Le point Vétérinaire n° 311 du 01/12/2010
 

PARASITOLOGIE DES NAC

Dossier

Adeline Linsart

Centre hospitalier vétérinaire
275, route Impériale
74370 Saint-Martin-Bellevue

La connaissance du risque parasitaire chez les petits mammifères est une donnée indispensable à la mise en place de mesures de médecine préventive.

La nécessité des traitements antiparasitaires chez les petits mammifères apparaît de plus en plus grande. Les furets, les lapins et les rongeurs peuvent être contaminés par une large variété de parasites et ils s’intègrent à la vie familiale auprès d’enfants et d’autres animaux (tableaux 1 et 2). Les individus issus de collectivités (animaleries) ou vivant dans des foyers qui hébergent plusieurs espèces animales sont plus fortement parasités. En effet, le portage sain est fréquent et certains parasites sont capables de contaminer différentes espèces, provoquant ainsi des contaminations récurrentes au sein d’un foyer. Enfin, des parasites sont à l’origine de zoonoses plus ou moins graves qu’il convient d’identifier.

1 Constat

Il existe peu d’études permettant de définir la prévalence des infestations parasitaires chez les petits mammifères de compagnie. Les parasitoses sont plus fréquentes chez les animaux sauvages et les colonies commerciales ou expérimentales que chez les individus hébergés seuls [1, 9, 26]. Les animaux provenant d’animalerie ou hébergés dans des foyers multipossesseurs (plusieurs individus d’une même espèce ou d’espèces différentes) présentent le plus fort taux d’infestation parasitaire.

2 Équilibre hôte/parasite

Nombre d’animaux hébergent des parasites avec lesquels ils vivent en équilibre et ne développent aucun signe clinique.

En présence d’une parasitose clinique provoquée par des helminthes ou des acariens habituellement bien tolérés, il convient de rechercher une cause sous-jacente :

– un stress (surpopulation, changement du mode de vie);

– une maladie débilitante ;

– des difficultés au moment du toilettage (obésité, anomalies dentaires, douleurs musculosquelettiques, carence en vitamine C chez le cobaye) lors de troubles cutanés [9, 11, 12].

Acariens

Parmi les ectoparasites, Otodectes cynotis est souvent présent dans le conduit auditif externe du furet avec ou sans signes d’otite [11]. Cheyletiella parasitovorax et Leporacarus gibbussont souvent hébergés par le lapin adulte [26]. Le cobaye peut être porteur asymptomatique de Trixacarus caviæ et Chirodiscoides caviæ [1, 3, 6, 26].

La plupart des acariens sont bien tolérés chez les individus en bonne santé, sauf dans le cas de Notoedres muris chez le rat et la souris où l’infestation peut provoquer la mort de l’animal au-delà de 2 à 3 mois sans traitement.

Insectes

Les infestations par les poux sont fréquentes chez les rongeurs en collectivité, mais ne provoquent pas toujours de signes cliniques marqués. Chez le cochon d’Inde, ces parasites sont tolérés lorsque leur nombre est réduit. Chez le rat et la souris, les poux Polyplax sp. peuvent être présents sans symptômes. Cependant, des infestations massives sont à l’origine d’une anémie fatale [6].

Parasites internes

De nombreux endoparasites sont également hébergés par le lapin et les rongeurs. Le lapin adulte héberge fréquemment une à quatre espèces de coccidies dans son tube digestif, ainsi que des oxyures (Passalurus ambiguus) [26].

Le cochon d’Inde héberge Balantidium coli et Paraspidodera uncinata dans son cæcum [1, 3, 6, 26]. La prévalence de Paraspidodera uncinata est de 45 % chez les cobayes provenant d’animaleries [1]. Les rats, souris et hamsters adultes hébergent les oxyures Syphacia spp.de manière asymptomatique [1, 3, 26].

3 Parasitoses

Endoparasitoses

Les endoparasitoses les plus fréquemment identifiées chez les petits mammifères sont les coccidioses, les helminthoses et les giardioses, ainsi que l’encéphalitozoonose chez le lapin [25].

