Le point Vétérinaire Canin n° 318 du 01/09/2011

REPRODUCTION CANINE

Article de synthèse

Kevin Lecoq*, Anne Gogny**, Francis Fiéni***


*Internat en clinique des animaux de compagnie
**Service hospitalier de reproduction
des animaux de compagnie
Centre hospitalier universitaire vétérinaire
***Unité de biotechnologie et de pathologie
de la reproduction
Oniris, École nationale vétérinaire, Agro-
alimentaire et de l’Alimentation Nantes-Atlantique,
BP 40706, 44307 Nantes Cedex 3

Chez la chienne, les méthodes de détermination de la date présumée du terme s’appuient sur des dosages hormonaux et des mesures échographiques et radiographiques.

Résumé

→ Au moment de la saillie, il est possible de prévoir la date de la mise bas, en identifiant le moment de l’ovulation par dosage de la progestérone plasmatique, éventuellement associé à un suivi échographique des ovaires.

→ En cours de gestation, l’estimation de la date du terme est plus précise pendant le deuxième tiers de la gestation. La mesure échographique du diamètre intérieur de la cavité chorionique donne l’estimation la plus fiable. En fin de gestation, la mesure du diamètre bipariétal est plus adaptée. L’exactitude de l’estimation est de l’ordre de 87 % pour une évaluation à 48 heures près. Lorsque la taille de la portée est réduite, notamment en cas de chiot unique, les tables de prédiction sont moins adaptées, mais aucune autre donnée n’existe actuellement.

→ En fin de gestation, le terme peut être identifié par la chute de la progestérone plasmatique.

Connaître la date présumée du terme permet d’organiser les moyens de surveillance matériels et humains, d’anticiper et de programmer les soins ou les interventions adaptés aux risques encourus par la mère ou les fœtus.

Chez les chiennes à risque (chiot unique, antécédents d’atonie utérine ou de dystocie, d’éclampsie, diabète gestationnel, etc.), connaître la date du terme permet de mettre en œuvre des soins appropriés ou de savoir quand déclencher médicalement la mise bas (photo 1). Lors d’insuffisance lutéale, l’administration de progestérone (P4) peut être arrêtée au moment opportun. Pour les races prédisposées aux dystocies (brachycéphales, races géantes avec des portées de petite taille et des gros chiots, etc.), programmer une césarienne peu avant la date du terme limite le risque de prématurité des chiots et augmente le nombre de chiots vivants [32]. Un dépassement de terme ou, au contraire, une mise bas prématurée peuvent aussi être diagnostiqués avec certitude.

Or, dans l’espèce canine, estimer la date de la mise bas en fonction des jours écoulés depuis celle de la saillie est peu fiable (encadré 1). En revanche, il est possible de recourir à des dosages hormonaux ou à des examens échographiques, réalisés au moment de la saillie, en cours de gestation ou juste avant le part (figure, tableau 1).

AU MOMENT DE LA SAILLIE

1. Identifier le pic de LH

Évaluation directe par dosage de la LH sérique

Le pic de LH (luteinizing hormone, hormone lutéinisante) est un repère physiologique fiable à partir duquel il est possible de déterminer la date de la parturition, qui survient 65 ± 1 jours après [10]. En pratique, sa mise en évidence est difficile, car l’augmentation de la LH sérique varie selon les chiennes, tant dans ses valeurs que dans sa durée. Ainsi, le pic de LH ([LH sérique] > 10 ng/ml) dure en moyenne 12 heures et l’augmentation de la LH sérique au-delà des valeurs basales, de 24 à 72 heures. De même, la valeur maximale de la LH sérique varie de 13,6 à 42,4 ng/ml, avec une moyenne de 24,8 ± 3,1 ng/ml [17]. Pour identifier ce pic, il convient donc de réaliser des mesures plusieurs fois par jour. Cela rend cette méthode peu pratique.

