Le point Vétérinaire Canin n° 308 du 01/09/2010
 

PVC

AFFECTIONS DE L’OREILLE

Cas clinique

Hadrien Ballet*, Jean-Philippe Billet**


*Service de chirurgie
CHV Oniris, Atlanpole, La chantrerie,
44307 Nantes
**CHV Atlantia, 22, rue Réné-Viviani,
44000 Nantes

Le cholestéatome est une complication grave d’otite moyenne chronique. Un traitement chirurgical précoce à l’aide d’une technique permettant le retrait de tout l’épithélium anormal est indispensable.

Résumé

Une chienne âgée de 12 ans est référée pour des otites bilatérales externes récidivantes depuis 2 ans. Lors de la dernière rechute, elle a présenté un abcès para-auriculaire gauche, un abattement, ainsi qu’une anorexie et une difficulté de déglutition. L’examen clinique révèle une otite externe chronique bilatérale. L’examen tomodensitométrique montre une atteinte bilatérale de l’oreille moyenne. Une ablation totale du conduit auditif externe avec une ostéotomie latérale de la bulle tympanique est réalisée à gauche et une ostéotomie ventrale de la bulle tympanique est préférée à droite. Un cholestéatome est diagnostiqué à l’examen histopathologique. La chienne ne présente aucune complication postopératoire.

Une chienne cocker âgée de 12 ans stérilisée a présente plusieurs épisodes d’otites externes bilatérales depuis plus de 2 ans, avec une mise en évidence de Malassezia pachydermatis. Des traitements locaux (aurizon®) et systémiques (cephalexine 30 mg/kg/j) ont été mis en place à chaque fois.

CAS CLINIQUE

1. Anamnèse

Lors de la dernière récidive, la chienne a présenté une anorexie, une difficulté de déglutition et un nœud lymphatique mandibulaire gauche hypertrophié. L’examen otoscopique ne révèle pas de corps étranger. Un traitement à base de marbofloxacine (Marbocyl®, 5 mg/kg/j) durant 12 jours est entrepris. Deux semaines plus tard, l’animal présente un abcès para-auriculaire gauche qui fistulise dans le conduit auditif externe (CAE). Un traitement médical local (Aurizon®) et systémique (amoxicilline-acide clavulanique : Kesium® 25 mg/kg/j) est instauré pendant 1 mois, en attendant les résultats des cultures bactériologiques et mycologiques. Le contrôle à 1 mois révèle la disparition de l’abcès, mais la présence d’une otite suppurée à gauche due à une bactérie multirésistante (Pseudomonas æruginosa).

La chienne est référée pour un scanner de l’oreille moyenne et l’ablation du conduit auditif externe gauche.

2. Examen clinique

À l’examen clinique général, l’animal est abattu et dysorexique. L’examen otoscopique révèle du pus de couleur verdâtre en quantité importante dans le CAE gauche. Le CAE droit est enflammé. La chienne présente des difficultés à déglutir et une douleur à l’ouverture de la gueule. Le reste de l’examen est normal.

3. Bilan clinique et hypothèses diagnostiques

La chienne présente une otite externe suppurée chronique gauche et une otite externe érythémateuse chronique droite avec douleur à l’ouverture de la gueule.

Une otite moyenne gauche associée à une otite chronique externe gauche est fortement suspectée.

Les atteintes de l’oreille moyenne peuvent être dues à une tumeur, à un corps étranger, à un polype, à une infection provenant le plus souvent de l’oreille externe ou à un cholestéatome.

4. Examens complémentaires

Le bilan biochimique est normal (tableau 1).