Le furet est rarement contaminé par les endoparasites, excepté lorsqu’il vit au contact d’un carnivore domestique. Dans ce cas, il peut être un hôte accidentel des nématodes ou des cestodes du chien et du chat [27]. L’alimentation à base de viande crue peut également être à l’origine de parasitoses digestives.

Les rongeurs et les lapins peuvent être des hôtes intermédiaires (Tænia Tæniaformis, Cysticercus pisiformis) de certains cestodes des carnivores ou des hôtes définitifs (respectivement Hymenolepis sp. et Cittotænia denticulata) [1]. Les nématodes digestifs du chien et du chat provoquent des troubles variés à la suite des migrations erratiques chez les rongeurs et les lapins. Ces derniers sont cependant le plus souvent infestés par des oxyures ou, en second lieu, par des protozoaires (coccidies Eimeria spp.) [2].

Ectoparasitoses

Ctenocephalides canis et Ctenocephalides felis, les puces du chien et du chat, infestent régulièrement les petits mammifères [9, 11, 12, 31]. D’autres puces, plus spécifiques d’une espèce, comme Spilopsyllus cuniculi chez le lapin ou Nosopsyllus fasciatuschez le lapin et les rongeurs, sont moins fréquemment identifiées chez les animaux domestiques. Le furet et le lapin sont souvent porteurs d’acariens psoroptiques (respectivement Otodectes cynotis et Psoroptes cuniculi) (photos 1 et 2). Les rongeurs hébergent des poux (par exemple, Gliricolla porcelli et Gyropus ovali chez le cobaye ou Polyplax spp. chez le rat et la souris). Le hamster est particulièrement sensible à Demodex criceti et à Demodex aurati [31]. La mise en évidence d’une démodécie doit conduire à rechercher une maladie sous-jacente (lymphome cutané, dysendocrinie).

4 Qui traiter ?

Animal

Il convient de s’assurer de l’indication du traitement antiparasitaire chez l’animal. La recherche d’une parasitose doit prendre en compte les facteurs épidémiologiques et cliniques concernant l’individu [2]. L’âge, la contagion d’autres animaux ou des propriétaires, la provenance et le mode de vie (collectivités, contacts avec d’autres bêtes, accès à l’extérieur, alimentation fraîche) doivent être renseignés. Les signes cliniques évoquant une parasitose interne (poil piqué et terne, selles molles et/ou granuleuses, amaigrissement, troubles de l’appétit, prurit anal) ou externe (papules, prurit, dépilations) ne doivent pas être négligés, même lorsqu’ils ne constituent pas le motif initial de consultation [2, 3, 22].

ANIMAL JEUNE ET/OU NOUVELLEMENT ADOPTÉ

Une adoption récente est souvent synonyme d’animal jeune provenant d’une collectivité. L’individu porte alors de manière asymptomatique des parasites variés (acariens, helminthes et protozoaires). Bien que ce portage puisse être considéré comme normal, il est préférable d’effectuer un traitement lorsque des parasites sont mis en évidence. Hormis le risque zoonotique, la multiplication parasitaire est facilitée par la diminution des défenses immunitaires de l’hôte (jeune âge, stress de l’adoption, changement de mode de vie, transition alimentaire) (tableaux 3 et 4). Les parasites peuvent alors être à l’origine de signes cliniques ou agir comme un facteur favorisant dans le développement d’autres maladies. Bien que décrit comme un hôte normal du tube digestif du lapin, Passalurus ambiguus est aussi considéré comme un facteur de risque dans les diarrhées du jeune lapin provoquées par les coccidies et les coliformes [9]. Occasionnellement, des infestations massives par cet oxyure ont été à l’origine de mort chez le lapin [26].

Un examen clinique attentif met en évidence des indices de parasitoses ou le parasite lui-même. L’examen visuel de la région péri-anale peut permettre d’identifier les proglottis de Hymenolepis diminuata et H. microstomachez les rongeurs, et de visualiser, aux marges de l’anus, Passalurus ambiguus chez le lapin et Syphacia obvelata chez les rongeurs [2, 3]. Les lentes de poux peuvent être observées à la base des poils à l’aide d’une loupe. Gliricolla porcelli est visible à l’œil nu (photo 3). En présence de puces, les crottes sont identifiées après peignage ou passage d’une compresse humide dans le pelage de l’animal infesté. Chez le lapin, un squamosis sur le cou et le dos est évocateur de cheyletiellose [9, 11].