Techniquement, la mesure de la LH sérique repose sur l’évaluation de la fixation de la LH à un anticorps [17, 22, 26]. Les tests radio-immunologiques et Elisa (enzyme linked immunosorbent assay, dosage immuno-enzymatique sur support solide) sont quantitatifs. Le test d’immunomigration rapide (Witness LH®) est semi-quantitatif et indique si la concentration en LH de l’échantillon de sérum est supérieure ou inférieure à 1 ng/ml [27].

Évaluation indirecte par dosage de la progestérone sérique

Chez la chienne, la lutéinisation des follicules ovariens débute avant l’ovulation [3, 4]. La concentration de la progestérone plasmatique augmente progressivement d’une valeur basale inférieure à 1 ng/ml (3,18 nmol/l) en anœstrus et en pro-œstrus à 1 à 3 ng/ml (3,18 à 9,54 nmol/l) au moment du pic de LH. Ces données sont remarquablement constantes d’une chienne à une autre et sont utilisables pour identifier le pic de LH [3, 19]. Si J0 (jour du pic de LH) est défini comme le premier jour où la progestéronémie dépasse 1,5 ng/ml (4,77 nmol/l), la date de la mise bas peut être estimée avec 100, 90 et 67 % de succès dans des intervalles de respectivement 3, 2 et 1 jours pour une durée de gestation de 65 jours [19]. Ces résultats sont indépendants du poids des chiennes et de la taille de la portée. Néanmoins, chez certaines chiennes, la progestérone plasmatique augmente au-dessus de 2 ng/ml (6,36 nmol/l) dans un premier temps, puis rechute ou plafonne à 2 ng/ml (6,36 nmol/l) pendant plusieurs jours. Cela conduit à des erreurs dans l’estimation de la date du pic de LH et rend le suivi de la chienne nécessaire jusqu’à ce que la concentration plasmatique de la progestérone soit compatible avec une ovulation (cf. infra) [17].

En pratique, la progestéronémie est plus facile à doser que les valeurs sériques de la LH. La méthode de référence pour mesurer la progestérone sérique est la radio-immunologie, réalisée dans les laboratoires d’analyses spécialisés. La mesure par immuno-chimioluminescence est également quantitative. Elle peut être effectuée dans les centres d’insémination, dans les cliniques vétérinaires qui disposent de l’appareil et dans certains laboratoires d’analyses de médecine humaine. Comparée à la radio-immunologie, l’immuno-chimioluminescence ne requiert pas d’isotopes radioactifs, les appareils de mesure sont moins coûteux et leur maintenance est moins lourde. De plus, les résultats sont obtenus en une heure. En revanche, la précision de la mesure est inférieure et le seuil de détection est plus élevé. Cependant, ces différences n’ont pas d’incidence sur les applications cliniques en reproduction canine [19].

Une évaluation semi-quantitative de la progestérone sérique est également possible avec des tests qui reposent sur la méthode Elisa, mais leur sensibilité est nettement inférieure à celle des tests quantitatifs, surtout dans la fourchette d’intérêt située entre 1,5 (4,77 nmol/l) et 3 ng/ml (9,54 nmol/l) [2, 11, 12, 31].

2. Identifier le moment de l’ovulation

Dosage de la progestérone sérique

Chez la chienne, la gestation dure le plus souvent de 63 ± 1 jours à partir de l’ovulation. Cependant, des variations sont observées selon le nombre de chiots ou la race [24, 28]. L’ovulation a lieu 24 à 48 heures après le pic de LH et les valeurs de la progestéronémie qui y sont associées sont de 2 (6,36 nmol/l) à 8 ng/ml (25,44 nmol/l) [3, 18]. Néanmoins, des variations importantes sont observées selon les femelles [19].

