Le point Vétérinaire n° 307 du 01/07/2010
 

Bien-être des animaux d’élevage

Mise à jour

LE POINT SUR …

Luc Mounier*, Alice De boyer**, Isabelle Veissier***


*Unité Gestion des élevages
VetAgro Sup
Campus vétérinaire de Lyon
Université de Lyon
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-L’Étoile
**UR 1213 Herbivores, équipe
Adaptation et comportements
sociaux, Inra de Theix
63122 Saint-Genès-Champanelle
***Unité Gestion des élevages
VetAgro Sup
Campus vétérinaire de Lyon
Université de Lyon
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-L’Étoile
****UR 1213 Herbivores, équipe
Adaptation et comportements
sociaux, Inra de Theix
63122 Saint-Genès-Champanelle
*****UR 1213 Herbivores, équipe
Adaptation et comportements
sociaux, Inra de Theix
63122 Saint-Genès-Champanelle

Le projet Welfare Quality® a recherché une harmonisation européenne des mesures du bien-être animal, en mettant au point une méthode de référence d’évaluation globale d’un troupeau.

Résumé

La prise en compte du bien-être animal dans nos élevages est devenue une attente forte. Le projet européen Welfare Quality® cherche à évaluer les aspects de bien-être à prendre en considération, du point de vue des animaux. Quatre principes doivent être respectés pour garantir le bien-être de l’animal : l’alimentation, le confort, la santé et la possibilité d’exprimer ses comportements naturels. Ces principes sont déclinés en douze critères indépendants plus précis, eux-mêmes divisés en mesures, qui permettent de les évaluer par l’obtention de scores calculés pour chaque critère, en fonction de l’espèce considérée. L’ensemble des scores permet de catégoriser le bien-être des animaux de l’élevage. Le vétérinaire peut, par ses compétences et sa vision globale de l’élevage, conseiller l’éleveur dans ce processus.

Les questions de sécurité de l’aliment qui se sont posées depuis la “crise de la vache folle” ont sensibilisé les Européens aux conditions d’élevage des animaux. De nos jours, la qualité alimentaire n’est plus seulement déterminée par la nature et la sécurité sanitaire du produit fini, mais aussi par la perception que se font les consommateurs des modes d’élevage dont le produit est issu. La prise en compte du bien-être des animaux dans les élevages est devenue une attente forte des citoyens et des consommateurs. Cela n’est pas nouveau et de nombreux articles portant sur l’évaluation du bien-être ou plus largement du confort des animaux en élevage, et en particulier des bovins, ont déjà été publiés [2, 4, 6].

Cette attente sociétale forte se retrouve d’ailleurs dans de nombreuses initiatives individuelles (éleveurs, groupements, etc.) de promotion de produits garantissant des conditions d’élevage respectueuses du bien-être animal. Ces initiatives sont depuis peu rejointes par certaines grandes entreprises agro-alimentaires. Aux États-Unis, et plus récemment en Europe, Mac Donald et Burger King se sont engagés à ne travailler qu’avec des abattoirs prenant en compte le bien-être animal, ou encore (dans certains pays) à n’utiliser que de la viande de porcs non castrés. Dans un avenir proche, de nombreux autres acteurs commerciaux vont certainement rejoindre le mouvement et exiger de travailler exclusivement avec des groupements d’éleveurs respectant le bien-être animal et pouvant le garantir.

Il devient alors nécessaire de pouvoir évaluer de façon harmonisée le niveau de bien-être des animaux, au moins entre les différents pays européens. C’était l’ambition du projet européen Welfare Quality®(1) (2004-2009).

L’objectif de cet article n’est pas de présenter une énième méthode d’évaluation, mais de présenter le concept du projet Welfare Quality® et sa méthode d’évaluation particulière, car il va certainement devenir une référence incontournable dans la classification des élevages d’ici quelques années.