Un scanner des bulles tympaniques avec un filtre osseux (140 kV, 70 mA, épaisseur de coupe 1 mm) montre une densification complète et un agrandissement des bulles tympaniques (photos 1 et 2). Une seconde acquisition avec un filtre tissu parenchymateux est réalisée après une injection de produit de contraste (Telebrix®(1), ioxitalamate de méglumine, 350 mg/ml, 2 ml/kg) par voie intraveineuse. Le contenu des bulles ne fixe pas le produit de contraste (photo 3). La paroi osseuse des bulles tympaniques est amincie, voire lytique à certains endroits, notamment la partie pétreuse de l’os temporal droit (photo 4).

5. Prise en charge et traitement

L’animal est anesthésié puis tondu largement à droite comme à gauche, depuis les os pariétaux jusqu’à la région intermandibulaire, sans oublier les pavillons auriculaires. L’animal reçoit une antibiothérapie préopératoire (céfalexine, 30 mg/kg) et une analgésie à base de morphine.

Une exérèse totale du CAE (ATCAE) associée à une ostéotomie latérale de la bulle tympanique (TLBT) est pratiquée sur l’oreille gauche. Sur l’oreille droite, seule une ostéotomie ventrale de la bulle tympanique (TVBT) est réalisée, considérant que l’atteinte du CAE droit peut être résolue médicalement. À l’ouverture des bulles tympaniques, une concrétion grisâtre de consistance molle est observée (photo 5). Un épithélium tapisse la bulle tympanique. Un prélèvement est effectué pour des analyses histopathologique, bactériologique et mycologique (photo 6).

Un curetage et un lavage sous pression de la bulle sont réalisés en prenant soin de ne pas léser la partie dorso-médiale où se situe la fenêtre vestibulo-cochléaire. Aucun drain n’est installé, et les tissus sous-cutané et cutané sont refermés en évitant au maximum les espaces morts et les saignements. Un carcan est mis en place.

6. Soins postopératoires et suivi

Une antibiothérapie (association d’enrofloxacine, 5 mg/kg/j, et d’amoxicilline-acide clavulanique, 25 mg/kg/j) est prescrite pendant 10 jours.

Des anti-inflammatoires (méloxicam, 1,5 mg/ml, 0,1 mg/kg/j) sont administrés pendant 5 jours.

Une gestion de la douleur est poursuivie pendant 3 jours postopératoires selon le score de douleur réalisé à l’aide de la grille 4A-Vét.

L’animal est rendu à ses propriétaires 3 jours après l’intervention. Son état général est bon, sans douleur à la palpation des régions opérées, ni à l’ouverture de la gueule. Aucune hyperthermie n’est notée.

7. Résultats bactériologiques, mycologiques et histopathologiques

Les cultures bactériologiques et mycologiques sont stériles.

L’histopathologie révèle un épithélium malpighien hyperplasique avec un matériel kératinisé se déposant en couches concentriques ou en débris amorphes correspondant à un cholestéatome. À gauche sont observées, associées à ces débris, de nombreuses cellules inflammatoires (polynucléaires neutrophiles).

Aucun agent pathogène ni aucune prolifération tumorale n’est observé au sein des prélèvements.

DISCUSSION

Le cholestéatome est un pseudo-kyste épidermoïde qui peut se situer dans la cavité de l’oreille moyenne. Il est tapissé d’un épithélium squameux stratifié kératinisé. Les squames de kératine sont déversées progressivement dans la lumière du kyste, et ainsi la lésion se développe progressivement. Le cholestéatome peut également se localiser à d’autres endroits tels que le cerveau (angle cérébello-pontique, 4e ventricule) et la moelle épinière. L’origine du cholestéatome reste encore controversée. Trois théories sont évoquées [7] :

– une origine congénitale. Un défaut pendant le développement embryonnaire serait responsable de l’inclusion d’un fragment d’épithélium kératinisé dans l’oreille moyenne avec une membrane tympanique intacte ;

– une métaplasie (transformation d’un tissu cellulaire différencié en un autre tissu cellulaire différencié). L’épithélium respiratoire recouvrant normalement l’oreille moyenne subirait une métaplasie ;

– une migration de l’épithélium squameux aurait lieu, soit à travers une membrane tympanique percée et/ou affaiblie par l’inflammation, soit par la formation d’une poche de rétractation de la membrane tympanique (poche de rétractation de la pars flaccida considérée comme l’origine probable des cholestéatomes acquis chez l’homme).

