Le point Vétérinaire Canin n° 308 du 01/09/2010
 

OPHTALMOLOGIE FÉLINE

Cas clinique

Anthony Bartolo

Clinique vétérinaire
28, avenue de Royan
17130 Montendre

Un chat mâle non castré de 4 mois est présenté en consultation pour un “œil rouge” d’apparition brutale quelques heures auparavant, sans commémoratif particulier.

DIAGNOSTIC

Le chat est en bon état général et l’hyphéma est le seul signe clinique notable. Il présente un léger blépharospasme et le test à la fluorescéine est négatif. La pression intra-oculaire est de 8 à gauche et de 15 à droite. L’échographie oculaire ne présente pas d’anomalie. Des examens sanguins sont entrepris pour éliminer un trouble vasculaire systémique. Aucune irrégularité n’est notée. L’hypothèse d’un hyphéma traumatique avec une uvéite associée est retenue et un traitement local est mis en place. De l’atropine est instillée deux fois par jour pendant 5 jours et du Maxidex®(1) (dexaméthasone) est prescrit à raison d’une goutte quatre fois par jour durant 15 jours. L’hyphéma se résorbe progressivement et l’œil est normal 6 jours plus tard.

DISCUSSION

→ L’hyphéma est un motif de consultation fréquent en ophtalmologie, qui entraîne une visite en urgence en raison de son caractère impressionnant. Il consiste en la présence d’une quantité variable de sang dans la chambre antérieure, provenant de la rupture ou de la fragilisation des vaisseaux sanguins de l’uvée. Il peut faire suite à un traumatisme, à une uvéite, à un glaucome, à une tumeur intra-oculaire ou à une affection systémique comme l’hypertension artérielle, un trouble de la coagulation (primaire, secondaire) ou une vascularite. Plus rarement, des causes congénitales sont évoquées.

→ Le diagnostic d’hyphéma est immédiat, mais en déterminer la cause requiert un recueil minutieux de l’anamnèse (traumatisme, intoxication), un examen clinique général approfondi (présence d’autres saignements, pétéchies, tumeur, cardiopathie, atteinte de l’état général) et des examens complémentaires. Une échographie oculaire est nécessaire lorsque l’opacification empêche la visualisation correcte de la chambre antérieure, du cristallin ou du fond d’œil. Le praticien recherche alors la présence d’une masse, d’une anomalie vitréenne ou d’un décollement de rétine. En cas de doute ou d’épanchement bilatéral, explorer une origine systémique implique de réaliser une numération et une formule sanguines, un bilan plaquettaire et de coagulation, et de mesurer la pression artérielle systolique. En zone endémique, une ehrlichiose doit être écartée.

→ Mesurer la pression intra-oculaire est essentiel pour le diagnostic et le suivi. En effet, le glaucome et l’uvéite font partie des causes et des conséquences graves de l’hyphéma. Les hématies, mélangées ou non à la fibrine et aux protéines inflammatoires, peuvent obturer le réseau trabéculaire et gêner l’évacuation de l’humeur aqueuse.

→ Le traitement consiste tout d’abord à gérer la cause des saignements pour prévenir leur résurgence. Si une origine systémique a été identifiée, sa gestion est primordiale : de la vitamine K1 lors d’intoxication, un anti-hypertenseur en cas d’hypertension, de la doxycycline lors d’ehrlichiose, etc. La lutte contre l’uvéite et ses séquelles est essentielle. Elle repose sur une administration d’atropine pour dilater la pupille, afin de limiter les synéchies et abolir le spasme du muscle ciliaire, ainsi que de corticoïdes (acétate de prednisolone et dexaméthasone) en topique et par voie sous-conjonctivale ou générale pour leur action anti-inflammatoire.

En cas de glaucome avéré ou de risque important, un anti-hypertenseur (β-bloquant, inhibiteur de l’anhydrase carbonique) doit être prescrit.

L’injection intracamérulaire d’activateur du plasminogène peut aider à la résorption du caillot une fois les saignements contrôlés.

L’énucléation est indiquée en cas d’effraction sclérale ou de tumeur oculaire.

→ Les hyphémas de petite taille se résorbent en 7 à 10 jours. Un suivi régulier est requis pour adapter le traitement si besoin et contrôler l’élimination du sang.

(1) Médicament humain.

1. L’observation à distance révèle une différence d’aspect des deux yeux, avec une rougeur notable et une anisocorie par mydriase de l’œil gauche.

2. La rougeur correspond à un épanchement sanguin récent, rouge vif et non coagulé, dans la chambre antérieure, sans effraction cornéenne (test fluo négatif). La mydriase peut être consécutive à des synéchies antérieures.

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