Des examens complémentaires appropriés permettent l’identification précise du ou des parasites afin d’établir un traitement adapté. La réalisation d’un scotch-test cutané ou anal, l’examen direct des selles fraîches (ou après flottation) peuvent être aisément mis en œuvre en clinique [2, 3]. Il convient de toujours rechercher, chez des animaux jeunes présentant des troubles digestifs et/ou une atteinte de l’état général, une giardiose (surtout chez les furets et les chinchillas) et une coccidiose (plus souvent chez le lapin, puis le cobaye et le furet). Cependant, les propriétaires acceptent rarement en première intention ces examens en raison de leur coût. L’utilisation d’un produit adapté au risque parasitaire le plus significatif est alors préconisée.

Si l’animal adopté est en bonne santé, un produit actif contre les ectoparasites (poux et acariens surtout) et les nématodes digestifs est le plus intéressant. Les lactones macrocycliques conviennent parfaitement dans cette indication préventive car elles allient facilité d’application, innocuité et efficacité. L’isolement du nouveau venu est également recommandé (encadré). Cela facilite l’adaptation comportementale et limite les transmissions de parasites en attendant la pleine efficacité du traitement antiparasitaire.

Lorsque le nouveau venu est fortement parasité, un traitement préventif est également instauré chez les animaux déjà hébergés dans le foyer afin de limiter le risque de contamination [21].

DANS UN FOYER HÉBERGEANT AUSSI UN CHIEN OU UN CHAT

Les puces du genre Ctenocephalides sont les puces les plus courantes chez les petits mammifères de compagnie dès lors que la maison possède aussi un chien ou un chat [9, 11, 12, 24]. Ctenocephalides felis et Ctenocephalides canis s’adaptent à différentes espèces et peuvent se nourrir et se reproduire sur le furet, le lapin ou les rongeurs de la maison. Un traitement antiparasitaire externe est nécessaire pour tous les animaux. La fréquence d’application des produits est augmentée chez les petits mammifères(1) par rapport au chien et au chat.

Hormis les troubles dermatologiques provoqués par les puces (démangeaisons, lésions cutanées, réaction d’hypersensibilité), celles-ci peuvent également transmettre Dipylidium caninum au furet et provoquer des troubles digestifs (figure 1) [1, 17, 27].

Chez le furet, la possibilité de contamination par les parasites des carnivores domestiques est importante. Otodectes cynotis peut se développer chez le chien, le chat et le furet [24]. Sarcoptes scabiei var. Canis est transmis par le chien au furet et provoque deux formes cliniques : une atteinte podale localisée (hyperkératose et inflammation des coussinets) et une atteinte généralisée (prurit intense, papules, dépilations et érythème) pouvant conduire à la mort de l’animal [11, 17, 27].

Le furet peut également être infesté par Toxocara canis, Toxocara cati et ancylostoma caninum qui provoquent parfois une diarrhée modérée. Ces parasites peuvent provoquer des Larva migrans oculaires ou viscérales chez l’homme [15, 27].

Chez le lapin, le risque de transmission de parasites par les carnivores domestiques est réel, mais son importance clinique est faible. Le lapin peut être l’hôte intermédiaire de certains ténias du chien et du chat (figure 2) [1, 2, 19]. Des proglottis du ténia sont libérés dans l’environnement de l’animal qui les ingère au travers de végétaux contaminés par des selles. Dans le cas de Tænia pisiformis, transmis par les chiens ou les renards, la larve migre dans le parenchyme hépatique et y provoque des lésions de gravité variable [1]. Le diagnostic sur l’animal vivant est extrêmement difficile car les signes cliniques sont rares ou absents et non spécifiques. L’élévation des enzymes hépatiques est rarement présente [2]. Une laparotomie exploratrice ou la réalisation d’une autopsie sont les seules méthodes permettant un diagnostic de certitude. En cas de diagnostic Ante-mortem, le mébendazole (1 g/j/kg d’aliment pendant 2 semaines) posséderait une efficacité contre les formes adultes et les formes immatures de Tænia pisiformis. Le praziquantel a également été utilisé sur des formes localisées et débutantes de migration larvaire de Tænia sp. Son efficacité sur les formes adultes est reconnue, mais son action sur les larvessemble incomplète [1, 16, 30].