Dans toutes les études et dans le cas décrit au-dessus, les animaux atteints de cholestéatome présentent toujours une otite externe chronique ou récidivante [5, 7]. L’atteinte de l’oreille moyenne passe souvent inaperçue, même si environ 50 à 85 % des atteintes chroniques du CAE sont associées à une otite moyenne [1, 5, 7]. Un cholestéatome serait présent dans 11 % des oreilles affectées par une otite moyenne [5, 7]. La formation d’un cholestéatome acquis semble donc requérir à la fois un stimulus inflammatoire et une voie de migration de l’épithélium du CAE.

Aucune prédisposition raciale n’est mise en évidence. Cependant, la race spaniel, et particulièrement le cocker, présente une forte prédisposition aux réactions inflammatoires démesurées lors d’otite externe chronique et d’atteinte de l’oreille moyenne associée [1].

1. Signes cliniques

Les signes cliniques en début d’évolution sont parfois très frustes. Ils correspondent à ceux d’une otite externe chronique : une otorrhée (écoulement auriculaire), un prurit auriculaire, un animal se secouant la tête, une sténose du conduit auditif.

Une atteinte de l’état général, caractérisée par un abattement, un amaigrissement, une adénomégalie et une hyperthermie, peut être observée.

Les atteintes de l’oreille moyenne correspondent à une diminution de l’audition, à une douleur au niveau de l’articulation temporo-mandibulaire (lors de l’ouverture de la gueule ou d’une palpation), à une amyotrophie des muscles masticateurs et à des abcès para-auriculaires.

Une fois le kyste formé, il peut s’étendre progressivement et entraîner une résorption osseuse due à la fois aux tissus inflammatoires et à la pression exercée par le cholestéatome. Des signes d’otite interne se manifestent parfois lors de la lyse de la partie pétreuse de l’os temporal par des lésions des canaux semi-circulaires et de la cochlée. Un syndrome vestibulaire périphérique (head tiltou tête penchée, ataxie, nystagmus) et une surdité profonde sont possibles. Les structures nerveuses proches de la bulle peuvent être également endommagées. Le nerf facial, sortant du trou stylo-mastoïdien en arrière du méat auditif externe (MAE), chemine ventralement au conduit horizontal et latéralement à la bulle. Son inclusion dans le tissu inflammatoire provoque une parésie-paralysie des muscles de la face et des paupières. Les fibres sympathiques innervant l’œil passent médialement à la bulle tympanique, provoquant éventuellement un syndrome de Claude-Bernard-Horner. Si le cholestéatome continue de croître, il peut lyser le plancher de la cavité crânienne et entraîner une méningite puis des signes d’encéphalite.

Il convient d’évaluer l’animal dans son ensemble. En effet, l’atteinte primaire du CAE est parfois due à un trouble dermatologique (atopie, allergie alimentaire) ou endocrinologique (hypothyroïdie) à traiter.

2. Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel est celui d’une otite moyenne associée à une otite externe chronique ou récidivante. Une néoplasie, un corps étranger, une cause infectieuse ou un cholestéatome sont à suspecter.

3. Examens complémentaires

La radiographie permet d’observer les bulles tympaniques. Néanmoins, de multiples vues (face, profil, obliques) sont nécessaires pour obtenir des renseignements de qualité.

Les images radiographiques lors d’otite moyenne révèlent un épaississement, une expansion, une lyse et une augmentation d’opacité de la bulle.

Il s’agit d’une ostéite de la bulle tympanique dont le diagnostic différentiel est très large.

