Le point Vétérinaire n° 305 du 01/05/2010
 

ANTIBIORÉSISTANCE

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Éric Vandaële

Le Fougerais 44850 Saint-Mars-du-Désert

En 10 ans, les vétérinaires ont augmenté leurs prescriptions antibiotiques de 20 %, pendant que les médecins les diminuaient de 25 %.

La France fait toujours partie des pays européens les plus fortement consommateurs d’antibiotiques en médecine humaine. Pourtant, en médecine de ville, grâce à la campagne « Les antibiotiques, c’est pas automatique » qui a démarré en 2001-2002, les médecins ont diminué en 5 ans la consommation d’antibiotiques de 26,5 % et, chez les enfants de 6 à 15 ans, cible principale de la campagne, de 36 %. La campagne de communication, tous médias confondus, a coûté 500 millions d’euros !

En santé animale, les vétérinaires ne peuvent pas afficher les mêmes résultats, surtout chez les chiens et les chats qui sont, en raison de leur faible poids, plus exposés aux antibiotiques que les productions animales. Même si ces dernières en consomment, en tonnages, la très grande majorité.

Depuis 1999, l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) publie chaque année un suivi sur le tonnage des ventes d’antibiotiques. Dans son dernier rapport annuel sur le suivi des ventes en 2008, elle a affiné son analyse afin de mieux évaluer l’exposition réelle des animaux.

Un tonnage en baisse, mais une exposition en hausse

Le tonnage brut des antibiotiques vendus, entre 1 200 et 1 400 t de substances actives chaque année, a été jusque-là le principal critère retenu. Selon ce dernier, le tonnage 2008 des antibiotiques consommés par les animaux (1 190 t) a diminué de 10 % en 10 ans. Il s’agit même du plus faible depuis 1999. Mais 2007 avait enregistré un des plus forts tonnages depuis 10 ans. Il n’est donc pas possible de conclure à une tendance à long terme à la hausse ou à la baisse sur ce critère, mais à des oscillations de +/– 10 % chaque année autour d’une moyenne à 1 300 t.

De plus, cette donnée brute ne tient pas compte de l’évolution démographique ni du poids des populations animales. En 10 ans, la production avicole a chuté de 19 % et le poids vif global des animaux de compagnie a crû de 2,4 %. Il convient donc de corriger les tonnes d’antibiotiques par le poids démographique des espèces cibles. Ainsi, en moyenne, ces médicaments sont administrés chaque année à la dose de 75 mg/kg de poids vif/an, toutes espèces animales confondues. Et les quantités d’antibiotiques en mg/kg n’ont pas diminué depuis 10 ans (ou seulement de 2 % en 2008).

Ces calculs ne prennent pas en compte les différents schémas posologiques. En effet, les antibiotiques récents comme les fluoroquinolones ou les céphalosporines de troisième ou de quatrième génération (C3G/C4G) s’administrent à des doses beaucoup plus faibles et pendant des durées plus courtes (en une seule injection parfois) que les “anciennes” tétracyclines, sulfamides ou pénicillines. Or, pour apprécier l’exposition aux antibiotiques, il est plus important de comptabiliser le nombre de traitements que le tonnage brut. En prenant en compte les schémas posologiques validés dans les autorisations de mise sur le marché (AMM), il a été possible d’estimer non pas le nombre de traitements, mais un poids vif global des animaux traités.

Pour apprécier le degré d’exposition de la population, ce poids vif traité est comparé au poids vif total de la population animale : c’est le niveau d’exposition aux antibiotiques. Ainsi, toutes espèces animales confondues, les ventes d’antibiotiques oraux et injectables correspondent en moyenne au traitement annuel de 2 animaux sur 3 en 2009 (les traitements topiques et intramammaires étant exclus de ce calcul). Cela correspond à une forte augmentation du niveau d’exposition des animaux aux antibiotiques (+ 22 %) par rapport à 1999.

La forte diminution du tonnage (– 10 %) « masque donc un niveau d’exposition qui a augmenté de 21,9 % en 10 ans », souligne l’ANMV dans son rapport (figure 1).

