Le point Vétérinaire n° 317 du 01/07/2011
 

DERMATOPHYTOSE CHEZ LE COBAYE

Thérapeutique

Adeline Linsart*, Hervé Pouliquen**


*Unité NAC
Centre hospitalier vétérinaire Saint-Martin
275, route Impériale
74370 Saint-Martin-Bellevue
**Auteur coordinateur

Les rongeurs sont fréquemment porteurs sains de dermatophytes. Le stress provoqué par l’adoption peut déclencher l’apparition de signes cliniques.

Chez le chien et le chat atteints de teigne, il est conseillé d’associer un traitement antifongique systémique, permettant la guérison clinique et mycologique, à un traitement antifongique local, limitant la dissémination des spores dans l’environnement, pendant une durée de 4 à 6 semaines au minimum. Chez le cobaye, les contraintes liées à ce type de prise en charge (coût, modalités d’administration, durée) conduisent souvent le propriétaire à privilégier le traitement local au détriment du traitement systémique.

Énilconazole par voie cutanée après coupe des poils

La tonte préalable des lésions de teigne, fréquemment de petites lésions alopéciques limitées à la face (contours périnasal et péri-oculaire) ou aux pattes, n’est pas recommandée (photo). Très stressante, elle peut provoquer des microlésions cutanées favorisant l’aggravation de la dermatose. De plus, elle contamine le matériel et facilite la dispersion des poils. Une coupe courte des poils en périphérie des lésions, à l’aide de ciseaux courbes, est préférée afin d’améliorer l’efficacité du traitement local.

Ce dernier repose sur l’application cutanée d’énilconazole à 0,2 % (Imavéral® utilisé hors autorisation de mise sur le marché ou AMM). Les actions fongicide et sporicide de la molécule limitent la dissémination des spores dans l’environnement et diminuent ainsi le risque zoonotique. La solution diluée est appliquée sur la totalité du pelage tous les 4 jours. L’animal n’est pas rincé mais soigneusement séché. Ce mode d’administration expose le cobaye à des effets secondaires : modification de la qualité du poil (problématique chez les individus destinés à des concours, notamment dans les variétés satin ou lunkharya) et hypothermie grave après balnéation, augmentation de l’exposition par toilettage/léchage et inhalations.

Des antiseptiques fongicides (chlorhexidine diluée à 3 %, polyvidone iodée) peuvent également être appliqués sur les lésions (en insistant plus particulièrement sur les poils sains de la périphérie des lésions).

Griséofulvine ou itraconazole par voie orale

Deux molécules sont couramment utilisées hors AMM par voie orale lors de teigne chez le cobaye : la griséofulvine (Fulviderm®) et l’itraconazole (Itrafungol®).

L’administration orale de griséofulvine ne nécessite pas de repas enrichi en graisse, qui est contre-indiquée chez le cobaye. La griséofulvine a une action fongistatique qui disparaît dès l’arrêt du traitement, rendant indispensable son administration pendant plusieurs semaines. Chez le cobaye, elle est recommandée à la dose de 25 mg/kgtoutes les 24 heures per os pendant 5 semaines au minimum. Toutefois, les données pharmacocinétiques et pharmacodynamiques semblent indiquer qu’une posologie de 25 mg/kg toutes les 12 heures serait plus efficace. Des entéropathies sont possibles à la suite du traitement. Celui-ci est contre-indiqué chez les animaux débilités et les femelles gestantes (effet tératogène et mortinatalité démontrés chez le chinchilla, le chat et le chien).

L’itraconazole s’accumule dans les tissus riches en graisse et est notamment excrété par les glandes sébacées, ce qui explique sa concentration élevée dans le stratum corneum et le sébum. Très fortement fixé à la kératine, il persiste au niveau cutané plusieurs semaines après l’arrêt du traitement. Chez le cobaye, il est prescrit couramment et peu d’effets secondaires sont observés à la posologie de 5 mg/kg/j pendant 4 semaines. Son emploi est contre-indiqué chez les animaux insuffisants hépatiques et les femelles gestantes et allaitantes.

Lufénuron : sans intérêt

L’indice thérapeutique élevé de cet inhibiteur de la synthèse de chitine a conduit de nombreux auteurs à s’intéresser à sa possible indication dans le traitement des dermatophytoses, mais son activité antifongique n’a jamais pu être mise en évidence in vitro. De plus, les guérisons observées après son utilisation surviennent dans les mêmes délais que les guérisons cliniques spontanées. À l’heure actuelle, le lufénuron n’est pas recommandé dans le traitement des dermatophytoses.

Des mesures complémentaires sont indispensables à la réussite du traitement (encadré complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

REMERCIEMENTS

au Dr Bénédicte Gay-Bataille.

Lésions de teigne chez un cobaye.

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