La calanographie semble plus sensible que la radiographie pour détecter une otite moyenne (encadré) [4]. Un produit de contraste est injecté dans le CAE. Un marquage de la bulle signe une rupture de la membrane tympanique. Les masses dans l’oreille externe et/ou moyenne apparaissent sous forme d’une image dite en soustraction. Cependant, cet examen ne peut pas être mis en œuvre sur des CAE trop sténosés.

Le scanner permet de s’affranchir de la superposition des structures anatomiques, permettant une visualisation précise du contenu de la bulle et de sa paroi. Une évaluation fine des structures osseuses, et notamment de la partie pétreuse de l’os temporal, est permise.

Le scanner permet ainsi d’évaluer la présence d’une otite moyenne et/ou interne par la visualisation des signes suivants :

– une densification du contenu de la bulle ;

– une déformation dans le sens d’un agrandissement de la bulle ;

– une ostéoprolifération de la bulle ;

– une lyse de la paroi de la bulle ;

– une lyse de l’os pétreux ;

– une lyse du plancher de la cavité crânienne ;

– une hypertrophie des nœuds lymphatiques locorégionaux.

La sensibilité du scanner est supérieure à celle de la radiographie pour détecter la présence d’une otite moyenne modérée à sévère [8, 11]. À ce stade, seule une suspicion de cholestéatome est permise. En effet, toutes les atteintes de l’oreille moyenne, qu’elles soient d’origine traumatique, infectieuse, tumorale, ou dues à un cholestéatome, ont pour caractère constant le développement d’une inflammation associée ou non à la présence d’une masse tissulaire ou liquidienne. Néanmoins, une expansion de la bulle semblerait être un caractère spécifique du cholestéatome [5, 8].

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) permet aussi l’évaluation des bulles en évitant la superposition des tissus. Complémentaire du scanner, elle permet d’apprécier l’existence ou non d’une atteinte des tissus mous (labyrinthe membraneux), de visualiser les structures nerveuses de la fosse postérieure (cervelet, tronc cérébral) et de détecter une méningite associée au processus. En revanche, l’étude des structures osseuses est moins fine qu’avec le scanner (tableau 2).

4. Diagnostic

La distinction entre une otite moyenne seule et une otite moyenne compliquée d’un cholestéatome repose sur les signes cliniques, la radiographie et le scanner.

5. Traitement

Le seul traitement curatif du cholestéatome est son retrait chirurgical. Le traitement médical ne peut fournir qu’une amélioration temporaire, pouvant même masquer l’évolution de la maladie. La chirurgie consiste à pratiquer une ATCAE avec TLBT, ou une TVBT selon l’état du CAE. En effet, si celui-ci est sténosé par la réaction inflammatoire chronique, sa ventilation et l’élimination des sécrétions sont diminuées, entraînant un état inflammatoire persistant, et ce même en l’absence de l’agent causal. Pour cette raison, une exérèse du CAE doit être pratiquée. Il est important de connaître l’anatomie régionale car souvent, lors de cholestéatome et/ou d’ostéite chronique, les éléments neurovasculaires sont fermement recouverts par la bulle en extension et ainsi le risque de dommage iatrogénique augmente [12, 13]. Idéalement, une TLBT la plus large possible doit être réalisée, intéressant le mur latéral, mais aussi la paroi ventrale afin :

– de favoriser l’exposition de l’intérieur de la bulle, donc le retrait plus complet du cholestéatome ;

– de prévenir la réformation de la cavité tympanique trop rapidement, en créant un espace relativement clos et isolé des défenses immunitaires [10, 12].

L’objectif de la TLBT est de drainer la bulle, mais aussi de promouvoir la croissance centripète d’un tissu de granulation l’oblitérant. Un curetage agressif entraîne une ostéoprolifération extensive sans croissance de tissus mous oblitérant la bulle. Il est donc préférable de s’en remettre à une ostéotomie large plutôt qu’à un curetage excessif [10].