Examen échographique ovarien

Il est possible de visualiser l’ovulation directement, par un examen échographique des ovaires. Cette méthode requiert un échographe perfectionné et un manipulateur expérimenté, ainsi que des sondes de fréquence élevée. Selon les auteurs, avec une sonde échographique de 7,5 MHz, l’ovulation est détectée chez 33 à 100 % des chiennes [16, 18, 30]. Cependant, des sondes linéaires de 10 à 15 MHz sont recommandées car elles offrent une meilleure résolution spatiale pour les structures superficielles. En pro-œstrus, le développement folliculaire est matérialisé par des petites structures anéchogènes rondes à paroi mince, de 2 à 5 mm de diamètre, ne créant pas d’artefact de renforcement postérieur. Le nombre de follicules diminue progressivement tandis que leur taille augmente. Au moment de l’ovulation, le signe le plus constant est une disparition totale des images folliculaires, qui rend l’ovaire difficile à voir pendant 1 à 3 jours. Après cette période, des corps jaunes apparaissent (photo 2). Ils présentent un centre anéchogène et peuvent être confondus avec des follicules préovulatoires. Aussi le suivi de l’ovulation par un examen échographique requiert-il des examens multiples (a minima deux fois par jour) autour de la période présumée de l’ovulation [15, 16]. De plus, la précision du résultat est inférieure à celle qui est obtenue avec le dosage de la progestérone.

AU COURS DE LA GESTATION

Lorsque les données sur la date de début de la gestation ne sont pas connues, il est possible de déterminer le stade gestationnel à partir de la mesure de certains paramètres biométriques fœtaux ou des annexes.

L’examen radiographique peut être utilisé à partir de 20 jours prépartum, stade auquel le squelette fœtal devient visible (tableau 2) [5, 29]. Deux clichés, de face et de profil, permettent de dénombrer les chiots par comptage des crânes et des colonnes vertébrales, et, en cas de suspicion de disproportion materno-fœtale, d’estimer grossièrement si les fœtus pourront franchir la filière pelvienne au moment de la naissance (photos 3a et 3b). Cependant, la date du terme ne peut être évaluée par cette méthode car il n’existe pas de valeurs de référence, et de grandes variations sont observées selon les races et les individus. De plus, la minéralisation osseuse, parfois complète dès 58 jours de gestation, ne présume pas systématiquement de la maturité des chiots, dont certains ne survivraient pas ex utero.

Certains repères échographiques sont constants dans l’espèce canine et ne dépendent pas de la race de l’animal (tableau 3) [13]. Ils peuvent être employés pour déterminer approximativement le stade de la gestation, mais pas pour établir précisément la date de la mise bas, car le moment où ils sont mis en évidence dépend de l’expérience de l’échographiste et du matériel utilisé.

La mesure échographique des structures et des annexes fœtales a conduit à la construction de courbes de croissance qui permettent d’estimer la date du terme. Il existe cependant des différences importantes liées à la taille des femelles [13, 23, 25, 33, 36].

1. Pendant le deuxième tiers de la gestation

Entre 45 jours (soit 18 à 20 jours après le pic de LH) et 25 jours prépartum, le diamètre intérieur de la cavité chorionique (ICC, inner diameter of the chorionic cavity) est le meilleur indicateur de l’âge fœtal [1, 20, 23, 33, 36]. Cette période correspond aussi au moment où est réalisé le diagnostic de gestation. À ce stade, l’examen échographique met en évidence les vésicules embryonnaires, qui apparaissent comme des structures sphériques bien délimitées et au contenu anéchogène (photo 4). Le diamètre intérieur de la cavité chorionique est la valeur la plus fortement corrélée au stade de la gestation. Selon le moment de la mesure, la cavité chorionique correspond à la vésicule vitelline ou à la vésicule allantoïde. En raison de la difficulté à obtenir une coupe strictement circulaire, le diamètre est calculé sur la base de la moyenne arithmétique de deux mesures perpendiculaires effectuées sur au moins deux vésicules (encadré 2) [20, 36]. Au-delà de 25 jours prépartum, la vésicule embryonnaire perd sa forme sphérique et la mesure du diamètre de la cavité n’est plus informative [13].