Les exemples pris dans cet article concernent préférentiellement la vache laitière, mais l’évaluation est actuellement possible également chez les porcs et les volailles (poules pondeuses et chair).

Cette méthode impose des visites relativement longues et il est peu probable que le vétérinaire ait le temps d’effectuer lui-même les visites d’évaluation. Malgré tout, il reste, par ses compétences sanitaires, zootechniques et sa vision globale de l’élevage, un élément central dans ce processus.

Le projet Welfare Quality®

1. Présentation du projet

Le projet Welfare Quality® est un projet européen regroupant 44 instituts de recherches et universités de 20 pays, dont la plupart sont européens, mais qui comprend aussi un partenaire en Australie et cinq en Amérique latine. Il a débuté en mai 2004 pour une durée de 5 ans et a été prolongé jusqu’en fin 2009.

L’objectif final, comme le résume le coordinateur du projet, Harry Blokhuis, « est de disposer d’une méthodologie permettant en quelques heures d’attribuer une note incontestable du bien-être animal, valable de la Grèce à la Finlande » [5]. Il s’agit donc de développer des standards européens d’évaluation en ferme du bien-être animal, mais également d’envisager des stratégies et des mesures pratiques permettant de l’améliorer. En outre, le développement d’un système d’information, harmonisé au niveau européen, garantira que le consommateur est clairement renseigné lors de son choix. Les espèces visées par la méthode d’évaluation sont pour l’instant les bovins (lait, viande), les porcs, les poules pondeuses et les poulets de chair. Cependant un nouveau projet européen a été déposé pour développer la méthode d’évaluation chez le cheval, la dinde et le mouton.

Les mesures développées concernent toutes les étapes de la vie de l’animal, depuis l’élevage jusqu’à la fin de sa vie (transport et abattage). Les animaux ne sont pas observés pendant le transport, mais seulement à leur arrivée à l’abattoir.

2. Vers une harmonisation du concept de bien-être animal en Europe

Le bien-être est un concept multidimensionnel qui comprend la santé physique et mentale de l’animal et inclut de très nombreux aspects tels que le confort physique, l’absence de faim ou de maladies, la possibilité d’exprimer son comportement, etc. Les différents aspects à prendre en compte et leur importance relative peuvent varier d’une personne à une autre, selon sa culture ou ses convictions. Par exemple, une enquête réalisée auprès de groupes constitués de consommateurs et de professionnels de l’élevage dans sept pays européens a montré que si certains aspects du bien-être sont presque systématiquement cités (une alimentation et une croissance naturelles, des transports limités, la possibilité pour l’animal de choisir entre l’intérieur d’un bâtiment ou l’extérieur, etc.), d’autres ne sont importants que dans certains pays : une reproduction naturelle pour l’Italie, pas d’utilisation systématique de médicaments pour l’Angleterre, pas de mutilations et de douleur pour la Hollande ou la Suède [1].

Aussi, le premier pas vers une évaluation européenne harmonisée a été de trouver un consensus sur les aspects de bien-être animal à prendre en considération. Ces aspects doivent refléter ce qui est important pour l’animal, d’après les connaissances scientifiques, mais aussi ce qui est significatif aux yeux du public et des professionnels pour être sûr que les aspects éthiques et sociaux soient également pris en compte. Les scientifiques impliqués dans le projet ont donc créé une première liste de critères de bien-être. Cette première liste a ensuite été discutée au sein de focus groups (groupes de discussion) constitués, d’une part, de consommateurs et de citoyens et, d’autre part, d’éleveurs et d’industriels, de manière à produire une liste finalisée de critères et de mesures associées [1]. Le système d’évaluation obtenu a été validé sur le terrain (faisabilité, reproductibilité, etc.) et les résultats ont de nouveau été discutés au sein de jurys de citoyens et d’éleveurs, et aux cours de conférences regroupant l’ensemble des personnes impliquées. Le processus a été long mais a permis d’aboutir à un système accepté par tous comme étant le plus satisfaisant [3].

Les principes de base de l’évaluation

1. Principes et critères

À l’issue de ces concertations, quatre grands principes devant être respectés pour garantir le bien-être ont été retenus :

– l’alimentation : les animaux sont-ils correctement alimentés et abreuvés ?

– le confort : le logement est-il convenable ?

– la santé : les animaux sont-ils en bonne santé ?

– la possibilité d’exprimer des comportements naturels, comme marcher, picorer, etc. : le comportement reflète-t-il correctement l’état émotionnel des animaux ?

Ces principes ont ensuite été déclinés en 12 critères indépendants plus précis, chaque critère étant divisé en deux à quatre mesures (tableau 1).

2. Mesures

Pour pouvoir être mesurés sur le terrain, ces 12 critères ont à leur tour été déclinés en une à plusieurs mesures en fonction de l’espèce considérée, par l’intermédiaire desquelles le bien-être est évalué. Par exemple, pour le principe de logement correct des vaches laitières, les critères à respecter sont le confort autour du couchage, le confort thermique et la facilité de mouvement. Les mesures associées au critère de confort de couchage sont : le temps nécessaire pour se coucher, le pourcentage d’animaux se cognant aux équipements lors du couchage, le pourcentage d’animaux se couchant en dehors de l’aire de couchage et la propreté de différentes régions du corps. Pour l’évaluation du bien-être des vaches laitières ou celui des truies, 32 mesures ont ainsi été retenues, et 33 pour les poules pondeuses.

Les mesures ont été choisies en fonction de leur :

– validité : la mesure doit refléter un aspect du bien-être réel des animaux ;

– fiabilité : la mesure doit être répétable pour un observateur et entre observateurs, et ne pas trop varier en fonction de facteurs externes, les conditions météorologiques par exemple ;

– faisabilité dans un temps donné ;

– simplicité d’exécution et leur objectivité : elles ne requièrent pas de compétences particulières, ni en comportement, ni en diagnostic vétérinaire.

Le choix des mesures pour certains critères peut faire l’objet de critiques, mais elles ont l’avantage d’être identiques pour tous les pays européens et peuvent être affinées dans le futur.

Les résultats de ces mesures donnent une description détaillée de l’état de bien-être dans lequel se trouvent les animaux au moment de la visite. Il reste alors à passer de la description à l’évaluation et à la synthèse de l’information pour porter un jugement global. Un processus innovant d’évaluation et d’agrégation “pas à pas” a été développé dans Welfare Quality® afin d’obtenir une évaluation globale du bien-être des animaux de l’élevage.

Le calcul de scores

Les résultats des différentes mesures correspondant à un critère sont combinés pour obtenir le score du critère. Le score de critère est à son tour combiné aux scores des autres critères appartenant au même principe. Enfin, l’ensemble des scores de principe permettent de catégoriser l’élevage (figure 1).

1. Les scores de critère

Le calcul du score de chacun des critères peut varier en fonction du nombre de mesures qui lui correspondent et de l’importance relative des mesures. Généralement, trois grands types de calcul existent.

Au niveau de l’élevage

Quand toutes les mesures d’un critère s’effectuent à l’échelle de l’élevage et non à celle de l’animal et peuvent être exprimées en un petit nombre de catégories, alors le score du critère est attribué en suivant un arbre décisionnel (figure 2).

Au niveau individuel

Lorsque le score du critère est calculé uniquement à partir d’une mesure au niveau de l’animal, une échelle représentant à la fois la sévérité du trouble et la fréquence de ce dernier est utilisée. La question dans ce cas est de savoir ce qui est plus préjudiciable en termes de bien-être animal : un trouble sévère et peu fréquent ou un peu sévère mais très fréquent. Par exemple, est-il préférable d’avoir une seule vache très fortement boiteuse dans un troupeau ou la majorité des vaches qui présentent une locomotion altérée ? Pour prendre en compte ces deux paramètres dans l’évaluation Welfare Quality®, un poids relatif est attribué en fonction de la sévérité (figure 3).

À différents niveaux

Lorsque les données issues des mesures sont exprimées sur des échelles différentes, comme le pourcentage d’animaux couchés en dehors de l’aire de couchage et le temps moyen (en secondes) qu’il leur est nécessaire pour se coucher, les données sont alors comparées à des seuils d’alerte, qui représentent la limite entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Le nombre de données au-dessus du seuil est ensuite utilisé pour attribuer le score de critère (tableau 2).

Les différentes anomalies sont répertoriées en élevage ou à l’abattoir. Le pourcentage de chaque anomalie est comparé à un seuil d’alerte. Lorsque le pourcentage est supérieur à la moitié du seuil d’alerte, un avertissement est compté. Le nombre d’alertes et d’avertissements est ensuite utilisé pour calculer un score.

Pour le calcul de score de critère, et ce quel que soit le type de mesure, les formules mathématiques d’agrégation utilisées ont été paramétrées selon les avis d’experts, c’est-à-dire des chercheurs qui ont développé les mesures de bien-être dans le projet. Ces experts ont suivi un raisonnement non linéaire. Par exemple, une augmentation du pourcentage d’animaux atteints par un trouble donné (boiterie, peur des humains, etc.) fait chuter le score du critère correspondant de manière plus importante lorsque la prévalence de ce problème est faible, que lorsqu’elle est élevée. Ainsi, dans des cas extrêmes, lorsque le pourcentage de boiteries sévères passe de 0 à 10 %, le score (exprimé sur l’échelle 0-100) diminue de 100 à 48, alors que lorsqu’il passe de 50 à 60 %, le score diminue relativement moins, pour passer de 9,2 à 5,8. Des fonctions spécifiques ont été utilisées pour rendre compte de la non-linéarité du raisonnement des experts.

2. Les scores de principes

Les scores de critères sont ensuite agrégés selon un modèle mathématique pour obtenir un score de principe (tableau 3). Des chercheurs en sciences animales et en sciences sociales ont de nouveau été consultés à cette étape pour hiérarchiser les critères. Par exemple, le critère d’absence de maladies a été considéré comme plus important que le critère d’absence de blessures, lui-même estimé plus important que le critère d’absence de douleur lors d’interventions d’élevage comme l’écornage. Toutefois, les experts interrogés n’autorisaient pas de compensation complète entre les critères : l’absence de maladies ne compense pas la présence de nombreuses blessures. Là encore, un opérateur spécifique a été utilisé pour rendre compte de ces deux éléments.

3. La catégorisation des élevages

Pour chacun des principes, les scores finalement obtenus (allant de 0 à 100) permettent de classer les élevages dans une catégorie correspondant à un niveau de bien-être animal (figure 4). Quatre catégories d’élevage sont définies :

– excellent : il présente au moins deux scores au-dessus de 80 et aucun en dessous de 55. Le bien-être des animaux est au niveau le plus haut ;

– amélioré : il présente au moins deux scores supérieurs à 55 et aucun en dessous de 20. Le bien-être des animaux est bon ;

– acceptable : il présente trois scores au-dessus de 20 et aucun en dessous de 10. Le bien-être est juste au-dessus des recommandations minimales ;

– non classé : le bien-être des animaux est faible et considéré comme non acceptable.

Un reproche est régulièrement fait sur la sévérité des mesures, mais l’évaluation n’est pas si sévère. Des études préliminaires ont montré que peu d’élevages étaient performants sur tous les principes, et les exigences de la classification ont été revues à la baisse. Toutefois, la méthode reste exigeante pour les élevages qui visent de bons résultats.

Un outil informatique a été développé afin d’obtenir les différents scores à partir des mesures réalisées en élevage sur le site http://www1.clermont. inra.fr/wq/.

