Le point Vétérinaire Canin n° 320 du 01/11/2011
 

COMPLEXE GINGIVOSTOMATITE FÉLINE

Analyse d’article

Mathieu Faucher

Clinique vétérinaire Alliance
8, bd Godard
33300 Bordeaux

Le complexe gingivostomatite féline (CGSF) est une affection fréquente dont la gestion est souvent laborieuse et frustrante pour le praticien et le propriétaire.

Les lésions peuvent être localisées au parodonte (cas le plus fréquent), à la muqueuse située latéralement aux plis palatoglosses (stomatite caudale) ou à la muqueuse alvéolaire dans la région des (pré)molaires (mucosite alvéolaire). Plus rarement, elles s’étendent à la muqueuse buccale.

CGSF : UNE AFFECTION MULTIFACTORIELLE

L’hypothèse actuelle est que le CGSF est une maladie multifactorielle résultant d’une réponse immunitaire inappropriée face à une stimulation orale antigénique chronique. La stimulation antigénique peut provenir de la plaque et de certains agents infectieux.

Plusieurs essais ont recherché le portage chronique du calicivirus félin (FCV) chez des chats atteints de CGSF. Une étude ayant recherché le FCV et l’herpèsvirus félin par culture à partir d’échantillons salivaires a trouvé une prévalence de l’infection chez 81 % des chats à CGSF contre 21 % de ceux à maladie parodontale, servant de contrôles [6]. Deux essais plus récents ont recherché l’ARN du FCV à partir de biopsies ou d’écouvillonnages de lésions buccales et ont mis en évidence une prévalence du portage de ce virus plus élevée chez les chats atteints de CGSF comparativement aux témoins [1, 3]. L’infection par Bartonella henselæ a été récemment incriminée dans le CGSF du chat, mais elle est fréquente dans la population saine, ce qui rend la comparaison avec les chats atteints difficile [2]. L’infection par les rétrovirus félins altère la compétence immunitaire, et favorise le développement d’une maladie parodontale et d’une inflammation buccale plus sévère [2].

L’hypothèse d’une dysimmunité chez les chats atteins de CGSF a été explorée. Ces derniers présentent des taux salivaires d’immunoglobuline A (IgA) diminués et des taux sériques d’immunoglobulines G, M et A (IgG, IgM et IgA) plus élevés que les chats sains, mais un lien avec le développement de lésions inflammatoires de la cavité orale n’est pas établi [4].

DIFFÉRENTES OPTIONS THÉRAPEUTIQUES

Le traitement conventionnel vise principalement à contrôler la plaque dentaire. Le détartrage/polissage et l’antibiothérapie sont les méthodes les moins invasives et sont susceptibles d’être efficaces en cas d’inflammation modérée ou associée à une maladie parodontale seule. Lors de stomatite caudale, à laquelle s’ajoute éventuellement une mucosite alvéolaire, des extractions dentaires sélectives sont souvent nécessaires. Il est recommandé de retirer les dents se situant à proximité des sites inflammatoires et qui sont associées à des lésions résorptives ou de parodontite [2]. Dans une étude portant sur 30 chats, cette approche a permis d’obtenir une guérison dans 60 % des cas et une régression suffisante pour s’affranchir d’un traitement dans 20 % des cas. Les 20 % restants ne montrent pas ou peu d’amélioration [5].

La prévalence de l’infection par le calicivirus étant très élevée dans la population atteinte, l’utilisation d’interférons pourrait être bénéfique. L’interféron recombinant félin w (rFeIFN) possède des propriétés antivirales, antiprolifératives et immunomodulatrices. Son emploi a jusqu’alors été rapporté de manière anecdotique [7]. L’administration de rFeIFN à la dose de 0,1 MU/j diminue de manière significative les scores lésionnels et relatifs à la douleur orale, alors que cette molécule ne possède aucun effet anti-inflammatoire direct. La prednisolone, en revanche, n’abaisse pas de manière significative les scores lésionnels, mais il n’existe aucune différence significative entre les deux groupes. Le faible nombre de cas dans chaque groupe pourrait expliquer que cette différence ne soit pas significative. Une nette amélioration ou une guérison complète sont observées dans 45 % des cas (selon les praticiens) traités au rFeIFN. Ce résultat est encourageant, mais 45 % des chats ne montrent aucune réponse ou leur état s’aggrave durant le traitement. Celui-ci ne doit donc pas être considéré comme une solution miracle.

LIMITES DE L’ÉTUDE

Un placebo n’a pas pu faire office de contrôle pour des raisons éthiques. La corticothérapie a été utilisée comme témoin positif. Les résultats montrent un effet comparable ou meilleur du rFeIFN par rapport à la prednisolone. La régression des lésions inflammatoires et des signes associés grâce à cette molécule est donc démontrée.