2. Pendant la seconde moitié de la gestation

À partir du 35e jour de gestation, la mesure du diamètre du crâne est possible car la tête est différenciée du tronc [23]. La distance de référence est le diamètre bipariétal, qui correspond à la distance maximale entre les deux os pariétaux, lorsque ceux-ci sont parallèles sur une coupe frontale. C’est le critère le plus fiable pour estimer la date du terme après 35 jours de gestation [1, 13, 23]. La symétrie de la coupe est attestée par la position médiane de la ligne hyperéchogène formée par la faux du cerveau (photo 5). La mesure peut être réalisée sur une coupe transverse ou dorsale du crâne [13, 33].

Cette mesure peut être associée à celle du diamètre abdominal, obtenue sur une coupe transversale de la bulle anéchogène de l’estomac (encadré 3, tableau 4, photo 6). L’association des diamètres bipariétal et abdominal semble apporter un degré de précision supplémentaire [13]. Cependant, cela n’est pas confirmé par une autre étude qui prend en compte le diamètre abdominal et le diamètre bipariétal, mais également le diamètre de la cavité chorionique et la longueur croupe-tête du fœtus (tableau 5) [36]. Comme chez les ruminants et les équidés, cette longueur permet de juger du stade de la gestation. Chez le chien, elle peut être appréciée entre 26 et 45 jours de gestation. Au-delà de cette période, la mesure n’est plus possible, en raison de l’incurvation fœtale et de la taille du fœtus qui dépasse celle de la sonde échographique.

Ces tables sont utilisables pour toutes les chiennes de 10 à 40 kg, mais nécessitent l’application de facteurs de correction pour celles de poids inférieur à 10 kg (+ 1 jour) et pour celles de poids supérieur à 40 kg (– 2 jours). Lorsque ces facteurs de correction sont mis en œuvre, ces deux outils permettent d’estimer la date de la mise bas avec exactitude dans 87 % des cas, dans un intervalle de 2 jours autour de la date prévue. La précision de la table d’England serait légèrement supérieure à celle de la table de Yeager à partir de 43 jours de gestation [20]. La taille de la portée n’influence pas la justesse du résultat calculé avec ces instruments [13].

Une petite portée (un seul chiot chez une chienne de race de petite taille ou moins de 5 chiots chez une chienne de race de taille moyenne) ou, au contraire, une portée de grande taille (plus de 6 chiots chez une chienne de race de petite taille ou plus de 9 chiots chez une chienne de race de taille moyenne) influence significativement la fiabilité de l’estimation obtenue par la mesure du diamètre bipariétal [1, 23]. De plus, le pourcentage de mâles et de femelles de la portée n’a pas d’influence sur la précision de l’estimation, et celle-ci est similaire pour les races de petite taille et de taille moyenne.

Malgré l’incertitude de 2 jours autour de la date présumée de la mise bas, ces mesures sont très intéressantes lorsque la chienne est présentée alors que la gestation est engagée et que seule la date de la saillie est connue. Il convient d’appliquer ces outils sur plusieurs fœtus pour limiter les erreurs.

Juste avant la mise bas

Chez la chienne, l’imminence de la mise bas se traduit par une montée de lait (entre 3 et 8 jours avant selon la parité de la femelle), des modifications comportementales (agitation, fabrication d’un nid, etc.), une augmentation de la laxité ligamentaire (bascule du bassin, distension de la symphyse pubienne), une dilatation et un relâchement vulvaires [6]. La fonte du bouchon muqueux a lieu en moyenne 24 heures avant le début du travail et indique l’ouverture du col [7].

Ces signes apparaissent plus ou moins tard selon les chiennes et le nombre de gestations antérieures. Ils ne peuvent donc pas être exploités pour indiquer le moment précis du part.