Les porcs sont les plus gros consommateurs

Les espèces animales peuvent être classées en trois groupes selon leur exposition aux antibiotiques : les herbivores (ruminants et équidés), les filières hors-sol (porcs, volailles, lapins) et les animaux de compagnie (chiens et chats) (tableau).

Les espèces animales les plus exposées aux antibiotiques ne sont pas celles qui consomment le plus gros tonnage d’antibiotiques. Ainsi, la filière porcine est, de loin, celle qui consomme le tonnage le plus élevé (57 %). Avec les volailles et les lapins, les porcs “avalent” 80 % des antibiotiques, le plus souvent par voie orale (aliments médicamenteux entre autres) et, surtout, des antibiotiques anciens à des posologies élevées, comme les tétracyclines et les sulfamides. Le constat est identique pour les volailles et les lapins. Ainsi, en raison du “poids vif” total de ces productions, ces animaux ne sont pas les plus exposés aux antibiotiques.

Les petits animaux sont les plus exposés

À l’inverse, les chiens et les chats ne consomment que très peu d’antibiotiques en tonnage (1,7 %), mais ce sont de loin les espèces animales les plus exposées aux antibiotiques. Ils sont aussi les plus exposés aux antibiotiques “critiques”, notamment aux fluoroquinolones (figure 2 complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

Les herbivores (ruminants et porcs) consomment moins de 20 % du tonnage et sont aussi les moins exposés aux antibiotiques (de 2 à 4 % selon les espèces). Les antibiotiques intramammaires et topiques ne sont toutefois pas inclus dans le calcul de l’exposition.

Les poids lourds stagnent, les poids plumes s’envolent

Le tonnage des différentes classes d’antibiotiques ne reflète pas les évolutions. Car les poids lourds de l’antibiothérapie, les tétracyclines (environ 600 t), les sulfamides (+/–  200 t), les polypeptides (65 t de colistine surtout) et les aminosides (70 t) enregistrent une stagnation ou une baisse des ventes. Mais ce sont les poids plumes, les fluoroquinolones (5 t seulement) et les céphalosporines C3G/C4G (moins de 2 t réparties entre le ceftiofur, la cefquinome et la céfovécine), dont le tonnage et le niveau d’exposition ont le plus fortement progressé depuis 10 ans. Ces deux classes sont aussi considérées comme “les plus critiques” pour la santé publique. Les mises en garde ajoutées aux notices, qui recommandent leur usage qu’après un antibiogramme et en seconde intention lors d’échec ou d’échec prévisible aux antibiotiques des générations précédentes, n’ont pas diminué les ventes. En 2008, le tonnage vendu a diminué dans toutes les familles d’antibiotiques à l’exception de ces deux classes les plus exposées aux critiques (encadré et figure 3 complémentaires sur www.WK-Vet.fr, figure 4).

Référence téléchargeable sur www.WK-Vet.fr et www.anmv.afssa.fr

Références

  • Chevance A, Moulin G. Suivi des ventes de médicaments vétérinaires antibiotiques en France en 2008. Afssa-ANMV et DGAL. Novembre 2009.

Figure 1 : Évolution des quantités d’antibiotiques vendus selon différents indicateurs (base 100 en 1999)

Les tonnages d’antibiotiques vendus stagnent ou diminuent sur le long terme, mais le nombre d’animaux traités et le niveau d’exposition augmentent en raison de la diminution des productions animales et des schémas posologiques récents à dose de substance active plus faible par traitement. (1) Poids vif traité et niveau d’exposition (voies orale et injectable seulement).

Figure 4 : Évolution du niveau d’exposition à quelques classes d’antibiotiques (base 100 : 1999)

Ce sont les deux classes d’antibiotiques “à problèmes” vis-à-vis de la santé humaine, les céphalosporines de troisième et quatrième générations (C3G/C4G) et les fluoroquinolones, qui progressent le plus dans en médecine animale depuis 10 ans.

Tableau : Répartition des tonnages d’antibiotiques entre les espèces animales selon les différents indicateurs

Les chiens et les chats sont proportionnellement à leur nombre et à leur poids de loin les plus exposés aux antibiotiques. Les lapins ne le sont pas davantage que les porcs et les volailles. (1) Hors antibiotiques intramammaires et à usage externe.

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