Un point essentiel de l’opération est le retrait le plus complet possible de la membrane tympanique. En effet, elle empêcherait la formation du tissu de granulation favorisant la formation d’abcès et provoquerait une accumulation de débris kératiques induisant la récurrence des cholestéatomes [5, 7]. Parfois, la tension du muscle tenseur du tympan sur la membrane tympanique et le marteau provoque une “réentrée” de celle-ci dans le récessus épitympanique. Dans ce cas, ces derniers éléments peuvent et doivent être récupérés. Lors du curetage, la zone du promontoire, dorso-médiale, est à éviter pour ne pas créer de lésion de la fenêtre ovale.

Le chirurgien décide de pratiquer une TVBT lorsqu’il considère que la maladie touchant l’oreille externe peut être contrôlée, c’est-à-dire que le CAE n’est pas sténosé, ni infecté par une bactérie multirésistante. L’avantage de la TLBT est de permettre un drainage ventral, ainsi qu’une dissection évitant le nerf facial. La TLBT préserve également l’audition de l’animal, ce qui implique de ne pas cureter les zones dorsale et rostrale de la bulle. C’est principalement parce que le conduit auditif, donc la conduction des sons, est préservé que l’audition est conservée. Lors de l’ablation totale du conduit auditif externe, la conduction des sons ne se fait plus et seuls les bruits très forts, supérieurs à 80 décibels, sont transmis à l’oreille interne par les structures osseuses. De plus, si la totalité de la bulle n’est pas curetée, des éléments pathogènes, sources de récidive, risquent de persister. Lors de cholestéatome, cela est pratiquement impossible sauf lorsque celui-ci est petit.

L’approche chirurgicale n’influe pas sur le résultat. Des études humaines montrent la même conclusion. L’exposition adéquate permettant un retrait complet de l’épithélium anormal reste le point clé de l’intervention [5].

L’antibiothérapie postopératoire lors d’otite moyenne devrait être sélectionnée à partir de l’antibiogramme réalisé sur l’écouvillonnage peropératoire.

La céfazoline semble être un mauvais choix en première intention. L’association acide clavulanique-amoxicilline serait à préférer [6].

Le drainage du site chirurgical par l’intermédiaire d’un drain n’est pas indispensable [3]. Si les plans sont refermés précautionneusement de façon à éviter les espaces morts, les hémorragies contrôlées et les tissus dévitalisés débridés, aucune différence n’est constatée en termes de complication entre une fermeture primaire et une fermeture primaire associée à la mise en place d’un drain. Celui-ci possède des inconvénients comme des soins locaux, des risques d’infection ascendante, de retrait prématuré par l’animal et une hospitalisation plus longue.

La gestion de la douleur en phases péri– et postopératoire est importante. Elle repose sur l’utilisation de morphiniques après évaluation de la douleur. Différentes études ont montré qu’un bloc nerveux préopératoire ou qu’une perfusion continue locale de bupivacaïne n’augmente pas significativement le degré d’analgésie postopératoire [2].

6. Complications

Les complications chirurgicales à court terme sont les lésions du nerf facial, le syndrome de Claude-Bernard-Horner et les troubles vestibulaires.

La complication à long terme est une abcédation et/ou l’apparition d’une fistule chronique. Celle-ci est essentiellement due à un retrait incomplet de l’épithélium du CAE ou du tympan.

La complication la plus importante lors de cholestéatome reste la récidive provoquée par un retrait incomplet de l’épithélium kératinisé recouvrant la bulle tympanique.

À titre d’exemple, le taux de récidives chez l’homme est de 5 à 50 % sur une période de 1 à 10 ans [5].

7. Pronostic

Une otite moyenne compliquée d’un cholestéatome a un pronostic plus mauvais qu’une simple otite moyenne.

Les chiens présentant des signes cliniques avancés (signes nerveux impliquant une lyse étendue de la bulle) ont un pronostic réservé à mauvais, avec une durée de vie moyenne de 16 mois [5].