Lors de sorties dans des zones fréquentées par des carnivores, le lapin peut ingérer des œufs de nématodes. Comme chez l’homme, les larves de Toxocara canis effectuent des migrations erratiques et entraînent la formation de granulomes cérébraux, hépatiques ou cardiaques [19].

Chez les rongeurs, les risques théoriques de transmissions parasitaires sont identiques à ceux du lapin. Des migrations erratiques de nématodes pourraient provoquer un syndrome de Larva migrans. L’ingestion de proglottis de Taenia sp. peut également déboucher sur des signes cliniques graves. Un cas de sarcome hépatique secondaire à la contamination d’un rat domestique par Tænia tæniaformis a été décrit [14].

LORS D’ACCÈS A L’EXTÉRIEUR

Réalisé dans de bonnes conditions de sécurité (prédateurs, climat) et d’hygiène, l’accès à l’extérieur est bénéfique pour le bien-être et la santé des petits mammifères de compagnie. Cependant, des risques parasitaires spécifiques doivent être pris en compte :

– l’ingestion de proglottis de Tænia sp. (provenant de chiens, de chats ou de renards accédant au terrain) ;

– la possibilité de contamination par des œufs de nématodes aboutissant à un parasitisme digestif chez le furet et à des lésions liées aux migrations larvaires chez les autres petits mammifères ;

– la contamination par des trématodes. La contamination du lapin ou des rongeurs herbivores est toutefois peu probable. Elle nécessite l’ingestion de l’hôte intermédiaire (limnée) contenant le métacercaire (distribution de verdures non lavées ou accès à des zones contaminées) ;

– des acariens peu spécifiques et résistants dans l’environnement plusieurs jours peuvent provenir d’animaux sauvages ou domestiques non traités. Occasionnellement, ils sont susceptibles de contaminer les animaux accédant à l’extérieur. Les agents de la cheyletiellose et de la gale sarcoptique peuvent ainsi s’adapter à différents hôtes. À l’inverse, les poux possèdent une résistance trop faible dans l’environnement pour bénéficier d’une transmission indirecte ;

– les furets vivant en zone d’endémie (bassin méditerranéen) peuvent être contaminés par la dirofilariose et développer une grave insuffisance cardiaque droite [10, 17] ;

– les plaies ou les zones de pelage humide (pyodermite mentonnière et ptyalisme à la suite de troubles dentaires, de souillures en région périnéale) peuvent être le siège de myiases.

Environnement

Lors de parasitose avérée, l’isolement de l’individu malade, et le traitement de l’environnement et des autres animaux ne doivent pas être négligés. Le nettoyage consciencieux de la cage à l’aide d’un détergent ménager, puis l’utilisation d’un désinfectant, la destruction des objets en bois et le renouvellement des litières et foins sont indispensables pour diminuer la recontamination par les œufs, les larves ou les adultes. Nombre d’ectoparasites survivent dans l’environnement de plusieurs jours à plusieurs semaines. Psoroptes cuniculi résiste ainsi de 4 à 21 jours [21, 23]. Cheyletiella parasitovorax pourrait survivre de 10 jours à 1 mois sans se nourrir. Les œufs qui tombent de l’hôte et qui sont dispersés dans l’environnement, ainsi que le contact avec des chiens ou des chats non traités constituent une source de réinfestation fréquente [21, 31].

Lors de parasitoses digestives, les selles sont parfois à l’origine d’une recontamination de l’animal. Les pratiques de cæcotrophie et de coprophagie peuvent conduire à une réinfestation dans le cas de Giardia spp. ou des oxyures. En revanche, les ookystes de coccidies ne sont infectants qu’après 1 à 4 jours, un nettoyage quotidien de la litière est donc suffisant pour empêcher la recontamination de l’animal [3].