Le choix des mesures

L’originalité du projet Welfare Quality®, outre sa dimension européenne, réside dans le choix des mesures : elles sont, en majorité, centrées sur les animaux et non sur l’environnement des animaux, comme cela est plus classique (espace disponible, longueur d’auge, taille du groupe, etc.).

Les données fondées sur l’environnement sont importantes, mais elles donnent davantage la mesure d’un risque pour les animaux qu’une évaluation de leur état de bien-être. C’est la différence entre la bientraitance et le bien-être animal [2].

En effet, le bien-être dépend de la perception que se fait l’animal de sa situation, perception qui peut varier en fonction de son tempérament, de son expérience, etc.

De plus, les conditions d’élevage dépendent très fortement de la gestion par l’éleveur. Selon cette gestion, un même bâtiment, peut être satisfaisant ou non pour l’animal. Le bien-être est donc une caractéristique individuelle et son évaluation doit s’effectuer du point de vue des animaux. Il ne s’agit pas de mesurer une taille de logette, mais plutôt de vérifier l’absence ou la présence de lésions au jarret, d’hésitations ou non à se coucher, etc. Dans l’évaluation Welfare Quality®, ce sont les animaux qui renseignent le praticien.

Bien entendu, lorsqu’aucune mesure sur l’animal n’est disponible ou efficace, il est parfois nécessaire d’utiliser des mesures fondées sur l’évaluation de l’environnement de l’animal ou sur la gestion de l’élevage. C’est le cas par exemple pour l’absence de soif. Que ce soit chez les poules pondeuses, les truies ou les vaches laitières, la soif n’est pas évaluée au travers de signes de déshydratation, trop extrêmes, mais au travers du nombre de points d’eau et de leur propreté (tableau 4).

Certaines mesures sont individuelles (comme la note de propreté) alors que d’autres concernent le troupeau dans son ensemble (photos 1 à 4).

Pour les mesures individuelles chez les bovins, le nombre d’animaux à observer dépend de la taille du troupeau, sachant qu’un minimum d’animaux doit être observé quelle que soit la taille du troupeau et que plus le troupeau est important, moins la proportion d’animaux à observer est importante. Bien que cela soit peu fréquent, certaines mesures peuvent correspondre à plusieurs critères, comme la note d’état corporel qui peut servir à évaluer à la fois le critère “d’absence de faim prolongée” et le critère de “santé”. Pour éviter de compter deux fois une même mesure (et dans le cas présent infliger une double peine aux élevages dont les animaux sont maigres), chacune n’est prise en compte que dans un seul critère.

Les mesures adoptées se rapprochent des mesures classiquement utilisées par les vétérinaires dans les élevages, notamment lorsque ceux-ci privilégient une approche globale. Ils sont donc bien placés pour investir le créneau de l’évaluation du bien-être animal en élevage, même si une harmonisation préalable de la notation est nécessaire.

Rôle du vétérinaire

1. Important rôle de conseiller

Les vétérinaires qui travaillent avec des groupements de producteurs ont, vraisemblablement, un rôle à jouer dans la mise en place de cette évaluation, soit en tant qu’évaluateurs, soit en tant que formateurs.

Il est donc important qu’ils s’approprient la méthode et puissent suivre les formations lorsque celles-ci seront mises en place.

Pour les vétérinaires ayant une activité libérale, il semble malgré tout intéressant d’acquérir les notions fondamentales, ou tout du moins le principe de fonctionnement, de l’évaluation Welfare Quality® et ce pour plusieurs raisons.

La première est que certains élevages dans lesquels ils travaillent peuvent faire l’objet d’une évaluation Welfare Quality®. En effet, de nombreuses entreprises agro-alimentaires commencent à envisager d’appliquer cette méthode dans les élevages avec lesquels ils travaillent, de manière à pouvoir communiquer sur ce thème auprès des consommateurs. Cette démarche, volontaire pour les entreprises, sera imposée aux éleveurs qui souhaitent rester en contrat avec ces entreprises, et il est plus agréable de savoir de quoi il est question lorsque l’éleveur en parle.