L’incapacité à ouvrir la gueule, la lyse de la bulle et/ou de la portion squameuse ou pétreuse de l’os temporal ont une incidence significative sur la récurrence des signes cliniques après l’intervention [5].

Conclusion

Le cholestéatome est une complication grave d’otite moyenne chronique qui évolue à bas bruit et dont la pathogénie est complexe. Le diagnostic, difficile à établir, repose sur l’examen clinique et des examens complémentaires de qualité. Il est important de différencier rapidement une otite moyenne simple d’une otite moyenne compliquée de cholestéatome. En effet, le traitement chirurgical est curatif lors d’un retrait précoce. Le cholestéatome est plus facilement enlevé dans son ensemble lorsqu’il n’atteint pas les structures nerveuses contiguës à la bulle.

Le corollaire est que le taux de récidives est plus important lorsque la maladie est avancée, l’exérèse étant la plupart du temps incomplète.

La technique chirurgicale choisie dépend du contexte clinique auriculaire, mais le point critique est l’exposition adéquate permettant le retrait de l’épithélium anormal.

(1) Médicament humain.

Références

  • 1. Angus JC, Lichtensteiger C, Karen L et coll. Breed variations in histopathologic features of chronic severe otitis externa in dogs: 80 cases (1995–2001). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2002;221:1000-1006.
  • 2. Buback JL, Boothe HW, Caroll GL et coll. Comparison of three methods for relief canal ablation in dogs of pain after ear. Vet. Surg. 1996;25:380-385.
  • 3. Devitt CM, Seim HB, Willer R et coll. Passive drainage versus primary closure after total ear canal ablation-lateral bulla osteotomy in dogs: 59 dogs (1985-1995). Vet. Surg. 1997;26:210-216.
  • 4. Eom KD, Lee HC, Yoon JH. Canalographic evaluation of the external ear canal in dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2000;41:231-234.
  • 5. Hardie EM, Linder KE, Pease AP. Aural cholesteatoma in twenty dogs. Vet. Surg. 2008;37(8):763-770.
  • 6. Hettlich BF, Boothe HW, Simpson RB et coll. Effect of tympanic cavity evacuation and flusching (flushing) on microbial isolates during total ear canal ablation with lateral bulla osteotomy in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2005;227:748-755.
  • 7. Little CJL, Lane JG, Gibbs C et coll. Inflammatory middle ear disease of the dog: the clinical and pathological features of cholesteatoma, a complication of otitis media. Vet. Rec. 1991;128(14):319-322.
  • 8. Love NE, Kramer RW, Spodnick RG. Radiographic and computed tomographic evaluation of otitis media in the dog. Vet. Radiol. Ultrasound. 1995;36:375-379.
  • 9. Mcanulty JF, Hattel A, Harvey CE. Wound healing and brain stem auditory evoked potentials after experimental ventral tympanic bulla osteotomy in dogs. Vet. Surg. 1995;24:9-14.
  • 10. Mcanulty JF, Hattel A, Harvey CE. Wound healing and brain stem auditory evoked potentials after experimental total ear canal ablation with lateral tympanic bulla osteotomy in dogs. Vet. Surg. 1995;24:1-8.
  • 11. Rohleder JJ, Jones JC, Duncan RB et coll. Comparative performance of radiography and computed tomography in the diagnosis of middle ear disease in 31 dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2006;47(1):45-52.
  • 12. Smeak DD, Inpanbutr N. Lateral approach to subtotal bulla osteotomy in dogs: pertinent anatomy and procedural details. Compend. Contin. Educ. Pract. Vet. 2005:377-385.
  • 13. White RAS. Middle ear. Slatter D. In: Textbook of small animal surgery. 3rd ed. Saunders eds, Philadelphia. 2003:2264-2272.
  • 14. White RAS and Pomeroy CJ. Total ear canal ablation and lateral bulla osteotomy in the dog. J. Small Anim. Pract. 1990;31:547-553.