1. Prévision de la mise bas par dosage de la progestéronémie

Chez la chienne, la progestérone plasmatique augmente après l’œstrus, jusqu’à atteindre une valeur de 15 à 80 ng/ml (47,7 à 254,4 nmol/l), qui persiste en plateau jusqu’à 40 à 45 jours de gestation environ. Pendant le dernier tiers de la gestation, la concentration de la progestérone plasmatique diminue. Et 24 à 36 heures avant le part, elle chute brutalement pour atteindre 1 à 2 ng/ml (3,18 à 6,36 nmol/l) [7]. La détection de cette baisse permet de prédire la mise bas dans les 24 à 36 heures [14, 21, 35]. Cette méthode peut être utile dans les cas où une césarienne est envisagée, en complément des autres techniques d’estimation de la date du part [21].

En pratique, avec une sensibilité et une spécificité de respectivement 89,1 et 96,3 %, le dosage par radio-immunologie est le procédé le plus fiable. À 48 heures, il a une valeur prédictive positive de 95,3 % (probabilité que la mise bas ait effectivement lieu dans les 48 heures si la progestérone est inférieure à 1 ng/ml) et une valeur prédictive négative de 91,2 % (probabilité que la mise bas ne survienne pas dans les 48 heures si la progestérone est supérieure à 1 ng/ml) [21]. Cependant, le délai de réponse du laboratoire n’est pas conciliable avec les impératifs liés aux indications de l’analyse (programmation d’une césarienne, par exemple).

Bien qu’aucune étude validée n’ait été menée, la fiabilité du dosage par chimioluminescence est probablement similaire à celle qui est notée dans la détection de l’ovulation, puisqu’il s’agit d’un dosage quantitatif.

Les tests Elisa semi-quantitatifs semblent représenter une solution alternative possible pour le praticien. 100 % des dosages sanguins réalisés chez les chiennes le jour du part et 81,5 % de ceux prélevés chez les femelles qui mettent bas le lendemain de la prise de sang font état d’une valeur basale (< 1 ng/ml) de progestérone plasmatique (Ovulation Test®). Pour prédire une mise bas dans les 48 heures, la valeur prédictive positive de ce test est donc de 90,9 % et sa valeur prédictive négative, de 76,1 % [21]. En revanche, cet examen doit être associé à d’autres méthodes (identification des prodromes du part, mesures échographiques, etc.) lorsque la valeur de progestérone plasmatique est élevée. De plus, cette technique implique un suivi quotidien de la chienne avant la date présumée de la chute de la progestérone.

2. Surveillance de la température centrale

La température centrale chute d’environ 0,84 °C pendant 12 à 24 heures juste avant le début du part (signe de Liebenberg) [8]. Ce phénomène est transitoire. La température remonte durant le part et reste élevée pendant quelques jours après. Elle est le reflet de la chute brutale de la progestérone plasmatique. Cependant, cette méthode ne peut être utilisée pour prédire la mise bas car il existe de nombreuses causes de modifications de la température centrale (maladies, variations individuelles, etc.) [35].

Conclusion

Chez la chienne, la date du terme peut être prévue dès le début de la gestation par identification du moment de l’ovulation. En cours de gestation, les mesures échographiques du diamètre de la cavité chorionique et du diamètre bipariétal cranial permettent de confronter les résultats obtenus à des tables de référence. Ces dernières donnent une indication de la date de la mise bas. En fin de gestation, le terme est prévu par l’observation d’une chute de la progestérone plasmatique.

Références

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ENCADRÉ 1
Estimer la date de la mise bas à partir de celle de la saillie : les raisons pour lesquelles ce n’est pas possible

→ Le repère le plus simple à identifier est la date de la saillie. Cependant, dans l’espèce canine, l’intervalle entre la première saillie et la parturition varie de 57 à 72 jours, ce qui ne permet pas de prévoir la date de la mise bas avec précision [10]. Cela est lié à la longévité des spermatozoïdes canins dans les voies génitales de la femelle, de l’ordre de 4 à 6 jours (voire 11 jours) lors de saillie naturelle ou d’insémination en sperme frais.