Le faible nombre d’animaux inclus dans cette étude et la durée de suivi limitée à 3 mois ont pu masquer d’éventuelles différences entre les groupes rFeIFN et Pr.

L’utilisation de scores cliniques et lésionnels comporte une part de subjectivité. Ce biais est accentué par la multiplicité des opérateurs qu’implique un essai multicentrique.

L’administration de médicaments de secours peut influencer les résultats du groupe qui y a eu le plus recours. Les auteurs ont recherché cette éventualité et ont trouvé une différence significative du score comportemental entre les chats selon qu’ils bénéficient ou non d’un traitement de secours dans le groupe rFeIFN. Cette différence n’est pas retrouvée pour les scores de douleur orale dans aucun des deux groupes.

Conclusion

L’utilisation de rFeIFN à la dose de 0,1 MU/j par voie oromucosale est associée à une amélioration clinique et lésionnelle chez les chats atteints de stomatite caudale réfractaire et porteurs du FCV. L’effet de ce traitement est au moins aussi bon que celui de la corticothérapie à dose anti-inflammatoire sur une période de 3 mois.

Références

  • 1. Belgard S, Truyen U, Thibault JC et coll. Relevance of feline calicivirus, feline immunodeficiency virus, feline leukemia virus, feline herpesvirus and Bartonella henselæ in cats with chronic gingivostomatitis. Berl Munch Tierarztl Wochenschr. 2010;123(9-10):369-376.
  • 2. DeBowes LJ. Feline Caudal stomatitis. In: Bonagura JD et Twedt DC. Kirk’s Current Veterinary Therapy XIV. Ed. Saunders, Saint Louis. 2009:476-478.
  • 3. Dowers KL, Hawley JR, Brewer MM et coll. Association of Bartonella species, feline calicivirus, and feline herpesvirus 1 infection with gingivostomatitis in cats. J. Feline Med. Surg. 2010;12(4):314-321.
  • 4. Harley R, Gruffydd-Jones TJ, Day MJ. Salivary and serum immunoglobulin levels in cats with chronic gingivostomatitis. Vet. Rec. 2003;152:125-129.
  • 5. Hennet P. Chronic gingivo-stomatitis in cats: long-term follow-up of 30 cases treated by dental extractions. J. Vet. Dent. 1997;14:15-21.
  • 6. Lommer MJ, Verstraete FJ. Concurrent oral shedding of feline calicivirus and feline herpesvirus 1 in cats with chronic gingivostomatitis. Oral Microbiol. Immunol. 2003;18(2):131-134.
  • 7. Southerdern P, Gorrel C. Treatment of a case of refractory feline chronic gingivostomatitis with feline recombinant interferon omega. J. Small Anim. Pract. 2007;48:104-106.

RÉSUMÉ

OBJECTIF

Comparer l’efficacité de l’interféron félin (rFeIFN) et de la corticothérapie chez des chats porteurs du calicivirus (FCV) et atteints de stomatite caudale féline réfractaire.

MÉTHODE

Les animaux sont recrutés sur les critères suivants : présences de lésions du complexe gingivostomatite féline (CGSF), avec au moins une stomatite caudale, et du FCV (détecté par PCR, polymerase chain reaction), symptômes réfractaires au traitement conventionnel (soins dentaires conservateurs, extractions dentaires sélectives, antibiothérapie).

Les animaux sont attribués de manière randomisée au groupe rFeIFN (0,1 MU de rFeIFN/j par voie oromucosale, pendant 3 mois) ou au groupe Pr (prednisolone à doses dégressives sur 6 semaines).

Les traitements “de secours” autorisés comprennent le butorphanol, le méloxicam et la clindamycine.

Le suivi est effectué sur 3 mois à l’aide de scores attribués à plusieurs critères comportementaux, cliniques (douleur orale, halitose, adénomégalie rétromandibulaire) et lésionnels (sévérité et surface de la stomatite caudale et sévérité de la mucosite alvéolaire).

RÉSULTATS

• 39 chats sont inclus.

Une diminution des scores lésionnels et du score de douleur orale est observée dans les deux groupes, mais elle n’est significative que dans le groupe rFeIFN. Cependant, aucune différence significative n’est mise en évidence entre les groupes, sauf pour la douleur orale à 2 et à 3 mois.

L’animal est jugé guéri ou nettement amélioré dans 45 % des cas du groupe rFeIFN et dans 23 % des cas du groupe Pr (différence non significative).

• 33 % des chats du groupe rFeIFN et 60 % de ceux du groupe Pr ont bénéficié d’un traitement de secours durant l’essai.

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