Les œufs d’oxyures sont particulièrement difficiles à éliminer : légers et résistants, ils sont largement dispersés dans l’environnement sous forme d’aérosols. La plupart des désinfectants (eau de Javel, Virkon®) sont peu ou pas efficaces. Seuls des traitements ovicides (benzimidazolés) accompagnés d’un vide sanitaire supérieur à 4 semaines permettent d’éliminer Syphacia muris [4].

Quand traiter ?

Traitement lors d’infestation

La survenue de troubles digestifs variés (selles molles ou granuleuses, prurit anal, arrêt de la cæcotrophie), un amaigrissement ou un pelage terne peuvent refléter un parasitisme interne (photos 4). L’étalement de selles fraîches (recherche de protozoaires) et un scotch-test anal (recherche d’oxyures) doivent être effectués. Le recours aux méthodes de flottation est également nécessaire pour le comptage et l’identification précise de certains parasites. Le faible volume des selles récoltées et l’excrétion intermittente des parasites compliquent cependant l’interprétation des résultats [2, 3]. Cela est particulièrement important chez des animaux jeunes ou provenant de collectivités [9, 11, 12, 26].

La coccidiose concerne les lapins ou les cobayes au sevrage, ainsi que les jeunes furets. Dans certaines formes suraiguës, l’animal peut mourir avant même que l’examen des selles par flottation ne révèle les ookystes [3].

Chez le furet adulte, il est rare que les troubles digestifs soient d’origine parasitaire.

Des signes cutanés tels que du prurit, une alopécie ou un squamosis peuvent évoquer des ectoparasites. La contagiosité à l’homme ou à d’autres animaux doit être recherchée et un traitement instauré. Les méthodes de peignage, de curetage auriculaire et de scotch-test doivent être privilégiées pour effectuer un diagnostic. Les raclages sont possibles mais souvent mal tolérés, une anesthésie Flash à l’isoflurane est alors utile. L’absence de parasites sur les prélèvements ne permet pas d’écarter une étiologie parasitaire. Dans ce cas, il convient d’effectuer un diagnostic thérapeutique à l’aide d’un antiparasitaire à spectre large.

Traitements prophylactiques

Les traitements prophylactiques doivent être adaptés à l’âge et au mode de vie de l’animal. La nécessité de traiter à l’année ou de manière épisodique en fonction de l’épidémiologie des parasites est sujette à controverses [5]. Les traitements à spectre large sont utilisés avec un objectif préventif ou curatif alors que les traitements à spectre étroit doivent être réservés à des animaux pour lesquels l’identification du parasite a été effectuée.

Les animaux participant à une exposition ou à un concours doivent être traités préventivement contre les ectoparasites et les helminthes digestifs.

DANS UN FOYER HÉBERGEANT PLUSIEURS ANIMAUX

Lorsque plusieurs animaux sont présents dans le foyer, un traitement contre les ectoparasites doit être effectué tous les mois chez tous les individus. La fréquence d’application de l’antiparasitaire externe est réduite chez les petits mammifères (toutes les 2 à 3 semaines) par rapport aux chiens et aux chats (4 ? semaines). Les puces peuvent être vecteurs de maladies (Dipylidium caninum, myxomatose, etc.).

La vermifugation régulière (tous les 3 à 6 mois) des carnivores contre les cestodes et les nématodes est recommandée. En effet, le traitement des formes larvaires chez les rongeurs et les lapins est, en général, voué à l’échec, la prévention repose donc sur l’éradication de ces parasites chez leurs hôtes définitifs.

La vermifugation des petits mammifères est conseillée au moins deux fois par an si le risque de parasitose interne est important (contacts étroits avec les carnivores de la maison). C’est souvent le cas du furet qui entretient des relations amicales avec les autres carnivores du foyer.

Lors de recours à une alimentation fraîche carnée chez le furet, une vermifugation régulière est également préférable.

LORS D’ACCÈS A L’EXTÉRIEUR

En zone d’endémie (bassin méditerranéen), un traitement mensuel préventif contre la dirofilariose est recommandé chez le furet. L’aire de répartition et la période active du vecteur semblent s’étendre [8]. Aussi d’avril à octobre, l’application mensuelle d’un spot-on à base de lactones macrocycliques est indiquée pour prévenir le développement de la maladie [7]. Une recherche des microfilaires est théoriquement conseillée avant l’initiation du traitement. En pratique, les lactones macrocycliques présenteraient des effets secondaires limités même si elles sont utilisées chez un animal déjà contaminé [20].