Elle s’explique aussi par le comportement de la femelle vis-à-vis du mâle. L’acceptation du chevauchement coïncide théoriquement avec le début de l’œstrus, qui correspond dans la majorité des cas au pic d’hormone lutéinisante (LH) préovulatoire [9]. Cet élément pourrait être utile puisque, chez la chienne, la gestation dure 65 ± 1 jours à partir du pic de LH [10]. Mais, dans les faits, certaines chiennes très dominées acceptent le mâle bien avant le début de l’œstrus et d’autres refusent d’être saillies qu’elles soient ou non en œstrus. Le début de l’acceptation du mâle ne constitue donc pas un point de repère. De plus, les chiennes acceptent le chevauchement pendant environ une semaine. Il est alors difficile de savoir exactement à quel moment la femelle a commencé à accepter le mâle [9].

→ Chez la chienne, les ovocytes sont expulsés en métaphase I, à la différence des autres espèces où ils sont expulsés en métaphase II. La méiose s’achève dans les oviductes et les ovocytes ne sont fécondables que 48 à 72 heures après l’ovulation. En revanche, la durée de vie de ces derniers est longue, de l’ordre de 4 à 5 jours, et l’ovulation des différents ovocytes peut s’étendre sur plusieurs jours [9, 34].

→ Il n’est donc pas possible de connaître précisément la date de la mise bas si le repère retenu pour le début de la gestation est uniquement comportemental (début de l’œstrus ou saillie).

ENCADRÉ 2
Formules pour calculer la date prévue du part à partir de la mesure échographique du diamètre intérieur de la cavité chorionique et selon le format de la chiennegestation

→ Chienne de moins de 10 kg : jours avant la parturition = (ICC en mm – 68,68)/1,53.

→ Chienne de 10 à 40 kg : jours avant la parturition = (ICC en mm – 82,13)/1,8.

La mesure du diamètre de la cavité chorionique permet d’apprécier la date de la mise bas avec exactitude dans 76,8 % des cas avec un intervalle de 1 jour et dans 86,3 % des cas avec un intervalle de 2 jours autour de la date annoncée. La taille de la portée ne semble pas influencer la fiabilité de l’estimation de la date du terme obtenue par la mesure de l’ICC [1, 23].

ENCADRÉ 3
Formules de calcul de la date du terme dans la deuxième partie de gestation

→ En fonction des diamètres bipariétal et abdominal fœtaux : nombre de jours avant parturition = (34,27 – 5,89 x diamètre bipariétal [en cm]) – (2,77 x diamètre abdominal [en cm]).

→ En fonction du diamètre bipariétal et du format de la chienne :

– chienne de moins de 10 kg : jours avant parturition = (diamètre bipariétal en mm – 25,11)/0,61 ;

– chienne de 10 à 40 kg : jours avant parturition = (diamètre bipariétal en mm – 29,18)/0,7.

Dans ce cas, la mesure du diamètre bipariétal permet d’estimer la date de la mise bas avec exactitude dans 69,5 % des cas avec un intervalle de 1 jour et dans 85 % des cas avec un intervalle de 2 jours autour de la date annoncée [23].

Points forts

→ Le pic d’hormone lutéinisante (LH) est un repère fiable pour déterminer la date de la parturition, qui survient 65 ± 1 jours après. Cependant, il est difficile à identifier.

→ Entre 45 jours et 25 jours prépartum, le diamètre intérieur de la cavité chorionique est le meilleur indicateur de l’âge fœtal.

→ Le diamètre bipariétal est le critère le plus fiable pour estimer la date du terme après 35 jours de gestation.

→ La concentration plasmatique en progestérone chute brutalement 24 à 36 heures avant le part.

Remerciements

au Dr Xavier Lévy pour le prêt de ses photos.

