Le point Vétérinaire n° 321 du 01/12/2011
 

ANTIBIOTHÉRAPIE

Thérapeutique

Jean-Dominique Puyt

Unité de pharmacologie et toxicologie
Oniris, École nationale vétérinaire, de l’agro-alimentaire et de l’alimentation BP 40706,
44307 Nantes Cedex 3 jean-dominique.puyt@oniris-nantes.fr

L’utilisation de quinolones de troisième génération chez le chiot est souvent controversée en raison des effets secondaires possibles sur le cartilage.

Les quinolones sont l’une des classes majeures de l’arsenal thérapeutique vétérinaire. Leur principal effet secondaire observé chez le chiot en croissance correspond à des boiteries en rapport avec des dégénérescences du cartilage ostéo-articulaire. Il est connu de tous les vétérinaires, et des restrictions d’emploi chez les jeunes chiens en croissance sont régulièrement rappelées dans tous les résumés des caractéristiques du produit (RCP). C’est sans doute la raison pour laquelle ce trouble est très peu fréquent, pour ne pas dire rare. Pour la marbofloxacine, sa fréquence de survenue est estimée à 1 cas sur 120 000 traitements.

Dégénérescence des cartilages articulaires

Les chiots présentent des difficultés locomotrices avec une raideur de la démarche et une difficulté à se relever. Des boiteries sont observées, ainsi qu’une hyperextension d’une ou de plusieurs articulations des membres ou du pied. Des réactions douloureuses lors de la mobilisation des articulations et des tuméfactions peuvent être constatées.

Ces troubles surviennent rapidement lors de l’administration de doses soit très supérieures aux doses thérapeutiques, soit aux doses recommandées ou au double de celles-ci, mais lors de traitements prolongés de 15 jours à 3 semaines. Cet effet secondaire ne se manifeste jamais lors de traitement aux doses normales recommandées sur des durées inférieures à 10 ou 15 jours. D’ailleurs, cet effet chondrotoxique n’a été mis en évidence que dans des études de toxicité expérimentale après administration réitérée.

Les signes cliniques apparaissent, selon la dose administrée, dans un délai de 3 jours à 3 semaines. Il s’agit, en quelque sorte, d’un effet secondaire dose-dépendant. Il est encore mal compris, mais il semble en partie lié à l’aptitude des quinolones à former des chélates, d’où leur action sur les topo-isomérases, mais aussi sur des enzymes qui participent à la synthèse des mucopolysaccharides, constituants essentiels du cartilage articulaire.

Chiots de grandes races en croissance

Ces troubles concernent avant tout les jeunes animaux en croissance. Le jeune âge est l’un des facteurs prédisposants les plus importants, car c’est quand le chien grandit que les quinolones ont tendance à se fixer le plus sur les cartilages, parce que le métabolisme est le plus intense à cette période. Dans 45 % de cas, cela survient chez des chiots.

Par ailleurs, les grandes races de chiens ainsi que ceux qui ont une dépense physique importante (chiens de chasse, lévriers de compétition) sont les plus prédisposés (photo). Ainsi, 75 % des effets secondaires concernent des individus âgés de moins de 3 mois appartenant à de grandes races. Ces boiteries affectent en priorité les articulations les plus sollicitées (épaule, coude, cuisse, jarret).

Des lésions fréquemment réversibles

Enfin, contrairement aux affections dentaires provoquées par les tétracyclines chez les chiots au moment de la dentition, ces boiteries sont réversibles dans la plupart des cas (environ 85 %) à l’arrêt du traitement chez le jeune. Mais les érosions des cartilages sont très persistantes en raison des faibles capacités de régénération de ce tissu. Cependant la réversibilité de ces atteintes et la possibilité de séquelles irréversibles chez un animal en croissance restent discutées. Des maladies ostéo-articulaires irréversibles, avec un arrêt définitif de la croissance, ont été observées chez des chiens de grande taille, âgés de 2,5 mois à 6 mois, et qui avaient reçu un traitement de 3 semaines.

Conclusion

La dégénérescence des cartilages ostéo-articulaires constitue un effet secondaire indéniable partagé par toutes les quinolones. Néanmoins, il est rare et certainement trop craint en traitement de courte durée (de 4 à 5 jours), à la dose normale. De ce fait, les avantages des fluoroquinolones, notamment de troisième génération, sont très supérieurs à ce type d’inconvénient. Lors de cas graves comme des septicémies colibacillaires ou à Gram négatif chez des jeunes chiots en croissance, la balance bénéfices/risques penche largement en faveur de leur utilisation en seconde intention.

Les effets indésirables des quinolones sur le cartilage concernent, dans 75 % des cas, des chiots âgés de moins de 3 mois et appartenant à de grandes races.

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