Des œufs d’helminthes ou des acariens peuvent être déposés par des animaux sauvages (rongeurs) ou domestiques dans les étendues herbeuses ou le foin et provoquer une parasitose. Un traitement antiparasitaire interne est recommandé en cours et à l’issue de la période d’exposition. Un traitement antiparasitaire externe est mis en place de préférence quelques semaines avant l’accès à l’extérieur.

Conclusion

Le risque parasitaire est très variable selon l’âge, la provenance et les conditions de vie de l’animal. L’identification de facteurs de risque (animal jeune, animalerie, foyer hébergeant un chien, un chat ou des enfants, accès à l’extérieur) doit conduire le praticien à recommander des examens parasitologiques pour traiter les animaux infestés. Les propriétaires refusant souvent le coût de ces analyses, des traitements antiparasitaires à spectre large sont alors prescrits. Les bénéfices de l’emploi préventif de ces produits ne doivent pas être sous-estimés. Ils évitent l’installation d’un parasitisme chronique néfaste à l’organisme, empêchent la transmission de maladies au pronostic sombre (dirofilariose) et diminuent les risques sanitaires pour les animaux et les personnes vivant au contact des petits mammifères.

(1) Voir l’article « Molécules antiparasitaires chez les petits mammifères de compagnie » du même auteur, dans ce numéro.

Références

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ENCADRÉ
Conseils lors de l’adoption

→ L’isolement du nouveau venu à son arrivée dans le foyer facilite son adaptation comportementale et limite la transmission de maladies. Il est cependant difficile à mettre en œuvre car les propriétaires n’en perçoivent que difficilement l’utilité.

→ Le nouvel arrivant doit être installé seul dans une cage, dans une pièce non accessible aux autres animaux et facile à nettoyer. Il peut bénéficier de sorties surveillées et de contacts en tête-à-tête avec l’un des membres de la famille pour faciliter son apprivoisement.

→ Les contacts physiques doivent être limités dans les semaines suivant l’adoption et des règles d’hygiène strictes sont mises en place (lavage soigneux des mains à l’eau chaude et au savon après les manipulations et le nettoyage de la cage).

→ La durée de l’isolement est souvent réduite au minimum par les propriétaires. Une séparation stricte de l’animal durant les deux premières semaines qui suivent les traitements antiparasitaires préventifs et l’adoption est conseillée. Ce délai permet de l’observer, de déceler d’éventuels signes d’une maladie et d’en limiter la transmission.

→ Les petits mammifères sont le plus souvent adoptés au sein d’une famille avec enfants. Il convient de garder à l’esprit le risque zoonotique potentiel, qui augmente avec le stress subi par l’animal et le non-respect des règles d’hygiène (enfants).

1. Psoroptes cuniculi, identification au microscope (× 40) après écouvillonnage de l’oreille d’un lapin.

FIGURE 1
Cycle parasitaire Dipylidium caninum

Hôte définitif : carnivores essentiellement.
Hôte intermédiaire : Ctenocephalides felis et canis le plus souvent.

FIGURE 2
Cycle parasitaire Taenia pisiformis

Hôte définitif : canidés.
Hôte intermédiaire : léporidés.

2. Lapin présentant une gale d’oreilles à Psoroptes cuniculi.

3. Visualisation à l’œil nu, in situ, de lente chez un cobaye.

4a. Crottes de cochon d’Inde en bonne santé.

4b. Selles non moulées chez un cochon d’Inde. Elles peuvent être le signe d’une parasitose interne.

TABLEAU 1
Principaux endoparasites chez les petits mammifères

TABLEAU 2
Principaux ectoparasites chez les petits mammifères

TABLEAU 3
Zoonoses d’origine parasitaire transmises par les petits mammifères

TABLEAU 4
Risques parasitaires les plus importants en fonction de l’âge et du mode de vie de l’animal

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