1. Chez les chiennes à risque (ici, une portée de taille importante est attendue), connaître la date du terme permet de mettre en œuvre des soins adaptés ou de savoir quand déclencher médicalement la mise bas.

FIGURE
Principales méthodes pour déterminer la date de la mise bas chez la chienne

FIGUREPrincipales méthodes pour déterminer la date de la mise bas chez la chienne

LH : hormone lutéinisante ; P4 : progestérone.

2. Corps jaunes trois jours après ovulation chez un cavalier king Charles. Il convient de ne pas les confondre avec des follicules préovulatoires.

3a et 3b. Deux clichés radiographiques abdominaux, de profil (3a) et de face (3b), chez une chienne gestante permettent d’estimer approximativement si les fœtus (flèches bleues) pourront franchir la filière pelvienne au moment (flèche orange) du part. Le nombre de fœtus, ici, est au moins égal à 11.

3a et 3b. Deux clichés radiographiques abdominaux, de profil (3a) et de face (3b), chez une chienne gestante permettent d’estimer approximativement si les fœtus (flèches bleues) pourront franchir la filière pelvienne au moment (flèche orange) du part. Le nombre de fœtus, ici, est au moins égal à 11.

4. Mesure échographique du diamètre intérieur de la cavité chorionique fœtale chez une chienne gestante. Entre 45 jours et 25 jours prépartum, cette mesure est le meilleur indicateur de l’âge fœtal. Les vésicules embryonnaires apparaissent comme des structures sphériques bien délimitées et au contenu anéchogène.

5. Mesure échographique du diamètre pariétal fœtal chez une chienne gestante. À partir du 35e jour de gestation, la mesure de référence est celle du diamètre bipariétal (pointillés jaunes). La symétrie de la coupe est attestée par la position médiane de la ligne hyperéchogène formée par la faux du cerveau.

6. Mesure échographique du diamètre abdominal fœtal chez une chienne gestante. La mesure du diamètre bipariétal peut être associée à celle du diamètre abdominal (pointillés jaunes), obtenue sur une coupe transversale au niveau de la bulle anéchogène de l’estomac.

TABLEAU 1
Principales méthodes et leur degré de fiabilité pour estimer la date de la mise bas chez la chienne selon le moment de la gestation

TABLEAU 1Principales méthodes et leur degré de fiabilité pour estimer la date de la mise bas chez la chienne selon le moment de la gestation

TABLEAU 2
Développement embryonnaire et fœtal chez le chien : repères visibles à l’examen radiographique et moment où ils commencent à être détectés

TABLEAU 2Développement embryonnaire et fœtal chez le chien : repères visibles à l’examen radiographique et moment où ils commencent à être détectés

TABLEAU 3
Développement embryonnaire et fœtal chez le chien : repères visibles à l’examen échographique et moment où ils commencent à être détectés

TABLEAU 3Développement embryonnaire et fœtal chez le chien : repères visibles à l’examen échographique et moment où ils commencent à être détectés

TABLEAU 4
Estimation du nombre de jours restants avant le terme en fonction des mesures échographiques des diamètres bipariétal du crâne et abdominal du fœtus canin

TABLEAU 4Estimation du nombre de jours restants avant le terme en fonction des mesures échographiques des diamètres bipariétal du crâne et abdominal du fœtus canin

TABLEAU 5
Estimation de la date du terme en fonction du diamètre de la cavité chorionique, du diamètre abdominal, de la longueur croupe-tête et du diamètre bipariétal du crâne du fœtus canin

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Parce que l’échographie se démocratise et n’est plus réservée qu’au seul vétérinaire spécialiste, Hélène Kolb, Isabelle Testault, avec la collaboration de Delphine Rault et de Laure Gatel pour les chapitres ayant trait à l’appareil reproducteur, nous font partager dans cet ouvrage toute leur expertise en échographie abdominale du chien et du chat. L’aspect échographique normal et pathologique de chaque organe est décrit dans cet atlas de référence comprenant plus de 600 images.

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