La deuxième est que les élevages ayant obtenu une mauvaise catégorisation devront redresser la barre et modifier l’impact de certains facteurs de risque pour améliorer la situation. Le vétérinaire, par ses compétences et son abord global de l’élevage, qui recouvre les quatre principes de l’évaluation (alimentation, confort, santé et comportement), est parfaitement placé pour mettre en place, en collaboration avec l’éleveur, les actions correctives nécessaires à une amélioration du bien-être animal dans l’élevage. Si le vétérinaire connaît la méthode d’évaluation, il est plus à même de hiérarchiser les actions correctives permettant un redressement rapide de la situation.

Enfin, sans aller jusqu’à l’évaluation globale du bien-être et la catégorisation de l’élevage, il peut être particulièrement intéressant pour le vétérinaire de s’aider de certaines parties de la méthodologie pour mettre en évidence une situation spécifique dans un élevage et tenter d’y apporter une solution. En effet, le bien-être animal et la production vont souvent de pair. Ainsi, améliorer le bien-être permet d’améliorer conjointement la production.

2. Rôle peu probable d’évaluateur

L’ensemble des mesures à effectuer et des données à recueillir font que l’évaluation par la méthodologie Welfare Quality® est relativement longue. Ainsi, l’évaluation d’un élevage de 100 vaches laitières requiert environ 6 à 7 heures, de même pour un élevage de volailles ou de porcs, quel que soit le nombre d’animaux. Il est peu probable que la durée de la visite d’évaluation leur permette de réaliser cette visite à un taux horaire acceptable. Ce temps est difficilement compatible avec l’emploi du temps d’un vétérinaire et c’est là un point faible de la méthode. Toutefois, dans le cadre d’un suivi d’élevage, la méthode peut être appliquée dans sa totalité à la première visite, puis les données peuvent n’être relevées que pour un nombre limité de critères. La réalisation d’une partie des mesures par les éleveurs peut également être envisagée. Enfin des travaux sont prévus pour automatiser certaines mesures.

Les mesures ne sont pas davantage détaillées dans cet article, car une formation est indispensable pour qu’elles soient utilisées uniformément par les différents évaluateurs. Une formation à l’évaluation du bien-être des vaches laitières a déjà été dispensée à l’école vétérinaire de Lyon (VetAgro Sup), mais la formation des personnes susceptibles de réaliser les mesures en ferme ou à l’abattoir n’est pas encore organisée à grande échelle.

  • (1) Titre complet du projet Welfare Quality® : Integration of animal welfare in the food quality chain : from public concern to improved welfare and transparent quality, http://www.welfarequality.net

Références

  • 1 – Evans A, Miele M. Consumers Views about Farm Animal Welfare. Welfare Quality® Reports series. Cardiff University,Cardiff,UK. 2007.
  • 2 – Hetreau T, Mounier L, Bertholdy E. Appréciation du bien-être par l’observation du bovin laitier. Point Vét. 2009; 40: 75-78.
  • 3 – Miele M, Veissier I, Evans A. Animal welfare: establishing a dialogue between science and society. Animal Welfare. (À paraître.)
  • 4 – Mounier L, Marie M, Lensink J. Facteurs déterminants du bien-être des ruminants en élevage. Inra Productions animales. 2007; 20(1): 65-72.
  • 5 – Union européenne. What’s good for the Goose… RTD Info. 2006; 50: 34-36 (http://ec.europa.eu/research/rtdinfo/pdf/rtd50_en.pdf).
  • 6 – Veissier I, Sarignac C, Capdeville J. Les méthodes d’appréciation du bien-être des animaux d’élevage. Inra Productions animales. 1999; 12(2): 113-121.

POINTS FORTS

• Un projet à l’échelle européenne, pour une harmonisation des mesures du bien-être animal.