Points forts

→ Le cholestéatome évolue à bas bruit. Sa détection précoce est un défi diagnostique car l’animal ne présente souvent que des signes cliniques d’otite externe chronique.

→ Les animaux avec des signes d’atteinte de l’oreille moyenne et/ou interne dans un contexte clinique d’otite externe doivent faire l’objet d’une évaluation des bulles tympaniques.

→ Le scanner est un examen complémentaire de choix pour évaluer l’intégrité de la bulle tympanique et des structures osseuses adjacentes.

→ Le traitement est chirurgical, soit par ablation totale du conduit auditif externe et trépanation latérale de la bulle tympanique, soit par trépanation ventrale de la bulle tympanique selon l’état du conduit auditif externe.

→ La réussite de l’intervention dépend de la bonne visualisation de l’intérieur de la bulle, ainsi que de la détection précoce du cholestéatome.

→ La principale complication est la récidive, conditionnée par un retrait incomplet souvent dû à une maladie trop avancée.

ENCADRÉ

Technique de calanographie

→ Une sédation ou une anesthésie générale est nécessaire.

→ Avant la calanographie, nettoyer et retirer les poils autour et à l’intérieur du conduit auditif.

→ L’animal doit être placé en décubitus latéral, puis une radiographie sans préparation est réalisée pour estimer les constantes radiographiques.

→ Ensuite, il convient d’introduire 1 à 2 ml d’omnipaque (Iohexol®) dans le canal auriculaire.

→ Le conduit auditif externe est massé durant 1 minute pour bien répartir le produit.

→ Une radiographie dorso-ventrale du crâne est réalisée, avec les rayons centrés sur la bulle tympanique.

→ À la fin de la procédure, il est important de nettoyer l’oreille avec une solution saline pour prévenir les réactions inflammatoires.

→ La calanographie est indiquée pour vérifier l’intégrité du conduit auditif externe horizontale ainsi que de la membrane tympanique. De plus, certaines affections de l’oreille moyenne (masses, ostéolyse, etc.) peuvent être mises en évidence.

→ L’intérêt de la calanographie est extrêmement limité lorsqu’on l’utilise sur des conduits auditifs fortement exsudatifs, sténosés. Le produit ne se répand pas et aucune interprétation n’est possible.

REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient le Dr Delphine Caquard pour son aide à la rédaction, le Dr Sophie Segond pour les images tomodensitométriques et le Dr Nolwenn Gouyec pour nous avoir référé le cas.

1. Scanner des bulles tympaniques, filtre osseux. Densification et déformation des deux bulles tympaniques dans le sens d’un agrandissement et d’un amincissement de parois.

2. Exemple de scanner, avec filtre osseux, d’une bulle tympanique intacte et d’une bulle atteinte par un cholestéatome.

3. Scanner des bulles tympaniques, filtre parenchymateux après injection de produit de contraste iodé. Densification des deux bulles tympaniques qui ne fixent pas ou peu le produit de contraste.

4. Scanner des bulles tympaniques, filtre osseux. Début de lyse de l’os temporal droit (portion pétreuse).

5. Vue peropératoire lors d’une ostéotomie ventrale de la bulle tympanique. Présence d’une masse blanchâtre impactée dans la bulle tympanique.

6. Aspect macroscopique du cholestéatome après retrait de celui-ci de la bulle tympanique.

TABLEAU 1
Bilan biochimique

TABLEAU 2
Avantages et inconvénients des différentes techniques d’examens complémentaires

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus
Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Agenda des formations

Retrouvez les différentes formations, évènements, congrès qui seront organisés dans les mois à venir. Vous pouvez cibler votre recherche par date, domaine d'activité, ou situation géographique.

Calendrier des formations pour les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires

En savoir plus

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité