répondent le plus souvent que de façon incomplète ou transitoire à un traitement anti-inflammatoire ou antalgique oral. Elles possèdent également un potentiel métastatique très élevé (pratiquement tous les individus vont présenter des métastases pulmonaires, macroscopique ou microscopique au moment du diagnostic). En l’absence de traitement, l’espérance de vie est de quelques mois seulement, avec une nette et rapide dégradation de la qualité de vie.

Chez l’homme, un jeune âge, la localisation (appendiculaire plutôt qu’axiale), l’absence de métastase visible au diagnostic et un faible taux de phosphatases alcalines sont des facteurs pronostiques favorables majeurs.

Chez le chien, ces éléments pronostiques sont retrouvés.

Traitement de référence

Le traitement idéal de ces tumeurs consiste donc, en théorie, en l’amputation du membre concerné (thérapeutique “locale” du cancer dont l’objectif est surtout de diminuer la douleur due à la destruction osseuse), associée à un protocole de chimiothérapie. Celle-ci est la seule prise en charge capable d’augmenter la durée de vie de l’individu, en ralentissant la progression des lésions métastatiques.

Avec l’association amputation-chimiothérapie (les molécules de référence étant les platinés et les anthracyclines), un chien sur deux survit 1 an après le diagnostic, et un quart à un tiers des animaux sont vivants 2 ans après le diagnostic [2]. La radiothérapie permet aussi de diminuer nettement la douleur associée à la prolifération tumorale, avec une disparition des symptômes dans plus de 80 % des cas [4].

Chez l’homme, des protocoles employant au moins deux molécules de chimiothérapie (également, le plus souvent, les platinés et les anthracyclines) permettent d’améliorer nettement le pronostic [1]. Plus de la moitié des patients traités guérissent avec les protocoles actuels.

Traitements d’avenir

Ces chiffres sont encourageants, mais la nécessité de réaliser une amputation représente la principale limite du traitement. L’impact de l’amputation sur la qualité de vie a motivé le développement de techniques permettant de conserver le membre dans les deux espèces. Il est possible d’effectuer des ostectomies “ciblées” en associant le retrait du fragment osseux tumoral à la mise en place d’une prothèse (métallique ou céramique) (photo 4) [5]. Des études sont en cours pour combiner ces implants avec des dispositifs de relargage de molécules actives (notamment de chimiothérapie), permettant d’améliorer le contrôle local de la tumeur. Dans ces travaux, le chien est un modèle précieux en raison de la fréquence de la maladie, des nombreuses similitudes avec l’affection chez l’homme, et surtout de la possibilité de mettre en place et de suivre l’efficacité de ces traitements complexes (aucun modèle « artificiel » de grande taille n’étant disponible). Ce modèle est maintenant largement accepté par la communauté scientifique (encadré) [6, 8].

ENCADRÉ
Recrutement de cas pour une étude

Afin de tester la fiabilité d’un modèle de biomatériel céramique (destiné à l’animal, mais aussi et surtout à l’homme dans le traitement des tumeurs osseuses), nous réalisons à Oncovet une étude clinique. Celle-ci permet la prise en charge de la quasi-totalité des actes diagnostiques et thérapeutiques nécessaires (chirurgie, chimiothérapie et bilans de suivi), dès lors qu’une lésion tumorale ostéosarcomateuse sans métastase pulmonaire détectable et atteignant le radius distal est confirmée. N’hésitez pas à nous contacter par courrier électronique (fserres@oncovet.net) pour tous renseignements supplémentaires.

1a. Ostéosarcome du radius distal chez un chien. Noter la présence d’une lésion lytique et proliférative associée à une forte réaction des tissus mous périphériques à l’examen radiographique.

1b. Ostéosarcome du radius distal chez un chien. Noter la présence d’une lésion lytique et proliférative associée à une forte réaction des tissus mous périphériques à l’examen radiographique.

2. Examen cytologique. Des cellules de morphologie mésenchymateuse présentant des atypies cytonucléaires marquées (cellules binucléées, fortement nucléolées) sont mises en évidence.

3. Examen par scintigraphie. Une lésion digitée métastatique sur l’antérieur droit (flèche) chez un chien présentant un ostéosarcome huméral proximal controlatéral (*) est observée.

4. Examen radiographique chez le même animal que celui de la photo 1, après traitement à l’aide d’une prothèse métallique (technique de “limb-sparring”).

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