• Quatre grands principes : alimentation, confort, santé et possibilité pour l’animal d’exprimer ses comportements.

• Douze critères, divisés en mesures permettant de les évaluer en fonction de l’espèce.

• Un calcul de score défini pour chaque mesure au niveau du troupeau, de l’individu ou sur plusieurs niveaux, afin de réaliser une évaluation globale de l’élevage.

• Le vétérinaire peut être un acteur majeur dans la mise en place d’actions correctives/conseils auprès des éleveurs à la suite d’une évaluation décevante.

EN SAVOIR PLUS

L’ensemble du protocole d’évaluation est décrit dans des documents de références qui peuvent être commandés sur le site Internet de Welfare Quality® (http://www.welfarequality.net/everyone/43299/7/0/22). Des extraits de ces documents sont consultables sur les pages web dédiées au calcul des scores (http://www1.clermont.inra.fr/wq/).

Figure 1 : Agrégation pas à pas des résultats des mesures effectuées en élevage permettant d’obtenir une évaluation globale du bien-être animal

Les scores obtenus au niveau des critères ou des principes sont exprimés sur une échelle de 0 à 100, où 0 correspond à la pire situation possible au regard du bien-être, et 100 au meilleur score possible (il n’est pas possible d’améliorer davantage le bien-être).

Vache maigre montrant un défaut de bien-être relatif au critère “Absence de faim prolongée”.

Vache boiteuse (repérable par la courbure de son dos) reflétant un défaut de bien-être pour le critère “Absence de blessure”.

Nombreux animaux dormant en dehors de l’aire de couchage indiquant un défaut de bien-être pour le critère “Confort de couchage”.

Abreuvoir sale marquant un défaut de bien-être pour le critère “Absence de soif prolongée”.

Figure 2 : Exemple d’arbre décisionnel, pour l’absence de soif chez la vache laitière

Pour être en nombre suffisant, au moins un abreuvoir pour 10 vaches et/ou 6 cmd’abreuvoir par vache sont nécessaires. Au moins un abreuvoir pour 15 vaches, et/ou 4 cmpar vache, est partiellement suffisant. Si l’abreuvoir ne fonctionne pas correctement ou que le débit est trop faible (10 l par min pour un abreuvoir boule ou 20 l par min pour un bac), le nombre de vaches par point d’eau est divisé par deux. Nous pouvons voir ici que la propreté de l’abreuvoir est un point particulièrement important qui dégrade fortement le score, même si le nombre d’abreuvoirs est suffisant.

Figure 3 : Exemple de calcul du score, appliqué à la boiterie chez les vaches laitières

Les pourcentages ( %) d’animaux modérément atteints et d’animaux sévèrement atteints sont combinés. Une pondération de 2 est attribuée pour les altérations modérées, et une pondération de 7 pour les altérations sévères. La somme est ensuite transformée en un index qui varie de 0 à 100. Index (I) pour les boiteries : I = 100 – (2 × (% boiteries modérées) + 7 × (% boiteries sévère))/7 Cet index est ensuite transformé en un score via une formule mathématique : Lorsque I < 65 alors le score = (0,0988 × I) – (0,000955 × I2) – (5,34 × 10-05 × I3) Lorsque I > 65 alors le score = 29,9 – (0,944 × I) – (0,0145 × I2) – (1,92 × 10-05 × I3)

Figure 4 : Exemple d’élevages au regard de leurs scores de principe et de la catégorie dans laquelle ils se trouveraient

Tableau 1 : Les principes et critères utilisés par Welfare Quality® pour l’évaluation du bien-être en élevage

Tableau 2 : Exemple d’utilisation de seuils d’alerte, appliqués à l’absence de maladies chez les vaches laitières(1)

Tableau 3 : Exemple de score pour le principe “bonne alimentation” chez la vache laitière

Tableau 4 : Liste des principes, critères et mesures utilisés pour la vache laitière

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