Le point Vétérinaire Canin n° 317 du 01/07/2011
 

OPHTALMOLOGIE FÉLINE

Cas clinique

Anthony Bartolo

Clinique vétérinaire
28, avenue de Royan
17130 Montendre

Un chat mâle castré de 9 mois est présenté pour une faiblesse généralisée et des troubles de la vision d’apparition soudaine. Une affection systémique est suspectée.

L’animal est un chat d’extérieur qui vit avec sa mère et pour lequel aucun antécédent pathologique n’est rapporté. Il n’est ni vacciné ni vermifugé et ses propriétaires ne relatent aucun commémoratif particulier.

CAS CLINIQUE

Le chat présente une faiblesse généralisée, avec une perte d’appétit et une paraparésie aiguë évolutive. Un amaigrissement progressif est noté, sans trouble digestif associé. Les constantes vitales sont normales, tout comme l’auscultation et la palpation abdominale.

Il est atteint d’une cécité complète et un changement d’aspect important des deux yeux est observé, avec principalement un trouble de la chambre antérieure et un hypopion plus marqué à gauche. Les deux pupilles sont statiques, la pression oculaire est abaissée à 8 mmHg et le test à la fluorescéine est négatif des deux côtés. L’examen du fond de l’œil droit met en évidence une choriorétinite étendue. Les signes d’uvéite antérieure bilatérale associés à la choriorétinite orientent vers un trouble systémique (photos 1 et 2).

Une prise de sang est réalisée. Une anémie marquée et une leucopénie modérée, ainsi qu’une hyperglobulinémie à 60 g/l sont mises en évidence. Le chat est séro-négatif pour les virus de l’immunodéficience féline et de la leucose féline. Une recherche sérique de la toxoplasmose et du coronavirus félin est effectuée. Un traitement symptomatique de l’uvéite est instauré avec de la dexaméthasone en collyre (Maxidrol®(1)) instillée cinq fois par jour et de l’atropine collyre trois fois par jour, en association avec de la prednisolone dosée à 1 mg/kg/j et de la clindamycine à 25 mg/kg/j (suspicion de toxoplasmose). Après une amélioration transitoire, l’état général se dégrade rapidement et l’animal est euthanasié 10 jours plus tard. La sérologie toxoplasmose se révèle négative et le résultat est fortement positif pour la coronavirose, ce qui confirme la très forte suspicion de péritonite infectieuse féline.

DISCUSSION

Les uvéites félines sont fréquentes. Le motif de consultation est souvent un changement d’aspect de l’œil, l’apparition d’un voile ou d’une rougeur oculaire, de survenue aiguë ou progressive. La reconnaissance d’une uvéite antérieure est facilitée par le grand nombre de manifestations cliniques, comme un effet Tyndall, un œdème cornéen, une rubéose ou un changement de pigmentation de l’iris, un myosis ou des précipités rétrokératiques. La pression intra-oculaire est le plus souvent abaissée. Dans les cas évolués, une cataracte, une luxation du cristallin, un glaucome ou une phtisie du globe, voire un sarcome intra-oculaire, peuvent être observés jusqu’à plusieurs années plus tard.

Établir le diagnostic étiologique est parfois évident (traumatisme ou plaie oculaire), mais le recours à des examens complémentaires est le plus souvent requis. Une uvéite bilatérale ou la présence d’autres symptômes cliniques orientent vers un trouble systémique (infections et tumeurs surtout), d’où la nécessité d’un examen clinique complet. Cependant, 50 % des uvéites félines restent idiopathiques malgré les investigations.

Le traitement est étiologique (si possible) et symptomatique. Il doit réduire l’inflammation oculaire à l’aide de corticoïdes en premier choix (acétate de dexaméthasone ou de prednisolone), ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens en fonction du statut infectieux et lors d’ulcère cornéen. De l’atropine est instillée régulièrement pour prévenir la formation de synéchies et gérer la douleur oculaire. Des anti-inflammatoires par voie générale sont requis dans certains cas.

(1) Médicament humain.

1. L’œil droit présente un œdème conjonctival, un hyphéma, un hypopion et un trouble marqué de la chambre antérieure. La pupille est fixe et le réflexe photomoteur est absent des deux côtés. L’examen du fond d’œil révèle la présence d’une choriorétinite.

2. L’œil gauche présente un œdème conjonctival, un hypopion très important et organisé, un trouble de la chambre antérieure, une néovascularisation cornéenne périphérique et une pupille en myosis. Les deux yeux ne montrent aucune réponse à la menace.

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